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        <title>L'Almanach de Xanadu - toute-référence-à-julien-gracq-n-est-pas-du-hasard</title>
        <description>Comme un dahu en plaine.</description>
        <link>http://xanadu.hautetfort.com/toute-référence-à-julien-gracq-n-est-pas-du-hasard/</link>
        <lastBuildDate>Mon, 17 Nov 2008 23:16:34 +0100</lastBuildDate>
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        <copyright>All Rights Reserved</copyright>
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                <title>DCXCVIII. - [Déconseillé aux mineurs]</title>
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                <author>noreply@ (Xanadu)</author>
                                                <category>Toute référence à Julien Gracq n'est pas du hasard</category>
                                                <pubDate>Sun, 09 Nov 2008 02:45:00 +0100</pubDate>
                <description>
                     &lt;p style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt;Le matin régulièrement ces temps, je ne sais pourquoi, j’y repense. C’est souvent sous la douche. Il s’agit d’une pensée où l’excitation se mêle à la frustration – à la sensation d’une perte, qui est mesurable ; d’un plaisir, qui était certain.&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; Je repense à la bite parfaite de M***.&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; Ni large ni grande comme on peut le constater dans les premiers pornos venus, elle avait cette longueur et cette épaisseur que l’on remarque et l’on apprécie, sans sortir le ruban de couturière pour détailler les extrémités centimétriques. Elle avait certainement cette évidence, cette symétrie intègre que l’on retrouve peu – cette masse qui n’est pas loin de l’obscène, et qui vous le rend désirable.&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; Une légère excroissance à sa droite la rendait encore plus excitante – trop de symétrie aurait rendu l’ensemble de peau légèrement grenue trop puéril, enfantin (pour le coup, malsain). Ici, il y avait cette virilité profonde que je m’épatais à caresser. Ou à sentir dessous son pantalon de toile noire quand je le tenais dans mes bras, et qu’il fumait.&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; La peau dessous était épaisse, et tenait tout juste en main. C’était magnifique d’avoir cette difficile poignée, pendant que l’on léchait, joue contre les contours du ventre.&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; L’érection la gonflait lentement, en faisant un arc plus épais, plus large et grand, que le poids maintenait ployé dans une large parabole concave. Puis, elle se redressait, jusqu’à ce que je la sente contre moi, se frottant à mes cuisses ou entre mes jambes. Le prépuce se défaisait lentement, bijou sacré que je sentais rouler avec délices sous ma langue.&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; Sur son ventre reposaient alors les vers blancs du désir. Depuis, le temps les a effacés.&lt;/p&gt; 
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                <guid isPermaLink="true">http://xanadu.hautetfort.com/archive/2008/11/09/dcxcvi-trois-lieux.html</guid>
                <title>DCXCVII. - Trois lieux.</title>
                <link>http://xanadu.hautetfort.com/archive/2008/11/09/dcxcvi-trois-lieux.html</link>
                <author>noreply@ (Xanadu)</author>
                                                <category>Toute référence à Julien Gracq n'est pas du hasard</category>
                                                <pubDate>Sun, 09 Nov 2008 02:42:00 +0100</pubDate>
                <description>
                     &lt;p style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt;À Kuzina, nous avons mangé du risotto au potiron.&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; À Athènes, il y avait de fins grains de raisins dedans, et un bol d’huile à côté. Les restaurants commençaient à chauffer les terrasses, où l’on sentait parfois les bouffées peu convaincantes des calorifères. La nuit était douce, un peu fraîche : soir, où l’on se promène encore en bras de chemise. La lune était rousse, découpée en ballon de rugby par le seul nuage du ciel.&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; À Paris, les feuilles pleuvaient en larges gouttes, rousses à leur tour. Le ciel brillait dans les flaques.&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; À Athènes, quelque part vers la grande basilique orthodoxe dont j’ai oublié le nom, un jeune homme m’arrêtait. Derrière lui, un peu tirée par la main, une jeune femme se lissait les cheveux derrière l’oreille. Il demanda si je savais où l’on pouvait trouver un distributeur de préservatifs. Puis si j’en avais un sur moi.&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; À Paris, une femme penchait son visage pointu sur son épaule droite, où reposait l’extrémité de l’étole rouge vif qui lui protégeait les cheveux de l’ondée de novembre.&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; À Kuzina, les chaises étaient blanches. Derrière un grand bar de bois brut, les marmitons découpaient des filets de sole, plongeant dans des tourbillons de vapeur des écrevisses. Elles mouraient ivres, heureuses peut-être. À mon tour je redemandais un verre, servi dans une étrange bulle plus large que haute, où il roulait comme une mer renfermée.&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; À Athènes, un vieil homme s’asseyait à côté d’une famille qui chantonnait, grattant son ventre sous le pull bleu bordé de noir. D’une vieille housse, il sortit un violon, et se mit à suivre l’accordéon. Le père le salua du menton ; l’enfant continua de jouer aux voitures. Assis sur le muret de la promenade archéologique, des couples. Des hommes aux bras croisés marchaient rapidement, se jaugeant parfois.&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; À Paris, un clochard se coucha dans la rue, devant une soupe populaire. Il disait qu’il ne voulait pas dormir ailleurs, vu qu’il fallait attendre. À ses pieds, le bus meuglait. Un chauffeur vint lui dire qu’il fallait qu’il laisse là aussi les gens vivre.&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; À Kuzina, un grand dadais se mit à jongler avec les petits pains du serveur, lequel souriait, un brin interloqué. Il nous avait apporté peu avant une confiture de tomates, et de petits beignets ronds où s’étaient posées des tranches de poisson ocre, parsemées de thym.&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; À Paris, dans les bars des quadragénaires qui venaient regarder les plus jeunes s’offraient le délice d’un champagne tiède. Ils ne se parlaient pas. Lové dans un Chesterfield, leur passé se tenait amoureusement la main, se caressant les doigts. Des serveurs claquaient des doigts, mimant la salsa, pour accueillir le chaland.&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; À Athènes, les dés claquaient dans les rues de Gazzi. Des filles, habillées à la mode pour ces âges où se ressembler est la révolution, jouaient sur un vieux backgammon. Les hommes sirotaient lentement à la paille leur café frappé. Parfois, entre une volute de fumée, un regard s’échangeait. Mille fois troublant.&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; La mer, or tout juste martelé, illuminait.&lt;/p&gt; 
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                <guid isPermaLink="true">http://xanadu.hautetfort.com/archive/2008/11/02/dcxcv-la-ville-des-chats.html</guid>
                <title>DCXCVI. - La ville des chats.</title>
                <link>http://xanadu.hautetfort.com/archive/2008/11/02/dcxcv-la-ville-des-chats.html</link>
                <author>noreply@ (Xanadu)</author>
                                                <category>Toute référence à Julien Gracq n'est pas du hasard</category>
                                                <pubDate>Sun, 02 Nov 2008 00:10:00 +0100</pubDate>
                <description>
                     &lt;p style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt;Des tréfonds de ma fatigue, j’ai senti son poids sur le matelas, se déplaçant en pressions circonspectes vers l’océan d’oreillers où je m’étais réfugié. Sa langue erra un peu sur l’un de mes bras, avant qu’à son tour le chat se love contre moi et ronronne.&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; L’hôtel était calme, vide. Le chat était là, et je le regardais sans surprise, comme s’il était évident qu’un chat grimpe je ne sais comment jusqu’au quatrième étage, et se glisse par la fenêtre laissée ouverte, pour profiter de la douceur de novembre. Des voitures pétaradaient sur Syngrou, derrière le temple de Zeus Olympien. Le soleil était haut, il était midi ou un peu plus. Le chat s’était glissé dans la marque de mon crâne sur les draps. Il me suivit sur le balcon, glissant sa petite tête entre les barreaux de fonte.&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; Plus tard, sûr de lui comme un député à la Chambre, il arpenta à ma suite les couloirs vers l’ascenseur. La circulation sur Syngrou s’était calmée, c’était peut-être l’heure du déjeuner. Quelques femmes, aux adolescents un brin réclamiers, traînaient des jonchées de sacs en papier, avec des marques dessus. Des touristes perdus essayaient d’avoir l’air urbain, un chandail sur l’épaule et des chaussures de randonnée au pied.&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; La tentation était forte, de remonter Dionysou Areopagitou. Les cafés étaient attirants, évidents, posés là avec leur menu traduit plusieurs fois. Ce n’était pas fait pour moi, malgré la faim. Je tournais, et commençais à traîner. Progressivement, des figuiers dessinaient leurs feuilles épaisses dans les rues, les pavés se brisaient. Le monument de Lysicrates perdait sa colonne entre des arbres et des chaises ombragées. Des ruelles débutaient un assaut de l’Acropole, dont la muraille parfois se dressait entre les petites maisons, avant de s’essouffler sur une volée d’escaliers en guingois ou une place penchée. Sur une piazzetta où les maisons laissaient tomber leur crépi, je m’assis à l’ombre d’un balcon et d’un olivier. Quatre chats se mirent à jouer autour de moi, l’œil attentif. L’un d’eux me griffa, quand je lui donnais un peu de viande.&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; Le vin était léger, un peu épais… j’avais envie de lever mon verre à l’amoncellement de pierres, de toits, d’arbres, de roches, de portes et de fenêtres qui montait la rue devant moi jusqu’au bec du Belvédère. Je me contentais de savourer le café légèrement râpeux, main dans la tête, regardant. Une petite fille courait après les chats, tapant l’air d’une branche de figuier. Un jeune anglais, que rejoignait un grec, parlait tout sourire de sa vie ici, et de ses études. J’ai eu brusquement l’envie de m’installer aussi – dans ce pays que je ne connais pas, et qui m’a été familier si rapidement. Où le soleil est celui que je connais, la mer et les montagnes sont évidentes. Où la séduction, jamais exposée, se fonde sur des regards et des intentions perdues dans la foule. Ici, la visibilité est soluble dans la population, ce qui n’est pas un mal. Sans gêne je pourrais vivre dans ces maisons un peu bricolées, aller dans les cafés sombres où l’on chante le mal d’aimer et la dureté de la terre sur un bouzouki électrique.&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; J’ai aimé ce rêve un instant, puis je suis reparti marcher dans Plaka.&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; Je suivais les rues comme elles venaient, évitant celles où l’on voyait le touriste passer, œil inquiet de ne pas repérer l’indication kilométrique et la direction de New York sur Adrianou. Il suffit de prendre les escaliers qui sentent la terre et la pierre, où parfois erre un tas de sable ou un chat, d’être entre la colline et la vallée où ondulent les toits en longue houle grise écaillée.&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; J’ai erré, j’ai marché. Pas loin de l’agora (Pandrossou ? Ifestou ?) des marchands alpaguaient ce qui passait pour des baskets éclaboussées de paillettes ou de vieux drapeaux bleus et blancs. Sur une place, des masures hébergeaient des amoncellements de colifichets, des porcelaines, des reproductions d’antiques de toutes époques, des Adonis de plâtre et des épées néo-médiévales ou des sabres japonais de fantaisie laissaient parfois apparaître un poignard SS de belle facture, des cuivres et des clarinettes sous des morceaux de laine vierge. Dans un café de vieux bois, une femme chantait, toutes les places étaient prises.&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; Bien longtemps après, le soleil descendait sur Ermou. L’Acropole lentement s’illuminait pendant que les cheminées de Gazi traçaient dans le ciel des lignes noires. Longtemps je lus sur un canapé d’osier, essayant de ne pas faire tomber la sueur du café frappé sur le ticheurte. Un vieillard, fait beau pour le samedi, tirait sur son cigare. Trois femmes en goguette commandaient du Metaxa, c’est si outrancier, si agréable. Parfois des patrons de gargote en mal de pigeons à rissoler venaient demander l’heure, avant de vous parler de leur femme qui venait immanquablement de votre pays. Des rides brûlaient brusquement devant des briquets. Contre un mur, un homme jouait de la guitare pour lui-même.&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; La nuit était calme et douce. Vers Apostolou Pavlou, une famille fredonnait. Une vieille dame, dans une jupe rouge, répondait à quelqu’un, puis les regardait, sa tête penchée dans ses fanons.&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; Plus tard, dans l’ascenseur, le groom me regarda avec attendrissement. Le chapelet de bois que je tenais en main et agitais, tout comme je le fais depuis trois semaines, le faisait sourire.&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; Quand j’ouvris la fenêtre, le chat rentra.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt; 
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                <guid isPermaLink="true">http://xanadu.hautetfort.com/archive/2008/10/26/dcxciv-la-rose-du-samedi-soir.html</guid>
                <title>DCXCV. - La rose du samedi soir.</title>
                <link>http://xanadu.hautetfort.com/archive/2008/10/26/dcxciv-la-rose-du-samedi-soir.html</link>
                <author>noreply@ (Xanadu)</author>
                                                <category>Toute référence à Julien Gracq n'est pas du hasard</category>
                                                <pubDate>Sun, 26 Oct 2008 23:21:00 +0100</pubDate>
                <description>
                     &lt;p style=&quot;margin: 0cm 0cm 0pt; text-align: justify;&quot; class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&lt;span style=&quot;mso-ansi-language: FR;&quot; lang=&quot;FR&quot; xml:lang=&quot;FR&quot;&gt;Tendre. Dire la tendresse étrange et impromptue. Chercher à la dire – bien évidemment, ne pas le faire (les mots, les phrases pensées le matin, en se promettant qu’on les conserverait pour le soir, disparus depuis). Savoir qu’on ne sait comment, être attiré – certes, c’est l’alcool. Se laisser aller, un bref instant, peut-être aussi parce qu’après tout on est venu, on a fait cet effort.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p style=&quot;margin: 0cm 0cm 0pt; text-align: justify;&quot; class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&lt;span style=&quot;mso-ansi-language: FR;&quot; lang=&quot;FR&quot; xml:lang=&quot;FR&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p style=&quot;margin: 0cm 0cm 0pt; text-align: justify;&quot; class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&lt;span style=&quot;mso-ansi-language: FR;&quot; lang=&quot;FR&quot; xml:lang=&quot;FR&quot;&gt;Se réfugier dans les fleurs comme l’on chasse le sanglier&amp;nbsp;: par bravade. Ce &lt;i&gt;coup&lt;/i&gt;, préparé avec &lt;span style=&quot;mso-spacerun: yes;&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/span&gt;une longue sélection commentée par la marchande, prenant alors une autre signification, en être étonné. Il ne fallait pas des fleurs roses, ni jaunes, ni rouges. Surtout pas rouges. Trouver l’incongruité de roses d’un violet diaphane, à la couleur tout aussi particulière que le sentiment qui anime, certes. Incertaines, indécises.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p style=&quot;margin: 0cm 0cm 0pt; text-align: justify;&quot; class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&lt;span style=&quot;mso-ansi-language: FR;&quot; lang=&quot;FR&quot; xml:lang=&quot;FR&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p style=&quot;margin: 0cm 0cm 0pt; text-align: justify;&quot; class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&lt;span style=&quot;mso-ansi-language: FR;&quot; lang=&quot;FR&quot; xml:lang=&quot;FR&quot;&gt;Les promettre (avertir&amp;nbsp;: la bravade est là, un peu puérile en somme), et bien les offrir. Non, plutôt, les tendre, posées sur une main comme un paquet. Conscience qu’il s’agit moins d’une vérification, que l’on brandirait obscène sous le nez, qu’un cadeau en offrande.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p style=&quot;margin: 0cm 0cm 0pt; text-align: justify;&quot; class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&lt;span style=&quot;mso-ansi-language: FR;&quot; lang=&quot;FR&quot; xml:lang=&quot;FR&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p style=&quot;margin: 0cm 0cm 0pt; text-align: justify;&quot; class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&lt;span style=&quot;mso-ansi-language: FR;&quot; lang=&quot;FR&quot; xml:lang=&quot;FR&quot;&gt;Dire que l’on veut séduire – que l’on s’y essaie. S’apercevoir, au moment où on le dit, qu’il s’agit bien de ça&amp;nbsp;: l’inquiétude, inquiète déjà, déjà ricanante, de la séduction. Du désir d’y parvenir.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p style=&quot;margin: 0cm 0cm 0pt; text-align: justify;&quot; class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&lt;span style=&quot;mso-ansi-language: FR;&quot; lang=&quot;FR&quot; xml:lang=&quot;FR&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p style=&quot;margin: 0cm 0cm 0pt; text-align: justify;&quot; class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&lt;span style=&quot;mso-ansi-language: FR;&quot; lang=&quot;FR&quot; xml:lang=&quot;FR&quot;&gt;Errer dans des justifications. Elles ne sont pas fausses, pourtant&amp;nbsp;: sa beauté d’inconnu vous effraie. Comment connaît-on en si peu de fois&amp;nbsp;? Rien&amp;nbsp;: des impressions – mais lesquelles, toujours&amp;nbsp;!&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p style=&quot;margin: 0cm 0cm 0pt; text-align: justify;&quot; class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&lt;span style=&quot;mso-ansi-language: FR;&quot; lang=&quot;FR&quot; xml:lang=&quot;FR&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p style=&quot;margin: 0cm 0cm 0pt; text-align: justify;&quot; class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&lt;span style=&quot;mso-ansi-language: FR;&quot; lang=&quot;FR&quot; xml:lang=&quot;FR&quot;&gt;Courir vers l’ascenseur qui se ferme, y arracher un baiser.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p style=&quot;margin: 0cm 0cm 0pt; text-align: justify;&quot; class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&lt;span style=&quot;mso-ansi-language: FR;&quot; lang=&quot;FR&quot; xml:lang=&quot;FR&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p style=&quot;margin: 0cm 0cm 0pt; text-align: justify;&quot; class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&lt;span style=&quot;mso-ansi-language: FR;&quot; lang=&quot;FR&quot; xml:lang=&quot;FR&quot;&gt;Au matin finissant, y repenser.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; 
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                <title>DCXCII. - Rue du Trésor.</title>
                <link>http://xanadu.hautetfort.com/archive/2008/10/19/dcxcii-rue-du-tresor.html</link>
                <author>noreply@ (Xanadu)</author>
                                                <category>Toute référence à Julien Gracq n'est pas du hasard</category>
                                                <pubDate>Sun, 19 Oct 2008 00:40:00 +0200</pubDate>
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                     &lt;p style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt;Une vieille dame, à la jupe de coton bleue, d’où sortent des jambes fines comme des os. Que croise un homme à la peau sombre qu’il a maquillée, traitée, chemise largement ouverte sur le torse luisant, le corps torsadé de haut en bas dans des appareillages de haute couture. Que croisent deux hommes finement barbus, à petits pas portant leur sac au coude, parlant de ce qu’il faut faire pour un mur. Que croise une femme peut-être juive, son large corps moulé dans un survêtement de pilou sombre, parée d’un sourire énorme et qui ne cesse de se retourner quand elle traverse la rue pour sourire encore, sans parvenir à trébucher dans le sac qui bat à son bras. Que croisent deux femmes, l’une portant une coiffure qu’elle trouve chic certainement, et qui est arrêtée par l’autre pour qu’elle devine &lt;i&gt;qui&lt;/i&gt; se fait coiffer dans ce magasin. Que croise un barbu, l’œil irradié d’un sang profond, mégot au bec, œil sautillant au gré des rencontres, toujours fixé sur les hommes, comme pour leur demander une explication publique ou un téléphone. Que croisent quelques adolescents vêtus de noir, dont un garçon, transpercés de cuirs, de sangles, de labrets et de mèches peintes en violet qui masquent difficilement les cicatrices rouges de l’acné. Que croise un homme bossu d’années, le corps tordu par le poids qu’il porte et les siècles, le pantalon remonté au-dessus du nombril. Que croise un autre corbeau, aux jambes moulées dans un collant de jean noir, boléro de skaï clouté et peluche de galuchat rose, lequel, d’un grand pas, va s’asseoir aussi devant l’église du &lt;i&gt;Gesù&lt;/i&gt;. Que croisent trois autres adolescents, nettement plus rock’n roll car plus jeunes aussi, l’un ne devant pas avoir plus de treize ans et portant au dos une housse de guitare électrique tout aussi grande que lui, dépassant sa tête comme d’une antenne – et grondant son camarade, qui racle sa guitare acoustique, peinte en rouge, sur le macadam. Que croise deux jeunes filles, au nez busqué sous les mèches blondies et éclaircies par à-coups, juchées au sommet de jupes que recouvrent à peine des châles artistiques. Que croise un autre adolescent à mèche, blond cette fois-ci, son pantalon de collant bleu électrique masqué par un imperméable de mastic aux larges revers et reposé par des plis resserrés sur des chaussures atrocement pointues. Que croisent cinq jeunes adultes, cheveux rasés, pantalon de carreaux rouges et t-shirt usé par les lessives, poussant sur leur ventre des caisses de bières pas encore vidées. Que croise en courant un homme, téléphone au menton, cigarette au doigt. Que croise un homme plus jeune, vêtu d’un gilet ou d’un pull à large échancrure triangulaire, d’où émergent une fine chemise blanche et une cravate noire et fine. Que croise un couple, ses fesses reposant comme des melons dans son jean du dimanche, pendant qu’il essaie de regarder avec attention, crâne à peine chauve penché, les appliques qu’elle lui montre. Que croise un autre couple, de grands-mères, mordant dans des crêpes achetées au dépôt de pain du coin ; l’une d’elle frotte le revers de son imperméable bleu. Que croisent deux hommes, menaçant le monde rien qu’en se tenant la main, et en amour depuis quelques jours. Que croisent trois policiers, dont une femme avec une queue de cheval blonde passée sur la sangle de la casquette, jambes arquées et matraques désentravées. Que croise, engoncée dans sa poussette, une fille de trois ans.&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; Elle tire lentement d’un sac de plastique rose le collier qu’on lui a offert, examinant lentement, sourcils froncés, la rivière de diamants, de perles, d’ors et de rubis.&lt;/p&gt; 
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                <title>DCXCI. - En pendant, en crémaillant.</title>
                <link>http://xanadu.hautetfort.com/archive/2008/10/12/dcxci-en-pendant-en-cremaillant.html</link>
                <author>noreply@ (Xanadu)</author>
                                                <category>Toute référence à Julien Gracq n'est pas du hasard</category>
                                                <pubDate>Sun, 12 Oct 2008 02:14:00 +0200</pubDate>
                <description>
                     &lt;p style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt;Longtemps, j'ai évité les rencontres en-dehors du travail. Ce n'est que tout récemment, clairement circonscrits, que de temps en temps je prenais des verres avec d'anciens collègues, en bar. Cette fois, il n'y avait pas de moyen décent de diluer mes craintes dans mille prétextes d'agenda ; l'invitation était si claire, qu'il fallait y aller, à cette pendaison, sachant qu'en faisant semblant d'être bien ensemble, et détendus, qu'il y aurait le monstre latent du travail, tout prêt d'ouvrir son oeil borgne.&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; Je ne suis pas bien en collectivité, je l'ai déjà dit. Je m'y sens emprunté, je le suis ; je préfère les relations paritaires, ou peu nombreuses du moins.&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; Entrée : je retrouve ces garçons croisés de mon regard de myope dans la salle de sport, et le sauna. Cela ne me surprend pas. Des phrases en quelque sorte avaient fait que je m'y attendais - leur tenue me confirme autre chose.&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; La discussion guindée fait semblant de rire. Le vin est léger, il porte rapidement. Ce n'est pas plus mal. Comme d'habitude, une contre-soirée se forme sur la terrasse, comme d'habitude j'y suis convié en observateur étranger, l'animal qui permet aux choses d'être plus drôles.&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; Le couple en est bien sûr, et surjoue. Ils sont là, peut-être, pour le frisson d'extrême et d'intransigeance déplacée. Ils sont l'esprit libre, en quelque sorte, un peu supérieurs. Leur parole est libre, elle doit être moqueuse. Deux des filles, venues sur le tard en tenue d'apprêt, les regarde. Ils doivent se connaître.&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; Bien sûr, les filles embrassent les garçons sur la bouche, comme une victoire sur l'intellect. L'un comme l'autre, dans un autre contexte, je les aurais désirés - je l'ai déjà fait. Ici : je suis partagé entre de l'amusement et une irritation déjà un peu soûle.&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; Les garçons rentrent, prétexte de bouteille vide peut-être. Les deux filles se mettent à s'embrasser, tout juste, devant moi.&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; Je ne sais pourquoi, je suis persuadé qu'il y a plus de l'enthousiasme d'adolescente. Le certificat, dans ce geste qu'elles font devant un simili-inconnu, de leur apparition à un monde supérieur, celui de la dépravation. De la liberté et du détachement par rapport aux convenances, que j'incarne, je suppose.&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; J'ai envie de leur hurler ce que je suis, et surtout ce que j'ai fait - autrement que tout ce que les déhanchements peuvent prétendre. Malgré tout, mes actions restent confinées dans mes vantardises : je fume seul, je bois seul, je couche presque seul - je n'étale pas, ou peu. Sinon en parole - en verbe, plutôt.&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; Alors que j'ouvre la fenêtre pour rentrer, elles m'arrêtent en me disant que ce n'est pas grave. Je me contente de dire ce que je préfère, comme pour comparer leurs images de théâtre à ma propre vie. À peine l'ai-je dis que je le regrette déjà.&lt;/p&gt; &lt;p style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt;Au retour, je retrouvais dans le métro le garçon qui m'avait suivi à l'aller. Son gros livre cette fois devait être rentré dans son sac à dos. Il fermait les yeux, fatigué lui aussi, pendant que je me réfugiais dans la musique. Il descendit à Italie, et mes cendres tombaient lentement dans l'air clair du balcon.&lt;/p&gt; 
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                <title>DCLXXXVIII. - Hellène (quater).</title>
                <link>http://xanadu.hautetfort.com/archive/2008/10/08/dclxxxviii-hellene-quater.html</link>
                <author>noreply@ (Xanadu)</author>
                                                <category>Toute référence à Julien Gracq n'est pas du hasard</category>
                                                <pubDate>Wed, 08 Oct 2008 10:35:00 +0200</pubDate>
                <description>
                     &lt;center&gt;&lt;b&gt;- 1 -&lt;/b&gt;&lt;/center&gt; &lt;center&gt;&amp;nbsp;&lt;/center&gt; &lt;center&gt;&lt;i&gt;Terminal 1&lt;/i&gt;&lt;/center&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;Comme tous les dimanches, l'avion est en retard ; comme tous les dimanches, la foule se presse devant les guichets de la police. Les rangs compacts s'alourdissent de nouveaux effluves humains à chaque fournée des tapis roulants. Des Romains courent, ils n'ont pas compris que leur avion avait trois heures de retard. Un &lt;i&gt;Pater familias&lt;/i&gt;, l'écharpe rouge posée autour du cou, dresse un menton mussolinien pour diriger la foule piaillante des femmes qui l'entoure. Il se dressait il y a peu devant moi, veste de velours beige, toisant l'avenir des sièges où s'asseoir pendant que les petites guenons dont parlait Lampedusa se pressaient contre la vitre, secouant des têtes et des bras mi-hilares mi-effrayés.&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;Une Parisienne, impatiente, sangle du sac au coude, soupire tant l'univers est impossible, tant est courageux la façon dont elle fait face à ces contrariétés. Elle devrait être louée de tant supporter, si dignement.&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;Dans la queue, des Japonais, en file patiente et collée au mur, alignent la vague refermée de leurs têtes dont certaines se sont fait agrandir les yeux à coup de bistouri. Tous ont le menton posé sur l'épaule gauche, et presqu'un sur deux pose la main sur l'épaule de celui qui le précèdent. Tous ont un sourire niais, attentif - attendri.&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;Tous penchés vers le petit Romain, écrasé de sommeil dans son landeau. Parfois, sa couverture de légère polaire se soulève, avec ses pieds et ses rêves profonds.&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;La housse à costume dans une main, le portable dans l'autre, je me contente d'avance. J'ai la chance d'être grand, et de pouvoir secouer la tête lentement aux rythmes de &lt;i&gt;Shepherd's dog&lt;/i&gt;. Pourtant, un petit sac de souvenirs est souvent poussé contre ma main, de l'arrière. Je me déplace un peu, pour laisser du vide - rien de plus stupide que de se frotter dans un queue (blague à part). L'angle du petit sac plastique revient frotter, posément, sûrement. Il me pousse la main gauche en avant. Je l'écarte, et porte la housse devant moi.&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;J'avance d'un pas. Le petit sac revient, il se presse contre mes cuisses avec l'opiniâtreté d'un chien qui veut jouer. Le frottement remonte mon pantalon, rippant sur la trame à petites poussées. Un pas encore, pour laisser faire.&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;Le petit sac revient. C'est vrai que je prends toute la place de l'étroit couloir, entre les chicanes. Après tout, je n'ai personne à supporter, et auquel faire la conversation à mes côtés. Et puis on est à la fin, juste devant la bande jaune et les caisses de plastique de la police. Je m'écarte sur le côté, m'en foutant éperdumment. Sufjan Stevens joue &lt;i&gt;Avalanche&lt;/i&gt;, il est des choses plus importantes. Et puis ça va être mon tour.&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;Le petit sac traîne sa maîtresse devant moi, jusqu'au guichet de contrôle. La femme fait une petite moue, celle du devoir accompli ou de celle qui ne s'est pas laissée marcher dessus par l'adversité de l'univers. Heureuse d'elle, elle m'est passée devant.&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt; &lt;center&gt;&lt;b&gt;- 2 -&lt;/b&gt;&lt;/center&gt; &lt;center&gt;&amp;nbsp;&lt;/center&gt; &lt;center&gt;&lt;i&gt;Manteau bleu&lt;/i&gt;&lt;/center&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;Les sept oliviers de l'autre côté de la rue sont un peu soulevés par la première brise du matin. À droite, l'avenue Syngrou vrombit déjà de l'ample accélération des voitures émergeant du virage du périphérique. De la fenêtre du bureau, on verra plus tard l'ample mer et les îles du Golfe Saronique, nettes et fraîches pour une fois sur la mer étale où se dessinent les carrés sombres des navires qui partent de Piréas.&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;Les feuilles des oliviers, plus sombres sur le dessus, s'argentent sous le soleil levant qui commence à faire de l'ombre dans la marquise. Ce matin, avoir un thé ou un café a été impossible, plus que d'habitude : un bus a dû atterrir de n'importe quelle contrée où l'on est obèse par nationalisme. Nous sommes plusieurs, par petits groupes, à attendre sous la marquise, pas forcément réveillés, cravate reserrée rapidement et mallette aux pieds.&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;L'assistant me fait remarquer que Iorghos ressemble à un acteur américain. C'est vrai - c'est un beau quinqua, en tout cas. Il pourrait jouer dans un film, je le verrais bien dans un polard. Mais il est trop petit, me dit F***. Bah, à côté de Joe Pesci... et puis ce serait réaliste, au moins. Tout n'est que cadrage.&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;Une première bordée de cadres part dans un des taxis jaunes qui défilent. Encore quelques-uns et on va y arriver. Il suffit d'attendre tranquillement, de regarder les oliviers et le bleu limpide au ciel.&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;Une femme, vêtue de quelque chose comme du Chanel bleu trop épais pour la saison, discute avec Iorghos. Elle discute - après tout, ici, quand des Grecs haussent le ton, c'est juste qu'ils ont une conversation animée. On la sent qui se rengorge, il y a quelque chose comme de l'indignation dans tout ça.&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;Pεσεψιόν, ρεσεψιόν, ρεσεψιόν. Ca revient à tout bout de champ dans sa bouche - elle le disait déjà quand elle m'est passée devant, et le vieux papi, pour la réservation. On sent que la ρεσεψιόν est l'argument massif, la source première de sa colère. C'est qu'elle se contient : ça se voit à sa main légèrement baguée qu'elle remonte à son carré Hermès. Peut-être a-t-elle demandé avant de déjeuner dans sa chambre que la réception lui en commande un, de ces taxis.&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;Son mari fait semblant d'opiner du chef, et va bourrer sa pipe contre une colonne, la laissant faire. Lui aussi lorsqu'il redresse la tête, fourneau au nez, regarde les oliviers. Iorghos met les mains derrière son dos et l'écoute, les pattes d'oie de ses yeux plus creusées.&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;Pεσεψιόν, ρεσεψιόν ! Je sais pas quel est son drame, mais ça m'amuse de la regarder. J'ai un plaisir mesquin à annoncer à mon assistant ce qu'elle va faire, comment elle va agir - et un autre de ne pas trop me tromper. Il rigole, je me mets à avoir un fou-rire. Elle peste : le taxi n'est toujours pas arrivé, à deux mètres de moi elle est tellement perdue dans sa colère légitime qu'elle ne fait pas plus attention à ma cravate de prêt-à-porter qu'avant. Progressivement toute la théorie des cadres se met à sourire, un peu gênée.&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;Son mari nous regarde, retire sa pipe d'un geste large de la main et souffle une fumée ténue et bleue, qui opacifie un instant les oliviers. C'est un de ces vieux messieurs qu'on croirait tiré d'un portrait du dix-neuvième, aux cheveux blancs légèrement crépus, qu'il plaque en arrière. Sa moustache et une partie de sa barbe sont légèrement jaunis, malgré l'attention qu'il leur porte.&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;Un taxi arrive. Il nous regarde, sans rien dire on lui laisse l'animal. Il tapote sa pipe contre une semelle, plus noire, et monte. Iorghos hèle le manteau bleu.&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;Dressée à l'angle de la rue, sur l'avenue, nez au vent impossible, elle voulait attendre le taxi providentiel puisqu'on ne lui donnait pas celui de la ρεσεψιόν.&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;Elle court sur ses talons, hurlant.&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;À peine montée, elle engueule le chauffeur. Tous des incapables, en vérité, à la réception.&lt;/p&gt; 
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                <title>DCLXXXVI. - Hellène (bis).</title>
                <link>http://xanadu.hautetfort.com/archive/2008/10/04/dclxxxvi-hellene-bis.html</link>
                <author>noreply@ (Xanadu)</author>
                                                <category>Toute référence à Julien Gracq n'est pas du hasard</category>
                                                <pubDate>Sat, 04 Oct 2008 01:40:10 +0200</pubDate>
                <description>
                     &lt;center&gt;&lt;b&gt;- 1 -&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; &lt;i&gt;Symposium&lt;/i&gt;&lt;/b&gt;&lt;/center&gt; &lt;p&gt;&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; Ce soir, le vin : à l'univers, au monde. Tant pis pour eux - et pour moi.&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; &lt;br /&gt;&lt;/p&gt; &lt;center&gt;&lt;img src=&quot;http://apu.mabul.org/up/apu/2008/10/04/img-012417tbu2g.jpg&quot; /&gt;&lt;/center&gt; &lt;p&gt;&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; &lt;br /&gt;&lt;/p&gt; &lt;center&gt;&lt;b&gt;- 2 -&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; &lt;i&gt;&quot;Des hommes illustres ont pour tombeaux la terre entière ; un lit vide est préparé pour les humbles.&quot;&lt;/i&gt;&lt;/b&gt;&lt;/center&gt; &lt;p style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt;&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; À Syntagma, ce soldat en treillis qui redressait attentivement les sacoches de ceinture d'un evzone de faction. À l'autre, il lissera les crins du bonnet pris dans les boutons par le vent, une fois que je l'aurais photographié. De l'un à l'autre, le militaire passe régulièrement et rajuste leur tenue, qui est déjà celle de l'hiver. Eux ne cillent pas.&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; J'allume une cigarette, et je fume pour me permettre de le regarder, sans insistance.&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; &lt;br /&gt;&lt;/p&gt; &lt;center&gt;&lt;img src=&quot;http://apu.mabul.org/up/apu/2008/10/04/img-012854zndxx.jpg&quot; /&gt;&lt;/center&gt; &lt;p&gt;&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; &lt;br /&gt;&lt;/p&gt; &lt;center&gt;&lt;b&gt;- 3 -&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; &lt;i&gt;&quot;L'endroit où les gens sont serrés.&quot;&lt;/i&gt;&lt;/b&gt;&lt;/center&gt; &lt;p style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt;&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; Face à la Pnyx, sous le soleil de midi, je monte la colline. Dans l'escalier de la Beulé, je croiserai les hordes sortantes, piétinant le caillebotis de bois en groupe se faisant tous photographier sur le même escalier par plusiers Nadar identiques.&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; Pourtant, dans cette dernière impression de foule, on est impressionné malgré soit. La pente et l'encaissement, entre les murs et les escaliers, rendent plus imposants encore les Propylées.&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; La masse est là, elle surplombe. Les fûts de pierre, immenses, deviennent titanesques. On les regarde, loin, dessous leurs pieds - beaucoup vagissent en bas, se contentant de photographier. Il y a bien des choses que des photos ne rendent pas. Une impression - d'ensemble. Les doigts de marbre brandis vers le ciel, encore coincés dans l'appareillage de métal.&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; Ici, les colonnes soutiennent les cieux.&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; Passer entre elles est un réel &lt;i&gt;passage&lt;/i&gt; - vers le religieux, vers un symbole. On entre, ailleurs : sur une forteresse de pierre à peine arasée. La ligne parfaite est derrière. On comprend ce qu'est une merveille du monde.&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; &lt;br /&gt;&lt;/p&gt; &lt;center&gt;&lt;img src=&quot;http://apu.mabul.org/up/apu/2008/10/04/img-012522hgxyz.jpg&quot; /&gt;&lt;/center&gt; &lt;p&gt;&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; &lt;br /&gt;&lt;/p&gt; &lt;center&gt;&lt;b&gt;- 4 -&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; &lt;i&gt;Et elle ne donna pas la source salée.&lt;/i&gt;&lt;/b&gt;&lt;/center&gt; &lt;p style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt;&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; La colline est presque vide, c'est l'heure la plus chaude. Dans les tavernes colorées, on mange les patates défrigérées. Prosterné, je le crois prendre une photo. Equerre à la main, nez au ras du sol, il dessine précieusement la ligne du monument. Sur une autre feuille, je vois le kiosque de l'Erechteion. Ses longs cheveux masquent à peine sa moue attentive. Il se laisse contourner, il laisse passer les poseurs qui veulent montrer à leurs amis, au retour, leur dernière proie. Je le vois s'acharner sur l'un des métopes.&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; Plus tard je laisserai aussi l'appareil photo pour ressortir nerveusement le carnet de croquis. Des lumières ne peuvent exister sur une pellicule.&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; Quatre nonnes, noires et belles, circulent dans l'indifférence. L'une d'entre elles brandit systématiquement une caméra. Les autres ne se laisseront prendre qu'une fois devant le panorama du Lycabète, et d'Aghios Georghios. Trois époques de la Grèce sont réunies : l'Antiquité splendide que foule le Moyen-Âge pensif contemplent l'Athènes moderne.&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; À côté du Cécropion, un chien noir, pattes croisées devant lui, attend patiemment que le chat descende de l'olivier.&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; &lt;br /&gt;&lt;/p&gt; &lt;center&gt;&lt;img src=&quot;http://apu.mabul.org/up/apu/2008/10/04/img-012547qld30.jpg&quot; /&gt;&lt;/center&gt; &lt;p&gt;&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; &lt;br /&gt;&lt;/p&gt; &lt;center&gt;&lt;b&gt;- 5 -&lt;/b&gt;&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; &lt;strong&gt;&lt;em&gt;Ici, Paul, dit-on...&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt;&lt;/center&gt; &lt;p style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt;&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; Le vent s'est levé, et je griffonne dans le froid. Rien n'est exceptionnel, pourtant je commence à sentir l'incongru de ma présence sur cette pointe de roche. Il y a dans un coin de jeunes grecs, venus boire le dernier verre du repas, et beaucoup de touristes, un peu plus sportifs, qui s'immortalisent devant les restes de l'Agora. Moi, j'essaie simplement de laisser faire la lumière sur le papier. Ce n'est pas facile.&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; J'envoie des messages à tout le monde, disant où je suis, ce que je vois. Certainement pour me sentir moins seul : il n'y a pas plus pitoyable, en fait, que découvrir une merveille seul. De ne pas pouvoir la partager, dans un silence commun. La solitude est un massacre, lorsqu'elle est en extérieur.&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; Les pierres glissaient terriblement, pour monter. J'aimerais beaucoup y donner un rendez-vous, à quelqu'un qui descendrait d'avion pour me rejoindre : &quot;18h, samedi, sur l'Aréopage&quot;. Nous regarderions, avant que les gardes ne nous chassent, le soleil se coucher sur la mer. Puis nous irions boire un verre, peut-être à Psiri.&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; &lt;br /&gt;&lt;/p&gt; &lt;center&gt;&lt;img src=&quot;http://apu.mabul.org/up/apu/2008/10/04/img-01262078el2.jpg&quot; /&gt;&lt;/center&gt; &lt;p&gt;&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; &lt;br /&gt;&lt;/p&gt; &lt;center&gt;&lt;b&gt;- 5 -&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; &lt;i&gt;Syngrou-Fix&lt;/i&gt;&lt;/b&gt;&lt;/center&gt; &lt;p style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt;&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; J'aurais passé la journée en extérieur, à contempler pierre à pierre toute l'Antiquité. Sans étonnement autre que l'évidence de la beauté : ces lieux m'étaient si familiers, que je ne faisais que les retrouver. La ville qui les enclot, elle, est plus étrange.&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; C'est en rentrant que je me suis aperçu que l'hôtel est complètement excentré, au bout de Syngrou, plus loin encore que le dernier métro. La prochaine fois, il faudra que je voie si je ne peux pas en prendre un autre, plus dans le centre, pour le week-end. L'avenue est une longue succession de sex-shops, de centres d'affaires et de concessionnaires automobiles. Des filles aux jupes trop courtes s'y photographient au portable, pour faire passer le temps. Des quinquagénaires inquiets, aux voitures clignotantes, attendent dans leur siège le moment où ils auront le courage d'aller discuter le tarif. Des chiens haletants somnolent sous les lampadaires et, parfois, traversent lentement l'avenue pour faire rugir des klaxons.&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; Quelques restaurants dressent leurs baraquement étudiés et liftés, mais vides, pendant que des couples dont les femmes se cassent les talons sur les trottoirs inexistants, se demandent dans lequel entrer, pour l'ambiance.&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; Le haut de Syngrou doit être un lieu de drague : quelques hommes circulent dans le vacarme des voitures.&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; L'un d'entre eux, démesurément beau, arrête son vélo devant moi. Il ôte sa capuche, retire posément ses écouteurs, et se met à me parler. Affolé, je me réfugie derrière le fait que je ne comprends que l'anglais. Il soupire. Pourtant, je crois que je le désirais.&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; Peut-être aussi me dis-je qu'il était beau, parce que rien ne s'est passé que ma fuite.&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; &lt;br /&gt;&lt;/p&gt; &lt;center&gt;&lt;img src=&quot;http://apu.mabul.org/up/apu/2008/10/04/img-012652ojiqx.jpg&quot; /&gt;&lt;/center&gt; &lt;p&gt;&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; &lt;br /&gt;&lt;/p&gt; &lt;center&gt;&lt;b&gt;- 6 -&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; &lt;i&gt;Chambre 647&lt;/i&gt;&lt;/b&gt;&lt;/center&gt; &lt;p style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt;&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; Cela fait longtemps que je me réfugie dans l'impermanence. Avec cette excuse d'être tout le temps en déplacement, je me réfugie derrière l'inutilité d'établir quelque lien que ce soit. Accusant en somme autrui de ne pas pouvoir être suffisamment patient, devant ce qui n'est jamais que ma propre incapacité à aller vers lui.&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; On a beau me dire que mes voyages sont l'occasion de rencontre - que ça ne tient qu'à moi d'aller au feu. J'en suis incapable, non que l'idée me terrifie. C'est bien autre chose : je ne suis même pas incapable d'entrer dans un bar, puisque jamais l'occasion ne se présente - puisque je fais tout pour n'avoir pas à me trouver face à un &lt;i&gt;bar&lt;/i&gt;. Je me sais froid, distant, moqueur. Je teste sans arrêt, non pas même pour tester en fait, plutôt pour me consoler, face aux réactions que créent mes humeurs, de l'irréalité de toute relation.&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; Je sens bien que j'échappe, ou plutôt : que je fais tout pour échapper. Je suis infidèle - et pourtant exigeant. Je voudrais qu'on soit toujours là, et je me méfie lorsqu'on est présent, pour ne pas dire que je disparais. Quel courage ont mes amis - quelle opiniâtreté. C'est certainement pour cela qu'ils sont peu nombreux. Et qu'ils me sont chers ; mais cela je ne le leur dirai jamais.&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; Ce soir, j'ai demandé au pianiste de jouer &lt;i&gt;As Time Goes By&lt;/i&gt;. Ensuite, il s'est amusé avec &lt;i&gt;The Men I Love&lt;/i&gt;, de Gerschwin crois-je.&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; &lt;br /&gt;&lt;/p&gt; &lt;center&gt;&lt;img src=&quot;http://apu.mabul.org/up/apu/2008/10/04/img-012735g87jp.jpg&quot; /&gt;&lt;/center&gt; &lt;p&gt;&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; &lt;br /&gt;&lt;/p&gt; &lt;center&gt;&lt;b&gt;- 7 -&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; &lt;i&gt;Lobby&lt;/i&gt;&lt;/b&gt;&lt;/center&gt; &lt;p style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt;&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; Le vendredi matin, il faut se lever plus tôt. Des américains arrivent, d'autres partent, tous sont affolés. Les bus stationnent à longues files, devant les plots chromés que les voituriers repoussent sur les trottoirs. Quelques voitures, dont on devine qu'elles sont faites pour le luxe, s'impatientent entre deux mastodontes de métal d'où trébuchent en dandinant des masses adipeuses aux bras fermement accrochés aux barres de sécurité.&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; Les fauteuils du lobby sont intégralement occupés, il y est impossible d'attendre l'assistant et son retard habituel. De vieilles aux couleurs pastels sortent des voix aigües, comme perpétuellement geignardes - même lorsqu'elles expriment leur contentement. Les hommes parlent fort, dans une bouillie verbale de basse, et s'évertuent d'ignorer les casques de cheveux permanentés de leurs épouses, où le vide se voit. Des garçons d'étages empilent de longs sacs dans les cages dorées.&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; Quelques couples nippons rient nerveusement. Les femmes portent de ces vêtements au tissu toujours épais et toujours incongrument coloré : il doit convenir de venir en Europe habillé comme les anciens coloniaux imaginaient les Zoulous, dans les films hollywoodiens. Lorsqu'elles rient, elles pressent leurs mains devant elles, tordant presque les coudes pour qu'ils se touchent. On les croirait maladives.&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; Leurs maris, aux polos blancs rentrés dans la ceinture, ne se sentent pas forcément bien, eux : au petit déjeuner, ils ont essayé d'accompagner les champignons de Paris de la sauce chocolat posée à côté. Certes, ils auront un drôle d'aperçu de la cuisine locale à raconter au bureau.&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; Plus rarement, il y a une équipe de foot, dont les athlètes, incroyablement jeunes, déambulent de soirs en soirs parés des mêmes couleurs. Entre les costumes des cadres fatigués, et les shorts rances, leurs couleurs éclatantes et leur bruit occupent un espace morne souvent. L'écusson sur le sein gauche trace de mystérieux mérites, comme une noblesse étrange qui ressortirait du molleton de leurs survêtements. Leurs corps sont fins et déliés, ils sont &lt;i&gt;eux&lt;/i&gt; et l'on se surprend à les regarder pendant que pelotonnés sur un canapé, l'un d'eux passe son bras derrière celui qui a ouvert son portable, pour mieux voir la vidéo. Un soir, ils disparaissent, pour revenir plus fatigués le lendemain - plus détendus, aussi.&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; Les hommes d'affaires, parce qu'ils font semblant d'être occupés, souvent attendent directement sur le perron le taxi commandé. Cela permet aussi d'échapper aux jacassements du lobby, qui se répètent de semaine en semaine, et lassent. Il y avait un groupe de Français, qui devaient être des commerciaux, à voir le mal qu'avait la femme à s'intégrer dans leur discours tonitruant, rigolard et bravache. Plus en retrait, un jeune homme encravaté se réfugiait derrière son sac de voyage, sur lequel il avait posé une mallette de cuir brun. Je me suis mis à le regarder, il s'est mis à me regarder.&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; J'ai pensé à ces femmes chypriotes, qui leurs collèges partis, traversaient le lobby pour donner à un homme éberlué leur carte de visite, leur numéro de téléphone écrit derrière. Puis je me suis retourné, pour parler à Yanis - le taxi n'allait pas tarder, je devais le remercier. Dos tourné, mains dans les poches, pans de la veste rejetés dans le dos.&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; Quelques instants plus tard, pris par moi-même, je me retournais. Nos yeux se retrouvèrent directement.&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; De nouveau le même manège.&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; Le taxi arriva, cette fois c'était Lampros. Avant de monter, je me surpris à prendre mon temps, pour le regarder. Je soupirais, dieu sait pourquoi. Je lui fis un signe de tête, il leva légèrement la main.&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; Le taxi démarra.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt; 
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                <title>DCLXXXV - Hellène.</title>
                <link>http://xanadu.hautetfort.com/archive/2008/09/26/dclxxxv-hellene.html</link>
                <author>noreply@ (Xanadu)</author>
                                                <category>Toute référence à Julien Gracq n'est pas du hasard</category>
                                                <pubDate>Fri, 26 Sep 2008 11:45:00 +0200</pubDate>
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                     &lt;p align=&quot;center&quot;&gt;&lt;b&gt;- 1 -&lt;/b&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;La vie d'hôtel est une vie morne, saine, et délicatement prévisible - tout comme travailler à l'étranger. La journée est scandée par les déplacements, le matin et le soir par les repas zigzagants entre les mannes d'américains retraités qui viennent en quelques heures contempler les millénaires de pierre. La nourriture est internationale, la langue un beuglement américain, satisfait. Les sièges sont pleins de chairs, aux peaux de bras flasques et gras. Les bacs de bacon, au breakfast, sont fouaillés aussi puissamment qu'un feu moribond, tandis que les serveurs s'insinuent sous des cohortes de plateaux, de verres, de nouveaux oeufs frits.&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;Dans cette masse braillante aux pantalons immenses qui traîne, gourmande, devant les bacs d'omelette blanche so cute et de saucisse tiny but gorgeous my gosh, se glissent parfois de maigres hommes d'affaires, cernés. Ils mangent souvent par paire, voire plus. Le plus jeune est toujours le premier, qui se redresse avec l'inquiétude - cachée par un sourire attendant patiemment l'absolution ou la reconnaissance - qu'on ne lui adresse pas la parole sur le plateau de champignons. Ils se parlent peu - on les sent gênés de cette intimité. L'ordinateur qui fait parfois son apparition à côté du café tiède est un soulagement, peut-être une cachette.&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;Ce matin,&amp;nbsp; ils étaient trois. Le plus jeune avait mon âge, il tentait de sourire et bafouillait son anglais au serveur pour commander le caffe con pana et l'espresso frego. Il n'avait pas mis sa cravate, encore : ce devait être son premier déplacement. Ses deux collègues l'ignoraient, l'un penché sur son BlackBerry, l'autre sur des notes minutieuses. Il se leva, s'excusant d'un sourire, redressant sa mèche blonde. L'ordinateur devait ronronner bien fort, les notes être écrites finement. On n'a pas lu Pascal avec plus d'attention.&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;Ne cherchant plus à héler le serveur pour l'eau chaude qui ne viendrait jamais, je me contentais de le regarder se diriger vers le stand de fromages, celui qui est sans queue ni américains. Il y a là-bas du katiki, de la graviera et parfois du mizithra. Il semblait hésiter devant les triangles de pâte jaune.&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;Lorsqu'il revint, l'assiette pleine où on voyait le doré d'une croûte et le rouge ténu d'une tomate tardive, un homme plus âge avait rejoint la table. Ce devait être le chef, quelque chose comme ça, à voir le pascalien se mettre à lui disserter les preuves théologiques qu'il venait d'étudier.&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;Le serveur arriva, chargé des cafés. Le petit blond lui sourit, pour prendre sa boisson. Le chef tendit la main, lui ôta le caffe, et commença de le boire.&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;Je le vis ne pas comprendre.&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;Il baissa les yeux vers son assiette de fromages, et la posa. Puis il a sorti son ordinateur.&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt; &lt;center&gt;&lt;b&gt;- 2 -&lt;/b&gt;&lt;/center&gt; &lt;p&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;Cette boutique n'est pas toujours visible de l'hôtel - c'est une échoppe comme on en croise souvent dans les rues d'Athènes, un carré sur le trottoir où se vendent les choses les plus inutiles et les plus urgentes. Il y a parfois des journaux, je vais y faire un tour en attendant mon assistant. J'y achète peu - on a peu de besoins, quand on vit à l'hôtel. Pourtant le dernier achat, un peu de gel douche, m'avait fait croire être au Bon Marché.&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;Les journaux viennent de partout - il y en a quelques dizaines de chaque, tous les titres grecs et les grands titres internationaux. Ceux qui vivent face aux hôtels doivent croire qu'on ne prend son plaisir qu'à ne lire le &lt;i&gt;Financial Times&lt;/i&gt; ou le &lt;i&gt;Wall Street Journal&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;Depuis quelques jours, j'y retournais régulièrement. Non seulement parce que F*** est toujours en retard, mais aussi parce que j'y avais vu un temps une manchette rouge et noire, un peu datée, qui fleurait bon le journal satirique. Il faut attendre un peu : la nouvelle livraison n'a jamais lieu le mercredi - parfois le jeudi, parfois le samedi. Il n'y en n'a jamais qu'un exemplaire, plié en quatre entre un paquet de &lt;i&gt;Monde&lt;/i&gt; et trois &lt;i&gt;Figaro&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;Ce matin, la&amp;nbsp; boutique était vide. Je ne trouvais toujours pas mon canard. Je musardais un peu, histoire d'attendre la propriétaire, et de dire bonjour pour faire passer le temps.&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;Kaliméra !&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;Ils ont une façon toute particulière d'appuyer sur le 'mé'. Elle venait de courir pour me rejoindre, mince et noyée dans ses robes à fleurs. Elle devait fumer un peu plus haut dans la rue, parlant avec le moustachu qui fait janissaire d'hôtel.&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;Elle franchit le seuil, passa derrière le comptoir. Et elle me tendit mon journal, qu'elle m'avait gardé caché sous la caisse.&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt; &lt;center&gt;&lt;b&gt;- 3 -&lt;/b&gt;&lt;/center&gt; &lt;p&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;La journée, comme toutes les journées, avait été infernalement dure. Ce n'est pas toujours facile de mélanger le rythme grec - journée pleine, sans pause déjeuner - et le rythme du consultant - journée longue. Bien souvent, en fin de journée, on opine consciencieusement du chef alors qu'on n'a rien compris de ce qu'on vient de vous dire, et qu'on aimerait bien qu'on vous répète.&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;Ces jours-là, mon assistant baisse le pavillon plus tôt que moi : je tente de garder un peu de forme, m'agitant devant des miroirs pendant que la télé braille les derniers massacres financiers, et lui mange rapidement avant d'aller dire à sa copine qu'il l'aime, longtemps, au téléphone.&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;Ils se parlent à voix basse, doucement. On le voit s'énerver, mais jamais il n'ose monter le ton. Cela doit faire longtemps qu'il ne l'a pas vue, et qu'il est ici, avec moi.&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;De retour, il avait déjà accroché le &lt;i&gt;..&lt;/i&gt; à sa porte. J'extirpe le journal de la mallette, prend un livre en plus au cas où, et je monte.&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;Athènes semble calme ce soir. On ne devine plus les phares des tankers quittant le Pirée. Une fête foraine clignote au loin, vers la route de Lamie. L'air est frais, un peu humide. Il n'y a quasi personne sur la terrasse et pourtant il me faudra un peu de temps pour trouver une table d'où voir le Parthénon, jaune tiédi de brume.&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;Enfermé dans les bras de fer forgé, je grignote avec plaisir les nouvelles de mon pays et un peu de pain. Le serveur, dont je ne connais toujours pas le nom, apporte un verre plein de Cabernet. Il est léger, frais, avec un goût de cannelle et de banane. J'ai des envies de carnivore - calme, tranquille, occupé, j'espère n'être pas aussi pitoyable que ce cadre avachi sur sa bière. Mais - je ne suis qu'un type seul avec un journal et un menu.&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;Les toiles de la marquise froufroutent à coup sec. On dirait que des pigeons volent d'un coin à l'autre, sans battre des ailes. Parfois, elles claquent, soulevées brusquement sur le ventilateur qui continue de décapiter la lumière.&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;Il pleut.&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;J'ignore comment c'est arrivé : j'ai levé les yeux, et il pleuvait. Des murailles d'eau entourent la marquise, dont les pans se gonflent, brunissent, suintent aux coutures. Une gouttière se forme à quelques mètres, noircit les carreaux de terre brune.&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;La ville a disparu dans la mer. Parfois dans l'eau on voit flotter la nageoire lumineuse d'un poisson des abysses - puis il disparaît. On entend une sirène glapir dans les profondeurs, mais elle ne persiste pas. La lampe grésille, sous l'hélice du ventilateur.&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;J'hésite, j'essaie de regarder. Mais il n'y a rien, sinon le bruit terrifiant de l'eau qui dévale sur la ville. Journal plié, je bois, regardant les éclats de verre qui se forment aux chéneaux d'un toit, le tremblement des tuiles dans l'orage.&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;Brrrraaaaaoum. La marquise s'éventre, la toile déchirée fond sur la table et se mélange aux serviettes.&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;Je cours à l'abri, journal protégeant le verre, saluant les serveurs hilares dans les nappes noyées.&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt; &lt;center&gt;&lt;b&gt;- 4 -&lt;/b&gt;&lt;/center&gt; &lt;p&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;J'ai sûrement trop bu.&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;Il pleut depuis ce soir, des orages continus. Dans le lobby, de dernières américaines désoeuvrées par le week-end s'européanisent avec des roulées canailles. D'où j'étais, je les voyais dessus mon livre, en rangée épaisses sur les coussins d'un canapé. Bras reposant à l'horizontale sur le ventre.&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;L'une d'entre elles partira avec les fleurs de la table basse.&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;Les serveurs avec le temps me reconnaissent : ils me font attendre plus longtemps, mais ils me touchent l'épaule, et parfois me sourient. Je crois que ce soir ils ne m'ont pas compté la pannacotta criminelle ; peut-être parce qu'il n'y avait plus de retzinah, que du Chardonnay.&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;Je suis seul ce soir, alors j'ai longtemps fumé, aussi. À côté de moi, un vieux grec endimanché sous ses derniers cheveux gominés s'était emparé du piano. Je ne suis jamais parvenu à écouter du jazz que dans les hôtels. Il enjolivait, c'était plein de préciosités déliquescentes. Je ne suis pas sûr qu'elles étaient nécessaires ; elles allaient avec lui, c'est tout.&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;L'un des derniers touristes l'a invité à leur table. Il s'y est assis, le temps d'un verre, mains serrées entre les cuisses comme un écrin. Ensuite, il a joué du Chopin, je pense, ou peut-être était-ce du Lizst revu. J'avais envie qu'il joue &lt;i&gt;As Time Goes By&lt;/i&gt;, je n'ai pas osé.&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;Je me doute bien qu'avec le vendredi soir il conviendrait que je sorte ; j'ai plutôt envie de tranquillité. D'être paisible. Je laisse le temps couler, pendant que la bouteille de vin de Macédoine s'aère. Enfin, je dis de Macédoine : c'est ce que j'ai cru lire, je n'en suis pas sûr. J'ai des livres et la nuit pour moi. Demain, je sortirai.&lt;/p&gt; 
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                <title>DCLXXXIV. - En rentrant... et ben, en rentrant.</title>
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                <author>noreply@ (Xanadu)</author>
                                                <category>Toute référence à Julien Gracq n'est pas du hasard</category>
                                                <pubDate>Sat, 20 Sep 2008 00:30:00 +0200</pubDate>
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                     &lt;p style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt;Quelle semaine ? Où ça ?&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; Je pourrais dire que le personnage principal a fait beaucoup de choses, et qu'à défaut il en a fait d'autres. En même temps, quand le personnage principal passe l'essentiel de son temps à s'occuper, et à accomplir des choses que je me complais à narrer, on pourrait penser que j'en rajoute - un peu par fatuité, comme pour dire : regardez comme je sais raconter des choses ! Regardez comme ma marionnette danse sympathiquement le long des fils de mon récit ! Je le mettrais alors sur un tapis dans une salle de sport, ou je l'agiterais dans des conseils d'administration, encravaté du haut jusques en bas. Il ferait tonner le monde et les dollars, même dans les pays où ils n'existent pas. Si j'avais envie, je vous ferais même des analyses d'un album de Whitney Houston, ou des listes de marques. Mais je ne suis pas Bret Easton Ellis, bien que je craigne qu'avec le recul, désordres physiques en moins, ma vie soit bien proche de celle de Sean Bateman. J'ai dit ma vie, et non celle du personnage. Je suppose que celui-ci a plus de propension à vouloir imiter Patrick Bateman. Mais je me demande quel plaisir il y a à vouloir imiter un tel, ou rechercher à se hausser du col le cul toujours aussi profondément enfoui dans la chaise du confort. Rah que c'est chiant d'être la matière de son livre. Michel, pourquoi m'as-tu fait ça ?&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; Il y a l'autre manière, que j'emploie souvent malgré tout, il faut bien le reconnaître : transformer mon personnage en regard externe, une contemplation. Il voit paisiblement, parfois moqueur, parfois enthousiasmé - transporté par la puissance profonde &amp;amp; imaginative qu'il y a à voir, d'un étage de bureaux, le rose du soleil s'endormant détailler minutieusement des carrés de blanc jauni sur les revers de la montagne là où sont les milliers de toits et de façades. C'est dans ces instants que l'on permet de comprendre au personnage d'où peut venir le cubisme, à l'origine. D'un rien : un étage, une montagne, et une ville de Méditerranée qu'on n'a même pas le temps de visiter tant on travaille. Pourtant, en poussant plus loin dans les étages désertés par le soir, on voit aussi le pic d'Aghios Georgios, aux pierres jaunies, rosées, dessinées par les pins.&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; Plus tard, dans les embouteillages interminables où le taxi prendra ses aises, on pourra même un instant laisser le personnage rêvasser devant les rues qui devaient être, il y a longtemps, des champs vides où des Spartiates attendaient d'attaquer. Maintenant il suffit de regarder les bannières qui semblent annoncer la fête du parti communiste local auprès d'une église, ou la finesse des mains de l'hôtesse, perdues dans un gant plastique d'avion, quand elle prendra les plateaux. Lire le grec n'est pas facile - tout se transforme en déchiffrage dans un monde fait de symboles mathématiques. Il faut prendre le temps, plisser les yeux. Croire humblement lorsqu'on vous brandit sous les yeux tout un code législatif dans cet alphabet. Il y a une leçon frustrante d'humilité dans cela : se trouver face à cette langue, et n'en rien comprendre. On essaie d'être logique, de repérer les formes récurrentes (kalimera, kalispera, nai, ochi, parakalo) et de deviner les autres à grand renfort de rationalisation et de souvenirs métaphysiques (pédophile : aime les enfants, donc &quot;paidon&quot;...) ou de similitudes (oktobrou : octobre). Rien n'y fait : le portugais et l'italien se lisaient, le grec résiste, et le B semble se prononcer V.&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; Le latin moderne est là, et se substitue : tout le monde, le premier chauffeur de taxi venu parle l'anglais - sauf évidemment la femme de service qui pourrait vous apporter l'eau chaude vitale au matin pour faire du thé. Cantonné au café et au fromage à la cannelle, on a beau faire, on ne peut que comparer avec l'incurie française - et le mal propre que l'on a en situation sérieuse à faire son Byron. Je ne suis pas sûr qu'à Paris l'on trouve autant d'anglophones (même expérimentaux) chez les commerçants. Au mieux fera-t-on des gestes. Au plus souvent, on regardera l'étranger affolé avec l'air condescendant et satisfait du coq sur son tas de crottin.&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; Bref, le personnage fait de son mieux, et se jette sur l'helleniko dès qu'il a compris ce que c'était. Deux tasses minimum par jour, pas moins - plus, c'est l'infarctus. Ce n'est pas facile, pour la première fois qu'on est grand, de rester impassible, affable et souriant - de plaire aux commerçants que l'on gangstérise, de prendre sur soi et de n'affoler pas votre assistant quand tout commence à faire plus Thermopyles que Salamine. Une chose semble gagnée, cependant : on vous invite la semaine prochaine dans un bar local ; il faudra trouver une chemise noire. Ainsi va la Grèce : vous pilotez à vue entre l'hôtel, les voitures et les cafés frappés. Sans avoir vue autre chose que quelques colonnes vers l'Olympéion. Bah cela viendra, c'est promis. Il suffit de remonter Syngrou Avenue.&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; Un soir ou deux dans les draps cinq étoiles vous avez eu envie qu'on vous rejoigne - surtout par simple amitié (le reste...). Ce pourrait être bien, Athènes, à deux. Tant pis : c'est une question d'habitude, comme les moignons.&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; Le vendredi, il vous faudra bien sept heures pour revenir en France. L'appartement aura un air de froidure, de sécheresse : vous vous apercevrez qu'il est resté un appartement où vous avez posé vos meubles à la va-vite, déménageant, et que rien n'y a encore vécu. L'univers n'y est pas uni - c'est une collection, pas un assemblage. Cela attendra, aussi.&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; Alors, vous écouterez de la musique, pianotant cela, car vous avez déjà lu quelques centaines de pages aujourd'hui : MGMT, Lightspeed Champion, Tom Waits, Muse. La musique, les livres : ce qui reste, pour vivre.&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; &lt;br /&gt;&lt;/p&gt; 
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