25.11.2009

DCCXLI. - Lettre d'un non-lecteur.

Un jour où je rentrerai avant 22h (aujourd'hui, j'ai poussé l'huis du logis à 23h27 précises, harassé, un brin titubant, le quart de tarte poireau-lardon maison  qui lentement bruni au frigo ayant permis de relever un peu le niveau de l'encéphalogramme par son excédent de sel - ses temps-ci, je sale un peu trop mes mets les rares fois où je cuisine, c'est étrange), il faudra que je m'interroge plus avant sur Prosper Dugommier.

Prosper Dugommier est masseur de scroti frippés (artisanat rare mais précieux s'il en est) et a laissé non seulement des commentaires sur l'Almanach, mais m'a envoyé une carte de voeux pour mes trente ans (avec un retard accusé, mais du scrotum au cerveau il y a du temps de communication).

Le problème est qu'avec l'écriture j'ai trois candidats possibles, et deux que m'inspirent le pseudonyme et ma mémoire de futur quadragénaire défaillant, aux phantasmes plus rapides et délirants que les circonvolutions de mon pallidum aux moments bouillonnants de mon putamen, lorsque le noyau caudé vrombrit comme une guêpe pilonnant les stores vénitiens d'une cuisine provençale en plein été).

Diantre, cela ne va pas être facile facile. J'adore. Au moment où je me serai fixé un tantinet l'esprit, qu'il craigne, le Dugommier putatif : ça va sonner au retour du boulot. À 23h27. Pétantes.

22.11.2009

DCCXL. - Lettre d'un Lecteur.

Lors d'un échange avec un Lecteur (qu'il me pardonne s'il se reconnaît - et s'il ne souhaite pas être évoqué ici, qu'il le dise, on changera la citation pour la formulation).

"[...] tu sembles être l'archétype du mec normal, du moins à mes yeux. Enfin pas normal j'entends sain. Tu as des passions, tu lis, tu dessines, tu penses, tu aimes, tu écris, ni trop bohème ni trop sérieux etc. Enfin le genre de mec dont la personnalité sert de modèle pour faire office de "petit copain parfait" dans les films et les séries (et je ne parle pas du cliché du petit copain parfait).

Et d'une part en te lisant ça m'a renvoyé à ce que je suis en comparaison et la comparaison n'est pas très flatteuse à mon égard dirons nous.

Et ensuite quand bien même je croiserai quelqu'un dans ton genre, jamais je ne serai susceptible de l'intéresser pour autre chose qu'un coup d'un soir, et c'est assez démoralisant de se dire qu'on est littéralement incapable d'intéresser les gens intéressants, faute de pouvoir leur parler de choses qui les passionne parce qu'on est soi même dépourvu de passions.
[...]"

Oulah.

On va remettre les choses dans l'ordre.

Déjà, en ce qui concerne la lecture, on recommandera à l'attention du Lecteur ce magnifique article qui date d'il y a quelques années de ça déjà et rappelle combien il ne faut surtout pas me faire confiance quand j'écris quoi que ce soit. Dans un sens ou l'autre, d'ailleurs. Des fois je dis vraiment la vérité ou je l'enjolive, des fois j'affabule carrément, et je suis le seul à savoir ce qu'il en est je pense.

Sur mes activités, je pense que quelqu'un qui me regarderait (ou regarderait mon emploi du temps) serait désespéré d'une part par le temps que prend le travail (au moins 50h par semaine, ces derniers temps on est plutôt à 55-60) et par conséquence le champ laissé à la liberté : nul en semaine, si bien que je me contente de buller sur le  net en matant tout ce qui passe. Réduit en ouiquennede, car j'ai peu de courage et peu d'amis avec lesquels sortir. Souvent, je dors, je traîne ; depuis quelques temps je ne sors presque plus, me contentant d'alterner le ouèbe, des films et des livres au plus haut de la forme.

Mon rôle de gendre idéal et de petit copain parfait est tellement bien accompli que je n'ai jamais eu d'histoire qui ait duré plus de neuf mois, et d'histoire qui ait duré plus d'un mois il n'y en a que deux - sans compter ce célibat forcené dans lequel je vis depuis des années. Je suis spécialisé dans les coups d'un soir (simples ou multiples) dans la mesure où certes il arrive que mon profil séduise ou intéresse, mais ce n'est jamais très long : une fois que les garçons ont vu ce qu'il en ressortait (en fin de compte, un garçon paresseux, velléitaire, collant, casanier, obsédé et goïste), ils me gardent comme ami lointain mais ça ne va jamais plus loin par la suite. Vous êtes très nombreux à m'apprécier, mais vous êtes aussi très nombreux à ne pas me rappeler, même après le deuxième SMS. Je vous rassure, moi aussi je suis littéralement incapable d'intéresser les gens intéressants.

Tiens je vais sortir l'alcool de menthe maison pour fêter ça.

18.11.2009

DCCLXXXV. - Avec une journée de retard.

Je me demande comment au milieu d'une conversation sur l'article 44 de la Directive européenne relative à la réforme de la valorisation de la solvabilité des entreprises d'assurance j'en suis venu à faire un exposé sur le long bow anglais, la bataille d'Azincourt, l'avantage technologique, le gladius, la technique de combat au sein des manipules aux derniers siècles de la République romaine et la bataille de la Falaise rouge.

Je pense qu'il faut opérer rapidement. Par ablation de la tête par exemple.

07.11.2009

DCCLXXX. - J'ai du retard.

Le Lecteur aura remarqué que l'Auteur a sacrément du retard dans la Narration. Pas plus que l'Etat français dans le règlement de sa dette, mais c'est tout comme. L'Auteur devrait envisager de parler d'une dizaine de livres lus sans compter les bédés et les petits enfants, de quelques litres de bière, d'un peu moins de vin, de ce qu'il arrive aux rideaux dans les salles à manger néerlandaises et du sort des bracelets de caoutchouc qu'on distribue aux entrées des soirées privées pour cadres à Myrtille, du Titien et de ses frottis magnifiques et de la comparaison regrettable qu'on pourrait faire avec Tintoret, de ses yeux, du Rijsk Museum qu'il n'a pas vu, de la Mer du Nord qu'il a vu, des messages qu'il ne reçoit pas, du temps qu'il fait, de la merveille des yeux rougis par la chirurgie, des cimetières de lunettes et d'autres choses encore comme les barbus dans les bars, l'art de dormir avec des lunettes, le soin que l'on peut avoir à faire pousser des Mickey au coin des slides dans les banlieues obscures qui s'assoupissent le long des voies rapides au son de la climatisation pendant que les relents d'égout se marient au fragances de viande cuite issues de la cantine qui ont marqué la chemise d'un relent putride et un tantinet caramélisé.

De toute manière, le Lecteur n'est pas con, et sait à la longue que sur tout ce teasing j'en décrirai in fine à peine la moitié, ores donc...

29.10.2009

DCCLXXIX. - Vantardise.

Situation : un centre de conférence quelque part dans la banlieue d'Amsterdam, sans les marins qui boivent, avec une mer du Nord dont les tankers dessinent de charmants festons à l'horizon des hôtels 5 étoiles. Des cadres sont dans une salle, et doivent faire un jeu de rôle : un observateur, un conseillant, et un conseillé qui vient exposer un problème et espérer des solutions, des suggestions. Le sujet est libre, on parle souvent de problèmes professionnels. De toute manière, l'important est d'étudier l'interaction plus que le contenu même de la conversation.

Je crois que ma conseillère a ouvert de très grands yeux quand je lui ai dit que je vivais un drame familial, dont elle avait peut-être entendu parler dans les journaux. Une histoire très triste, liée à la mort de mon père lors d'une sieste, et du mariage qui a suivi ensuite entre ma mère et mon oncle. Ce qui faisait que mon oncle héritait de la couronne. Je savais pas trop quoi en penser, mais mon meilleur pote, Horace, me prétend que c'est pas une mort naturelle.

Silence terrifié en face. Et dire qu'au début je comptais lui sortir le Roi Lear.

25.10.2009

DCCLXXVIII. - Minuit cinq.

Bon ben voilà j'ai trente ans.

24.10.2009

DCCLXXVII. - Aux croisées des chemins.

Nous avions bu un verre avec celui-ci il y a combien d'année. Alors, il finissait une thèse, et c'était aussi une fin d'été. Nous avions bu ce verre pas loin d'Odéon, dans une rue pavée. Il faisait presque frais, je crois, dans cette fin d'été. Les tables étaient de guingois sur les pavés, je brossais du revers de la main des miettes de cacahouètes sur le métal de la table. Pour dissimuler ma gêne sûrement. Je me souviens avoir noté la cicatrice de l'anneau à l'oreille, et le point de beauté, assez épais, sous l'origine de la lèvre, un peu à gauche. Il avait des paupières épaisses qui lui donnaient un air doux. son blog à l'époque m'avait touché, c'est ce qui avait été à l'origine des échanges. Il y parlait de ses débuts plein de gêne, et de leur cicatrice. Il marchait dans la rue, avec quelqu'un, pelotonnant le froid du col dans sa main.

Nous n'avons jamais bu de verre. Je lis ses très rares articles, écris d'une plume qui m'est très-précieuse. Je sais de lui qu'il joue parfois du violoncelle, et qu'il est beaucoup dilettante. Il semble avoir la beauté qu'avaient les pharaons aux hautes pommettes. Il était ce soir à la devanture d'un bar, fumant avec une amie. Il est plus petit que ce que j'imaginais : il fait ma taille.

18.10.2009

DCCLXXVI. - À un corps de la gloire.

J'apprécie beaucoup ce chanteur : ses textes sont d'une grande poésie, sa musique est plutôt d'un arrangement original ; je le trouve très beau, en plus, ce qui n'ôte rien.

À l'avoir vu sur scène encore récemment, je me demandais toujours s'il en était. Enfin, ceci est un artifice rhétorique, dans la mesure où l'expérience finassière et la recherche pavlovienne des indices du tout venant exercée à son égard n'infirmaient déjà pas l'hypothèse.

Je viens de coucher avec l'un de ses ex : j'ai ma réponse.

Cependant, je me demande ce qui est le plus lamentable : plastronner ainsi, comme ceux qui clament tout content qu'ils ont croisé la belle-soeur du cousin de telle célébrité, me vanter d'avoir encore connu des bras, ou en fin de compte parler sur la place publique de ce qui relève de l'intime d'une personne (publique ou pas).

Révélation : il ne s'agit pas de Johnny Halliday.

11.10.2009

DCCLXXII. - L'arche d'alliance.

Il est venu cette fois, sans que nous nous croisions dans la rue. Il avait un peu de temps - il m'a téléphoné, pour dire qu'il passait. Juste quelques mots, extrêmement factuels, mélange de certitude et d'attente. De connaissance, peut-être, déjà de ce que nous pourrions être, quelque part entre les codes et les attentes. J'espère. Si j'attends ou espère quelque chose, de toute manière, je ne vois pas grand'chose d'autre - si ce n'est se trouver parfois, comme cela.

Il ne connaît pas encore le code - je suis descendu lui ouvrir, il pressait la grille de son épaule, fumant pour attendre. Il avait un trench-coat beige, qu'il avait fermé sous le noeud de la ceinture. Il m'a embrassé en bas.

Il a bu de l'eau, comme les dernières fois. Il m'a parlé de lui, de son couple. Parfois sa main jouait avec son alliance, la sortant et la remettant sur son doigt.

Nous nous sommes embrassés.

Plus tard, nous sommes allés dans la chambre.

Plus tard, il a dit qu'il ne se sentait pas bien. Il tremblait. Qu'il avait besoin d'air. Il fait des crises d'angoisse - il la sentait venir.

Je lui ai donné l'un des peignoirs, il est sorti fumer sur le balcon. Son doigt tremblait sur la lèvre, tenant la clope. Au balcon de gauche, une voisine arrosait ses plantes. Il m'a laissé le prendre dans mes bras et lui baiser la nuque. Il trouvait mon peignoir chaud, il m'a remercié. Je crois que c'est à ce moment que je l'ai aimé.

Bien évidemment pendant qu'il se rhabillait j'ai fait l'idiotie de lui dire de revenir quand il voulait, pas forcément que pour le lit.

05.10.2009

DCCLXVIII. - La fidélité extraconjugale et autres petites choses notées dans ma tête.

La foule souvent me fait peur, ou plutôt : me rend mal à l’aise. Trop de monde dont je ne fais pas partie, surtout lorsqu’il s’agit d’événements. Je me sens comme dépossédé du lieu, devenu conglomérat d’hommes qui se poussent et se repoussent, dans les longues allées de foule marchante. Fatigue – et je pars, regrettant bien sûr de ne pas oser en profiter, me maudissant même de n’en pas profiter plus. Me disant bien profondément que je suis en train de louper quelque chose. Mais voici : c’est plus fort que moi. Peut-être est-ce que ma voix ne porte pas, et qu’elle ne passe pas dans la foule. J’ai l’impression de me jouer, de me hurler, lorsqu’il faut parler à plus de trois.


Dans la foule souvent je me protège. Je n’ai pas l’élégance de la cigarette. J’ai le refuge du livre, que je brandis sous mes yeux de myope, le dos droit dans les files d’attente. Je crois que j’aime cet isolement de la lecture, éminemment solitaire, signal de mon isolement (voulu/supporté) dans les allées des cinémas et les queues des concerts. Samedi, j’allais à l’un d’entre eux – le premier depuis longtemps – vers Pigalle et Anvers. La foule se longeait au mur, pleine d’hommes de mon âge, habillés peut-être comme moi. Eux s’emmitouflaient déjà dans les chèches de l’hiver, pincés du doigt sous le menton pour les faire bouffer frileusement autour du plaisir du regard en coin. J’avais mis une de ces vestes qui me font croire que je descends de cheval. Entre eux, il y avait des filles, qui les accompagnaient parce que les chanteurs québécois c’est toujours mignon. J’ai longtemps regardé l’un d’entre eux plus tard, assis sur la banquette en bois de la salle ; il m’a peut-être un peu aperçu. Je crois.


Plus tôt, certains d’entre eux marchaient devant moi sur le boulevard. Ils étaient grands, tour à tour chacun me rappelait d’une certaine façon E***. Ma mémoire s’effile aux coutures des vestes ces temps-ci, et s’accroche aux moindres choses, tant elle me pèse. Celui de droite avait sa main qui ne poussait pas, mais suivait à plat le dos de son amant, à quelques centimètres écartée de la colonne vertébrale. Comme une ombre aimante aux passages des rues. Je l’ai beaucoup aimé pour cela. Cette protection douce et attentive, qui n’effleure pas mais se sent cependant, dans les humbles aléas de la chaleur et du soir.


Je pensais tout à l’heure, rentrant sous la nuit, qu’il y avait un garde-manger, de ces vieux garde-mangers aux verres polis, un peu biseautés et piteux, des années trente, avec une ou deux incrustations dans la glace qui imitent des plantes légèrement raidies par la stylisation. Dans celui-ci, il y avait quelques pots de confiture pour moi, l’un plein d’air et un peu amer, l’autre rond et trop vite avalé. J’ai fini le garde-manger, et régulièrement je rouvre les portes pour vérifier s’il n’y a pas d’autres plats pour moi. Mais il reste vide, rempli d’un air un peu pourri de bois. Sur l’une des planches, il y a les marques noircies des deux pots. Je regrette leur goût, et j’en ai régulièrement la nostalgie.


Je crois que j’en suis à une époque de regrets. Je repense, je relis. J’ai eu envie de relire Montaigne, puis je me suis dit que je n’y comprendrais guère plus que la dernière fois. Que tout ce que j’en tirerais, ce serait de me mettre à imiter son style de nouveau. Alors, je ne l’ai pas fait. J’ai souvent sommeil, comme pour m’éteindre et espérer qu’il y aura un dos contre mon ventre. Je crois que je ne pense à ça quand je ne fais pas de cauchemars.


Celui-ci était doux et beau, des garçons qu’ensuite je prends toujours contre moi l’espace d’un instant, espérant qu’ils voudront se laisser somnoler contre mon ventre. Il s’était laisser faire, surveillant pourtant l’heure, sa peau sentait la cigarette et la sueur. De ces parfums de tabac que j’aime, qui sont ronds et donnent envie de rester au lit pour le sentir dans ses cheveux. Légèrement chocolaté. Il devait se laver avec de l’argan, je pense. J’aimerais le revoir. Cela me surprendrait. J’ai désiré que l’alliance qu’il avait au doigt soit la nôtre.


Hier sur les remparts de Provins un enfant m’a pris un instant pour son père ; je l’ai laissé faire.

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