31.01.2012

DCCLXXXVII. - Dernier matin de janvier.

 

Il faisait un froid glacial le matin. Le chat, debout sur le sommet du canapé, me regardait avec la fixité de ces gourmands qui hésitent entre quitter la tiédeur de leur coussin et réclamer leur petite pâtée. J’ai mangé vite fait, debout dans la cuisine, pendant que le robinet fuyait inexorablement goutte à goutte. Et puis je ne suis pas allé à la piscine. Doucement, je me suis recouché à côté de mon chéri, tout toussant de fièvre, et nous nous sommes rendormis un instant.

 

02.01.2011

DCCLXXVII. - Le malaxage est une erreur de temporalité.

J'ai le défaut de ne regarder ce que donne le facteur dans ma boîte aux lettres qu'une à deux fois par quinzaine. C'est bien suffisant pour relever les factures et les offres promotionnelles inouïes qu'on me propose pour dépenser la modique somme de dix heures de SMIC dans un truc hyper trop bien qui me permettra de suivre l'avancée des colis que je n'envoie pas sur les routes de France (le colis a-t-il enfin quitté l'embarcadère de Quimper pour se lancer sur la route du Mans rejoindre Mamie Georgette ? J'en tremble), offres que je regrette un tantinet maintenant que mon téléphone est mort au bout de six ans de bons et loyaux services (se contenter de vibrer dans ma poche arrière sans me forcer de répondre étant le meilleur des services qu'il m'ait rendu jusqu'à présent, et je n'attends guère plus de son successeur).

En plus ne pas relever mon courrier me permet d'oublier aussi quand le facteur passe pour m'offrir des calendriers à cinq euros avec des chatons grands yeux ouverts. Et quand le facteur sonne aux heures bêlantes, certainement son bonnet rouge sur la tête avec plein de loupiottes dessus, je n'ouvre pas. C'est pas que je sois cachottier ou que je ne veux pas le voir, je n'ai rien contre mon facteur si ce n'est qu'il se trompe régulièrement de boîte aux lettres et qu'il me donne régulièrement le courier d'un autre de cette rue. C'est simplement que des fois je galipette sous la couette et que c'est bêtement l'heure où le facteur sonne. Ca lui apprendra à m'oublier dans la distribution des cahiers de 150 pages contenant les dernières promotions de gigot en pack de soixante à la grande surface du coin que je rêvais d'avoir à tout prix.

Bref, les personnes qui ont mon adresse par une errance de ma mémoire qui m'échappe - sinon ce ne serait pas une errance - se gardent bien de me dire trois jours avant par courrier qu'il convient de se trouver au cul d'un train parisien sur la ligne 6 à telle heure. Même par mél ça marche rarement, remarquez. Je suis un homme pressé, comme disait la chanson, et en plus pressé par mon mari qui me dit qu'il est grand temps de le nourrir. Il a souvent faim, le bougre. Accrochez-vous, Prosper, car d'un tablier offert à des cartes postales reçues depuis un an déjà, si vous ne signez guère, je risque de ne pas pouvoir m'excuser de mes retards...

Sorti de ça, je suis papa depuis quatre jours.

04.08.2010

DCCLXVII. - Un début d'été à Paris.

C'est l'été. Les ados pointent régulièrement leurs têtes bouclées sur la rue de leur ennui, attendant dieu sait quoi dans la longueur du jour. Ils se penchent parfois pour voir la fille qui passe, ou toussottent une roulée, verre de Coca à la main, affalés sur la barre de la fenêtre.

Le soir, ils s'animent. C'est-à-dire qu'ils reviennent chargés de pizza, à plusieurs, qu'ils grignoteront toujours à la fenêtre, entre potes. Les triangles de pâte à leur mains pointeront mollement vers le bas, morveux de fromage.

L'un d'entre eux régulièrement s'extrait de la cage d'escalier par un vasistas, et se glisse sur une corniche de la façade pour rejoindre sa chambre, dix mètres plus loin. À chaque fois j'ai peur qu'il tombe. Je ne dis rien pourtant, il ne doit pas savoir qu'on le regarde pendant que nous prenons l'apéritif. Quand il passe devant la fenêtre de ses parents, il s'accroupit dessus le vide, tenu désormais par ses seules mains, glissant sa tête dessous la rambarde. On voit la télé qui clignote, bleutée, dans la pièce.

Lui depuis quelques jours se contente de lire, assis sur un coussin, à la fenêtre.

 

28.07.2010

DCCLXIV. - Confusion.

Je vais encore vous dire qu'hier soir marchant j'avais envie d'écrire. Cela ne s'est pas fait : j'ai eu un bandeau sur les yeux, il a fallu céder aux enthousiasmes de la chair, chandelles allumées dans une chambre obscure, lanternes magiques ignorées dans mon aveuglement.

J'avais pourtant une phrase précieuse : "du cadre-coq encravaté à l'âne bêlant de fatigue le soir". Peut-être vous en parlerai-je.

Ce ne sera pas là encore : j'ai travaillé - je finis juste. Il fait nuit, j'ai sommeil, les taxis sont rares.

04.05.2010

DCCLX. - Dont un rouge.

Je me demande ce que ça veut bien dire, qu'il ait un petit coeur à chaque bras, taillé au crayon d'écolier sur sa peau douce. Un coeur avec une flèche, dont un rouge.

Toufoulcamp.

05.04.2010

DCCLVII. - Mars silencieux

Paris, vers la rue Rambuteau, un jour de carnaval.

 

 

 

Paris, non loin de la rue des Archives, ou peut-être du Temple.

 

 

 

Paris - c'est son âge.

 

 

 

Paris, dans un escalier.

 

 

 

Alfortville, près des quais de Seine.

 

 

 

Entrée des catacombes, local à résistant ou garage à vélo de géant.

 

 

 

Paris, impasse des arquebusiers. Ou des arbalétriers. En tout cas, c'est médiéval.

17.01.2010

DCCLI. - « We'll always have Paris. »

 

 

Je voudrais dire qu'à Casablanca, dans les immeubles de bureau du boulevard Abdelmoumen, des cadres font leur prière sur des papiers de paperboard, chaussures cirées posées à côté. J'aime cette image du Maroc, résumant une extrême complexité qui m'échappe encore pour beaucoup. J'ai conscience de n'être jamais qu'un électron isolé dans ce pays, protégé par mon statut d'européen et le statut fantastique de pouvoir qu'apportent mes quelques euros. Pourtant, j'ai l'impression d'avoir payé les clémentines achetées à côté de la mosquée vendredi au prix normal de sept dirhams. Mais aussi d'avoir sorti 150 dirhams pour rentrer du Petit Rocher, ce restaurant huppissime semble-t-il posé à côté de ce m'a paru être un bidonville encadré de murailles. La lenteur extrême du service permettait de profiter de l'air de l'Atlantique, et du minaret de Hassan II illuminé de vert à son sommet.

Le Maroc est un pays que je ne vois que des bureaux ou des restaurants. À hauteur de taxi. Les immeubles du centre d'affaires encadrent de petites maisons de torchis où, sur les toits, de vieilles femmes passent la journée à étendre du linge, et les jeunes filles du centre de gestion à côté de mon bureau doivent passer de l'accent anglais à la prononciation "à la française" pour se faire comprendre lorsqu'elles disent "business unit" à leur interlocuteur.

 

À la Sqala, derrière les canons du fortin, il y a un lait d'amandes et de dattes léger que le chat aimerait boire aussi. Cette année certainement encore je ferai des miennes pour aller au Rick's Café et jouer à Bogard. C'est un peu comme Disneyland, après tout les premiers Disney datent aussi des années quarante. Je crois bien que la dernière fois que j'étais à Casablanca, j'avais d'ailleurs mis la même citation en exergue.

Juste avant de partir, nous sommes allés à la tour Eiffel. Étrange qu'en dix ans à Paris je ne l'ai jamais visitée. Peut-être un bon vieux reste de stupidité crasse, de celles qui exigent que tout ce qui n'est pas marbre est bon pour la poubelle. J'en suis bien capable. Nous avons pris les escaliers - personne ne les prend, tout juste quelques français - et je crois que je suis tombé amoureux de cette vieille dame de fer, et des entrelacements métalliques de ses entrailles. Comme quoi.

Au premier étage, qui était vide car les touristes envahissent l'ascenseur pour se faire prendre en photo au second, il y avait de la neige. Nous avons couru dans la coursive, nous lançant des boules de neige, avec le délicieux plaisir de pouvoir se faire prendre. Deviner tous les bâtiments dans la grisaille n'était pas toujours facile, et les immortaliser était obligatoire. Nous avons confondu Saint-Germain l'Auxerrois avec je ne sais trop quel église, et eu du mal à repérer Beaubourg, mais ce n'est pas bien grave. Après tout, j'ai aussi vu le mont Valérien pour la première fois.

Place Jacques Rueff, une palanquée de limousines débarquait tout une sarabande de noces japonaises en voyage organisé, filles habillées en princesse comme dans leur rêve, et jeunes mariés par paquet de six qui venaient leur ouvrir la porte, Tour en fond d'écran, pour les bonheurs des photographes qui crépitaient. Ceci, bien sûr, je ne l'ai pas vu de la Tour, je n'en voyais que les limousines garées et les flashes. Le reste, c'est quand nous avons marché vers l'Ecole de Guerre, dans la nuit qui s'installait. Nous avons préféré monter dans un kiosque à musique pour nous y embrasser.

Car à Nantes nous nous étions dit des choses. Ça en fait, des villes.

 

30.12.2009

DCCL. - Notules en passant.

Comme toujours je vais vite, lui aussi cette fois. Tant mieux. Je suis dans l'esprit où je n'ai pas envie d'attendre. Cela mourra vite, certainement, tant pis aussi. J'ai envie de cela : vitesse, pulsion. Nous sommes dans l'univers du moteur, la vitesse est une nouvelle dimension depuis un siècle, autant en vivre. Ce matin, il est parti à pied - son vélo a dégonflé durant les fêtes, il l'aura peut-être réparé durant la journée. Nous nous sommes quittés d'un baiser au coin de la rue, à ce soir. J'ai beaucoup aimé cet à ce soir. C'est sûrement pour cela que c'est moi qui l'ait dit. À ce soir, en fin de compte c'est tout simple, et on marche ensuite chacun de son côté.

Là on va tourner la rue, ce sera sombre à cause des arbres, tu m'y embrasseras.

C'était hier soir, ça. C'était la première fois que j'allais chez lui. Je revenais tout juste de Romans, j'ai bazardé mon sac dans l'entrée, pris la boîte de chocolats et je suis parti le rejoindre dans un métro. Puant, crasseux de tégévé en retard, suant d'un printemps étrangement en avance sous un pull d'hiver canadien, je l'ai retrouvé puisqu'il veut bien de moi. J'ai beaucoup aimé cette phrase qu'il a eu, pleine de certitude, mais aussi de malice. Je ne sais ce qui se dessine, je ne cherche pas à le définir, je n'ai pas encore envie.  Il sera toujours assez tôt pour être triste. Simplement, je sais qu'il viendra à Nantes avec moi.

Ce matin il pleuviotait sur le quai du RER de banlieue. Pour la première fois depuis très longtemps, j'y voyais une femme tricoter, à grosses mailles violines. Le temps retrousse ses manches quand les femmes tricotent, on le sent prendre son aise dans le cliquetis des aiguilles, un peu différemment de ce qu'il se paie avec celles des montres. Une autre femme devant moi somnolait sur son grand roman d'amour, sérieuse comme devant un livre d'heures.

À la gare, j'ai acheté le journal à un vendeur à la sauvette. En fait, arrivé à la maison, j'ai dormi.

20.12.2009

DCCXLIX. - Dans la rue le garçon.

Le plan m'apprend que c'était la rue Jean-Pierre Timbaud. Je dévalais, pas mécontent du resto, pas mécontent du froid. Ca vous donne des envies de courir. On marche vite, non pour fuir : pour avoir une idée de ses muscles. Laisser fuir la tension, un peu comme si les genoux se pressaient dans la marche, faisant couler les nerfs. Quand je suis fatigué, c'est aux coudes et aux genoux que tout se concentre, j'ai envie de coups de poings, j'ai envie de coups de pieds. Au pires moments, je n'arrête pas de passer la langue sur les dents. C'est ce qu'il y avait cette semaine. De la fatigue, de l'exaspération, des coups manqués. Il faudrait parfois que le monde soit un punching-ball, que je puisse lui casser les dents.

Sur les trottoirs, il y avait des congères, des amas de neige piétinée glissante comme de la glace. C'est blanc, on  voit des empreintes de semelle, le pied dessus y glisse. Le froid était cassant. Même plus mordant, cassant. Il faut se frapper le crâne pour commencer tout juste à réchauffer.

Un groupe d'étudiants remontait la rue. De ceux qui ont les filles aux pantalons larges, en toile en été. L'un d'eux avec un grand sourire écarte les bras et me coupe le chemin. Les autres passent en gloussant à moitié. En pouffant plutôt. Ce brin de supériorité de ceux qui happent la vie depuis longtemps, qui sont en charge du monde. Ceux qui ne bouillonnent pas, qui savent les possibilités.

Il me demande si j'ai pas de l'argent. Mon geste est de continuer, simplement en répondant par bonjour. Geste de parisien. Geste d'adulte. Il me propose une roulée. Sa confiance est folle je dis oui. Je lui dis pour deux euros. Il oubliera presque de récupérer l'argent à la fin.

On parle dans la nuit. Lui comme moi frissonnons. Bien sûr d'existence, de façade. Je fais de la finance. Il est étudiant en architecture. Je me trompe pas trop quand il me demande son âge. Il me parle de Gaudi et du Corbusier, je lui parle de Frank Lloyd Wright. Je fume la clope, qu'il m'allume. Ses amis bourdonnent dans sa poche : ils sont arrivés à la soirée. Ils attendent. Cela fait longtemps. Il part. Il voulait me faire la bise. Je descends la rue Jean-Pierre Timbaud.

10.12.2009

DCCXLVIII. - Parmi la jeunesse le café.

Le monde est police. Paris était en grève quand Paris s'est réveillé aujourd'hui. De ces grèves qui n'ont l'air de rien, mais bloquent malgré tout la colonne vertébrale de la capitale. On tente successivement plusieurs manoeuvres d'évitement, pendant que les foules s'amassent aux abcès qui suppurent dans le corps empuanti par l'étouffement. On ne se glisse pas. On contourne, refusant de se mêler à ça. Enfin, on contourne : on tente. Quelque chose comme un dernier brimborion de révolte qui sonne un brin faiblard. Non, je ne serai pas un élément de cette foule-ci.

La foule, elle, vivait, sous les fouets du policier, ce bourreau sans merci. Les militaires aux rambardes surplombaient, l'index sortant nu du gant pour reposer sur la gâchette des FAMAS, et des hommes au manteau noir, au brassard rouge, faisaient de grands gestes pour nous diriger là où il ne fallait pas qu'on s'inquiète. Dans les couloirs torves les ombres sourdes avançaient, irritées, pressées, les yeux écarquillées des moutons aux têtes serrées sur les encolures de devant pour courir aux abattoirs. Des chicanes avaient été installées ; une raison étrange d'ingénieur froid contraignait à divaguer dans de nouveaux couloirs, pendant qu'aux sorties attendaient les cars blindés aux insectes géants, prêts à frapper. Nous vivons déjà sous la botte, elle arrive si vite pour nous le rappeler. C'est pour nous, notre sécurité. Mais elles sont là, la botte et le cuir. Et nous crions encore pour les sentir plus sur notre nuque. Nous en avons tant besoin.

Jusque sur le parvis de la gare, jusque dans la cour de Rome la foule entre les cars blindés se serrait.

Cela ne servait à rien de s'y enfoncer avec la jouissance des coups qu'on y reçoit, des pantalons enfoncés, des chaussures écrasées, des manteaux déformés par les tiraillements. C'est une des nombreuses choses dont je n'ai pas la force. Il y avait une enseigne de café au bord de ce gouffre. J'y entrais, pour y boire un pot et de la fenêtre regarder les têtes compressées, allumant le PC pour travailler.

Le café était plein d'ados. Ce devait être l'un des lycées de la capitale, tout proche, qui les y draînait un peu. Ils papotaient sur les canapés. Parlaient fort, riaient. Ils avaient les cheveux ébouriffés et se partageaient souvent à plusieurs une grande tasse de café, mêlée de caramel, de sucre, de chantilly. La tasse était souvent trop grande pour eux, et leur visage y disparaissait. Le groupe devant moi parlait en riant d'amour, de la Princesse de Clèves et celui au ticheurte de hard rock apprenait à d'autres qui était Louis-Ferdinand Céline. Un grand dadais un peu nerveux traficotait son portable contre son coeur, regardant qui n'arrivait pas. Le groupe s'était mis à parler de celles avec qui ils étaient l'an passé ; deux garçons se regardaient en souriant par-dessus la table - dessous leur genoux se frôlaient et leurs camarades continuaient de parler. Derrière sur deux fauteuils trop grands pour eux, un petit couple venait de s'installer. Ils n'étaient pas vraiment en couple ; ils n'étaient même pas ensemble. Ils étaient timides et un peu confiants, on sentait la discussion faite d'évitement. L'important était quand l'un se taisait pour boire et regarder dessus la tasse, dessous les cheveux. Elle baissait alors un peu la tête, repoussant une mèche derrière l'oreille ; lui alors buvait plus longtemps, yeux fermés. Un garçon peut-être un peu plus âgé somnolait seul dans un canapé, une brioche à demi entamée devant lui, joue sur la main, bouche un peu ouverte. Sur ses genoux il tenait un livre blanc crème, qu'il ouvrait pour lire deux pages quand il se réveillait. Je crois que ce livre parlait de mythes, ou peut-être de représentation. Il rêvassait aussi regardant la rue en-dessous, menton dans la main. Des groupes partaient, certainement car les cours allaient commencer. Le grand dadais s'était levé, pour tendre la main et appeler ; je ne sais pas trop si on l'a rejoint en fait. Des filles un peu sentencieuses avaient déballé des classeurs, et parlaient de ce qui était arrivé en 1947. Le groupe de Céline s'est enfui en courant, ils étaient en retard. Le petit couple s'était frôlé du doigt en se passant la tasse de café. Les filles de 1947 riaient en pouffant. Le ticheurte des Gun's est revenu à pas rapide, pêcher le pavé tordu aux pages laminées.

Je me suis pris toute cette joie comme une baffe.

 

09.12.2009

DCCXLVII. - Agilulfe Edme Bertrandinet des Guildivernes et autres de Carpentras et Syra.

- 1 -

Les réunions tôt matin me font toujours chier horriblement. Tout comme celles tard le soir (tôt matin, tard le soir : pourquoi « le » en plus ?). Ce concept que l’on est fait pour être asservi entièrement, à disposition, jusqu’au plus intime des réveils, lorsqu’on est encore ébouriffé ou sur le point de l’être. Non, franchement, je n’aime pas. Ça m’irrite toujours.

En plus là c’était mal barré. Le genre de réunion interne où l’on fait la grand’messe sur un point d’actualité – et que je savais devoir sécher pour aller sourire aux émois d’un client inquiet de ne pas nous voir faire les trois douze sous sa férule. J’étais à la bourre, j’étais sensé avec un autre volontaire désigné préparer une « fiche ». Je vous fais grâce du sujet, je l’avais bourriné la veille au soir. Rapide, efficace, sanglant. Le potron-minet n’était là que pour faire une fusion de point de vue avec l’autre volontaire désigné, qui devait nous représenter tous deux pendant que j’irai mugir dans les vertes cambrousses de banlieue, glanant le pognon aux brumes vespérales.

À sept heures du matin je ne suis gère patient, l’autre volontaire désigné était à l’heure, ce fut son seul bon point. Supposé plus expérimenté, il n’avait rien branlé. Et ne connaissait rien aux arcanes que je vous épargne, après tout la sublimation des frais d’acquisition reportés dans différents GAAP ne fait pas bander les invalides : j’ai peu d’avis sur les anciens ESC, j’en ai encore moins – ou plutôt du pas favorable.

Bon. Neuf heures, je quitte la Défense, déjà peu amène, pour aller « travailler ». Les deux heures d’avant ne comptent pas et ne compteront jamais. Je soupçonne même la Firme des fois de diligenter un petit être vétilleux qui gommera sur les listings les bippages de ma carte d’entrée.

Neuf heures trente, me voici en grande banlieue, là où la vache mugit au bord des périphériques sa détresse hormonée de croissance. Le client m’attend avec l’impatience mécanique des gens qui en veulent pour leur argent. Je m’installe, frétillant au doux penser des pauhoueurpointes que j’ornerai de Mickeys avec le talent du consultant qui m’honore. Explosif. Szebrenickza chez Guernica, version Office 2007.

Bref, une demi-heure ou deux passent. Voilà le client qui se lève. Merde. Il s’accote à son bureau : ça, c’est quand il est en veine de papoter. Jetez l’encre, on ne gratte plus – on écoute.

Lui. – […] À propos, j’aurais quelque chose de personnel…

Moi, toujours irrité. – Pour ton mariage ?

Lui. – Non, pas vraiment.

Moi, comme souvent peu disert dans ces situations. – oh.

Lui. – J’ai un pote qui vient d’arriver du Canada, et il connaît peu de monde à Paris.

Moi, putain il va pas me parler de ses potes en plus. – et ?

Lui. – Il connaît pas beaucoup de monde, tu sais, pas facile de rencontrer des gens.

Moi, imperturbable, style Bonaparte au pont d’Arcole. – ah.

Lui. – Je me demandais si tu pouvais le faire entrer dans les communautés.

Moi, Bonaparte franchissant les Alpes au Petit Saint-Bernard cette fois. – Les communautés d’actuaires ?

Lui, prenant son souffle. – Ah, c’est gênant comme situation.

Moi, malsain. – Mh ?

Lui, torse bombé. – Oui, tu vois, il est gay et je me demandais si tu pouvais l’aider…

Moi, mi-irrité, mi-amusé. – Ah ? C’est ça ?

Lui, soulagé. – Oui… je pourrais vous présenter.

Moi, scandalisé, pas loin du visage du Premier Consul dans son cabinet de travail. – Oui, si tu veux.

Lui, content. – Merci !

Moi, toujours irrité malgré tout. – Je le porte sur le visage ?

Lui, partant. – Non, mais bon… je te connais.

Bordel et foutre. Non seulement me voici notoirement pédé, mais en plus représentant d’une communauté improbable. Si ça continue on va me demander des conseils vestimentaires. Ouète ande si.


- 2 -

Il faut cependant que des échanges parfois font plaisir. Je pense notamment à ce lointain et admirable amant, qui un jour qu’il me savait par fortune à la Défense, m’envoya en gros ce petit mot.

« Bonjour monsieur. Tu crois que je peux passer te voir à ta réunion ? Je peux toujours passer rapidement si tu peux t’éclipser pour quelques minutes… […] Ca veut dire non ?[…] Bah quoi elles sont pas bien les chiottes de *** ? […] Tu peux pas me faire passer un petit étudiant qui souhaite t’interviewer pour un projet scolaire ? »

Je vous jure que j’ai beaucoup, beaucoup, beaucoup hésité.

07.12.2009

DCCXLVI. - Solitude et cetera.

Je regardais vaguement, irrité, crevé, au bord de la fâcherie envers n'importe qui, la toile que j'ai vaguement tenté de travailler aujourd'hui. Dire que j'ai tenté est important. Je n'étais pas convaincu, j'étais distrait, nerveux. Elle n'a pas avancé intellectuellement parlant. Oui, il y a une cuisse et un bout de pied, mais ce pied est à revoir - trop extrême, trop coloré, trop visible, il déstabilise. Je la regardais derrière moi, par-dessus le canapé, m'empiffrant d'une bouteille de Sauvignon premier prix, premier choix. Du Sauvignon de célibataire.

Je me dis que mes toiles puent la solitude. Ce sont toujours des corps seuls, isolés. Dans Morgan, peut-être, on devine le regard extérieur, et encore je n'en suis pas sûr. Je sais ce regard extérieur parce que j'en sais les circonstances. Celui qui regarde la toile et n'a pas mes yeux ne peut pas le savoir. Il y a très rarement d'autres corps que celui exposé : dans Le Lever, on devine une main, et donc on devine un couple dans ce lit - au moins un couple d'une nuit, mais la main porte une manche longue, donc on peut se dire que c'est un couple d'usage. Et pourtant ce dos qui se tourne pour écarter le rideau, appuyé à la fenêtre, reste seul, je trouve. La toile avec le plus de personnages est une vieille, une des premières : Dante lui-même est seul, parmi les monstres qui l'entourent et qu'il surplombe de sa solitude et de sa mélancolie.

Cette phrase inspirée de Nick Hornby je suppose passait en ce moment à la télé :

Ma vie est bien remplie ; sauf qu'elle est remplie de rien.

Cette putain de phrase est tombée à propos ; c'est-à-dire au moment où il ne fallait pas.

Indéniablement je suis entré dans un cercle vicieux : celui de la rencontre. As-tu rencontré des gens ? Oh oui j'en ai rencontré. J'en ai rencontré tellement que je n'ai plus besoin d'aller boire un verre, dans un bar ou chez quelqu'un. Je sais inexorablement la suite, l'agencement. Les paroles, les gestes - les découvertes qui n'en sont plus à tant se faire écho. Oh, le cinéma, c'est important - la musique, aussi. Ah oui, Ségolène Royal, quelle catastrophe. Ou le classiciste "comment a-t-on compris qu'on était pédé". Oui, je peins. Oui, mon boulot est une catastrophe sociale. Oui, je ne rêve que d'une chose, c'est de vivre avec quelqu'un.Si je rencontre ? Oh, non si peu - de toute manière ça bloque à peine plus que ton mensonge. Bon, chez toi ou chez moi ?

Je ne vais pas jouer à la mijaurée : j'adore ça. Je ne peux pas me passer des bras d'un homme. J'ai besoin régulièrement de ma dose. Un rail complet même. Avec le démonte-pneu tant qu'on y est, autant profiter des belles mécaniques. En cette époque de portables qui ne tiennent pas un mois, il faut profiter des options avant qu'elles ne vous pètent à la gueule. Indubitablement, comme tout un chacun, je préfère le connu et l'apprécié - pouvoir dormir avec quelqu'un qu'on apprécie un tant soit peu (de toute manière on ne dort pas avec moi sans que j'apprécie, je réserve tout de même ma batterie d'apnée diurne à de rares privilégiés) est déjà mieux qu'avec un inconnu dont on connaît mieux l'appendice pénien que la surface hypothalamique. Je crève de mauvaise humeur lorsqu'un miracle m'apparaît pour s'évanouir évanescent au bout de quelques heures / jours / semaines (mois, allons, soyons sérieux, on n'est pas chez les zétéros !), et que je me retrouve en Jeanne d'Arc à pleurer les voix de Monsieur Saint Michel qui ont disparu pendant que brûle sur le bûcher d'une jalousie non justifiée : qu'a-t-on à espérer d'un tout-venant. Les sérieux eux-mêmes sont ceux qui disparaissent avec le plus de sérénité : au moins, dans la légèreté des rencontres passagères il n'y a pas d'engagement et donc en fin de compte plus de retrouvaille. C'est étrange, cela.

Conclusion : ma toile est de la merde, ma vie n'en parlons pas, et j'ai mal de partout. Je suis désabusé, je suis méfiant, et le premier qui m'approche soit je le fuis soit je le tourne. Je suis amer, je suis cloîtré, et mon corps est tourné vers moi. Je suis : égocentrique, en somme. Clos. Elle est belle, l'abbaye de Thélème.

06.12.2009

DCCXLV. - Horresco referens.

Pour un dimanche, je me suis levé considérablement, inexorablement tôt. Je pense que le film d'hier soir m'a aidé à passer une nuit sale, silencieuse, crasseuse même. La Route est un film dont on sort silencieux. Terrifié, d'une certaine manière : l'allée qui longe la BNF, et d'où l'on surplombe un chantier et des chemins de fer, me semblait particulièrement menaçante. Minuit était humide, plein de réverbérations : il avait dû pleuvoir juste avant, le sol noir brillait et les lampadaires se dégageaient avec la netteté de ceux qui n'hésiteraient pas à être de guingois dans un univers crépusculaire, achevé, clos. Avec une arme je me serais senti plus à l'aise, j'avoue.

Ce matin vers 11h, pendant que ça commençait à mijoter (ça mijote encore, va falloir que je m'en inquiète), j'étais ployé sous le bureau à traficoter des câbles. Mon bureau est collé contre une fenêtre qui prend tout le mur et donne sur la rue, j'aime bien cette notion d'ouverture - et j'aime bien ce regard gêné que certains voisins portent sur moi quand ils me voient face à mon écran, pensant que je les veille et surveille. De sous le bureau, je voyais donc d'un œil la rue, toujours trempée de pluie. Quelques feuilles tombaient du jardin du 7e étage, et je m'explosais consciencieusement un ongle à coup de marteau.

Des papis, des mamis pomponnées de retour de messe, bibi au vent, passaient parfois. Deux garçons en ticheurte, mal rasés longent la façade à leur tour. Continuant de pilonner mon doigt avec le marteau pour que le clou colle mieux à la plinthe à force de sang, je les notais vaguement, me disant que c'était là encore ce genre de garçons qui m'attire et que je ne pourrais jamais que regarder.

Et là, devant ma fenêtre, moi planqué sous le bureau comme une vieille de cambrousse lorgnant les actes inqualifiables du voisinage, ticheurte vert s'arrête, prend ticheurte rose par le dos, l'attire à lui et lui roule un putain de baiser. Et l'autre qui le reprend par le cou et le lui rend. Et que ticheurte vert le lui rend. Et qu'ils repartent en se tenant par le dos, tout sourire. Je les ai haïs aussi bien que Satan en Enfer aime Dieu.

Et merde ça a cramé.


29.11.2009

DCCXLIII. - Tapettologie.

Manger : une choucroute accompagnée d'un stock de saucisses dont la liste serait indécente, d'un filet de dinde rôtie et de trois patates arrosée d'une bouteille de Riesling de mon pourvoyeur à l'angle de la rue de Tolbiac et d'une autre ; un camembert du crémier et un beaufort à un autre angle de la rue de Tolbiac ; un dessert au triple chocolat acheté au plus proche angle de la rue de Tolbiac ; un café dans un mug, directement sorti de la Bialetti ; deux pousse-café.

Regarder : Priscilla, folle du désert, pour la quatrième ou cinquième fois. Se retenir violemment une larme à certaines scènes. En lâcher une triplette vers la fin.

Le tout en même temps.

Cherchez l'erreur.

28.11.2009

DCCXLII. - "Il pleut doucement sur la ville" (Arthur Rimbaud).

Je ne suis pas exactement sûr qu'il faille mettre cette citation à l'ordre deux (Verlaine citant Rimbaud en exergue d'une de ses romances, mais vous le savez mieux que moi, Lecteur), mais cette phrase m'est venue en marchant, pantalon détrempé par la bruine d'automne. Pourtant, cette note m'est apparue alors que je rotais mon café et la crème aux œufs sur le canapé. Démarche nettement moins glamour, certes.

J'aurais voulu commencer cette note, d'ailleurs, par un élément plus loquace, plus grandiloquent : "Les géants, arrêtés au sommet, lèvent la tête vers les cieux, où siègent les Dieux. Les nains comme moi s'arrêtent au long de la montagne, et, sans savoir où ils vont, étudient déjà le rocher - ils ne s'inquiètent pas des nuages."

C'est une jolie phrase, pompeuse, que j'ai pensée en passant le long d'un homme qui regardait en l'air, au sommet de quelques marches. Je devrais noter plus souvent ces phrases inutiles, un brin sentencieuses, un brin poétiques, qui me viennent parfois. J'y songe souvent, me promettant bien de les intégrer va savoir où. Parfois, j'y arrive, parfois, je sors toute une note dans l'Almanach juste pour la phrase qui y traînera, j'avoue, souvent, j'oublie.

Tout cela parce que je philosophais sur mon canapé et sur mes hommes. Ce qui fait un peu Barbara, mais ce qui fait liste aussi, qu'y puis-je. Je n'en étais pas à les compter (ça, je le fais aux soirs mornes où j'essaie de me rassurer), j'en étais à y songer, à y rêvasser. Dans un grand élan comparatif, je me disais que j'avais eu de la chance, non sur la quantité (le moindre bambin de vingt ans d'âge a maintenant plus de conquêtes au compteur en une année que moi en une dizaine d'années d'activité sentimentale et sexuelle, et de toute manière le plus ardent hétéro en aura toujours moins, malgré ses vantardises), mais sur la qualité. À l'internationale du sexe, j'ai beaucoup aimé le genre humain ; mais j'ai eu cette chance de désirer des garçons d'une beauté inouïe, et parfois d'en être désiré en retour.

Je ne sais si cela est dû à l'image de trentenaire bedonnant qui est la mienne, ou simplement à la plus grande confiance (ou du moins, la plus large placidité relativiste) que donnent l'expérience et le temps accumulés aux bas des montagnes où ils dévalent, mais en vérité, je vous le dis, depuis deux ans que j'approchais de la trentaine, je plaisais plus à ceux qui me plaisent. Magnifique merveille.

Évidemment, l'attachement que j'ai pu avoir pour tel dont je fus l'amant s'est magnifié par le fait que lui aussi me désirait, était tendre, gentil - humain - et bourré d'hormones (bien sûr). Ce doit être rare, dans les circonvolutions cognitives, que l'on continue d'espérer être sympathique celui avec lequel en fin de compte on n'a jamais fait que frotter le corps, dans une rage égoïste et peu causante (et j'ai l'impression, Lecteur hétéronormé, que tu n'as pas idée de combien le sexe est facile sans sentiment et sans pour autant que l'on tombe dans ces travers de tombeur de mariage qui tronche la cousine Berthe aux chiottes, ce qui a dû être ta grande victoire certainement, simplement pour le sexe et le corps, simplement aussi pour la tendresse - ou parfois, pour se vider les couilles : on dit ça, chez les pédales). Il y en a eu, aussi, trop. Pas tant que ça sur les dernières années : mes hommes, combien j'ai pu vous désirer. C'est dommage pour nombre d'entre nous que nous nous soyons séparés, nous n'avions pourtant que de la tendresse l'un pour l'autre, rien de plus. Ce doit être dur à entendre, peut-être, pour l'hétéro de base ou pas - ou peut-être suis-je trop pédécentré dans mon propos, ici : qu'on puisse fort niquer/forniquer, s'apprécier tendrement, et disparaître ainsi si rapidement.

Bref, voilà ce que je pensais sur mon canapé, dans les relents de crème aux œufs, et je n'étais pas vraiment content de moi. Réjoui, plutôt, de la chance que j'ai pu avoir jusqu'à présent, malgré mon célibat si pesant. J'ai bien en tête que je me contente d'ahaner au rebord du rocher, mains crispées encore aux crevasses, m'imaginant que le rebord au-dessus de moi est le sommet (que nenni).

Au passage je voulais caser des petites phrases, elles l'ont été. M'en vais au cinéma, vous laissant méditer sur ces derniers éléments : je me surprends à regarder une émission sans intérêt juste pour tripper sur l'acteur/agent immobilier Stéphane Plaza, et je taquinerais volontiers Fred Boisnard, le guitariste du groupe Archimède. Autant finir ces hautes pensées de pédale sur des propos de tapette.

25.11.2009

DCCXLI. - Lettre d'un non-lecteur.

Un jour où je rentrerai avant 22h (aujourd'hui, j'ai poussé l'huis du logis à 23h27 précises, harassé, un brin titubant, le quart de tarte poireau-lardon maison  qui lentement bruni au frigo ayant permis de relever un peu le niveau de l'encéphalogramme par son excédent de sel - ses temps-ci, je sale un peu trop mes mets les rares fois où je cuisine, c'est étrange), il faudra que je m'interroge plus avant sur Prosper Dugommier.

Prosper Dugommier est masseur de scroti frippés (artisanat rare mais précieux s'il en est) et a laissé non seulement des commentaires sur l'Almanach, mais m'a envoyé une carte de voeux pour mes trente ans (avec un retard accusé, mais du scrotum au cerveau il y a du temps de communication).

Le problème est qu'avec l'écriture j'ai trois candidats possibles, et deux que m'inspirent le pseudonyme et ma mémoire de futur quadragénaire défaillant, aux phantasmes plus rapides et délirants que les circonvolutions de mon pallidum aux moments bouillonnants de mon putamen, lorsque le noyau caudé vrombrit comme une guêpe pilonnant les stores vénitiens d'une cuisine provençale en plein été).

Diantre, cela ne va pas être facile facile. J'adore. Au moment où je me serai fixé un tantinet l'esprit, qu'il craigne, le Dugommier putatif : ça va sonner au retour du boulot. À 23h27. Pétantes.

22.11.2009

DCCXL. - Lettre d'un Lecteur.

Lors d'un échange avec un Lecteur (qu'il me pardonne s'il se reconnaît - et s'il ne souhaite pas être évoqué ici, qu'il le dise, on changera la citation pour la formulation).

"[...] tu sembles être l'archétype du mec normal, du moins à mes yeux. Enfin pas normal j'entends sain. Tu as des passions, tu lis, tu dessines, tu penses, tu aimes, tu écris, ni trop bohème ni trop sérieux etc. Enfin le genre de mec dont la personnalité sert de modèle pour faire office de "petit copain parfait" dans les films et les séries (et je ne parle pas du cliché du petit copain parfait).

Et d'une part en te lisant ça m'a renvoyé à ce que je suis en comparaison et la comparaison n'est pas très flatteuse à mon égard dirons nous.

Et ensuite quand bien même je croiserai quelqu'un dans ton genre, jamais je ne serai susceptible de l'intéresser pour autre chose qu'un coup d'un soir, et c'est assez démoralisant de se dire qu'on est littéralement incapable d'intéresser les gens intéressants, faute de pouvoir leur parler de choses qui les passionne parce qu'on est soi même dépourvu de passions.
[...]"

Oulah.

On va remettre les choses dans l'ordre.

Déjà, en ce qui concerne la lecture, on recommandera à l'attention du Lecteur ce magnifique article qui date d'il y a quelques années de ça déjà et rappelle combien il ne faut surtout pas me faire confiance quand j'écris quoi que ce soit. Dans un sens ou l'autre, d'ailleurs. Des fois je dis vraiment la vérité ou je l'enjolive, des fois j'affabule carrément, et je suis le seul à savoir ce qu'il en est je pense.

Sur mes activités, je pense que quelqu'un qui me regarderait (ou regarderait mon emploi du temps) serait désespéré d'une part par le temps que prend le travail (au moins 50h par semaine, ces derniers temps on est plutôt à 55-60) et par conséquence le champ laissé à la liberté : nul en semaine, si bien que je me contente de buller sur le  net en matant tout ce qui passe. Réduit en ouiquennede, car j'ai peu de courage et peu d'amis avec lesquels sortir. Souvent, je dors, je traîne ; depuis quelques temps je ne sors presque plus, me contentant d'alterner le ouèbe, des films et des livres au plus haut de la forme.

Mon rôle de gendre idéal et de petit copain parfait est tellement bien accompli que je n'ai jamais eu d'histoire qui ait duré plus de neuf mois, et d'histoire qui ait duré plus d'un mois il n'y en a que deux - sans compter ce célibat forcené dans lequel je vis depuis des années. Je suis spécialisé dans les coups d'un soir (simples ou multiples) dans la mesure où certes il arrive que mon profil séduise ou intéresse, mais ce n'est jamais très long : une fois que les garçons ont vu ce qu'il en ressortait (en fin de compte, un garçon paresseux, velléitaire, collant, casanier, obsédé et goïste), ils me gardent comme ami lointain mais ça ne va jamais plus loin par la suite. Vous êtes très nombreux à m'apprécier, mais vous êtes aussi très nombreux à ne pas me rappeler, même après le deuxième SMS. Je vous rassure, moi aussi je suis littéralement incapable d'intéresser les gens intéressants.

Tiens je vais sortir l'alcool de menthe maison pour fêter ça.

18.11.2009

DCCLXXXV. - Avec une journée de retard.

Je me demande comment au milieu d'une conversation sur l'article 44 de la Directive européenne relative à la réforme de la valorisation de la solvabilité des entreprises d'assurance j'en suis venu à faire un exposé sur le long bow anglais, la bataille d'Azincourt, l'avantage technologique, le gladius, la technique de combat au sein des manipules aux derniers siècles de la République romaine et la bataille de la Falaise rouge.

Je pense qu'il faut opérer rapidement. Par ablation de la tête par exemple.

07.11.2009

DCCLXXX. - J'ai du retard.

Le Lecteur aura remarqué que l'Auteur a sacrément du retard dans la Narration. Pas plus que l'Etat français dans le règlement de sa dette, mais c'est tout comme. L'Auteur devrait envisager de parler d'une dizaine de livres lus sans compter les bédés et les petits enfants, de quelques litres de bière, d'un peu moins de vin, de ce qu'il arrive aux rideaux dans les salles à manger néerlandaises et du sort des bracelets de caoutchouc qu'on distribue aux entrées des soirées privées pour cadres à Myrtille, du Titien et de ses frottis magnifiques et de la comparaison regrettable qu'on pourrait faire avec Tintoret, de ses yeux, du Rijsk Museum qu'il n'a pas vu, de la Mer du Nord qu'il a vu, des messages qu'il ne reçoit pas, du temps qu'il fait, de la merveille des yeux rougis par la chirurgie, des cimetières de lunettes et d'autres choses encore comme les barbus dans les bars, l'art de dormir avec des lunettes, le soin que l'on peut avoir à faire pousser des Mickey au coin des slides dans les banlieues obscures qui s'assoupissent le long des voies rapides au son de la climatisation pendant que les relents d'égout se marient au fragances de viande cuite issues de la cantine qui ont marqué la chemise d'un relent putride et un tantinet caramélisé.

De toute manière, le Lecteur n'est pas con, et sait à la longue que sur tout ce teasing j'en décrirai in fine à peine la moitié, ores donc...

29.10.2009

DCCLXXIX. - Vantardise.

Situation : un centre de conférence quelque part dans la banlieue d'Amsterdam, sans les marins qui boivent, avec une mer du Nord dont les tankers dessinent de charmants festons à l'horizon des hôtels 5 étoiles. Des cadres sont dans une salle, et doivent faire un jeu de rôle : un observateur, un conseillant, et un conseillé qui vient exposer un problème et espérer des solutions, des suggestions. Le sujet est libre, on parle souvent de problèmes professionnels. De toute manière, l'important est d'étudier l'interaction plus que le contenu même de la conversation.

Je crois que ma conseillère a ouvert de très grands yeux quand je lui ai dit que je vivais un drame familial, dont elle avait peut-être entendu parler dans les journaux. Une histoire très triste, liée à la mort de mon père lors d'une sieste, et du mariage qui a suivi ensuite entre ma mère et mon oncle. Ce qui faisait que mon oncle héritait de la couronne. Je savais pas trop quoi en penser, mais mon meilleur pote, Horace, me prétend que c'est pas une mort naturelle.

Silence terrifié en face. Et dire qu'au début je comptais lui sortir le Roi Lear.