14.06.2008
DCLIV. - Haiku de 5h55
L'univers collé à moi
Matin frémissant.
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DCLIII. - Chair(s).
ii. Pieds nus, on dépasse la barrière, on traverse le talus sous un pont de bois. Un homme, harnaché de mousse, nous frôle. Derrière la barrière, il devrait y avoir la mer. On croit deviner un intense champ de boue, on imagine qu'elle s'est retirée. En fait, c'était elle - traversée de nuages. Quelques surfeurs y gigotent.
iii. À l'Océan, il fait rarement du soleil. En fait, il pleut. Tout le reste est exception.
iv. Ce qui est appréciable, dans les séminaires, est la quantité de vin du cru à disposition. Ce qui l'est moins, c'est la quantité de travail qui demeure, et qu'on fait le soir dans sa chambre. C'est que j'ai un hold-up sur le feu, plus une exposition de diamant à voler à Conakry, moi.
v. Cependant, cela se confirme : lire un tome de la Pléiade est délicat en plein vent, avec une serviette chouravée à l'hôtel tout juste bonne pour essuyer les mains sous le ventre. Ce n'est pas ça qui permet d'avoir les fesses à l'air. Bien qu'il y ait l'excuse de se dire que Pablo Escobar et Lucky Luciano, sortant du cours "Bien appuyer sur la gâchette", pouvaient me surprendre. Et sortir le Beretta avec le braquemard à l'air, c'est pas très corporate.
vi. Je connaissais déjà cette capacité que j'ai à dormir dans l'avion ou le train. Je l'ai complétée en découvrant que cela peut être sur cinq heures d'affilée.
vii. Je n'ai vraiment découvert le pays où j'avais taillé la bavette avec Mesrine qu'une fois dans le train du retour. Sous les oripeaux vaguement refaits d'oranges et de bleus du tégévé, se trouvaient des mâles aux joues crasseuses de barbes, aux épaules larges, au cou de taureau. Plonger aussi avant dans un cliché, et en prendre toute la sensuelle mesure, peut parfois prendre une dimension extrêmement érotique. Troublante. Il y a jusqu'à des désirs d'une violence étrange qui remontent.
viii. Aujourd'hui, c'est l'anniversaire du plus beau des Nantais. Bon anniversaire, mon grand !
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09.06.2008
DCLII. - Une page d'Histoire qu'il ne faudrait pas écrire.
Faire l’histoire, récente ou non, des démocraties ne peut plus faire à la fin du XXI° siècle l’économie des évolutions que connut la société occidentale avant la guerre de 2034. L’essentiel des éléments que nous connaissons de cette période repose, comme souvent, sur les archives plus que sur les traces orales – tant les restes électroniques demeurent plus solides que les faibles oscillations des paroles. Pour autant, les archives ne peuvent laisser la trace que de l’histoire officielle – officielle au sens où elle a été connue du public, dévoilée, révélée progressivement par les successions des hommes politiques et militaires qui se sont succédés durant cette période, mais aussi officielle au sens où une administration quelconque a reçu l’ordre (ou s’est elle-même ordonnée, par inspiration divine) d’établir un dossier quelconque dont le tout venant, parfois jusqu’au plus puissant homme d’État, ignorera l’existence même.
Pourtant, aucun des Lecteurs de ce livre ne pourra remettre en question que ce que notre pays a connu, lors des premières décennies du XXI° siècle, est une évolution majeure. Majeure, pourtant, en quel sens ? Il y a certes ce que nous avons appris, enfant, à l’école. Il y a ce que nous avons appris à apprendre, lorsque l’Unification ayant eu lieu, nous avons pu poser sur ces lambeaux des yeux neufs. Il y a enfin ce que les historiens, ces rats d’archive qui détissent les labyrinthes du passés, nous permettent progressivement d’intuiter.
Il convient de concevoir en premier lieu que de l’État de Naguy-Bocsa ne demeurait alors que les derniers restes d’une histoire que lui-même oubliait. Il y avait bien eu lieu, quelques siècles auparavant, quelques guerres dont il avait pu ensanglanter le continent, et une ou deux révolutions qui lui permettaient de croire qu’il était le fanal des malheureux tout comme le pays des droits de l’humain. Il serait peu lucide de prétendre que le Naguy-Bocsa était alors autre chose qu’une région, non pas nécessairement négligeable, d’un ensemble économique, social et politique dont la taille était le Continent tel que nous le connaissons déjà (tant les tendances lourdes de l’Histoire peuvent être puissantes).
Cet État fonctionnait alors selon un régime bicaméral, sur le type du parlementarisme présidentialisé. Il convient de dire que ce type de régime, bien que d’une façade régulièrement retapée pour donner l’illusion de la stabilité, faisait tout aussi régulièrement l’objet de réformes constitutionnelles, tant parce que les hommes politiques y trouvaient une façon plus pacifique et plus immédiate que les guerres de laisser leur nom dans les Annales, que parce que l’instinct de préservation des superstructures sociales les amène le plus fréquemment à donner l’impression de menues réformes pour éviter les questions existentielles. Ce n’est pas tous les jours que la Plèbe se retire sur le mont Sacré, et même dans ces cas-ci elle n’obtient pas toujours tout ce qu’elle souhaite.
Sans vouloir ressortir des théologies désuètes qui ont eu leur heure de gloire à l’époque du marxisme, l’impartialité exige de reconnaître que ce pays était alors le fait d’une immobilisation sociale profonde. À tout le moins, jamais l’écart entre le discours et la réalité des choses n’était aussi probant. Le discours ne devenait, d’un point de vue symbolique que réel, jamais que la seule chose probante, pour tout dire. Rien n’était plus important – rien n’était plus réel.
Pour autant, l’historien qui essaie de soulever les fatuités de toute logorrhée, découvre sans souci sous ces oripeaux des forces tangibles, profondes, solides. Certes, on ne pourrait reprocher la permanence d’une évolution possible, qui était de fait la seule solution à l’immobilité latente. C’est en parlant d’une possibilité d’ascenseur social que l’on permet aux pauvres de rester en leur domaine, qui est d’être exploité et de consommer les biens que l’on leur fait produire. Regardons : à l’époque des Gracques, qui pourtant semblaient d’affreux révolutionnaires alors et d’élégants paltoquets bien ignorants des réalités désormais, le plus infect souillon de la plèbe pouvait déjà rêver que lui-même, ou son fils, joue au parvenu gras et infatué. Le rêve de Trimalcion n’est jamais loin. Cependant, l’intelligence de cette société était d’avoir substitué aux phantasmes de la richesse extrême, telle qu’on la trouvait des Anciens à l’époque des Pereire, à celle de la reconnaissance. Ce panache ridicule, dont la solidité ne demeure jamais que celle du vent, permettait à tout un chacun de croire pouvoir l’acquérir à moindre frais : il suffisait d’avoir son quart d’heure de gloire, ce qui ne coûtait rien depuis Andy Warhol, et ce qui suffisait pour vivre heureux et en paix sans chercher à mieux.
Paradoxalement, dans cette recherche effrénée de la reconnaissance et de la célébrité, jamais on ne vit société plus immobile. Les mouvements sociaux qui pouvaient tenter de s’en extraire ne pouvaient que mourir, étouffés d’eux-mêmes, dans un certain dégoût, une certaine lassitude, un éternel « à quoi bon ? ». À quoi bon chercher à modifier, puisque la parole totalitaire demeurait présente en tout lieu – que l’attrait de passer aux écrans ou sur les premiers médias électroniques suffisait à rendre l’énervement connu, et par là commenté, et par là vidé, et par là donc inutile ? Ce qui conduisaient les hommes politiques, qui doivent malgré tout maintenir un agenda politique quelconque pour eux-mêmes exister, à chercher à créer seuls les événements. Les dernières guerres de cette période peuvent être imputées à ce genre de raison sous-jacente, plus qu’aux facilités du complexe militaro-industriel, dont les possibilités immenses, des médias à l’édition en passant par la production de train voire de fusils mitrailleurs, leur permettait sans souci de se recentrer sur des marchés pas forcément plus rentables mais en tout cas plus stables.
Cette société, qui n’était en fait qu’un immense bâillement devant un écran de paillettes paradoxalement trouvait en elle-même une force étrange de s’agiter en éléments stériles. Que faire lorsqu’on vit enfermé, que faire lorsqu’on n’a plus d’espoir ? On peut s’enfoncer plus loin encore dans l’absence à soi-même. On peut aussi être pris de velléités contradictoires, de poussées brusques, de prurits soudains dont la jouissance est celle d’une masturbation mollassonne.
C’est de cette société dont nous sommes issus.
Il y avait déjà eu quelques sursauts de ces espoirs vindicatifs, un peu comme lorsqu’un poussah difforme bouge sur son canapé, espérant éviter les escarres. Cependant, la plus grande force de la recherche du rêve se traduit dans l’élection à la présidence d’Ivan Lecsinski. Comment un tel être en était venu là, cela ne vaut pas la peine de le détailler : soit cela a déjà été fait, soit il suffit de souligner que tant son élection que lui-même, personnellement, intrinsèquement, ne pouvait être considéré autrement que comme la synthèse parfaite du paradoxe social que l’on affrontait alors. Sa grande force n’aura jamais été que de le supplanter.
Ivan Lecsinski se présentait comme un homme neuf, self made, qui avait eu à affronter seul de terribles épreuves qui n’étaient à peine plus sévères que les gages des émissions de télévision. Sa vie, en somme, n’était jamais qu’une émission de télévision, un vernis saturé de néon cachant la force profonde qui le sous-tendait : issu de l’aristocratie, nobliau déchu, il demeurait avant tout le défenseur des classes qui avaient poursuivi, par-delà les révolutions, la conduite des affaires en n’ouvrant le ventre de leurs filles qu’au plus ventru de leurs valets. Conservateur intrinsèque, comme d’autres fascistes avant lui il fut élu grâce aux voix prépondérantes des éléments qui défendaient le « bon » vote, le vote du notable et de l’ordre rarement nouveau. Comme d’autres fascistes avant lui, il arguait d’un programme de modification profonde du corps social – on ne présentera plus l’axe d’opposition fascisme théorique/conservateur articulé par la dichotomie futur/passé. Enfin, plus anecdotique mais cela peut toujours amener un Lecteur psychologue à comprendre certains éléments de sa personnalité, comme nombre de fascistes, de Peron à d’autres, il souffrait d’une taille réduite qu’il compensait par une femme quelconque bonne à saluer la foule (comme nombre de dictateurs sud-américains avaient pu se payer le luxe, contrairement aux mornes et antiques prédécesseurs).
L’arrivée au pouvoir d’Ivan Lecsinski fut d’une grande intelligence, nul ne saurait le lui dénier. Son pouvoir reposait sur le fait d’avoir compris l’importance qu’avait pris l’élément symbolique, non seulement en politique (ce qui n’était pas très original), mais aussi dans la vie réelle. En fait, partout. Tout était symbolique, nous l’avons dit, aussi toute son action (ou plutôt son absence d’action) fut concentrée vers le symbolique, et lui seul.
La réalité de cette symbolique aurait dû amener tout le corps social à percuter à un instant à l’autre l’amère réalité, c’est-à-dire les applications réelles, tant par les administrations que tout un chacun, des trouvailles liturgiques dont on se bambochait dans les journaux télévisés. Cela fut évité par l’obtention d’une succession de dérives : puisqu’il maîtrisait avec brio les ressorts du langage, jusque dans sa contradiction, et que ces ressorts lui étaient maintenus en état par ses relations dans la sphère économique et industrielle, le président Ivan avait toute facilité à désigner éventuellement les boucs émissaires.
Soulignons là encore le fait que cet homme ne restait jamais que la quintessence de la lente évolution qui se tramait, entre le canapé et le dernier paquet de chips. Car il n’eut pas de coupable à désigner ; voilà qui était génial. Jamais il n’y eut quoi que ce soit d’accusé. Pas de juif, d’homosexuel, de noir ou de communiste. L’intériorisation passive des normes mises en place depuis une vingtaine d’années avait suffit : le corps administratif de lui-même se trouva étonné de se retrouver avec des prisons surchargées, un système pénal explosant de la matière qu’il produisait à grandes fournées de peines non mesurées, enfin un système répressif sans commune mesure. La force, lentement mûrie, éclatait au grand jour ; c’en était à un point où le meurtre d’un adolescent par des représentants de la force légitime ne pouvait plus choquer. Et c’était fréquent.
Dans cet État, comment accuser un homme ? Lui, au contraire, ne pouvait jamais que dénoncer plus encore. Son action avait certes produit cet état de fait (ou, ne lui accordons pas la gloire de mouvoir à lui seul le vaste corps de l’Histoire), mais il n’en était pas la cause, puisque celui-ci était né seul. Il n’ordonnait pas aux milices d’arracher aux derniers manifestants les dernières banderoles ; mais celles-ci étaient arrachées. Tout comme les derniers déviants étaient fichés, brutalisés, embastillés. Pourtant, cela n’était évidemment pas de sa faute, puisqu’il était un homme de compassion : on le voyait suffisamment recevoir des familles, promettant toute une lumière dont personne n’avait cure, l’essentiel (pour les familles, pour lui, pour le public) étant que cela soit su – pas plus.
En un sens, sous la perspective d’un régime autoritaire tel qu’on l’imagine, axé sur la présence médiatique et tutélaire d’un seul homme capable de guérir tout aussi efficacement les écrouelles que les rois de l’antique monarchie, se déguisait un système de pouvoirs régionaux, similaires à ceux des Gauleiters allemands, édifiés sous l’autorité du préfet, maître à son bord de l’application du système répressif et administratif mis en place par une palanquée de lois et surtout de décrets jamais votés, préfets qui ne rendaient compte qu’indirectement au pouvoir central – lequel ainsi, pourtant initiateur premier et moteur de ce dérèglement démocratique, pouvait facilement faire branler la machine de la compassion dès que les excès de ses propres séides devenaient trop éclatants.
On ne pourra pas prétendre qu’un jour le Naguy-Bocsa se réveilla, pour se trouver dans un système totalitaire pernicieux, qui n’avait d’existence nulle part et était présent partout. Un État où toute contestation devenait impossible, non parce qu’interdite, mais inexprimable (et inexprimée). Un État hurleur de droits de l’humain mais fermé frileusement, crispé sur son ADN et une histoire qu’il ne connaissait plus. Un État affamé de nouvelles, d’informations, de sensation et refusant toute possibilité d’irradiation par la matière du cerveau. Pourtant ce fut le cas : un jour, celui qui ouvrait l’œil n’aurait pu faire que ce constat lamentable.
Nous étions dans une dictature.
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08.06.2008
DCLI. - Le fruit.
Craquants sous les dents les raisins déjà secs aux bouts de sarments, tordus par l'humidité.
La main qui prend ce fruit carré. Sa peau orangée et cirée comme un kaki, j'ai oublié son nom, que je pèle. La chair est gluante et rose orangée, les liqueurs lentement coulent entre mes doigts. L'odeur que je renifle est celle d'une jonchée fraîche et du sperme sur un ventre. Avoir baisé sur des feuilles pourries.
Fruit éventré par l'ongle du pouce. Sa chair suinte. Grasse, de liqueur huileuse. L'impatience lubrique. Mes doigts qui pétrissent son centre. Son huile qui me coule sur le menton.
Traces sur la chemise.
Mâchant de longues giclées de sperme orange.
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07.06.2008
DCL. - Listes de lecture.
i. No Country For Old Men, de Cormac McCarthy. Après le film, qui avait été un bon coup de poing dans l'estomac, un brin salutaire cet hiver parmi les morosités et les habitudes circonspectes du cinéma ricain, Non, ce pays n'est pas pour le vieil homme m'a fait l'effet d'un chef-d'oeuvre. Non par l'humour, ni par la noirceur, ni par la violence. Car en fait ce n'est pas cela dont il s'agit ici. Malgré la poussière, et le désert du Texas, ce qui ressort est un monument de froideur, une pierre brute et pourtant déjà lisse. Un cube (qui n'est pas un pavé : à peine 300 pages). Une merveille chirurgicale.
ii. Le Hussard sur le toit, de Jean Giono. J'avais été lassé par le film, j'ai été soufflé par l'excellence du bouquin. Bien sûr on est loin de la poésie subtile et venteuse qu'il y a dans Noé, mais c'est que ça a de la gueule, ce voyage initiatique d'Angelo et de Pauline de Théus dans une Provence laminée par le choléra. Les premières pages, où le paysage se décompose et le soleil devient gluant pour se transformer en monstre dévorant, sont des splendeurs. Les successions d'épreuves sont toutes en un sens nécessaires, jusqu'aux discours creux et cruels de Giuseppe, jusqu'aux introspections lucides et terribles d'Angelo. Ce livre, c'est un tryptique, ou plutôt un polyptique dont chaque tableau est un élément nécessaire du drame principal. Accessoirement, non seulement ça m'a relancé dans mes envies de chevaux, mais en plus ça me donne une envie de voir plus loin dans les épidémies.
iii. Le Geste et l'Expression, de Barbara Pasquinelli. De retour dans mes marottes sur l'illustration, je trouvais à la bibliothèque, sagement mis en avant par les Cerbères administratifs, ce petit ouvrage publié chez Hazan. Si la didactique est systématique (et donc faite pour me plaire), et relativement bien ordonnée, on sentait parfois un relâchement certain dans le discours : commentaires inutiles pour certaines images, et même imprécisions vraiment regrettables. Celles qui m'ont le plus choqué :
*/ dans la section sur l'exposition de l'anus, un bavardage qui sent la troisième main et les aléas des articles du Magazine littéraire : "Cette image représente une adoration anale. On retrouve ce rite, non seulement dans de nombreuses confréries secrètes, les Templiers par exemple, mais également dans les associations de Maçons, dont les liens avec les Templiers sont amplement attestés." (p. 220). Faudrait arrêter de lire le Da Vinci Code, tout de même. Les Templiers n'étaient pas une confrérie secrète mais un ordre militaire et religieux reconnu par le Pape (concile de Troyes, janvier 1129 et bulle Omne datum optimum de 1139), l'adoration anale n'était pas un rite templier mais une accusation utilisée lors de leur procès en France, et le rattachement de la Maçonnerie aux Templiers est un thème qui n'a commencé à émerger qu'à partir du XIX° siècle - ce qui gênerait pour une statue du XVI°.
*/ dans la section sur la main de Dieu, p. 251, on a droit à un tondo où Isaac s'apprêterait à tuer son fils et où la main de Dieu l'arrêterait, un bélier se substituant au sacrifice. Oui, bon, sauf qu'Isaac est le fils d'Abraham et que c'est l'autre chenu qui était parti pour zigouiller son fiston (Genèse, 22).
Ceci étant, des thèmes m'ont vraiment intéressés : celui du doigt pointé vers le haut, l'explication de l'évolution de la gestuelle de la main bénissant et des mains en prière, et enfin les notions de "à la droite de" et de "bras de la mort". Comme quoi.
2. Films.
i. Pars vite et reviens tard, de Régis Wargnier. Bof. À peine bon pour être un téléfilm. C'est dommage, il y a des idées intéressantes : transformer la place Stravinski, à côté de Beaubourg, en résurgence de l'époque médiévale, avec son crieur des rues, la foule amassée, les fous et les bateleurs, et l'église Saint-Merri en fond, aurait pu être poussé nettement plus loin et transformer cette enquête policière TF1 en vrai monument de terreur. Surtout que la peste reste un thème porteur - en tout cas qui m'intéresse ces temps-ci.
ii. La Grande bouffe, de Marco Ferreri. Autant être honnête : je n'ai rien compris aux critiques que j'ai pu trouver ailleurs - comme quoi Andréa serait une transposition de figure maternelle ou selon lesquelles le film serait une dénonciation de la société de consommation. Il m'a plutôt rappelé les étrangetés pasoliniennes, dans ces masques que deviennent tour à tour les visages des personnages. Seule Andréa continue d'exister, comme une sorte d'ange exterminateur qui en fin de compte prend toute sa dimension dans ce phénomène extrême qu'est le suicide auquel elle assiste, et en fin de compte dans lequel elle les entraîne tous tour à tour. Evidemment, on pourrait évoquer Rabelais, avec ces accumulations de poulardes, de pré-salé et de purée qu'on engloutit, pour finir dans la merde. Je pense pourtant qu'il y a quelque chose ailleurs : l'introduction, très didactique, me semble plutôt faite pour mettre en avant l'aspect mélancolique des quatre hommes, qui ne supportent plus ce qu'ils sont - des images de réussite, et de certains symboles de pouvoir (juge, aviateur, producteur, grande toque) dont les tréfonds sont de facto un immense gâchis, ou plutôt un décollement du monde. Taedium uitae, tout ça, quoi. Sans compter que, je sais pas pourquoi, ça m'a rappelé Les 120 jours de Sodome.
22:41 Publié dans Listes de lecture | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
DCXLIX. - L'attente.
Les bars sont pleins - lèvres tordues qui cherchent dans les coupes un relent de fraîcheur, de soulagement. La première gorgée dégoûte déjà. On n'en peut plus d'attendre. Le verre moisit rapidement à côté des ventres, épaissis comme des baromètres déréglés. Tiède et lourd à son tour.
Des tomates dont la vue écoeure. Des melons dont la vue écoeure. Les boutiques sont des murs de sueur, où les corps se serrent autour des bouches de climatisation. Puis les quittent rapidement, le ventre tordu, les reins bloqués, la nausée déjà sur les lèvres.
Les sièges de bois sont des tortures. On sent que l'on va, partout, pour ne pas trouver ailleurs. Impatience épaisse que déchire la frustration des gouttes qui tombent, éclatent sur les tonsures, dans les cheveux, sur la peau, mais toujours solitaires - jamais suivies d'autres.
On n'en peut plus. On supplie que l'orage arrive. On s'étend, les mains qui tiennent à peine des livres tremblent aussi. L'orage, pitié, l'orage. La maladie électrique ronge jusqu'au cerveau.
Epuisé, j'ai dormi.
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DCXLVIII. - J'ai vomi dans mes cornflakes.
13:40 Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
06.06.2008
DCXLVII. - Colère.
Petit con !
22:48 Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note
02.06.2008
DCXLVI. - Mon état d'esprit.

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01.06.2008
DCXLV. - Buridan's donkey's choice.
J'avais complètement oublié, et j'attends mon frère. Damned. Du coup je ne pourrai pas voir le plus beau des Nantais, même juste pour agiter mon mouchoir sur le bord du quai.
Frangin, t'as intérêt à perdre aux échecs, sinon ça va chier.
14:46 Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
DCXLIV. - Trop jeunes pour mourir.
Il récure son appartement, se fait beau, et attend sous la chaleur terrible de l'été. Au bout de la rue, elle apparaît : elle vient s'installer chez lui.
Ils font l'amour. Souvent. Il la fait jouir. Elle lui apprend à chanter, il lui apprend à mieux écrire. Ils se marient. Ils s'amusent dans la baignoire, éclaboussant partout.
Un soir, elle ne revient pas. Il ne dort pas. Il s'inquiète. Fou, il déambule au marché, demandant à tout le monde si on a vu sa femme.
Elle revient, ils se disputent. Elle pleure, il boude. Ils se réconcilient.
Et la vie continue, entre sexe et chanson.
Ils ont tous les deux soixante-treize ans, et c'est dans Trop jeunes pour mourir, un petit film coréen diffusé dans quelques salles. De beaux petits moments qui font sourire - et d'autres plus... euuuuuuh... surprenants (les coréens, y zembrassent tout de même d'une drôle de façon, on dirait une estampe japonaise). Si vous avez l'occase...
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28.05.2008
DCXLIII. - La guitare sèche, arme de destruction massive.
Loin des bons vieux souvenirs de Tonton Georges, du roqueure qui essaie de faire une ritournelle douce en gratouillant devant la minette épanouie, de M. Dalloway qui joue À la claire fontaine avec les deux doigts (mais je t'aime quand même mon bobologue namoua), pour sa deuxième escapade au Trabendo Vot'Serviteur a assisté à la prestation parisienne de Tunng.
Tunng. Ralalah, inclassable. De la guitare ? Du folk ? De la pop ? De l'électro ? En tout cas trois chevelus avec des guitares sèches, une chevelue avec des jouets pour enfants et un cinquième chevelu aux percus, glockenspiel et le reste.
Du bonheur, on vous dit, du bonheur.
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26.05.2008
DCXLII. - En somnolant, en lisant.
ii. Lorsque la conversation change, pour ne plus parler des prix de l'immobilier (sujet quasi unique du parisien normal), et s'aventurer vers les montagnes que grimpe le prix du baril - 132 USD aujourd'hui à Nouille Orque - on en vient toujours à se demander ce qu'on fera une fois la dernière goutte tirée au dernier gisement. Oui - mais on trouve toujours d'autres gisements - oui - mais il y a les énergies de substitution - oui - mais il y a aussi la crise alimentaire - produire de l'essence végétale est plus coûteux qu'autre chose et on est bientôt sept milliards. Alors j'ai souvent cette idée en tête, que pourtant je n'ai jamais osé dire : la meilleure solution, la plus évidente, est que nous en revenions aux chevaux. Comme si le XX° siècle n'avait jamais été qu'un accident dans l'Histoire des communications. Quoi qu'on dise, je pense que nous y gagnerions tous beaucoup.
23:41 Publié dans Toute référence à Julien Gracq n'est que du hasard | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note
25.05.2008
DCXLI. - En rangeant, en constatant.
i. Quelque chose a changé - ou repris. Peut-être cela a-t-il repris, en changeant, en fait. Lorsqu'on passe par ces déchirements, j'espère que l'attachement devient plus profond, plus direct. En tout cas, est-ce l'impression que j'en ai. J'espère que je ne me trompe pas.
ii. Nous nous sommes peu revus, pourtant. Je sais que je m'emballe - mais sa grâce me fait fondre, ainsi que sa tête butée lorsqu'il perd au billard. Inquiétude de surjouer pour lui plaire. Être moi, que moi. Ne pas hésiter à le charrier - mais aussi à lui presser le bras, lorsque je le frôle, pour aller taper la balle. Ne pas imaginer, vivre : carpe diem, memento mori, primum uiuere deinde philosophari et commander d'autres chopes à la barmaid.
iii. Ce qui n'a pas empêché que nous avons joué dans les trois heures à l'Académie, juste histoire qu'il soit sûr de me laminer. Ce qui fut fait dans les plates et les larges longueurs. Décidément, je ne suis bon que pour les courtes distances, les fignolages - je ne sais pas tirer fort. Toujours, la canne ripe avec moi.
iv. J'ai pourtant un peu triché. Lui aussi. Tous les deux, beaucoup. Nous nous sommes mis d'accord avec les règles.
v. Plus tard, nous avons regardé un film. Sa tête entre mes cuisses, mes mains sur son épaules, pressant son torse. Il fumait, au noir de la nuit. Confusément, parfois, la flamme du briquet faisait deviner le tatouage de son bras.
vi. Nous nous sommes endormis comme des enfants, pressés l'un dans l'autre.
vii. Comme déjà avant, je me suis réveillé bien plus tôt que lui. Cette fois, je ne l'ai pas attendu ; c'est peut-être cela, une relation qui évolue. Alors j'ai lu deux bonnes heures durant dans le salon, au thé fumant, pendant que les rayons hésitants du soleil frisaient les façades d'ocre et de rose délavé. Puis j'ai écrit la note précédente de l'almanach.
viii. Je la finissais quand il s'est levé. Tête boudeuse. Il est d'une sensualité énorme lorsqu'il se frotte les yeux avec l'avant-bras, la bouche épaisse encore de sommeil. Il a horreur qu'on le touche au matin. C'est impossible de résister.
ix. Son bol de café fumant, avec les bulles du lait, où il trempe régulièrement ses gâteaux.
x. Il est parti - il doit travailler. Nous nous verrons peu cette semaine. Nous nous verrons peu les prochaines fois aussi.
xi. Mes épaules sont encore pleines de son torse. Alors j'ai ouvert les rideaux, tiré les fenêtres à moi. Je vais peindre, confiant. Joyeux.
14:47 Publié dans Toute référence à Julien Gracq n'est que du hasard | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
DCXL. - Liste de lectures
J'ai pris du retard - le deuxième livre en est la cause, tant il fut lent, long, douloureux à finir. Tant il était mauvais, en somme. À se demander d'où vient cette fierté imbécile, de finir quelque bouquin, que j'ai commencé.
i. Michael Tolliver est vivant, d'Armistead Maupin. On ne présente plus Maupin, ni les Chroniques. Les dernières livraisons, vers la fin des années 80, étaient très sombres : Michael survivait tant bien que mal dans une San Francisco déchirée par l'épidémie, Mary Ann partait, ce qui semblait conclure définitivement le cycle dans la fin du mirage californien. Quelques dizaines d'années après, Maupin avait besoin peut-être d'argent, ou simplement la vraie envie d'écrire, à nouveau. Quoi qu'il arrive : Michael Tolliver est vivant, et bien vivant - il survit. Et il a la cinquantaine bien tassée, ce qui exige de prendre du Viagra. Il a la chance d'être avec... non, ce n'est pas Thack. Et Madame Madrigal désormais est octogénaire. On retrouve certes cet amour de la ville qu'est Frisco - pourtant, le ton est plus désabusé, et Michael sans cesse a des pensées d'égoïste. Car le vrai thème n'est plus la ville, ses collines, ses pentes et ce qui s'y passe - le thème est la vieillesse, et les derniers choix qu'il faut faire pour être cohérent avec soi-même, aux derniers instants (entre famille biologique et famille logique, trouvaille lexicale pas mauvaise mais à laquelle on a droit trois fois). Bref, c'est une San Francisco sur laquelle le soleil se couche, mordoré : il y a de la puissance, mais on sait que la nuit vient. Et on l'attend. En ce sens, la couverture de la livraison des Editions de l'Olivier est bien choisie...
ii. Cosmofobia, de Lucia Etxebarria. À voir de l'Etxebarria partout chez les libraires, je croyais que ce pouvait être bien. Grave erreur. Khölossale erreur. C'est un livre qui fait croiser des destins, des paroles, de chapitre en chapitre. On commence autour d'une place de Madrid, du côté sordide et pauvre - là, c'est peut-être intéressant. On finit du côté huppé. D'un discours à l'autre, les personnages sont supposés s'enrichir d'autres regards, d'autres informations. Sauf que - c'est lourd, ça ne prend pas - c'est pesant et revu. Comme souvent dans ce genre d'ouvrages, ne sachant plus que faire avec la pauvreté, on vire rapidement vers la sinistrose des riches (coke, dope, etc.), bref on fait son petit Bret Easton Ellis. Aller jusqu'au bout m'a demandé de longues semaines, pour un pet de tout juste 400 pages. Rien que pour cela, je pense que je mérite la Légion d'Honneur. Et la Croix de Guerre, avec ruban.
iii. Cent ans de solitude, Gabriel Garcia Marquez. Là, c'est tout l'inverse : j'avais chouravé ce poche chez un bouquiniste, me disant qu'il fallait bien un jour lire ce type dont Neil Hannon parle dans une de ses chansons. Un an plus tard, ce zigoto orné d'un ara de belle facture poirautait toujours dans la section "À lire" de ma bibliothèque" (celle planquée derrière les toiles qui sèchent, au-dessus des bédés, derrière la table). Pour être honnête : je ne l'ai pris que parce qu'il était gros, et que j'avais de l'avion à faire. Grave erreur. Autre khôlossale erreur. C'est une splendeur, ce livre. Un monument, Madame. Une chapelle Sixtine de la littérature - pas moinse. Ce n'est rien, pourtant : jamais que l'histoire d'une famille, où tous les fils portent les mêmes prénoms, et où les femmes fondatrices sont des monstres qui n'ont plus d'âge, tant elles vieillissent longtemps. Ce sont des histoires de vie qui se suivent - entre le tragique colonel, des filles qui s'appellent Sainte Sophie de la Piété et d'autres qui montent au ciel. Il y a aussi des morts qui n'en sont pas, des fourgons remplis de mitraillés qui disparaissent dans la mer, un galion qui pourrit en-dehors de tout rivage, des avocats qui font la paix comme on va à l'enterrement, des armées qui défilent et de l'or qu'on enterre sous des saints coiffés de perruque, sans compter les bestiaux qui se multiplient dès qu'on fait l'amour. Amen, on n'en dira pas plus.
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24.05.2008
DCXXXIX. - Ma rue.
P'tites courses du matin. Marie, toujours vêtue de rose, m'attend derrière son comptoir. Ce sera comme souvent un p'tit corse qui sert à prouver l'existence de Dieu et vu qu'on est en été, hein, un bon morceau de feta. Pas celui sous cellophane qui a point de goût sauf si on fait mariner avec des herbes et de l'huile de moteur, nan, celui qui trempouille dans la saumure et qui a senti passer la brebis de près.
Bien sûr Marie me demande avec ça ce sera, alors pour nous faire plaisir je rajoute un tranche de Saint-Nectaire. Fondant, grumeleux entre la tomme et l'Abondance, il reposait. Pâte de jaune de Naples légèrement grisé.
Jean est un peu pressé ce matin : normalement, ce comptoir n'est pas le sien - c'est Emmanuel, l'arpète, qui officie le samedi aux charcuteries. Il me vante un pâté qu'il a fait, sans trop de poivre. C'est dommage, je préfère quand il y a de l'épice, un peu comme ces caillettes que je dévorais, enfant, à Digne. Pourtant sa surface inégale, où joue encore les rais du matin, repose avec une telle confiance dans son bac de bois que je cède. Tant pis, le régime ne sera pas pour cette semaine. Quelques chorizos et du jambon de la Forêt Noire pour la ratatouille, s'il vous plaît. C'est quoi, ça ? Du pâté en croûte frais ? Avec de vrais morceaux - allez, ça fera le grignotage de ce midi.
Nicolas, toujours souriant derrière sa caisse, sort rapidement le sorbet au citron pour le compter, et le resserre. Ses mains épaisses butent sur le bouton du sac, qu'il clôt pourtant consciencieusement. Sa voix chante, il fait sourire de vieilles dames - qui ne doivent venir, si belles, que pour lui. L'une d'entre elles n'a pris qu'une bouteille de Porto, du Sandeman à vingt ans d'âge. Nicolas se lève, se penche sur le tapis pour lui glisser la bouteille directement dans le sac de molletons et de patchwork.
Pierre, lui, beugle devant sa brouette de fraises et de melons. Les fruits rouges, à la peau cirée, dressent des pointes érotiques sous les regards des enfants. Deux fillettes en robettes roses tordent le cou pour poser le menton sur l'étal. Un doigt timide touche de l'ongle la feuille d'une fraise. Un peu plus tard, elles offriront, corps tendu, un bouquet de haricot à leur mère. Un garçonnet, flanqué de son grand'père, rêvasse devant les grandes jambes d'une Noire pomponnée, à peine posées dans des sandales à aiguille. Concentré, il se frotte la fesse.
La boutique est une succession de rouges et de verts. Paul, pressé, frôle Pierre pour renverser un grand cageot de cerises. Une mamie en gobe une. C'est pour goûter, bien sûr. Paul s'en moque, redresse la montagne de fruits et par chercher les quartiers de pastèque. Je suis dans la queue, les mains pleines de citrons et de tomates, des sacs de melon, de courgette et d'aubergine au pied. Juste devant la caisse de Madeleine, de petites caisses de myrtilles, de groseilles, de mûres sont posées en quinconce. Je me demande comment se mangent les nèfles, et les amandes vertes, posées par Pierre à côté des formes obscènes qu'ont les figues d'Italie. Je regarderai - j'en prendrai la prochaine fois.
Ce sera juste un peu de myrtilles, qu'on mange sans y penser, tout justes humides de l'eau qui les a lavées.
Une de mes tomates tombe au pied de Madeleine, quand je la paie. Elle la ramasse, la frotte et la remet dans mon panier. Solide, ces bêtes-là, me dit-elle. C'est vrai que quand j'étais petit, une tomate tombée finissait en une explosion de glaires oranges et vertes, et de pépin, qui venaient se poser sur les chairs tordues d'un rouge mat. Je la paie, et je passe enfin chez Marc.
Ma rue a des commerçants au nom d'Evangile.
12:21 Publié dans Toute référence à Julien Gracq n'est que du hasard | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
DCXXXVIII. - Tiseure.
Bon, le spectacle était dans la salle. Ou dans la cicatrice de l'acteur.
Bientôt, je vous parle de livres. Ou de ce qu'il ne faudra pas écrire dans l'Histoire.
01:12 Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
18.05.2008
DCXXXVII. - Dallowaysation massive.
Enfin... sans les petites mémés...




22:40 Publié dans Oeuvrettes au cours du temps | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
DCXXXVI. - Le peintre a un cadavre.
Il y a aussi le geste du poignet gauche, tordu à tenir la planche où l'on a mis, selon son ordre, ses couleurs. En général, je ne me sers quasi que de terres : brun Van Dyck, ombre brûlée, ombre, rouge de Venise, ocre jaune, jaune de Venise, jaune oxyde, jaune indien. À côté, je mets quelques primaires, pour les tons : bleu de Prusse, rouge de cadmium et un autre rouge selon l'humeur. Enfin, pas mal de blanc. Pour les peaux, il faut du blanc d'argent ; sinon du blanc de titane suffit amplement. En plus, il a l'avantage d'être épais, j'aime beaucoup ce qu'il donne lorsqu'on le frotte avec un pinceau sec.
Vous savez, monsieur le Commissaire, lorsque vous m'avez arrêté, j'avais mis du blanc de titane. C'est dire que je n'en étais pas encore à la peau.
Mais je reconnais qu'avec cette force que l'on développe, on pourrait facilement égorger un homme. Avec un couteau de peinture, il suffit d'écarter puissamment le bras devant soi. Pour peu qu'il y ait quelqu'un, un accident est si vite arrivé.
Je me doute bien qu'en retrouvant ce cadavre dans ma cuisine, complètement vidé, vous avez donc pensé que j'étais le criminel qui aurait donné à votre carrière un nouvel élan, lui permettant de s'extirper besogneusement de la fange où elle traînait, quelque part entre le rôti du dimanche et les résultats du tiercé.
Dommage que ce ne soit qu'une bouteille vide.
22:11 Publié dans Toute référence à Julien Gracq n'est que du hasard | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
17.05.2008
DCXXXV. - Connerie (?) : dissertation sans caractère explicatif.
Le corps est un étrange oubli, distant à lui-même. La peau, séchée déjà par la molle respiration du temps, s'oxyde aux airs du calendrier, qui s'enroule lentement mois à mois au clou du mur. Les gestes, épaissis d'usage, semblent être un linceul brodé de confiance. On marche, dans l'air.
Derrière soi, on devine les derniers retentissements d'orage qui illuminent.
Tête levée, j'ai voulu trouver en moi un profond murmure. Je l'ai formulé de mes lèvres d'élève, remâché déjà plusieurs fois, pour qu'il porte dans l'atmosphère. Non pas prière, juste information de mon coeur, sur la plaine.
Alors l'ondée brusque m'a renversé. J'ai serré l'eau grenue contre mon ventre, parmi les fumées de la terre réchauffée.
Puis j'ai remarché, disant que l'eau reviendrait.
00:33 Publié dans Toute référence à Julien Gracq n'est que du hasard | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note

