30.07.2008
DCLXXV. - Liste de lectures.
Car à y bien regarder, les conditions qui ont mené à un taux de mortalité de 80% en plein Siècle des Lumières (alors que la peste en général c'était 25%), c'est bien uniquement parce que Marseille était une ville moderne, gérée de façon moderne. Et qu'à voir la politique qui a été menée par les élites, on se met à rêver ce qui se passerait maintenant. Y'aurait vraiment de quoi écrire, tiens.
Pour mémoire, la dernière peste en France date des années 20, et la dernière épidémie de 2004.
ii. Le Lièvre de Vatanen, de Arto Paasilinna. C'est l'histoire d'un journaliste qui renverse un levreau et s'attache à lui. Il y a de quoi faire du Disney, ça devient un drôle de périple en plein milieu de la Finlande. Chez Paasilina, il y a toujours des arbres qu'on coupe, des saunas, de la vodka et des élans qu'on chasse en plein hiver. Il y a ici aussi des ours qu'on chasse rageusement jusqu'en URSS, des incendies qu'on regarde en se baignant dans un lac, des buldozers qui atterrissent dans de drôles d'endroits, des ministres qui embarquent nus dans des hélicos, des pasteurs qui tirent sur la Croix, des huttes qu'on retape, et bien sûr des crottes de lièvre un peu partout.
Y jeter un coup d'oeil rapidement, Lecteur. 235 pages, et de la Finlande en plein été, tu vas pas faire chier.
iii. Saga d'Egill, fils de Grimr le Chauve. Parce que je me disais qu'il fallait me faire une culture livresque sur l'Islande, j'ai pécho une collection de sagas. Dans une collection qui était la seule à éditer ces curiosités, ce qui fait que j'ai acheté mon premier ouvrage relié de cuir en papier Bible, caractères Garamond et reliure violet. Et j'ai pu constater qu'en tenant une feuille, effectivement elle ne s'arrachait pas.
Quant à la saga, c'était loin, très loin, de ce que j'imaginais. Je pensais combat de de héros, haches sanglantes, chevaux qui hennissent, dieux qui font des coups en loucedé. Bah que dalle. Plus laconique tu meurs gelé sur le Hvannadalshnjùkur. Plus longuet aussi.
iv. Le Festin de Babette, de Karen Blixen. Mué mué mué. Je l'ai acheté parce que j'avais entendu parler du film. L'histoire est intéressante, on sent une pointe d'humour. Ca ne m'a pas pour autant transporté - tant qu'à fêter les joies de la chère, autant lire du Rabelais ou voir Ratatouille. Ici, c'est trop discret, trop retenu - à quand bien même on se doute que l'intérêt du livre est de faire passer, en douceur, le miracle de la bouffe dans une assemblée de protestants sectaires et grincheux. En même temps, une soupe de tortue je ne serais pas contre.
v. Tempêtes, de la même. Un brin pompeuse, cette histoire d'une troupe de théâtreux qui se retrouve coincée dans une ville du fin fond du Nord là-haut, citant bien évidemment son Shakespeare comme tout bon cultivationné du XIX°.
vi. L'Eternelle histoire, de la même. Ah bah voilà une idée qu'elle est bonne, tout de même ! Plus intéressante même que Babette - ce vieillard richissime de Hong Kong ou Shangaï qui se met en tête d'accomplir une fanfaronnade que les marins se racontent tous de bateau en bateau. Comment un jeune homme, plein de taches de rousseur, se trouve embringué dans une villa des mille et une nuits. Comment une pute sur le début n'en est pas si sûrement une que cela. Comment accessoirement on s'interroge encore définitivement sur ce qui meut le sexe féminin des femmes et les fait agir.
vii. Kafka sur le rivage, de Haruki Murakami. Anecdotique. Plus de six cent pages pour nous faire le coup du lapin qui sort du chapeau, les élucubrations vasouilleuses et le néo-Mishima (si, si, je vous assure que ça sent dans la fascination pour le sport et le nettoyage de prépuce), merci mais ça en valait pas la peine.
viii. Le Cantique de l'Apocalypse joyeuse, de Arto Paasilinna. Après toutes ces déceptions, un peu de valeur sûre ne fait jamais de mal. Bien évidemment, là encore il y a des arbres, des ours et pas mal de neige non loin de l'URSS. De toute façon, Arto il n'aime que ça, les bois et le sauna. Cette fois-ci, c'est l'affaire d'un communiste, brûleur d'églises et révolutionnaire devant l'Eternel, qui au seuil de la mort confie à son petit-fils le soin de construire... une église.
Et voilà que ça commence comme ça les catastrophes. On commence par faire une église en bois, puis un chalet pour des écolos qui savent juste faire sécher des herbes aromatiques. Puis on laboure, ou on passe la senne dans le lac. Une pasteure doyenne aux armées s'en mêle, la chef de la propreté des trains aussi. Un ours cardiaque aussi, mais c'est une autre affaire.
Le temps passe - l'histoire commence en 1992 pour se finir vers 2030. Entretemps, en-dehors du village qui fleurit de plus en plus (même si les écolos et les herbes aromatiques n'y sont pour rien), la crise économique de 2007 fait tous ses effets. Les crises boursières emportent les populations, la famine les décime, le pétrole disparaît. On voit passer quelques missiles aux traînées roses, des aviateurs arabes porteurs de bombe nucléaire en pleine Finlande, (qu'on fait exploser pour rigoler), une troupe de 40 000 femmes, pas mal de tonneaux de vendaces et encore plus de fûts de bière. Il y a aussi une Finlandaise de Nouille Orque, une cheffe de secte diplômée en art de vivre, quelques mafiosi spécialisés dans la culture d'organes humains frais, et une souris sanguinaire.
Bref, c'est bien.
ix. Le Bizarre incident du chien pendant la nuit, de Mark Haddon. Bof. Ca ferait un film bientôt que ça m'étonnerait pas.
00:10 Publié dans Listes de lecture | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note
14.07.2008
DCLXVI. - Solidays, J+7 : choses vues.
ii. Déportivo, qu'on ne présente plus. Je les avais déjà vus en décembre, où j'avais découvert le slam en continu, mode taylorisme du vingtième : dès les premières notes, la foule incontrôlable des groupies avait fait la queue pour se jeter sur les bras levés. Ici, peu encore - les retours de Katmandou levaient leurs tentes encore sur l'hippodrome, on était entre gens civilisés, et on pouvait gigoter peinard. Mine de rien profitant des nuques devant soi, aux tempes à peine argentées.
iii. Girls in Hawai : En passant une main inquiète sur le coup de soleil, s'éventant de son chapeau le festivalier ira s'asseoir ensuite dans le gazon encore un tantinet existant, devant la scène om se produiront les filles haïtiennes rock indie. Vendu comme belge, "avec [son] son entre bricolage et fragilité, leur goût pour les ambiances en demi-teintes, leur invitation permanente au rêve", ce groupe ne vous laissera aucun souvenir. Ca ressemblait plus à du rock garage aux bornes du punk, bref beaucoup de bruit pour rien comme on dit à Stratford sur l'Avon.
iv. The Hoosiers, qui, bien que je connaisse le single, a été la première découverte de ce festival. Non seulement à cause de la scénographie, péchue et pleine d'humour british-of-course, aux apparitions de Spiderman, de deux squelettes à coulisses et des bacchantes du drummer, mais aussi pour la voix déchirée d'Irwin Sparkes. C'est ici qu'on commence à danser et à faire la farandole. On l'avait déjà faite pour Déportivo, mais là on se prend au jeu et on trémousse le popotin sérieux.
v. The Dodoz, qui a été l'occasion de ma première sieste dans l'herbe, au soleil hésitant que cachaient des nuages. La foule lentement se densifiait, mais l'heure était encore au festival humain. Le trio pop-rock couinait un peu, de manière suffisante pour qu'on le découvre ou du moins qu'on s'intéresse, entre les riffs rageurs et la voix un peu sucrée de la chanteuse, les déhanchés de Jules et Vincent. Surtout qu'on se convainc, lorsque le riff reprend le Dies Irae gothique (si, si !) qu'I Do Like Boys. Miam. Le festival sera voyeur ou ne sera pas. Salopards d'ados.
vi. Moriarty : c'est sous les vieux chapiteaux qu'on découvre que la musique sans la boîte et les baffles de son salon fait pas mal pour le bonheur de l'humanité. L'écoute distraite au boulot m'avait juste indiqué que le cédé valait la peine. La découverte dans les premiers soulevés de poussière du groupe au barbu à l'harmonica, et la découverte là maintenant pas plus tard que je suis en train de l'écrire qu'il y a une reprise de Depeche Mode dans leur album (je viens de tilter sur leur Myspace) n'empêche pas qu'il faut ab-so-lu-ment que vous possédiez cet album, Lecteur, ma chèèèère, c'est un groupe qui compte et s'il compte pas c'est à croire que Nicolas-Paul-Stéphane Sarközy de Nagy-Bocsa est président de la République.
vii. Les Têtes Raides : sorti du nom célébrissime que je n'ai jamais emprunté à la bibliothèque, et de la voix profonde du chanteur qui m'a un peu intéressé quelques instants, ça m'a fait chier. Les criailleries sur la Commune des anars qui n'ont jamais suivi leurs cours d'Histoire ou s'arrêtent à 1871, pour en faire un symbole facile à jeter à la face de tout ce qui passe plutôt que de lire les journaux, ça me fatigue. Alors on rejoint l'autre concert.
viii. Cocoon : anecdotique. Peut-être aussi que les Têtes Raides m'avaient trop fatigué avant. Nez en moins et cynisme en plus, il faudra que ces clermontois (cocorico) apprennent à se tenir sur scène et à tenir leur salle. Là on se croyait un peu à Thézé.
ix. Rose : "fraîcheur et douceur", qu'on me l'avait vendue. Gnangnan et cucul, oui. Vu et revu.
x. The Subways : Si je voulais me la faire édito de magazine pseudo-bobo néo-cons à plumes, j'écrirais quelque chose comme "c'est pas parce qu'on est une folle qu'on n'a pas le droit d'être une rock and roll queen." Désolé, j'avais envie de caser ce jeu de mot-là. Alors que le bon gros garage râpeux qui vous fait remonter le plat de pâtes dans l'oesophage à force de fracasser le pôvre brin d'herbe survivant de la nuit infernale où l'on a fait trémousser le festivalier sur du techno-boufta-boufta genre Vitalic et Garnier. Bref, ça vaut le coup. Un peu pop guimauve-rock, parfois, punk-poubelle aussi, mais ça permet toujours de se réveiller. Et rien que pour ça...
xi. Devotchka : Ah ! L'autre découverte du festival ! Le cinéphile ou tout simplement le traîneur de savates en salle (pas la peine d'acheter Télérama pour ça) aura reconnu ce groupe à ses ritournelles devenues célèbres. L'oeil bègle et binousé du festivalier katmandouien sur les volutes de sa beuh de contrebande cependant s'allumera un tantinet et pas que pour la flamme du briquet aux approches du bang mais aussi pour les toiles rouges qui descendent du plafond où viendra se percher rapidement une magnifique petite acrobate. Vindiou. Je me suis cru au cirque, ça fait toujours plaisir de voir quelqu'un grimper aux rideaux. Sans compter que la guitare noire à paillettes de Nick Urata est d'anthologie. Plaise en trie mise à part, cette petite séance de gipsie-rock ou Dieu sait quoi ne m'a pas fait regretter le détour et la soif.
xii. Grand Corps Malade : il faut le reconnaître, Fabien a toujours cette voix qui vous trémousse tout, qui vous chavire, qui vous prend le coeur dans les mains et presse un peu ce qu'il faut pour en faire jaillir quelque chose entre le sang et les larmes. Dommage qu'il y ait l'orchestration, ce truc qui en a fait un grand show désormais, sans vraie spontanéité.
xiii. Aaron : Simon portait une casaque de cuir noire et sa voix d'écorché, et la foule écoutait. Moi premier. Diantre, quel animal. Et il se disait malade. Pffff. Pas la peine de tuer une sirène pour si peu. Il a bien su nous emporter quelque part parmi les monstres étranges et les lettres jamais parvenues.
xiv. Yael Naïm : je ne surprendrai personne si je prétends que New Soul a été chanté, fredonné, hélé, siffloté à tire-larigot et même tire-pandore (faut pas se gâcher le plaisir). Prise, reprise et rereprise. Ce qu'on vous dira moins, c'est qu'on a eu droit à une reprise de Toxic, si, si, de l'autre blondasse et ne me demandez pas d'où je la connais hein d'ailleurs je la connaissais pas qu'est-ce que vous prétendez hein je suppose que vous voulez me manquer de respect alors que c'est vachement important le respect tu vois je te respecte alors tu me respectes tu as une mère hein tout le monde a une mère moi j'en ai une tu aimes ta mère alors tu vois moi je voudrais pas qu'elle ait de la peine ta mère alors tu vas être sage et me montrer aussi du respect. Bref, ça déchira sa race, médème.
xv. La Chanson du dimanche. Chose heureuse, mon Frangin Namoua m'en avait parlé au téléphone, je pouvais donc prétendre connaître depuis longtemps. Je n'ai compris le concept dans son ensemble qu'ensuite, mais ça vaut le coup : faut pas être Gros Jean pour comprendre Nicolas et Rachida ou rire au 8 200 200. C'est bêta, c'est populaire, et ça marche. Bon, sauf pour les grougnafiers qui passent leurs concerts à dire qu'ils s'emmerdent et à demander ce qu'on fait maintenant, qui passent vingt minutes à se demander à voix haute s'ils vont prendre une bière et vous feront chier jusqu'au bout une fois leur Kro tiédasse au poing. Pauvres cons de bobos, va. C'est teeellement typique de se mêler au peuple pour s'y emmerder.
xvi. The Tings Tings : si vous craignez de manquer d'énergie, ou une simple crise d'hypoglycémie, là vous auriez de la blonde platine, des samples percutants, une bonne caisse fracassée à grands coups. Peut-être pas assez recherché pour moi tout de même.
xvii. À partir de cet instant, force est de dire que l'Auteur, Lecteur, est entré dans un état second. Il a d'abord dansé, brâmé, et même slamé (si, si, mais moi au moins j'ai pas eu le short déchiré comme l'autre bellâtre dont j'ai tâté les convictions intimes lorsqu'il m'est passé dessus, sans le vouloir Votre Honneur). Il a ensuite crié, et agité ses petites mains. Il l'avait déjà fait, c'est vrai. Mais de manière continue, toussant dans la poussière, c'était encore pas du constaté. Preuves à l'appui, car on l'a vu faire cela au concert de Yelle. Certes, c'est de la boufta-boufta, et elle a une voix geignarde au possible dès qu'elle arrête de chanter, mais qu'est-ce que ça fait du bien. Je vais me taper une boîte, moi je crois, sous peu.
xvii. Vous vous croyiez tiré d'affaire ? Vous pensiez pouvoir fredonner paisiblement sur un air des grands-mères ? Vous ballader dans un village paisible, du genre celui de Plechti, charmante contrée où la femme attend paisiblement son mâle fier et confiant sur le perron traditionnel de sa maisonnée typique ? Que nenni. Avec La Caravane Passe vous allez découvrir l'autre facette de Plechti, la facette où l'on danse à en crever et où il faut refaire le mariage de la cousine et du cousin toutes les semaines pour des raisons de papiers pas valables. Je sais pas si j'ai dansé le sirtaki, en tout cas je me suis pas mal imbibé de quelques nuques. Et de cette main, montée au menton, pour presser un foulard contre la bouche. Miam.
xviii. The Gossip : je savais que Beth était un monstre de scène, mais alors là... Le coup du string et du soutien-gorge en dentelle on ne me l'avait jamais fait. Surtout en dansant comme ça. Et avec cette voix-ci.
Ce qui fait que c'est avec un bon acouphène qui vous tiendra toute la nuit, et une pure merveille pour conclure ce festival Solidays, qu'on vous rend l'antenne. À vous les studios, à vous Cognacq-Jay.
04:35 Publié dans Listes de lecture | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
20.06.2008
DCLVII. - En visionnant, en lorgnant.
Après, je laisse Antoine en parler, il le fait très bien.

Pourtant il y a quelque chose de plus brut, de plus abrupt : dans Délivrance, l'inquiétude sourd lentement de la rivière et des arbres, et monte lentement. Ici, elle pointe son nez sans qu'on s'y attende, et disparaît tout aussi soudainement - comme la Peste Noire ou le percepteur des impôts. Entre les illusions des hippies et les volutes de Marie-Jeanne.
Surtout - la grande découverte du film a été Jack Nicholson. Pour moi, ce brave homme restait un vieillard cantonné au Joker ou à des comédies un tantinet désuettes. Le voir propulsé en jeune homme un brin sex sur les bords mais en plus en acteur de première catégorie, c'est toujours agréable.


Yvan au bout d'un moment se met à vouloir ramener Elie chez sa mère, près de la frontière. Les voilà embringués dans un road movie de première, dans les pertes infinies des champs, sous les nuages, la pluie, les rivières qu'il faut traverser et les arbres qu'on découpe à coup de voiture, et avec une bande son rock & roll du tonnerre de Brest, fieu.
C'est déjanté, c'est magnifique, les paysages sont sublimés et ce n'est pas du John Ford. Non m'dame. Ca se passe en Belgerie, la vraie, celle où le pays est plat et le ciel est si lourd qu'un canal peut se pendre, mais un pays belgeois splendide.
Et, au terme de ce petit bout d'humanité bancale, une fin... humaine. Terriblement.
01:32 Publié dans Listes de lecture | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note
07.06.2008
DCL. - Listes de lecture.
i. No Country For Old Men, de Cormac McCarthy. Après le film, qui avait été un bon coup de poing dans l'estomac, un brin salutaire cet hiver parmi les morosités et les habitudes circonspectes du cinéma ricain, Non, ce pays n'est pas pour le vieil homme m'a fait l'effet d'un chef-d'oeuvre. Non par l'humour, ni par la noirceur, ni par la violence. Car en fait ce n'est pas cela dont il s'agit ici. Malgré la poussière, et le désert du Texas, ce qui ressort est un monument de froideur, une pierre brute et pourtant déjà lisse. Un cube (qui n'est pas un pavé : à peine 300 pages). Une merveille chirurgicale.
ii. Le Hussard sur le toit, de Jean Giono. J'avais été lassé par le film, j'ai été soufflé par l'excellence du bouquin. Bien sûr on est loin de la poésie subtile et venteuse qu'il y a dans Noé, mais c'est que ça a de la gueule, ce voyage initiatique d'Angelo et de Pauline de Théus dans une Provence laminée par le choléra. Les premières pages, où le paysage se décompose et le soleil devient gluant pour se transformer en monstre dévorant, sont des splendeurs. Les successions d'épreuves sont toutes en un sens nécessaires, jusqu'aux discours creux et cruels de Giuseppe, jusqu'aux introspections lucides et terribles d'Angelo. Ce livre, c'est un tryptique, ou plutôt un polyptique dont chaque tableau est un élément nécessaire du drame principal. Accessoirement, non seulement ça m'a relancé dans mes envies de chevaux, mais en plus ça me donne une envie de voir plus loin dans les épidémies.
iii. Le Geste et l'Expression, de Barbara Pasquinelli. De retour dans mes marottes sur l'illustration, je trouvais à la bibliothèque, sagement mis en avant par les Cerbères administratifs, ce petit ouvrage publié chez Hazan. Si la didactique est systématique (et donc faite pour me plaire), et relativement bien ordonnée, on sentait parfois un relâchement certain dans le discours : commentaires inutiles pour certaines images, et même imprécisions vraiment regrettables. Celles qui m'ont le plus choqué :
*/ dans la section sur l'exposition de l'anus, un bavardage qui sent la troisième main et les aléas des articles du Magazine littéraire : "Cette image représente une adoration anale. On retrouve ce rite, non seulement dans de nombreuses confréries secrètes, les Templiers par exemple, mais également dans les associations de Maçons, dont les liens avec les Templiers sont amplement attestés." (p. 220). Faudrait arrêter de lire le Da Vinci Code, tout de même. Les Templiers n'étaient pas une confrérie secrète mais un ordre militaire et religieux reconnu par le Pape (concile de Troyes, janvier 1129 et bulle Omne datum optimum de 1139), l'adoration anale n'était pas un rite templier mais une accusation utilisée lors de leur procès en France, et le rattachement de la Maçonnerie aux Templiers est un thème qui n'a commencé à émerger qu'à partir du XIX° siècle - ce qui gênerait pour une statue du XVI°.
*/ dans la section sur la main de Dieu, p. 251, on a droit à un tondo où Isaac s'apprêterait à tuer son fils et où la main de Dieu l'arrêterait, un bélier se substituant au sacrifice. Oui, bon, sauf qu'Isaac est le fils d'Abraham et que c'est l'autre chenu qui était parti pour zigouiller son fiston (Genèse, 22).
Ceci étant, des thèmes m'ont vraiment intéressés : celui du doigt pointé vers le haut, l'explication de l'évolution de la gestuelle de la main bénissant et des mains en prière, et enfin les notions de "à la droite de" et de "bras de la mort". Comme quoi.
2. Films.
i. Pars vite et reviens tard, de Régis Wargnier. Bof. À peine bon pour être un téléfilm. C'est dommage, il y a des idées intéressantes : transformer la place Stravinski, à côté de Beaubourg, en résurgence de l'époque médiévale, avec son crieur des rues, la foule amassée, les fous et les bateleurs, et l'église Saint-Merri en fond, aurait pu être poussé nettement plus loin et transformer cette enquête policière TF1 en vrai monument de terreur. Surtout que la peste reste un thème porteur - en tout cas qui m'intéresse ces temps-ci.
ii. La Grande bouffe, de Marco Ferreri. Autant être honnête : je n'ai rien compris aux critiques que j'ai pu trouver ailleurs - comme quoi Andréa serait une transposition de figure maternelle ou selon lesquelles le film serait une dénonciation de la société de consommation. Il m'a plutôt rappelé les étrangetés pasoliniennes, dans ces masques que deviennent tour à tour les visages des personnages. Seule Andréa continue d'exister, comme une sorte d'ange exterminateur qui en fin de compte prend toute sa dimension dans ce phénomène extrême qu'est le suicide auquel elle assiste, et en fin de compte dans lequel elle les entraîne tous tour à tour. Evidemment, on pourrait évoquer Rabelais, avec ces accumulations de poulardes, de pré-salé et de purée qu'on engloutit, pour finir dans la merde. Je pense pourtant qu'il y a quelque chose ailleurs : l'introduction, très didactique, me semble plutôt faite pour mettre en avant l'aspect mélancolique des quatre hommes, qui ne supportent plus ce qu'ils sont - des images de réussite, et de certains symboles de pouvoir (juge, aviateur, producteur, grande toque) dont les tréfonds sont de facto un immense gâchis, ou plutôt un décollement du monde. Taedium uitae, tout ça, quoi. Sans compter que, je sais pas pourquoi, ça m'a rappelé Les 120 jours de Sodome.
22:41 Publié dans Listes de lecture | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
25.05.2008
DCXL. - Liste de lectures
J'ai pris du retard - le deuxième livre en est la cause, tant il fut lent, long, douloureux à finir. Tant il était mauvais, en somme. À se demander d'où vient cette fierté imbécile, de finir quelque bouquin, que j'ai commencé.
i. Michael Tolliver est vivant, d'Armistead Maupin. On ne présente plus Maupin, ni les Chroniques. Les dernières livraisons, vers la fin des années 80, étaient très sombres : Michael survivait tant bien que mal dans une San Francisco déchirée par l'épidémie, Mary Ann partait, ce qui semblait conclure définitivement le cycle dans la fin du mirage californien. Quelques dizaines d'années après, Maupin avait besoin peut-être d'argent, ou simplement la vraie envie d'écrire, à nouveau. Quoi qu'il arrive : Michael Tolliver est vivant, et bien vivant - il survit. Et il a la cinquantaine bien tassée, ce qui exige de prendre du Viagra. Il a la chance d'être avec... non, ce n'est pas Thack. Et Madame Madrigal désormais est octogénaire. On retrouve certes cet amour de la ville qu'est Frisco - pourtant, le ton est plus désabusé, et Michael sans cesse a des pensées d'égoïste. Car le vrai thème n'est plus la ville, ses collines, ses pentes et ce qui s'y passe - le thème est la vieillesse, et les derniers choix qu'il faut faire pour être cohérent avec soi-même, aux derniers instants (entre famille biologique et famille logique, trouvaille lexicale pas mauvaise mais à laquelle on a droit trois fois). Bref, c'est une San Francisco sur laquelle le soleil se couche, mordoré : il y a de la puissance, mais on sait que la nuit vient. Et on l'attend. En ce sens, la couverture de la livraison des Editions de l'Olivier est bien choisie...
ii. Cosmofobia, de Lucia Etxebarria. À voir de l'Etxebarria partout chez les libraires, je croyais que ce pouvait être bien. Grave erreur. Khölossale erreur. C'est un livre qui fait croiser des destins, des paroles, de chapitre en chapitre. On commence autour d'une place de Madrid, du côté sordide et pauvre - là, c'est peut-être intéressant. On finit du côté huppé. D'un discours à l'autre, les personnages sont supposés s'enrichir d'autres regards, d'autres informations. Sauf que - c'est lourd, ça ne prend pas - c'est pesant et revu. Comme souvent dans ce genre d'ouvrages, ne sachant plus que faire avec la pauvreté, on vire rapidement vers la sinistrose des riches (coke, dope, etc.), bref on fait son petit Bret Easton Ellis. Aller jusqu'au bout m'a demandé de longues semaines, pour un pet de tout juste 400 pages. Rien que pour cela, je pense que je mérite la Légion d'Honneur. Et la Croix de Guerre, avec ruban.
iii. Cent ans de solitude, Gabriel Garcia Marquez. Là, c'est tout l'inverse : j'avais chouravé ce poche chez un bouquiniste, me disant qu'il fallait bien un jour lire ce type dont Neil Hannon parle dans une de ses chansons. Un an plus tard, ce zigoto orné d'un ara de belle facture poirautait toujours dans la section "À lire" de ma bibliothèque" (celle planquée derrière les toiles qui sèchent, au-dessus des bédés, derrière la table). Pour être honnête : je ne l'ai pris que parce qu'il était gros, et que j'avais de l'avion à faire. Grave erreur. Autre khôlossale erreur. C'est une splendeur, ce livre. Un monument, Madame. Une chapelle Sixtine de la littérature - pas moinse. Ce n'est rien, pourtant : jamais que l'histoire d'une famille, où tous les fils portent les mêmes prénoms, et où les femmes fondatrices sont des monstres qui n'ont plus d'âge, tant elles vieillissent longtemps. Ce sont des histoires de vie qui se suivent - entre le tragique colonel, des filles qui s'appellent Sainte Sophie de la Piété et d'autres qui montent au ciel. Il y a aussi des morts qui n'en sont pas, des fourgons remplis de mitraillés qui disparaissent dans la mer, un galion qui pourrit en-dehors de tout rivage, des avocats qui font la paix comme on va à l'enterrement, des armées qui défilent et de l'or qu'on enterre sous des saints coiffés de perruque, sans compter les bestiaux qui se multiplient dès qu'on fait l'amour. Amen, on n'en dira pas plus.
12:52 Publié dans Listes de lecture | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note
20.04.2008
DCXX. - Liste de lectures.
00:34 Publié dans Listes de lecture | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
30.03.2008
DCXI. - Liste de lectures.
ii. Le Seigneur de Bombay, de Vikram Chandra. Là, nous ne sommes plus vraiment dans l'anticipation, plutôt dans l'univers rugueux et grouillant de Bombay, quelque part entre le carnage des gangs, la corruption universelle, les ordures des bidonvilles et les fastes de Bollywood. L'histoire en soit est simple : un parrain local, Ganesh Gaitonde, se laisse prendre dans sa maison par un policier Sikh, vieux beau que la vie a ridé, et se suicide sans un mot. Sauf que la maison de Gaitonde était en fait un abri anti-nucléaire, un vrai de vrai, en plein Bombay. Et que les espions locaux font du souci à Sartaj, le policier, pour qu'il enquête. Moins que la trame conductrice, qui n'a rien de nouveau, je pense que ce roman vaut le coup d'oeil pour l'atmosphère qu'il décrit, grouillante, énorme, engluée dans les castes et les vieux restes des guerres coloniales, et les histoires secondaires. Notamment, le récit "Insert : une maison dans une ville lointaine", qui est à couper le souffle. C'est con, j'en ai loupé ma station de métro, à cause de ce maderchod.
iii. Dieu et nous seuls pouvons, de Michel Folco. Malgré tout, les mille pages de Chandra exigent qu'on tienne la route - je ne l'ai pas tenue. Samedi passé, je me suis accordé une pause à lire ce roman noir, écrit en deux parties. Je me souvenais du film tiré de la première partie, Justinien Trouvé ou le Bâtard de Dieu, qui m'avait fait peur, ado. C'était un film trop en avance sur son temps, je pense : le glauque historique, avec de vrais vêtements décousus et de vraies dents déchaussées, en 1993, ça n'était pas trop à la mode encore. Pourtant, le roman est un bon moment : c'est l'histoire de Justinien, qui devient bourreau parce que sinon il va aux galères, et de sa famille, qui est restée bourrel deux cent ans durant jusqu'à ce que le décret Crémieux de 1871 supprime les exécuteurs de province, laissant l'exclusivité à la famille Deibler. Et c'est l'histoire de la famille, vers 1901, qui aimerait bien reprendre du service, surtout que dans l'oustal familial, on conserve tout un matériel qui ne sert plus, et c'est bien dommage, ma pauvre dame. Faut aimer l'humour noir, être fasciné par la guillotine, mais ça passe tout seul. Enfin, ça glisse tout seul, comme un mouton. De guillotine.
14:26 Publié dans Listes de lecture | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
15.03.2008
DCV. - En buvant, en sirotant.
ii. Je ne pourrai pas aller voir Saint-André lundi, c'est dommage. Surtout que les places étaient gratuites, et que je me souviens du sourire tout en dents du chanteur alors qu'il faisait sa reprise d'Aznavour. Mains martelant le clavier à larges gestes.
iii. Qu'importe, le ouiquennede sera simple, seul et doux - entre musique et silences. Un large morceau de gorgonzola, que la crémière prétendait avoir gardé pour moi - son mensonge m'a fait plaisir - repose. Priez pour son âme, Lecteur, et celle de mon foie.
iv. Parfois, je regrette que mes amis et moi n'habitions pas dans la même ville. Peut-être est-ce mieux, en somme. Je suis quelqu'un de peu causant, en fait, dans le privé. Homme qui a plus besoin de présence, d'embrassements et de gestes. Cela deviendrait lourd, certainement, tout le temps.
v. MR 73 est à voir avec circonspection et ses yeux, malgré les critiques qu'on en fait. La scène inaugurale, peut-être, avec le très beau Avalanche de Cohen. La photo et les cadrages sont intéressants, et font tout l'intérêt du film : larges plans de sépias et de murs lézardés, de couvertures jaunies aux couleurs improbables, je pense qu'un photographe apprécierait le ton au vu de ses dernières oeuvres. Le discours principal du film reste pourtant entaché d'une relation certaine à l'actualité qui m'a mis mal à l'aise. Le rachidadatisme à tout crin, même pour permettre de rajouter à la noirceur d'un tableau que Jean-Bernard Pouy aurait mieux brossé, broarf. Le personnage joué par Olivia Bonamy manque de profondeur, et l'on sent la tentation chez Philippe Nahon de nous la faire Annibal Lecter bovin. Ce qui fait l'élégance du scenario reste 1/ avant tout, la descente aux enfers de Schneider, sans Virgile comme G.O. et 2/ (ce en quoi je pense que nombre de mes collègues de cinéma ne seraient pas d'accord) le personnage de Subra qui est plus ambivalent qu'on ne le pense : voulait-il vraiment tuer Justine, en fin de compte et ce qui lui arrive à la fin était-il si nécessaire, dans le monde de paranoïa où erre Schneider ?
vi. Un netbuddy m'ayant recommandé de lire du manga, j'ai pris ce que la médiathèque m'offrait. Le Bouddha d'Ozamu Tezuka, je connaissais, et bon c'était sans plus pour le côté artistique de la chose. Spirale, de Junji Ito : pas envie d'être traumatisé à nouveau. Avec les midinettes qui restent en extase yeux clos d'une virgule devant de grands traits d'espoir et les garçons filiformes aux coiffures 220 volt élus mister collège, j'avais pas grand'chose qui semblait intéressant. de Takeno Shigeyasu finalement pris, j'avoue qu'à sa lecture j'en reste sur ma faim. Bien sûr, j'ai eu un joli torse de vingtanaire sous les yeux durant 230 pages et de sommaires évocations de la vie montagnarde & nippone. Je n'y ai pas retrouvé les fulgurances des phrases de Kawabata. J'attendais trop, certainement.
vii. Tant qu'on est au rayon bédés, parlons à la rigueur, Lecteur, de Vagues à l'âme, de Grégory Mardon, où un narrateur passe en revue la vie que son grand'père lui a racontée : le départ du Nord, l'engagement dans la marine, les quatre cent coups en Indochine avant la pied-noirdise en Tunisie et Algérie. Moins qu'un univers décrit (les descendants de pieds-noirs comme Bibi en resteront pour leur frais), il s'agit surtout de la description d'un homme, un brin Tartarin de Tourcoing. Intéressant, presque attachant. Notamment quand la grand'mère gratte sur la toile cirée les brûlures de cigarettes, doucement, après la mort de son mari.
viii. La trouvaille reste pourtant un petit opus, Appartement 23 de Michel Alzéal (2007, Les Enfants rouges). Timothée est un trentenaire enfermé chez lui, chômeur on le comprendra plus tard, fumeur - ça on le comprend de suite. Il a une vieille tantine qui vient le voir tous les mardi, lui porter des plats qu'elle lui cuisine. La tata Suzie monte les sept étages à pattes lorsque l'ascenseur est en panne, ce qui arrive souvent on ne sait pas trop pourquoi. Il y a une jeune femme qui s'installe au premier et n'aime pas les pantoufles en forme de chien, un vieil homme qui épie par le judas. Timothée, quoi qu'il arrive ne sort pas, ne se rase plus, descend des bières. Il regarde vaguement la télé, il attend. Tata Suzie n'aime pas trop ça.
Extraits.
Tata Suzie. - Tu manges bien au moins ?
Timothée. - Tous les mardi tu m'apportes de quoi me nourrir.
Tata Suzie. - Ce n'est pas suffisant, Timothée.
Timothée. - Largement pour ce que je fais.
Tata Suzie. - Tu ne peux pas passer le restat de ta vie comme ça. (Silence) Timothée... fais-moi plaisir. Sors, va voir du monde.
Timothée. - Je ne veux pas le louper.
Tata Suzie. - Tu sais bien que c'est fini mon petit. Il ne reviendra pas.
Timothée. - À mardi prochain, Tata Suzie.
[...]
Timothée. - J'ai trente-deux ans et une vie de chiotte. Je regarde même Amour et compagnie où l'autre conne est sur le point d'accoucher depuis plus de dix mois maintenant. (Silence) Bertrand me manque.
21:14 Publié dans Listes de lecture | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
01.03.2008
DLXXXIX. - Listes de (lectures ?).
Derniers films vus :
i. Into The Wild, de Sean Penn. Ou comment la triple référence (un film sur un type qui lisait Thoreau qui parlait de Walden se baladant dans les bois) en vient à faire une oeuvrette qui détruit pas mal le mythe du retour à la nature et le beatnickage cheap ou pas cheap qu'on a tous envie de faire un jour. En même temps, l'Alaska, quelle idée. Mais à voir - même si ce n'est que pour la scène de chasse à l'élan, pauvre bête. Je ne vous dirai pas la fin, sauf que plus riche en humour noir, je ne connais pas.
ii. Sweeney Todd, de Tim Burton. Ouais, bon, on a compris, c'est un Tim Burton, ça se voit à la photo. Y'a deux-trois scènes bien glauques (quand les cadavres tombent et craquent), une musique pas convaincante, et, sorti de ça ?
iii. No Country For Old Men, de de Joel et Ethan Coen. Jamais lu de Cormac McCarthy, mais si on est aussi largué après ses livres que ce film, je me demande s'il atterrira dans ma bibliothèque. Ce film est une surprise. C'est tout ce que je peux en dire. Je serais infoutu de dire où il va, quelle est son histoire. Pas celle de la cavale de Llewelyn, ni de sa chasse par le terrifique Javier Bardem. On sent qu'il y a quelque chose d'autre qui se passe et on est bien incapable de recoller les morceaux. Mais on reste séché. Collé. Vissé.
iv. Juno, de Jason Reitman. Juno est une gamine avec une langue qu'elle a oublié de laisser dans sa poche, et qui couche (coucher ? sur un fauteuil ?) avec Bleeker simplement parce qu'il porte des shorts jaunes. Que voulez-vous : l'idée de ses couilles sautant au rythme de la course la fait rêver. Sauf qu'elle tombe enceinte, et avec ça Reitman fait une de ces petites perles qui enjolivent l'année et l'hiver. C'est bien simple, tout le monde est largué et fait de son mieux - entre le couple stérile qui se demande comment survivre, la belle-mère qui se console en collectionnant les images de chien, le musicos reconverti dans la ritournelle publicitaire, la copine qui est contre l'avortement et celle qui a du mal à dire à ses parents qu'elle est "sexuellement active". Je crois que je le reverrais avec plaisir.
v. Le très dispensable Jumper, de Doug Liman. On peut se rincer l'oeil avec Max Thieriot (David jeune) et un peu moins avec Hayden Christensen (avant l'opération darkvadorienne - c'est vraiment dur de l'imaginer sans bâton qui fait zzzzzzoum-zzzzzzzoum). L'histoire ne tient pas debout, la seule trouvaille est la légère sur les murs quand môssieur Christensen sôte. Du rinçage d'oeil, je vous dis, mesdames et messieurs les jurés, public chéri mon amour.
vi. Enfin, There Will Be Blood, de Paul Thomas Anderson, dont je reviens. Je pense que l'utilisation d'une musique très largement pompée sur Pärt (qui est crédité pour une de ses oeuvrettes à cordes), si elle essaie de renouveler le genre employé pour les ouèsse-ternes, n'est peut-être pas toujours du meilleur effet. Dieu que ça ralentit l'action, surtout au début. C'est un film fait en longueur, qui trace la vie d'un exploitant de pétrole. Le rêve américain dans toute sa splendeur : from rags to riches, simplement. Avec la déchéance morale qui s'ensuit, du millionnaire dans son château à la fin.
Toute référence à Citizen Kane est bien évidemment une stricte coïncidence.
Ceci étant, quand on a un thème, même rebattu, tout dépend de ce qu'on va en faire. Et j'avoue, qu'en-dehors de la musique - à hurler, donc - ce film est vraiment intéressant. Quelques faiblesses : la confusion au début des frères jumeaux, Eli et Paul - les acteurs qui ne vieillissent pas. Des forces : il y a bien évidemment l'oeil droit de Daniel Day Lewis, qui a dû se faire pâmer Télérama (les abonnés nantais en parleront mieux que moi, donc). Il y a des scènes qui valent le coup - la scène finale notamment. Il y a surtout Paul Dano, qui d'année en année devient un acteur impressionnant. Je me souviens de ses troubles débuts dans L.I.E. (film que j'étais allé voir, un peu honteux, dans une salle cachée du Quartier Latin, en même temps que Krampack), vous vous rappelez sans doute son Dwayne dans Little Miss Sunshine. Ce garçon, ma foi, est à suivre ; ici, dans son rôle d'illuminé baptiste qui se prend pour le troisième prophète jusqu'au plus profond de l'abjection, il est vraiment grand.
22:09 Publié dans Listes de lecture | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note
24.02.2008
DLXXXV. - Liste de lectures.
i. La Dame de Pique, d'Alexandre Pouchkine. C'est une histoire de jeu, où un homme séduit une femme pour en voler une autre. Je crois qu'on en a fait un opéra - le titre, en tout cas, ne m'était pas inconnu, je pense même avoir chopé ce livre chez un bouquiniste pour cela. Peut-être cela a-t-il suffit, à l'époque, pour qu'on s'indigne, et que Gide qui voulait faire dans le sulfureux l'ait traduit dans les années trente. À moins, tout simplement, qu'il ne cherchât à gagner sa croûte. Pourtant, il y a comme dans son gothique quelque chose qui manque - on regrette que l'attente d'Hermann ne soit pas plus terrible - même ce qui arrive à la vieille comtesse. À tout dire, on dirait un résumé plus qu'un livre. Peut-être est-ce simplement qu'avec Poe l'horreur humaine, et celle de l'imagination, avaient déjà pris une toute autre ampleur, alors.
ii. Récits de feu Ivan Pétrovitch Bielkine, du même. Ce sont des récits, plus brefs encore que la Dame - plus russes, dirais-je, car on l'a l'impression que Pouchkine cherche moins à faire assaut d'imagination. En un sens, il y est plus brut. Plus répétitif, aussi, dans la structure narrative. La Tempête de neige rappelle les filles enlevées par les pirates qu'on reconnaît miraculeusement au mouchoir de leur berceau, comme dans les bonnes vieilles pièces de Plaute et de Molière. On dira qu'il a fallu du temps à la Sainte Russie pour qu'elle s'ouvre à la modernité. La Demoiselle-paysanne fait aussi partie de cette section "mignonne", sans plus, tout comme Le Maître de poste : cela fait portrait de genre, on cherche le pittoresque et la morale, car il ne faut pas choquer la censure. Ce n'est jamais qu'avec Le Marchand de cercueil que les Récits prennent de l'ampleur : il y a du fantastique, du russe, de la terreur et pour le coup je comprendrais qu'on n'en mène pas large, si on lit ça dans une isba craquante, entre des champs aux blés secoués. Pourtant, c'est tout simplement Le Coup de pistolet qui donne au recueil une dimension tragique et terrible. Un récit sur cinq, mais quel récit : il y a de la jalousie mesquine, de la rancoeur, de la haine, quelque chose de surréel, d'inhumain dans cette obstination de "Silvio".
iii. Doubrovski, du même. Oui, bon, le noble au père déchu devient brigand mais tombe amoureux de la fille de son bourreau, on a déjà lu ça dans les récits entre deux portes de Shakespeare ou les racontars d'auberge du . Je n'ai pas dû tomber sur les bons titres de Pouchkine.
iv. La Guerre d'Alan - d'après les souvenirs d'Alan Ingram Cope, d'Emmanuel Guibert. Les deux premiers tomes ont été dévorés ce matin, et c'est publié chez l'Association. Non que le dessin de Guibert m'ait mis dans une transe extatique, mais après tout parler de bédés entre toutes celles que je m'enfourne ne fait pas de mal. Redde Caesari quae sunt Caesaris. Surtout, j'ai été très touché par le ton du narrateur - je ne sais si A. I. Cope a réellement existé, peu me chaud en fait. Mais le Cope de ce roman graphique est un personnage qui parle avec beaucoup de retenue, de pudeur, de sa participation à la guerre américaine en France de 1944-45.
On sent comme une voix de vieillard qui parle sur une bande de magnétoscope. Sans se moquer, railler, mettre en avant ou cacher : Cope parle, simplement, de ce qui lui est arrivé. Le plus touchant, en somme, est que le trouffion qu'il était en somme n'a rien fait durant la guerre : son unité a débarqué bien après juin 44, les combats se déroulaient sans arrêt loin devant lui, il n'a jamais eu qu'à rouler à travers la France, l'Allemagne, la Tchéquie. Pourtant, on sent à travers ses mots l'emmerdement du soldat, l'énervement de l'attente, et ces moments de grandeur où l'on ne sait pas trop ce qui se passe, à voir défiler des chars allemands qui se rendent.
"La colonne était longue, ils roulaient au pas, nous aussi, c'était terriblement lent. En arrivant à la hauteur de l'un des chars, le petit militaire allemand qui le précédait nous a regardé avec une telle surprise qu'il s'est arrêté, figé sur place, bouche bée comme un gosse. J'ai compris que son conducteur ne voyait pas qu'il s'était arrêté et qu'il allait lui rentrer dedans. Alors, j'ai fait de grands gestes, j'ai essayé d'attire l'attention de ces gens. Marker, qui était à ma droite et ne voyait rien à cause de l'angle, m'a empoigné."Mais qu'est-ce que tu fais, Cope ? Il ne faut pas faire de signes aux Allemands !" J'ai crié :"Regarde !" Le char a rabattu le petit Allemand sous sa chenille."
v. De mal en pis, d'Alex Robinson. De Robinson, je connaissais son deuxième roman graphique, Dernier rappel, qui m'avait laissé un certain sentiment placide - même si je l'avais lu d'une traite. Cette première bédé (600 pages, excusez du peu) m'a occupé un bon bout de la journée, entre deux repassages de chemise et un ciné. C'est une histoire de trentenaires, de new-yorkais, de types un peu largués et de couples calmes comme je les aime. Ce qui est vraiment intéressant est que ce récit fait l'économie et du retournement de situation, et de la focalisation sur un seul personnage : les personnages évoluent, et le récit évolue aussi autour d'eux. Il n'y a pas de changement de focale ou d'éclairage : simplement, le glissement du discours qui est aussi celui du temps qui passe (quelques années, en fin de compte). J'ai beaucoup aimé les enchevêtrement de bulles pour marquer la confusion des personnages, les pensées qui se chevauchent au sein des cerveaux, les hésitations un peu lâches de nous, les hommes.
Et la scansion du récit par des planches dans le genre "les personnages doivent tous répondre à une question embarassante" est plutôt bien trouvée, sans compter la présence des récits en arrière-plan, avec la jeunette qui fugue et le tueur-avocat, il m'a fallu du temps pour repérer le truc (mais avant que le pot aux roses soit dévoilé, hein, chuis pas né de la dernière pluie, toudmêm !). Seule anicroche : les planches 434 et 534 sont les mêmes. Erreur d'édition.
Je pense qu'à la Horse, les types aux grands yeux qui me regardaient penché sur mon pavé, Irish coffee à la main, m'ont pris pour un minable. M'en fous, j'en ai besoin, de siroter des trucs au café alcoolisé et brûlants, et de lire des pavés. Ils me dragueront un autre jour.
Sinon, Jumper sans grand intérêt si ce n'est l'esthétique de l'acteur (format adolescent ou adulte, je prends les deux). Je voulais enchaîner avec Paris, mais la queue était trop longue. Il y a certains centimètres devant lesquels il vaut mieux abdiquer.
P.S. quasi immédiat : j'ai oublié d'indiquer que j'ai aussi lu L'Amour à Rome, de Pierre Grimal. Voilà qui est fait.
21:10 Publié dans Listes de lecture | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note

