15.08.2008

DCLXXVII. - Icelander (cum commento).

Préliminaire

 

Il va de soi que les premiers jours, et bien souvent encore, j'ai oublié l'appareil photo. Je n'en suis pas un spécialiste, comme certains, qui savent rendre la beauté resplendissante des friches industrielles ou l'absence, ou d'autres, dont les mondes sont faits d'ombres, de persiennes soulevées, de visages profondément humains. Et prendre une photo à cheval, ce n'est guère aisé : il faut garder les rênes, sortir l'engin, calmer la bête, se tordre le cou pour avoir le bon éclairage, éviter d'avoir un autre canasson devant soi. Sans compter qu'enfin je ne vais pas vous avanir, Lecteur, de photos, genre là c'est moi devant le Taj Mahal avec un brochet de 15 kilos péché dans le cratère du Popocapetl.

Et puis au bout d'un moment, aussi, on oublie à cheval de faire des preuves : d'une parce qu'on a mal aux fesses, de deux parce qu'on a de la poussière plein la gueule, de trois parce qu'on a un peu envie d'arriver au gîte et de quatre (fuck le plan en trois parties) parce qu'au bout d'un moment on profite du voyage initiatique. Zarastro était un tantinet loin, mais le Mehr Licht, j'en étais pas loin.

Liminaire

 

Le cheval, tout d'abord. Important, le cheval. Sache, ô Lecteur impécunieux, que le cheval islandais n'a pas seulement une boîte automatique et des jantes chromées avec option bois de rose, mais aussi des crinières monstrueuses qui peuvent virer au format rasta. Ca fait très chic, sauf que des fois on a l'impression de galoper après John Wayne en plein Colorado.

Le cheval islandais en plus fait dans l'exception culturelle, que je me demande même s'il n'est pas français à tant excepter, hein. D'abord il est petit : c'est pas un machin britiche qu'il faut une échelle et trois palans pour monter dessus. Ce qui est pratique d'ailleurs pour freiner : suffit de poser les pieds au sol, ce qui est aisé, d'autant plus que les étriers sont hyper bas. Me faudra un temps fou pour accepter de descendre de cinq crans les étrivières, ce qui est tout de même plus confortable. Bien mieux, le cheval viking n'a pas trois mais je dis bien cinq vitesses, on applaudit bien fort Mesdames et Messieurs tellement c'est magnifique. Vous connaissiez le pas, le trot (une deux trois quatre / une deux / une deux trois quatre / une deux et on veille à pas s'exploser les fesses) et le galop ? Le cheval islandais que nous vous proposons, Pierre et moi, est un cheval qui va l'amble et même le tölt ! Alors, qu'est-ce que c'est que le tölt, Jacqueline ? Et bien c'est simple, Pierre : le tölt est un pas très rapide, qui vous permet d'aller à la vitesse du trot voire du petit galop, et le tout sans avoir les fesses explosées : pas de tagada tagada tagada. Mais c'est vermeilleux, Jacqueline ! Oui, Pierre, mais il faut des fois tenir le canasson pour qu'il ne tombe pas dans le trot. Certes, comment fait-on Jacqueline ? Je vais vous faire une confidence, Pierre : il suffit de prendre la position traditionnelle appelée Harley Davidson par un Frenchie de passage: calé dans la selle bien à l'aise, poings levés devant soi et jambes en avant. Avec ça, Pierre, le bourrin est confortable comme un sofa (ou un rocking-chair, ça dépend de sa circonférence), et vous pouvez faire votre petit 12km/h pendant plusieurs heures. Ah mais c'est très pratique pour traverser des plateaux désertiques en une journée, ça, Jacqueline ! Oui, Pierre, mais il ne faut pas s'arrêter ! Eh bien, Jacqueline, vous m'avez convaincu, et je vous propose désormais, chers amis de Télémarket, d'acquérir le tölt pour la modique somme qui s'affiche au bas de votre écran.

Bon, il peut aussi avoir son caractère, le cheval islandais. À deux par jour, de toute manière, vous aurez le temps d'en tester plusieurs. Neuf, pour la pomme de l'Auteur, avant qu'il ne trouve les perles qui lui plaisent au point qu'il leur fasse des papouilles et refuse de les filer à d'autres (Fat Boy et Old Monkey, parce que j'ai été infoutu de retenir leur nom en islandais). Un cheval m'a foutu complètement une journée en l'air, mais il n'a pas réussi à me foutre à terre, c'est déjà ça - j'ai eu du mal, pourtant. J'ai dû le battre, je n'ai pas aimé ça.

Postliminaire

 

Mais diantre, penses-tu, Lecteur divin et impatient de sauter aux détails croustillants, qu'a-t-il fait ? Il parle d'Islande, vivi, mais quoi donc ?

Veux croire, Lecteur, en l'expression de mes sentiments distingués, et considère que l'Islande est une île, dont la capitale est au sud et la terre entre des eaux. Il y a de la végétation, des buissons, des glaciers, des rivières, des hommes, sans compter les femmes et les petits enfants. Il y fait relativement sombre la nuit, et plus clair le jour, lorsque c'est l'inverse pour cause de nuit polaire. Le dahu, enfin, y porte des crampons aux sabots, ce qui est plus pratique sur les pentes du Vatnajökull. Il semblerait qu'une espèce endémique de dahu se soit développée, le long des rivières qui descendent des glaciers : les pattes les plus longues sont devenues palmées, pour frétiller plus facilement dans l'eau, pendant que les plus courtes gambadent derechef sur le rivage.

Enfin, l'Islande se traverse du sud au nord, d'un océan à l'autre, comme indiqué ci-dessous, entre deux glaciers et dans trois déserts, ce qui n'est pas marqué en revanche.

Islande
Source : Hachette Multimédia



- 1 -
Hvità

 

Evidemment, avec ma chance, à la descente de l'avion j'étais seul et je ne trouvais personne. L'aéroport était vide, et le seul téléphone disponible n'acceptait que la monnaie locale, le change étant fermé. Le premier trip de l'explorateur amateur aura donc été le dressage de téléphone local. Le faire passer dans un cercle enflammé n'aura pas été tout aisé, mais on y est parvenu. Il a même fait le beau, quand un taxi est venu applaudir pour m'emmener à une chambre d'hôte.

En Islande il ne fait pas nuit, et de toute manière on est stressé : donc on se balade dans la ville. Reykjavik est une ville petite, un peu de look américain : de petites baraques côte à côte, qui font échoppe, immeuble, bureau. La rue commerçante a été rapide à trouver, et les stands de Guinness aussi. Sans compter ma capacité à trouver des Rainbow flags dès que je me balade dans une ville inconnue : ça n'a pas manqué. Vlan, en plein dedans. Doit y avoir des émetteurs, je dis, moi. Des sortes d'aimants, on sait pas ce qu'ils font au gouvernement avec l'argent du contribuable, mais c'est pas toujours du joli je dis moi ressers-moi Marcel.

Et la soupe locale, servie dans un pain rond évidé, fut bienvenue. Descendue en cinq minutes, pôv'bête. J'en aurais bien commandé une deuxième, mais ce n'aurait pas été bien vu. Ces Français, tous des bâffreurs. Par ailleurs, les prix m'effrayaient un tantinet. C'est que c'est cher, les îles.

Une petite terreur en tentant la douche : lorsque j'allume l'eau chaude, ça se met à sentir les cabinets et l'oeuf. En faisant bien couler, l'odeur reste. Au bout d'un moment, je me souviens, ah ah je suis trop bête, que dans ce pays les vikings ils prennent l'eau chaude directement du sol, et que c'est de l'eau thermale souffrée, ah ah je suis bête. Ué ben n'empêche ça sent zarb.

Le lendemain, embarquement avec bottes et éperons pour la ferme où les chevaux sont à récupérer : vroum, vroum. Flouchtra flouchtra des gravillons qui grésillent sous les roues et volent sur la carcasse.

On admire la plaine de Þingvellir. Ouaaaaah. Là on commence à vaguement entraver ce que c'est que l'Islande : un lac à faire pâlir Nessie, avec de la vraie eau qui filtre des glaciers à travers la lave en une vingtaine d'années, et surtout la vraie impression d'être au bord de deux mondes : c'est là que se séparent les plaques tectoniques américaine et européenne. J'étais du côté américain. En face, sur la rive, l'Europe. On respecte, s'il vous plaît.

Marchouillant entre les rochers, on se met à rêvasser aux vieux Islandais qui y venaient tenir l'Alþing. J'ai senti un instant l'épée me battre la cuisse, groaaaar.

Un p'tit arrêt à Geysir : bien évidemment, j'ai oublié l'appareil. Alors, Geysir, il va te falloir imaginer, Lecteur :

i. Geysir, c'est plein de touristes (tu parles, avec de vrais geysers AOC, les tous premiers qu'on a inventé que ça en porte même le nom !).

ii. Geysir, y'a plein de pépé-mémés qui descendent au restoroute et accessoirement tentent une excursion vers le site.

iii. Geysir, y'a aussi les bus de nippons qui flashouillent à tout va. Ca me rappellait Paris, tiens.

iv. Geysir, c'est un site à flanc de colline, tout plein d'eau chaude qui coule. Alors y'a des coins avec de l'eau qui bout très fort (100°, si, si je vous assure même que j'ai fait la bêtise d'y mettre la main, suivi en cela par tout un car de nippons qui a plongé dedans pour faire comme moi), de l'eau qui fait bloup bloup, de l'eau qui fait pssssccchhhhhhhhh et de l'eau toute bleue qui fait rien mais est très jolie. Bleue turquoise que même le mascara de l'Oréal il est pas aussi beau.

v. Geysir, c'est surtout le Geysir (en retraite, même si on continue de parler de lui, comme Chirac) et le Strokkur. Alors, le Strokkur, c'est un trou dans un coin, un peu blanc, qui fait bloup, bloup, bloup, et vouich vouich vouich (eau qui remonte un peu, eau qui se lisse et se tasse) et brrrrrrrrrrrrRRRRRRRREEEEEUUUPPPPLLLLLLAAAAAAAAAAAASSSSSCCCCHHHH !!! Là, c'est l'eau qui jaillit à quelques dizaines de mètres en éclaboussant tout sur son passage. Le Français malin cocorico aura eu la présence d'esprit de repérer le sens du vent et de se garder des retombées, le car nippon finit recouvert de silice et de gouttelettes à l'odeur d'oeuf, ce qui est assez drôle. Surtout le crépitement des flashs qui meurent dans les retombées d'eau chaude.

vi. Geysir, c'est le car nippon qui repart pouet pouet avec plein de souvenirs odorants. J'ai bien rigolé.

Ensuite, on va à la ferme, on prend les tagadas, on s'habitue (pas facile : le mien, m'a fallu du temps pour comprendre qu'il refusait les rênes et qu'il se guidait uniquement au bassin, façon cow-boy), et c'est parti pour quatre heures jusqu'à Gullfoss. Tagada, tagada.

Je décrète ici, Lecteur, que tu vas t'amuser, toi, à faire désormais sans arrêt le bruit du cheval qui tagadade tagadade. Il faut que tu contribues, après tout, zut, hein, quoi.

Tagada, tagada, donc.

Vertes vallées, herbes au genou, montagnes noies, et puis début de montagne, on gare les chevaux au parcmètre surveillé par Longtarin et on marche un peu : poum, la cascade. Ouaaaaah. Subrepticement, je suis pris d'un sentiment de condescendance devant la piétaille qui s'esbroue à venir à pattes, pendant que je marche fièrement avec mes bottes de cavalerie que même John Wayne il n'ose pas avoir ça. Ah, ah, ce n'est pas encore Saumur, mais ça va pas tarder... À nos femmes, à nos chevaux et tout le reste !

Le lendemain, décalage oblige, je suis levé avant tout le monde, et je ne comprends pas pourquoi à 8h (françaises) la cour de la ferme reste désespérément vide. Ayant tilté au bout de deux heures à faire le poireau, je rejoins mon sac de couchage. Le salop, il s'est refroidi.

Et c'est là que tout a commencé.

Hvità

 

Veuillez expérimenter ici votre premier désert : y'a encore un peu de montagne, et la poussière est fière d'exister. Le déjeuner de sandouiches au crin et à la terre brassée se prend au bord d'une rivière glaciaire. De toute manière, toutes les rivières sont glaciaires et glaciales, sauf lorsqu'elles sentent l'oeuf : si elles sentent l'oeuf, c'est soit la Seine, soit une rivière géothermique.

À votre gauche, le Langjökull. C'est un glacier de tapette par rapport aux autres, mais c'est tout de même un glacier, donc on respecte. Surtout que vous allez l'avoir sous tous les angles durant un laps.

Hvità

 

Les maisons sont toutes constituées de bardeaux recouverts de plaques de tôle. C'est bas, ça sent le crottin et c'est agréable comme tout. Enfin, quand on est en plein dedans : une fois revenu dans la civilisation, j'aurais un haut-le-coeur en ouvrant mon sac.

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Arbudir

 

Après un après-midi, on arrive à un gîte, à Arbudir.

Arbudir

 

Le Lecteur appréciera la qualité de la poussière locale : voilà ce que ça donne, un après-midi à cheval en plein soleil. L'Auteur était assez content d'avoir pensé, à la dernière minute, à prendre son keffieh (il venait de voir un ouesseterne) : ça protège de la poussière, et quand vous avez une centaine de chevaux sans maître qui galopent devant vous et que vous poussez du ventre, je vous assure que ça en fait de la poussière. Des fois, on n'y voit rien. J'aurais été un touriste normal, je vous aurais pris le nuage de poussière ocre, mais je suis un touriste normal qui était à cheval et tentait de tenir sur son canasson. Qui était la carne sus-évoquée, celle qu'il a fallu battre à coup de cravache pour qu'elle arrête de faire la conne. Heureux de trouver le sol que j'étais, à la fin.

C'est d'ailleurs là que j'ai dégainé le premier la bouteille de whiskey. Appréciable, que c'est, si, si.

Arbudir

 

Il y avait une douche, que la galanterie a réservé aux femmes. Putain de galanterie. À se demander à quoi a servi des années de féminisme si elles peuvent encore jouer aux petites choses fragiles. Oh et puis zut si c'est comme ça j'irai me prendre un bain dans la rivière au matin, na. Après tout les cow-boys le font, je peux le faire. Suffit de prendre une respiration, de sauter à pieds joints et de chanter gaiement pendant que Jolly Jumper broute sous l'arbre.

AAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAH PUTAIN C'EST FROIIIIIIIIIIIIDDDD !!!

Bon ben j'ai pris un bain dans une rivière islandaise. Nous avons été deux tarés à faire ça. L'eau devait être à dix. La vache.

- -
Entre Arbudir et Svartarbotnar

 

Nous nous sommes d'abord aventuré au bord d'un lac, où dérivaient des icebergs tombés du glacier, puis dans une vallée d'effondrement. Puis nous sommes repartis.

Ici, j'ai peu à dire : un plateau herbeux, splendide. De l'eau qui coule, calme, parfaite, entre une herbe pure. L'horizon à perte de vue : la Terre est plate, c'est certain, et elle forme un cercle. Dessus, on a posé un saladier pour faire le ciel.

Je suis le personnage d'une boule souvenir sans la neige.

Entre Arbudir et Svartarbotnar

 

Entre Arbudir et Svartarbotnar

 

Entre Arbudir et Svartarbotnar

 

Entre Arbudir et Svartarbotnar

 

Entre Arbudir et Svartarbotnar

 

Nous galopons le long d'une rivière effondrée, la terre glaiseuse se dresse en falaise sur notre gauche. La boue jaillit en parcelles brunes. La piste, suivie depuis des années par les hordes de chevaux, se creuse profondément dans le sol. Il faut parfois faire attention à ne pas se cogner les étriers aux ornières, qui arrivent parfois au genoux des canassons. L'un des cavaliers en fera l'expérience, et se cassera la gueule. Premier blessé.

- 3 -
Svartarbotnar

 

Le gîte au soir est de l'autre côté de la rivière, que l'on traverse à grandes éclaboussures. Il faut monter la colline, coincée dans un méandre. Il sent le sapin. Les nuages sont bas et lourds, ils décapitent lentement les montagnes à l'horizon.

Svartarbotnar

 

Svartarbotnar

 

Svartarbotnar

 

Svartarbotnar

 

Svartarbotnar



- 4 -
Kjalhraun

 

Au matin, la horde retourne un peu sur ses pas, nous retrouvons la cascade franchie la veille. J'expérimente pour la première fois la photo en selle.

Kjalhraun

 

Nous nous enfonçons dans la vallée de Kjalhraun : désert volcanique, où la piste est seulement marquée par des sortes de cairns de loin en loin. Les sabots claquent sur les pierres, glissent parfois dans les pentes. Souvent, les chevaux trébuchent. Nous avançons lentement.

J'ai l'impression de m'enfoncer dans une plaine du Seigneur des Anneaux. C'est qu'ici on pouvait voir des trolls. Et il était dit que le voyageur non avisé pouvait facilement être tué par eux, à moins d'y perdre un cheval.

Et nous y avons perdu un cheval : brusquement l'animal a pris peur, a quitté la horde et a rebroussé vers Svartarbotnar. Impossible de le rattraper. Je m'y suis essayé, queudchie. À ce moment, le ciel a tonné : il a plu. Un autre animal boitait.

Nous étions vraiment perdu en Mordor. Nous longions une fosse où tempêtait une rivière, grondant sur les rochers. Les chevaux des fois glissaient ; nerveux, ils essayaient de rester le plus loin possible du bord, ce qui n'était pas toujours facile.

Kjalhraun

 

Kjalhraun

 

La horde s'est arrêtée dans une vallée un peu plus verte. Au milieu de nulle part, nous avons croisé une randonneuse, munie de son Aillepodeuh et de son sac de couchage : elle venait du nord, et traversait seule l'île. On a beau eu lui dire qu'il y avait un désert qui l'attendait, sans trop d'eau, sans piste, et qu'on avait mis une matinée à traverser en canasson, elle est repartie. Ces Françaises...

Kjalhraun

 

Kjalhraun



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Thjofadallir

 

Enfin, après toutes ces caillasses, on passe un col pour se trouver dans la Vallée des Voleurs : une merveille renfermée, verte, pimpante. Un miracle qui a survécu au désert lunaire.

Thjofadallir

 

Peut-être que la vallée de Xanadu ressemble à cela, et que c'était Alf, la rivière sacrée, qui était là.

Au sortir, un cheval s'emballera. Pas de blessé ni de tombé, c'est miracle.

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Hveravellir

 

Au soir, nous arrivons à Hveravellir. Je vous rappelle que c'est le soir, bien qu'on ne le croit pas : la nuit ne doit jamais durer que deux heures à cette période-ci de l'année. C'est un lieu où l'eau remonte et où l'on n'a guère envie de manger une omelette. Il y a un bassin d'eau chaude, où l'on peut se baigner. Taïaut !

Boire une bière fraîche dans un bain d'eau chaude, pendant qu'il pleut et qu'un arc-en-ciel se dessine à l'horizon, il faut le faire. Ma serviette n'y survivra pas (elle aura été complètement détrempée), mais moi si et j'en redemanderai. Sans compter qu'on mange un mouton magique, un truc avec des poireaux et des carottes et du cumin que j'ai cru que c'était du couscous au début.

Hveravellir

 

Bien évidemment, cependant, il faut apprécier aussi le décor... les orifices des geysers au soleil de minuit.

Hveravellir

 

L'eau qui fume un peu partout à fleur de sol...

Hveravellir

 

Hveravellir

 

Hveravellir

 

Hveravellir

 

Voire s'amuser à se tirer le portrait dans la vapeur.

Hveravellir

 

Hveravellir

 

De loin en loin, lorsqu'on marche tranquillement hors du site, on retrouve des cairns. Ca a un côté temple primaire, tant je n'en vois pas l'utilité - et tant ils sont étrangement disposés.

Hveravellir

 

Hveravellir

 

Je remonte la plaine vers le nord, le paysage y fait plus toundra. À un moment, je serai surpris par un renard polaire chassant une sorte de bécasse, mais le temps de dégainer l'appareil, il sera loin.

Tant pis, j'écouterai le chant des bécasses.

Hveravellir

 

Hveravellir

 

Hveravellir

 

Au soir, profitant que tout le monde est couché, je prendrai pépère un bain de minuit au chaud. Et rebelote à l'aube.

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Entre Hveravellir et Galtara

 

Entre Hveravellir et Galtara

 

Et c'est reparti. J'ai enfin trouvé un cheval qui me plaît, un vrai fauteuil club, une perle. Il tient pas les longues distances au galop, mais je l'aime beaucoup. Je vous présente Fat Boy, et les effets de la poussière.

Entre Hveravellir et Galtara

 

Pas loin de là, en menant boire Fat Boy, je glisse fesses les premières dans un trou, quatre fers en l'air. Déjà, un bon point : le réflexe "cavalier" qui commence à entrer, je ne lâche pas les rênes dans la surprise. Je suis coincé, et j'éclate de rire. Fat Boy me renifle calmement et broute à côté. Si vous pensez qu'un canasson vous donnera un coup de paturon si vous en avez besoin, vous pouvez toujours vous asseoir dessus, et j'étais bien assis.

Bon, en abandonnant sa dignité, en se contorsionnant et en s'appuyant des coudes (je vous rappelle qu'il faut tenir les rênes, parce que même un type pépère comme Fat Boy peut brusquement foutre le camp), j'arrive à arrêter de rire voir à sortir du trou. Un peu de boue, pas de mal.

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Galtara

 

Au soir, nous couchons à Galtara. Tudieu, j'en pouvais plus, je n'avais qu'une envie : parvenir.

Le repas sera fait de saumon péché dans la rivière, à vous réconcilier avec tous les saumons du monde. Et le coucher du soleil peut vous réconcilier avec l'univers.

Je te laisse, ô Lecteur, regarder le coucher de soleil et les oies qui passent.

Galtara

 

Galtara

 

Galtara

 

Galtara



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Maelifellsdalur

 

Dernier jour de canasson. Un cheval se cabre, il y a une belle chute qui nous fout à tous les pétoches. Brusquement, je regarde Old Monkey d'un autre oeil. Mais bon, ça va, il a pas envie de jouer au communiste et de tout foutre en l'air.

Lentement, nous redescendons vers la côte. Les pierres disparaissent progressivement sous les herbes et les rivières qui grossissent. Nous nous offrons des galops monstrueux. On sent incommensurablement vivant.

Maelifellsdalur

 

Maelifellsdalur

 

Et là on dirait pas comme ça mais c'est l'Océan au bout. Et quand on voit ça, on hurle Thalassa ! Thalassa ! Thalassa ! : que Xénophon me pardonne, je l'ai fait, puis je me suis mordu vigoureusement la lèvre pour ne pas me mettre à chialer de joie.

En gros l'état d'esprit c'était : oputainjelaifaitoputainjelaifaicestlamerlabasjelaifaitoputainjelaifaitfausurtoupaquejepleurohputainjelaifait.

Maelifellsdalur



- 10 -
Reykjavik

 

Quelques jours après, je me retrouve à Reykjavik. Bien évidemment, faut que ce soit le jour de la Gay Pride... je les plains un peu : à 325 000 islandais, ils doivent rapidement tourner en rond... Il y a tout de même de très jolis specimens.

Reykjavik

 

Et, le matin, avant de prendre l'avion, la dernière image sera celle d'une Pretty Woman qui attendra, toute de rose vêtue, devant un magasin de nuit.

Reykjavik

24.07.2008

DCLXXII. - En citant Rimbaud.

Hurlement stressé de l’Auteur, jet de couette, jambe sortie.

Le réveil affiche 6h30 et il n’a pas sonné. Le taxi arrive depuis cinq minutes passées, et attend en bas. Les mécaniques japonaises qui datent de la communion de l’Auteur, il y a bien dix-neuf ou vingt ans de cela, semblent arriver au terme de leur existence.

Qu’on se rassure : Macadam Fandjo a déjà déclenché depuis un bon laps son compteur, il devait bien être dix minutes en avance. Qu’il a comptées ; il faut penser au pouvoir d’achat.

L’Auteur retrouve la gare du Nord, qu’il n’a pas vue depuis quelques années. Dans le calme du matin, les chaises encore humides sont tout juste sorties aux devantures des cafés. Des tasses fument légèrement dans l’air frais, leurs ombres étirées par le soleil qui glisse le long du boulevard. Des voiturettes passent, les trottoirs sont noirs d’eau cantonale. Par une habitude ressurgie de longues années passées, l’Auteur se retrouve à essayer de grelotter au côté des pylônes radiants sur les quais, l’espresso fadasse dans les mains. Il regarde étrangement l’air pur de cette gare, comme il y a quelques temps de cela. Déjà les gens ont l’air plus calmes, auprès des trains rouges. Du quai, on voit la place devant la gare, la ville qui continue de se réveiller. Délicate impression d’immobilité.

Le garçon de cabine sur les marchepieds accueille déjà avec le sourire du Royaume. Dans les voitures, des fonctionnaires européens se saluent d’une rame à l’autre. Ils déambulent, suivis d’un stagiaire chemise courte qui serre contre sa poitrine un portefeuille de maroquin aux douze étoiles de vermeil. La campagne circule, l’air qui entre par la climatisation a des arômes d’herbes et d’arbre. Lentement, le sol se fait de plus en plus plat – le ciel lumineux comme un western.

Je ne sais jamais quand on franchit la frontière. Je crois que je l’ai retrouvée dès la gare, la Belgique.

Cela faisait deux ans que je n’y étais pas allé.

Avant, c’était dans l’enthousiasme d’un amour profond. La Gare du Midi me semblait encore immuable, j’ai cru un instant retrouver E***, serrant de ses mitaines sur sa poitrine la lanière de son sac à dos. Le taxi roulait lentement dans les rues calmes. Je lui ai demandé de s’arrêter un instant sur le Mont Royal. La coupole monstrueuse du Palais de Justice était corsetée de lanières de fer, comme un souvenir refermé. Une étrange nostalgie remontait.

J’ai de nouveau arrêté le taxi, pour manger benoîtement une part de tarte au riz.

Puis j’ai fait mon travail. Don Corleone m’avait envoyé percer un coffre, je m’en suis occupé.

Dans le hall de la banque, engoncés dans des fauteuils, d’éminents pontes dissertaient sur leurs nouvelles fusions-acquisitions. L’un d’eux pressait son coude sur un classeur bleu, débordant de papiers. L’autre secouait contre son mollet un portable usé, se frottant la moustache. Ils parlaient de laisser à leurs employés la possibilité d’avoir des plages mobiles, et de baisser le nombre d’heures à 40 par semaines, voire moins. Ils se disaient qu’un salarié qui travaille trop n’est pas un salarié efficace : huit heures par jour, pas plus – et surtout par le week-end.

Les larmes sont montées aux yeux de l’Auteur. Il les a cachées derrière son écran, a avalé sa salive et s’est ressaisi. C’est peut-être cela, vieillir : pleurer pour des souvenirs, qu’on ne regrette pourtant pas. Parce qu'ils sont jolis.

J’aime la Belgique. Je la connais peu, mais je l’aime. Loin de ses disputailleries de nationalités, qui n’intéressent pas grand’monde en fait, j’admire la force de ce pays, qui sait qu’il est petit et qui n’en vit pas malheureux pour autant – la force de ces gens, qui ne cherchent pas à se hausser du collet, fondamentalement gentils, polis, accueillants. La puissance de cette Nation, qui est d’être humaine. L’intelligence profonde de cette simplicité, qui fait qu’où qu’on se trouve on est forcément un peu chez soi. Parler n’est jamais forcé ou intrusif, s’instruire d’une autre personne n’est jamais une chose intéressée : on y regarde l’être humain, et rien que lui.

Les cafés y sont tapageurs, les bocks éclatants.

21.07.2008

DCLXXI. - En narrant, en racontant.

Cet Almanach, Lecteur, est décidément de plus en plus vide. Non qu'on passe moins de temps à papoter sur internet, non, non, mais j'erre tellement de gauche et d'extrême-gauche que le temps à méta-vivre, savoir narrer les exploits, élucubrations, acrimonies, bouffistailles, coins de coude dans le ventre et autres regards sur des nuques qui sont mon quotidien de héros.

Ores donc, cher Public (car public il y a, je découvre qu'en tout désormais vous êtes une cinquantaine par jour, cocorico youplaboum), apprends çà que mon ouiquennede on peut considérer pour le besoin de la Narration qu'il débuta mercredi.

1. Mercredi

Dans une brasserie célébrissime, Don G*** fêtait mon entrée officielle chez Don Luciano. Après un an et quelques cadavres (j'ai trempé dans l'affaire de la Saint-Valentin) je passais du statut d'arpète à celui d'affranchi. Me voici quelqu'un d'honorable, auquel on doit du respect.

Don G*** avait été remercié par Don Luciano. Il a désormais un territoire plus grand, et c'est là qu'il m'invitait.

Dans les ors nous avons mangé du saumon de pays étranges, tranché épais, à peine arrosé d'herbes. Puis un coq, nageant dans le vin qui l'avait tué, nous a rejoint par brasses larges, naviguant entre les tables aux nappes raidies de coton et d'amidon. Le Juliénas était fort bon, à mon tour c'était moi qui naviguais. J'étais d'une humeur bonnasse, ce qui fait que lorsqu'on m'a demandé de voir si Georgie Claque-Mouille pouvait être plus polie je n'ai pas refusé. J'ai même appris le respect à sa fille, pour que ça l'éduque bien.

2. Jeudi

Jeudi, je ne me souviens plus.

3. Vendredi

L'Auteur s'est levé à 5h30 pour discuter avec la Grèce, à propos de la livraison de Blanches ramenées d'Allemagne par la Roumanie. C'est un métier dans lequel l'Auteur commence à exceller, la traite des Blanches. Sans compter qu'on est demandeur : il faudra certainement aller sur place, traiter un peu plus les Blanches.

Sauf que la Grèce n'était pas au rendez-vous du téléphone. Foutue matinée.

Plus tard, à la salle de gym : je suis parvenu à rester 45 minutes sur un vélo, puissance à fond, simplement à cause de ce qui était en face de moi. Se donner l'air de rien, serrant les dents et minaudant sur Libération juste pour en lever les yeux régulièrement, ignorant avec superbe la sueur qui faisait des flaques autour de moi.

Seigneurmariejosephtoulahaut quel charme il avait.

Je commence lentement à comprendre les caricatures de séries télévisées sur les pédés en salle de sport.

N'empêche.

Quel charme il avait.

4. Samedi

a. Canasson

Dès potron-minet courant dans les blés j'allais rejoindre mes canassons. Fiérot comme est l'Auteur, il refuse d'attendre le bus, et préfère aller pédestrement. Le ciel est lourd depuis des jours, épais et humide, et il y a des coulées de vent froid qui vous frappent au ventre. Même dans les herbes et les bois, on sent cette lourdeur. Les chevaux sont malades avec ça, et moi aussi parfois.

J'avais une bête placide, de celles qu'on se demande si on les monte vraiment, tant elles se laissent conduire facilement. Le genre en fait qui énerve un peu, il faut les talonner régulièrement simplement pour qu'elles tiennent le pas.

Et le genre qui prend peur en plein galop pour un coup de vent dans un buisson. Carne. J'ai bien failli me casser la gueule.

Disons qu'ainsi j'apprends à tenir un bestiaux. M'a fallu pas trop de temps pour l'arrêter, la calmer et la relancer. C'est déjà ça.

b. BHV

Plus tard, affalé dans une boulangerie du centre, je bâffre un sandouiche. Je n'en pouvais plus de faim et de soif. Soudain je tique et m'arrête.

J'étais passé au Bazar de l'Homo Viril prendre de quoi nettoyer les murs de l'appart, sortant du RER. Sac au dos, traversant un Marais pas très éveillé. J'avais vaguement remarqué qu'on me croisait plus bizarrement que d'habitude. Baissant les yeux, je vois mon sac que gonflent les bottes d'équitation et la bombe.

Et d'où sort, bien visible, la cravache.

c. Et maintenant une page de publicité

Ici, imaginons que je rentre, et m'endors sur le Trio à l'Archiduc, bédé sur le ventre, deux heures durant.

d. Mordre l'univers

Plus tard, je marche sur les quais, happant gorge tendue quelques rayons de soleil dans l'air froid.

Plus tard, je précède quelqu'un dans l'escalier d'un immeuble du Quartier Latin. Je crois comprendre que c'est le lit de son coloc. Le sien est trop loin de toute manière.

Plus tard, j'ai le ventre maculé. Le rideau de mousseline se dresse parfois sur les vêtements éparpillés au sol.

Plus tard, je sors de l'appartement en oubliant mon exemplaire d'Hemingway sur la table en bois de l'entrée.

Plus tard, je prends un vélo. Le vent s'est arrêté. Je suis vivant, et j'ai envie de mordre l'univers.

d. Messire G***

Pendant mes vélocipédations Messire G*** sonne. Et pédale que je pédale pour retourner vers Javel chercher l'autre armuré et son épée.

Et métro que nous métro pour retourner dans le Marais. Messire G*** a décidé de me sortir, et de me faire mon expédition nocturne annuelle dans les bars de ce quartier.

Nous buvons au Carré. La bière y est plus chère, et le service plus lent. J'ai faim. Il n'y a pas les tapas annoncés au menu. Quelques garçons me regardent, draguant leur rencontre internet. Regards fixes, dos raides, nuques droites.

Une fille fume au comptoir.

Nous rentrons, fin soûls, à pied. Le vélo n'était plus possible à ce stade d'éthylisme.

e. La nuit

Quelqu'un monte mes escaliers.

Plus tard, ma porte s'ouvre à nouveau.

f. Quelque part

J'ai envie de chair. Je me sens vivant et j'ai envie de chair.

07.07.2008

DCLXIV. - Solidays, jour 3 : Keffieh’s day.

i. J'ai le droit d'être inconséquent.

ii. Je suis humain, zut.

iii. Pétri de contradictions.

iv. Et même que je me contredis rien que pour montrer que je suis capable d'évoluer.

v. Y'a que les sots qui ne changent pas d'idée.

vi. Et puis la contradiction fait partie du mouvement de la pensée hegelienne.

vii. D'abord j'ai aussi le droit de me mettre à apprécier Hegel.

viii. En plus il y avait une 'ache de poussière. C'est pas ma faute si la zique était trop bonne et que j'ai tressauté quatre heures durant de concerts en concerts.

ix. Soulevant la poussière avec mes pieds, toussant dedans.

x. Alors pour le dernier concert, celui des Gossip, j'ai acheté un keffieh. Et ben ça protège bien. Enfin, comme un foulard normal.

xi. Mai-euh !

06.07.2008

DCLXIII. - Solidays, jour 2 : je deviens folle.

i. Endormi dans l'herbe, pendant que les Subways hurlottaient, j'ai laissé les passants m'enjamber. L'herbe, à peine réchauffée de l'averse de midi, mouillait tout juste mon dos. Le ciel était large, fait de légères rayures blanches sur un bleu à peine aussi clair. Je l'ai laissé m'envahir, les oreilles remplies de musique.

ii. J'ai fermé les yeux, tout entier de musique.

iii. Un sursaut m'a réveillé, une heure plus tard. Il se peut qu'on m'ait marché dessus.

iv. Regardé quelques jeunes personnes ; il ne s'est rien passé. L'étendue de ce qui peut éveiller mon désir reste encore sans frontière. Certes, les minets. Mais aussi ces deux blonds mal rasés, râblés, de mon âge.

v. Surprise de voir une minette me faire du gringe.

vi. Tout cela est à temporiser (1) : je reste désespérément transparent aux serveurs, barmen, barmaid et quoi que ce soit d'autre. Il me faudra toujours poirauter des heures, même sous leur nez, avant qu'ils m'adressent la parole. Toujours ils préféreront faire des mielleries à la personne cent mètres derrière moi.

vii. Tout cela est à temporiser (2) : ce défaut d'éducation qui fait que dans une file d'attente je laisse presque un bon mètre devant moi pour ne pas gêner incite régulièrement les sacs à main à me passer devant, poser leur verre à binouse sur me comptoir et réclamer une autre tournée. Le pire étant le sac à main en perles importé de Katmandou, qui lorsqu'il se retourne me regarde dessus ses lunettes carrées et son nez épais avec un air de commisération.

viii. Tout cela est à temporiser (3) : cette même pratique, de chercher à avoir de l'espace autour de moi, pose problème en salle de concert. Tout le monde repère la place, et soit en quelques minutes j'ai une horde de prépubères qui s'y pousse de l'épaule et me fout des coups d'épingles à cheveux dans le ventre, soit la zone sert de lieu de passage, et c'est un incontournable et certain défilé.

ix. Tout cela est à temporiser (4) : pour me venger, j'ai écrasé deux pieds.

x. Quels concerts, doux Jésus. Je me suis quand même trémoussé du bassin sur I will survive.

xi. Plus tard, bien plus tard, dans la rue : trois révolutionnaires de pacotilles, vautrés, qui boivent. Un vieux beau passe, ils lui rigolardent "J'aime la bitte, j'aime la bitte." L'autre lisse ses cheveux et accélère.

xii. C'est mon tour. Ils braillent "Homme à lunettes, homme à quéquettes. Homme à lunettes, homme à quéquettes". Je ne sais pas pourquoi, je me retourne : "Ca, au moins c'est vrai. Tu veux tester que je t'enfile ?" Ils piquent un fard. C'aura été mon instant de gloire.

05.07.2008

DCLXII. - Solidays, jour 1 : l'intervention de l'armée.

i. Sur un escalator de la Défense, la masse des cadres et des talons aiguilles qui s'en empare. Elle le monte par ahans, comme un serpent dont les soubresauts ondulent du bas en haut.

ii. Les hordes de pouffes, qui parlent fort, s'agitent et commentent car elles sont trop rebelles tu vois en me foutant des coups de leur sac Doux & Tralala de chez Hermès dans les hanches.

iii. Les meufs qui s'agitent, qui n'en peuvent plus de vibrionner parce que la musique leur empêche d'être le centre d'attention. Jacasse, jacasse, jacasse.

iv. Les retours de Katmandou, version 0.1 (elle n'a pas changé depuis mes années lycées, il y a quinze ans) : pantalons de treillis militaire, ticheurte large et sombre, casquette verte à calotte, keffieh. Accessoirement, barbiche, un petit clou sur la visière et un piercing.

v. Les retours de Katmandou, version 0.2 (elle non plus ne change pas en quinze ans) : veste népalaise difforme, jean difforme, dreads et toujours un accessoire jaune (bandana noué au poignet, foulard dans les cheveux ou sac à dos). Le jean peut être remplacé par un pantalon en velours cul d'éléphant.

vi. Les retours de Katmandou, version 0.3 (même remarque sur les quinze ans) : ticheurte format tellement de X qu'on se demande si le L tient sur l'étiquette, pantalon en toile format patchwork, besace qui traîne au sol en tissu.

vii. Bref, si les punks avaient su que leur mouvement allait donner ce genre de clones, ils auraient porté des smokings. Juste histoire de rire.

viii. À 21h, pendant le concert de Moriarty, l'armée a encerclé l'hippodrome. L'essentiel de la foule étant sous un des dômes, l'opération a été réalisée efficacement. Des camions ont été amenés, et certains ont dû y monter. Mais ça allait trop lentement, alors ils nous ont tiré dessus directement.

01.07.2008

DCLXI. - Un jour de grève comme un autre.

i. C'est lorsqu'il fait plus de trente degrés, et que la pollution se mêle délicatement au pollen, qu'il faut profiter des jours de grève. Regardez la foule qui s'entasse, bêlante, le long des escalators, marchant immobiles sur la mécanique impassible et cruelle, poussés par derrière, poussés par la machine, et ne pouvant avancer. Marchant en arrière.

ii. Les couloirs qui étouffent. La horde entassée, pressée, coincée dans les sacs des femmes, devant les quais qui n'ouvrent pas. La pression jusque sur le parvis des gares, la queue sur la place Saint-Lazare.

iii. Prenez alors les chemins buissonniers de la grève, ceux de la ligne droite qui monte jusqu'à l'Arc. Après tout, il vous a fallu 1h40 ce matin pour parcourir quelques malheureux kilomètres en fourgon à bestiaux.

iv. Il vous en faudra deux : une pour monter à l'Arc, une autre pour descendre à Javel.

v. Pour en profiter, il est recommandé de choisir un costume des plus sombres, une cravate d'autant, et un portable qui pèse bien dans son sac. Par chance, ou par facétie, vous avez emprunté un sac qui n'est pas le vôtre, et pèse déjà dix fois moins lourd : vous abusez alors qu'on vous permet de faire du sport, mais on vous pardonnera.

vi. Au contraire, appréciez le glissement subversif et coquin de vos lunettes sur votre nez constellé de sueur.

vii. Ne tentez pas de téléphoner en marchant, histoire de rattraper tous les coups de fil que vous avez en dette : le hurlement des sirènes, allant chercher les clamsés de la grève, vous en empêchera. Ou un cortège présidentiel quelconque, accentuant avec humour les embarras de la ville.

viii. Vous constaterez, durant toute votre traversée de Neuilly-sur-Seine, que vous risquez un bon malaise par manque d'eau et de sucre. Vous chercherez, marchant, une boulangerie, jusque dans les rues adjacentes. Il n'est pas si tard.

ix. Vous verez alors que les rues de Neuilly-sur-Seine sont constituées exclusivement de sièges sociaux et autres bureaux, de coiffeurs, de plombiers, de deux magasins de vêtements au rabais et de quelques bistros déjà fermés. Mais de boulangerie, niet.

x. Vous en déduirez qu'à Neuilly, s'ils n'ont pas de pain, ils doivent manger de la brioche.

xi. La boulange apparaît au tournant de la civilisation, une fois passé le boulevard périphérique, quelque part vers l'Argentine. C'est connu, il y a du blé en Argentine. Pas à Neuilly.

xi. Vous pensiez, intelligent que vous êtes, trouver une station de vélo avant l'Arc de l'Etoile. Que nenni. Ou plutôt : si, il y en a une, vidée déjà. Par tous ceux qui sont aussi intelligents que vous.

xii. Contrairement à ce que prétendait le plan consulté avant de partir, il n'y a d'ailleurs pas de station de vélo, ni à Porte Maillot (sur le papier : 3), ni à l'Etoile (selon le PCUS : 6). Celle d'Iéna est inexistante, tout comme celle de la rue Jean Rey.

xiii. Vous voici déjà aux pieds de la tour Eiffel, inondé.

xiv. Vous exagérez : celle de la rue Kléber existait peut-être, derrière les défections d'un caniche angora, et les jantes explosées d'une bécane vélocipédique.

xv. D'ailleurs, il y a bien une station à Bir-Hakeim, qu'est-ce que vous vous plaignez. D'accord, vous n'êtes plus qu'à dix minutes de chez vous, est-ce une raison pour autant ? En plus le vélo n'a pas de roues trop dégonflées.

xvi. Vogue la galère.

xvii. En notule vous inscrirez sur un angle non taché de sueur blanchie de votre chemise, que rouler le soir sur les quais de Grenelle et Citroën n'est pas donné au premier pékin venu. Trois fois, bien que vous serrez votre droite comme un sarkoziste, on manquera vous emporter.

xviii. Bref, les trois stations de vélo, qui enserrent votre immeuble, sont pleines.

xix. À craquer.

xx. Titubant, vous revenez à pied d'une autre lointaine station. Sac de l'ordinateur craquant contre vos genoux.

23.06.2008

DCLVIII. - Résumé.

Marché mangé dormi. Mangé dormi marché. Dormi mangé.

Bu bu bu bu bu.

Vu des canassons. Bientôt ils seront entre mes cuisses, les étalons.

Dormi au soleil, sous les nuages. Sué.

Peint.

Vu des sourires.

Bu bu bu bu bu.

Fais une bêtise.

Mal au crâne.


14.06.2008

DCLIII. - Chair(s).

i. Il y a des gens qui ont une mer pas normale : elle bouge, il y a des vagues, un truc qu'ils appellent la marée, elle est jaune et la plage est plate avec du sable. Ils appellent ça l'Océan.

ii. Pieds nus, on dépasse la barrière, on traverse le talus sous un pont de bois. Un homme, harnaché de mousse, nous frôle. Derrière la barrière, il devrait y avoir la mer. On croit deviner un intense champ de boue, on imagine qu'elle s'est retirée. En fait, c'était elle - traversée de nuages. Quelques surfeurs y gigotent.

iii. À l'Océan, il fait rarement du soleil. En fait, il pleut. Tout le reste est exception.

iv. Ce qui est appréciable, dans les séminaires, est la quantité de vin du cru à disposition. Ce qui l'est moins, c'est la quantité de travail qui demeure, et qu'on fait le soir dans sa chambre. C'est que j'ai un hold-up sur le feu, plus une exposition de diamant à voler à Conakry, moi.

v. Cependant, cela se confirme : lire un tome de la Pléiade est délicat en plein vent, avec une serviette chouravée à l'hôtel tout juste bonne pour essuyer les mains sous le ventre. Ce n'est pas ça qui permet d'avoir les fesses à l'air. Bien qu'il y ait l'excuse de se dire que Pablo Escobar et Lucky Luciano, sortant du cours "Bien appuyer sur la gâchette", pouvaient me surprendre. Et sortir le Beretta avec le braquemard à l'air, c'est pas très corporate.

vi. Je connaissais déjà cette capacité que j'ai à dormir dans l'avion ou le train. Je l'ai complétée en découvrant que cela peut être sur cinq heures d'affilée.

vii. Je n'ai vraiment découvert le pays où j'avais taillé la bavette avec Mesrine qu'une fois dans le train du retour. Sous les oripeaux vaguement refaits d'oranges et de bleus du tégévé, se trouvaient des mâles aux joues crasseuses de barbes, aux épaules larges, au cou de taureau. Plonger aussi avant dans un cliché, et en prendre toute la sensuelle mesure, peut parfois prendre une dimension extrêmement érotique. Troublante. Il y a jusqu'à des désirs d'une violence étrange qui remontent.

viii. Aujourd'hui, c'est l'anniversaire du plus beau des Nantais. Bon anniversaire, mon grand !

08.06.2008

DCLI. - Le fruit.

Le ventre épais de fromages et de fruits. Les fromages mangés sans pain. Les dents qui mordent dans le marc de raisin et la pâte de chèvre. Sans couteau - le pain a moisi depuis longtemps.

Craquants sous les dents les raisins déjà secs aux bouts de sarments, tordus par l'humidité.

La main qui prend ce fruit carré. Sa peau orangée et cirée comme un kaki, j'ai oublié son nom, que je pèle. La chair est gluante et rose orangée, les liqueurs lentement coulent entre mes doigts. L'odeur que je renifle est celle d'une jonchée fraîche et du sperme sur un ventre. Avoir baisé sur des feuilles pourries.

Fruit éventré par l'ongle du pouce. Sa chair suinte. Grasse, de liqueur huileuse. L'impatience lubrique. Mes doigts qui pétrissent son centre. Son huile qui me coule sur le menton.

Traces sur la chemise.

Mâchant de longues giclées de sperme orange.

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