07.09.2008

(Hors numérotation). - Se sentir vivant.




DCLXXXI. - Dessins du dimanche (ou presque).

Ce matin, vers quatre heures je pense, j'ai senti vos gestes autour de moi. Vous avez tenu parole, et moi je dormais profondément. Je crois que vous m'entouriez, et puis la porte a claqué dans mon demi-sommeil.

Eté 2008, au parc Citroën.

L'été au parc Citroën

J'avais demandé que vous me fassiez un bisou avant de partir pour le Portugal.

Mai 2008, étude 1.



Ce matin, j'ai rangé nos restes, les verres vidés où le vin avait séché, le plat qui sentait la truite et l'huile, et les assiettes où les traces de la sauce tomate que vous aviez faite s'étaient resserrées autour des traces de fromage.

Mai 2008, étude 2.



Mardi, ce sera à mon tour de m'envoler pour de longues semaines.

H***
H***


Entre deux journées surchargées et cravatées, peut-être remonterais-je les Longs Murs pour monter la colline où Erechtée modifié transformé lovait ses anneaux mythologiques.

M***
M***

En fait, c'est certain : je monterai au deuxième centre de la civilisation. J'essaierai de ne pas chercher les chlamydes dans la pollution.

D'après Rembrandt (Vienne).

Etude de jeune homme, d'après Rembrandt (Vienne).

Vale.

03.09.2008

DCLXXX. - Uchronie d'un déménagement sans internet.

Les cartons

Ma vie a tenu dans 52 cartons et quelques meubles qui ne sont pas partis aux ordures.

L'emménagement

Portons grâce au Seigneur : connecter une machine à laver, en fin de compte, ça se fait. Surtout quand on est trois : deux qui aident et moi qui stresse.

Le hammam

Séance mensuelle de hammam à la Mosquée avec mon ex-voisin, M. O***, suceur (de sang) reconnu. Les vieux musulmans qui normalement déambulent, chapelet au poignet, ne sont plus là. On est moins serrés, mais les nuques sont plus raides.

Dans la salle la plus chaude, un quadragénaire se met à vouloir me faire un massage "typiquement marocain". Curiosité malsaine : je laisse faire.

Contrairement à ce que pourrait croire le Non-Lecteur de cette uchronie, il ne s'est rien passé. Si ce n'est que M. O***, suceur (de sang) reconnu, s'est courageusement enfui pour me laisser face à mon destin. Ce fut un vrai massage, sans à-côté ni tentative. Je lui ai rendu la politesse au gant de crin.

Le dernier jour

J'ai beaucoup erré ce mois-ci. Je pense savoir pourquoi, mais je ne le dirai pas ici.

Un hétéro a découvert ce que c'était qu'un homme ; d'autres garçons plus confiants ont accepté ma main sur la courbe de leur hanche. Je donnerais l'enfer pour certaines courbures.

Le dernier jour, il n'y avait plus de rideaux aux fenêtres. Levant les yeux, je m'aperçus que la fenêtre d'en face s'était fermée durant. Une ombre derrière s'esquiva. Tant pis.

Le premier repas

La première tentative de cuisine et le premier repas ont été faits autour d'un bon paquet de vin et de quelques spätzzle pour faire bonne figure. L'appartement commence à prendre forme. J'ai envie de téléphoner à tout le monde pour dire que je suis bien ; je ne le fais pas : il est minuit, je ne suis pas Christine Angot.

La salle de sport

La salle de sport est à quelques minutes de chez moi. Je n'y vais en fait que parce que je me dis qu'à la fin il y aura le sauna. Gigotages sans enthousiasme, il faudra s'y remettre.

Le club est mal foutu, mais on y survivra. Dès l'entrée, je retrouve les nabots laids et mastocs qui compensent par la largeur de leur torse hormoné. Partout ils sont les mêmes.

Au sauna, un vieux monsieur tend son dos nu sur sa serviette. Il me parle de la chaleur, c'est vrai qu'il ne fait pas très chaud, un tout petit 60. Il me dit que je ressemble à Matthieu Kassovitz avec ma barbe. Je souris.

Nous parlons longtemps de cinéma, dans la boîte en bois. Il part en me souhaitant une très bonne journée.

J'aime ce genre de papotage.

Le festival Rock en Seine

Le Festivalier se doute bien que faire une liste dans un sujet qui en contiendra déjà beaucoup, et qui sera long, ne peut qu'enthousiasmer le Lecteur pour éteindre son ordinateur et aller voir ailleurs s'il fait plus joli. Fort de ce constat théorique et néanmoins très pratique, en terme d'économie d'énergies et de relance de la consommation phranssèze (le Lecteur dégoûté ira forcément dépenser son pouvoir d'achat), l'Auteur s'engage donc dans cette narration. Cependant, l'heure matinale de rédaction l'amènera à être bref, tout aussi bien que les douleurs aux arpions. Tant pis pour l'économie nationale, je ne peux pas aller chercher la croissance seul avec mes dents.

Ores doncques, oyez, oyez :

i. These New Puritans. - Un peu bruyant pour ce que c'est. Ce premier concert annoncera la suite, hélas.

ii. Hot Chip. - Certes, c'est toujours amusant de voir de gentils garçons bien coiffés faire des couleurs, des bulles et un peu de son. C'est vendu comme une boîte à tube, ça ressemble plutôt à du tube en boîte : beaucoup de rythme, mais tout juste ce qu'il faut pour que ça réussisse aux Bains ou dans n'importe quelle autre cave à coke, mais pas dans un salon, ou du moins dans une oneille de vieux Festivalier bougon et grincheux qui en veut pour son argent. Le dancefloor, c'est quasi plus de mon âge, si ça ne l'a jamais été. Je suis comme les Rhées, moi : né vieux.

iii. The Do. - Bon, là, ça va. Brandissant son téléphone, le Festivalier tentera d'ailleurs de faire écouter sur les bords de l'Atlantique la prestation de On My Shoulders, en pure perte. À croire que toutes les tentatives similaires du Festivalier conduisent à ce genre d'échec. J'avouerai cependant avoir préféré l'album.

iv. Narrow Terence. - C'est du débutant, ça hésite encore sur scène, ça a du mal à tenir son public. Dans ces cas le Festivalier sourit toujours et essaie d'être indulgent. Il se met même devant la rampe pour combler les vides d'un public indigent. Surtout qu'entre les riffs pas très éloignés d'une inspiration country un peu bric-brocquesque et une voix qui se la fait Tom Waits, y'a des bons points, il faut l'avouer. L'autre intérêt de la rambarde est de pouvoir admirer de prêt le charme nordique du bassiste et, plus encore, la grâce gringalienne du batteur. À marquer à la culotte, donc - moi,je m'occupe de marquer le Calvin Klein.

v. Dirty Pretty Things. - Retour au rock professionnel, les vrais de vrais qui savent comment tenir une guitare et refaire un album en concert : ça prend un air mi-vintage mi-garage, pour pas dire complètement métal, en vrai. Bang Bang You're Dead est devenue une sorte d'explosion de guitares et de sonorités, , n'en parlons pas. La voix de Carl Barat devient quelque chose de plus aluminé au contact du grand air et des micros français, faut croire.

Ceci étant j'ai eu un sursaut : une petite phrase musicale, dansThe Gentry Cove je crois, que j'avais déjà entendu chez Déportivo. Qui a copié qui ?

vi. Kaiser Chiefs. - Ici tu poursuis, Lecteur, ta visite des grands shows, ce qui fait qu'un festival vaut aussi son pesant de cahouètes. Plein la gueule, plein les mains à taper, plein les oreilles. Bref, du grand jeu. Sans compter qu'on peut brâmer sans trop de souci Oh my God I've never been so far away from home et on en redemande. Pas plus mal, ça permet d'arriver en retard au concert suivant, prolongation oblige.

vii. Tricky. - Anecdotique, même en étant concentré sur son sandouiche. À tant l'entendre réclamer Jésus, on se met à rêver de mains qui ouvrent les Cieux et du Christ qui apparaît en baîllant "ué, ué, c'est moi, m'vlà, c'est pour quoi ?".

viii. R.E.M.. - Honnêtement, le Festivalier s'attendait à de la soupe pop, et ben non. Bon, y'a bien sûr eu à la fin Loosing My Religion mais il faut bien quelque chose sur laquelle chanter en choeur. Y'a pas à dire, y'a du métier chez ces papis, et Michael Stipe bouge son corps comme on voit rarement le faire. La petite scène de danse robotique était un p'tit moment de festival comme on en demande et on en a peu. Bref, ce fut une très agréable surprise.

ix. Louis XIV. - Soyons honnête : ça réveille, ça met dans le bain. Sans plus.

x. Jamie Lidell. - Concert totalement inégal. La première partie a dû en ravir beaucoup, elle m'a fait chier. Les préciosités construites à renfort d'électronique et de bidouillage de son, les chtk-boum-pff en boucle, bof. La seconde partie, qui rejoignait la bonne vieille tradition de la chanson-cabaret nouillorquaise, était déjà plus vraie, moins prout-prout à chemise ouverte et chaîne en or germanopratine. Non mais c'est vrai quoi il se prend pour qui Lidell ? Un remixeur de Versailles ?

xi. Fortune. - C'est là que le Festivalier se contente d'une oreille, l'autre chassant le pervers dans le dédale des pissotières. En plus il y avait un rayon de soleil, vous excuserez.

xii. Brooklyn. - Ze découverte of ze festival. Entendu de loin parce qu'il fallait repérer les places pour le concert suivant, mais franchement y'a de quoi faire. Pop juvénile ? Truc de djeun qui correspondrait à mes goûts masculins (m'a-t-on sorti) ? M'en fous c'est très bien et je vais voir pour l'album, zut, hein, y'a pas de raison. Un peu d'énergie pure, de puissance ado, du pop rock énergique, on va pas pleurer, hein !

xiii. Kate Nash. - Kaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaate !!! (Accessoirement, je veux bien former un trouple avec le bassiste et le guitariste. Au pire, s'il faut choisir, je prends Brad.)

xiv. The Raconteurs. - Raaaaah ! Du rock, du vrai ! Et j'ai vu Jaaaaack ! En plus voir White et Benson faire les utilités à cause de la circonstance évoquée plus bas, et donc nous offrir une heure quarante de concert au lieu de la cinquantaine de minutes réglementaires, y'a de quoi croire le luxe accessible et demander du sandouiche au caviar. C'est impeccable, c'est parfait, on se prend à trémousser du cul, mains dans les poches, jambes écartées au-dessus de son papier gras de sandouiche. Et hop un coup du mollet, et zou un bon de rein, raaah jeté du peton et vlan coup d'épaule.

xv. Justice. - Oui bon ben voilà c'est de l'électro, quoi. Boum boum boum. Bon, reconnaissons qu'ils savent éviter de donner l'impression de la répétition. Reconnaissons aussi que mon grand plaisir a été quand leur station de mixage a eu une panne d'électricité et qu'ils se sont retrouvés comme des crétins durant deux bonnes minutes. Le spectacle était plutôt sur la pelouse, à voir tous les prépubères gigoter. L'un d'entre eux a beaucoup fait sourire à ses dépens.

La circonstance sus-évoquée : Le concert de Justice devait être suivi de celui d'Amy Winehouse. Laquelle se fait une spécialité d'annuler ses concerts, ou d'y être médiocre. Pour la deuxième année consécutive, meudemoazelle Winehouse a décidé de faire faux bond, à la dernière minute cette fois. C'est pour cela que The Raconteurs a joué les utilités : en rallongeant la durée de leur prestation, ils ont décalé tous les autres concerts et un peu bouché le trou laissé si généreusement par l'autre britiche. Je vous rassure, Justice a fait son concert d'une heure et pas plus : on peut pas demander à des boufta-boufta-boufteurs d'avoir un répertoire suffisamment riche pour faire les utilités ; et puis, à Versailles, on n'est pas des valets. Tant mieux.

Saluons au passage le courage de la direction du festival, qui ne s'est pas payé la politesse d'une annonce au micro, laissant planer le doute pour éviter la grosse émeute. Dommage, j'aurais bien demandé trois choupinous en dédommagement.

Quant à Amy Winehouse, elle peut toujours courir pour que j'essaie de la revoir en concert, ça suffit, là.

Le choupinou

Le choupinou d'été est mort, tant pis pour lui.

Adieu donc aux ticheurtes, aux petites sandalettes, aux chapeaux posés sur des tignasses improbables en dépit des vents coulis et des pluies diluviennes de cet été 2008.

L'impression d'un samedi soir ou après-midi que sais-je

L'Auteur croit bien que le Narrateur était bien ou plutôt : quiet, comme le calife de Goscinny et Tabary. Pas autant vautré sur des coussins, mais marchouillant dans le centre de Paname. Il y avait fait quelques achats de cédé, et s'était amusé à pester contre une libraire parce qu'elle n'avait pas Vue sur l'Arno, alors qu'il serrait amoureusement contre son bidon replet Maurice, du même Forster qu'il avait découvert du coup, se promettant des heures de fornication intellectuelle intense vautré dans un fauteuil, une bière à portée de main, en espérant qu'en voyant ça quelqu'un de bien viendrait taper la conversation. Plus discret que Tutu, que voulez-vous.

Bref, le Narrateur allait, selon les dires de l'Auteur, au cinéma, se promettant sérieusement ensuite de s'aventurer dans un bar. Je te laisse imaginer quelle sorte de bar, Lecteur, et de toute manière si tu arrives à le concevoir c'est que sérieusement tu devrais voir un psy et te poser des questions quant à des penchants artistiques et réfléchir à la notion de menottes à fourrure rose. Il faut cependant que tu conçoives, incohérent Lecteur, qu'une telle idée est très rare chez l'Auteur, encore moins chez le Narrateur, qui après tout n'est jamais qu'aux ordres du premier.

Quiet et bref, donc, plein d'allant et d'envies, le Narrateur et l'Auteur, suivis de près par le Lecteur qui se demande quelle encoignure de porte choisir pour se planquer et jouer au voyeur, allaient au cinéma, le long d'une rue piétonne. Quand à l'angle de mon angle de vue, je vois se contorsionner sur le perron d'une gendarmerie deux corps, qui s'y asseyaient comme font tous les corps de jeunes devant une maréchaussée dès lors que les poulets sont allés veiller au grain.

Je l'aurais reconnu entre milles. Cette manière de se voûter, ce ticheurte blanc, et ces lunettes noires qui lui mangeaient le visage. Sans compter ses lèvres. M***.

Je me fous de savoir qui l'accompagnait ; je pense que c'était l'un de ces copains proches dont j'avais vu les photos, ces mois où j'avais fait la connerie de commencer à m'attacher, avant qu'il ne me montre ce qu'était le courage de ses paroles.

Un instant l'Auteur a soufflé au Narrateur l'idée de se retourner, de se planter devant lui et de le saluer du chapeau. Mais une saine couardise a repris le dessus, et le personnage principal a donc continué son chemin dans la foule où son anonymat, sa banalité et sa médiocrité passent très bien.

Toute envie coupée.

Le film n'a rien entamé à la morosité qui occupait toute la rangée. Pensez : un Auteur, un Narrateur, un personnage principal, une bonne mélancolie, sans compter le Lecteur qui s'est casé rapidos dans un strapontin quand le générique a débuté. En plus le film était une niaisitude énervante et besogneuse, quoique britiche.

À la sortie, le Narrateur avait renoué avec un profond sentiment de solitude, qu'il avait réussi à oublier ces dernières semaines. Il n'avait vraiment plus courage de s'en aller dans les bars à trentenaire en espérant qu'il aurait non seulement le courage d'y entrer, mais en plus d'y entamer la conversation. Le rideau de fer était tombé entre les illusions du théâtre et la fosse sceptique où il continuait de turbiner son trombone. À quoi bon ? De toute manière, ce que voudrait bien un jour trouver le personnage principal, ce n'est pas ce qu'on a dans les bars, car ceux qui y vont y trouvent leur compte.

Lui, il s'en passerait bien. Et puis simplement il n'avait plus envie. Beaucoup de choses devenaient plus lourdes, soudain, et l'air était pour le coup un peu chaud. La nuit était là, profonde, généreuse et grasse de désir, et pourtant il faut croire qu'elle avait déjà quelque chose de métallique, d'incertain. Comme des reflets sur le rideau de fer, pendant qu'on déambule entre les sièges du théâtre.

L'Auteur a beau dire au Narrateur que s'il n'a pas réussi à entretenir une relation durable quelconque depuis deux ans, pour ne pas dire depuis toujours, c'est peut-être qu'il y est pour quelque chose. Il y a beau jeu de toujours se plaindre, quand on ne fait rien pour trouver, et qu'on ne parvient pas à conserver. Le personnage principal, lui, se plaint qu'on lui fasse si souvent jouer les acteurs pornos lors de courts métrages, pour le plaisir de simples hanches. Tous s'accordent pour dire qu'on est bien loin d'avoir une solution au problème, et qu'en plus on s'enferme dans un bon sac de merde bien suintant.

Je demande pas grand'chose, juste l'impossible.

J'avais envie de fumer du coup, avec une bouteille, sur les quais. Toutes les civettes étaient déjà fermées, tintin pour le Cohiba. M'imaginer alors avec un paquet de clope, seul, parmi tous les pique-nique, me faisant taxer à tout bout de champ par le premier passant, avait quelque chose d'humiliant et de pitoyable. Comme si le seul moyen d'avoir un tant soit peu l'attention de qui que ce soit passait par la possibilité de lui fournir une cigarette pro deo ou l'indéfectible soutien passionné à une cause humanitaire quelconque.

C'est à ce moment que la ville devient quelque chose d'hostile, de parfaitement isolant. Où les bars deviennent des arènes d'où l'on vous regarde passer, mains dans les poches pour faire bravache mais surtout pour filer doux, bête pitoyable, risible, quémandant un regard tout juste suffisamment condescendant pour vous permettre d'exister. Vous n'êtes même plus digne d'être une larve, de celles qui s'imbibent pour trouver une existence et trouver dans les derniers résidus de leur cerveau un semblant de métamorphose qui se brûlera aux premiers jets de la lumière incandescente d'un monde dont la beauté est partout, sauf en vous. Vous n'êtes même pas rien : vous êtes transparent. Inexistant. Quelque chose que l'on croit cogner du coude sur le trottoir et qu'on est surpris de ne pas découvrir. Il n'y a plus qu'à disparaître chez soi, remerciant qu'on vous fasse la grâce, encore, de vous laisser cela.

Comme souvent, je m'insupporte.

Je me console alors, bâffrant une soupe de carottes, les Started A Fire à fond, dans ma nuit gâchée.

Vous ne connaissez pas les Started A Fire, Lecteur, et c'est normal : il n'y a qu'un inutile comme moi, sans vie sociale, sans perspective d'avenir autre que la masturbation sous différentes façons, qui peut trouver suffisamment de temps pour connaître des choses aussi anecdotiques. Sur ce, vous l'excuserez, mais le bijou graisseux d'inanité sonore va coucher sa superfuité, énervé de lui, avec cette rage malsaine de deviner ce qui se passe en-dehors de son lit sage et scolaire, souffrant de n'en rien connaître, et adorant s'infliger cette souffrance.

Le puits de lumière

Dans ce nouvel appartement, la cuisine donne sur un large puits de lumière. Le rez-de-chaussée est couvert d'une dalle, on ne surplombe que d'un étage un carré d'une dizaine de mètres de côté. En face et sur la gauche, il y a les hauts murs de l'annexe du tribunal, et du ministère de la Justice : aveugles, sourds, crépis solidement. La lumière du plafonnier y trace les damiers de l'échec judiciaire.

La cuisine se fait fenêtre ouverte ; j'aime entendre les petits échos de mes entrechoquements - la sauteuse qui se pose sur les feux, le couteau qui tombe sur le plan de bois, la lame dont la séquence régulière coupe les légumes. Plus tard, face à l'évier, pendant que les verres claquent et parfois se fendent, je regarde ce grand puits d'ombre. Les bruits de ma vie me reviennent avec un retard, qui me fait croire parfois que je ne suis pas le seul à cuisiner.

De l'évier, je vois sur le mur de gauche un autre trapèze éclairé. C'est une fenêtre derrière la tour de l'escalier de service, qu'on ne voit pas de là, qui doit être au premier. Lorsque je rentre, elle est toujours éclairée. Aux trépignements métalliques de mon carré de lumière, en plein milieu du mur d'en face, qui doivent faire croire à une intimité plus occupée qu'elle ne l'est réellement, répond la constante placidité de ce trapèze à gauche. Silencieux, il se contente d'être allumé, et de coucher sa traîne sur la dalle du rez-de-chaussée.

C'est de la salle de bain qu'on comprend ce que c'est, et encore. On voit un bureau dans un angle, avec des étagères et des dossiers. Devant la fenêtre, il y a un écran. Devant l'écran, il y a un jeune homme. Le plus souvent, quand je passe dans la salle de bain, je le vois la main gauche au menton. Studieux, ou attentif.

Il y est tôt, il reste tard.

Durant mes vacances, je pensais que c'était l'un des fonctionnaires du Ministère. Puis en le voyant devant son écran ce dimanche, je crois avoir compris.

Ce soir, j'ai pensé que si je le voyais, c'est que je n'étais pas moi devant un écran d'internet.

19.08.2008

DCLXXIX. - Fermeture.

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Fermeture pour déménagement.

À bientôt, Lecteur.

(Hors numérotation) Antoine, pourquoi tu as fauté.

Antoine, si tu veux savoir comment tu as fauté, tu peux aller sur un des sites que tu fréquentes, et où tu lis des blogs. Tu y trouveras dans ta messagerie la réponse.

Pour un autre Lecteur qu'Antoine, il peut se demander qui est Antoine et chercher à craquer son mot de passe. Je vais t'aider, Lecteur : c'est le nom de famille d'un célèbre chanteur basque.

17.08.2008

DCLXXVIII.

Je ne suis pas fait pour plaire. Envie de pleurer.

15.08.2008

DCLXXVII. - Icelander (cum commento).

Préliminaire

 

Il va de soi que les premiers jours, et bien souvent encore, j'ai oublié l'appareil photo. Je n'en suis pas un spécialiste, comme certains, qui savent rendre la beauté resplendissante des friches industrielles ou l'absence, ou d'autres, dont les mondes sont faits d'ombres, de persiennes soulevées, de visages profondément humains. Et prendre une photo à cheval, ce n'est guère aisé : il faut garder les rênes, sortir l'engin, calmer la bête, se tordre le cou pour avoir le bon éclairage, éviter d'avoir un autre canasson devant soi. Sans compter qu'enfin je ne vais pas vous avanir, Lecteur, de photos, genre là c'est moi devant le Taj Mahal avec un brochet de 15 kilos péché dans le cratère du Popocapetl.

Et puis au bout d'un moment, aussi, on oublie à cheval de faire des preuves : d'une parce qu'on a mal aux fesses, de deux parce qu'on a de la poussière plein la gueule, de trois parce qu'on a un peu envie d'arriver au gîte et de quatre (fuck le plan en trois parties) parce qu'au bout d'un moment on profite du voyage initiatique. Zarastro était un tantinet loin, mais le Mehr Licht, j'en étais pas loin.

Liminaire

 

Le cheval, tout d'abord. Important, le cheval. Sache, ô Lecteur impécunieux, que le cheval islandais n'a pas seulement une boîte automatique et des jantes chromées avec option bois de rose, mais aussi des crinières monstrueuses qui peuvent virer au format rasta. Ca fait très chic, sauf que des fois on a l'impression de galoper après John Wayne en plein Colorado.

Le cheval islandais en plus fait dans l'exception culturelle, que je me demande même s'il n'est pas français à tant excepter, hein. D'abord il est petit : c'est pas un machin britiche qu'il faut une échelle et trois palans pour monter dessus. Ce qui est pratique d'ailleurs pour freiner : suffit de poser les pieds au sol, ce qui est aisé, d'autant plus que les étriers sont hyper bas. Me faudra un temps fou pour accepter de descendre de cinq crans les étrivières, ce qui est tout de même plus confortable. Bien mieux, le cheval viking n'a pas trois mais je dis bien cinq vitesses, on applaudit bien fort Mesdames et Messieurs tellement c'est magnifique. Vous connaissiez le pas, le trot (une deux trois quatre / une deux / une deux trois quatre / une deux et on veille à pas s'exploser les fesses) et le galop ? Le cheval islandais que nous vous proposons, Pierre et moi, est un cheval qui va l'amble et même le tölt ! Alors, qu'est-ce que c'est que le tölt, Jacqueline ? Et bien c'est simple, Pierre : le tölt est un pas très rapide, qui vous permet d'aller à la vitesse du trot voire du petit galop, et le tout sans avoir les fesses explosées : pas de tagada tagada tagada. Mais c'est vermeilleux, Jacqueline ! Oui, Pierre, mais il faut des fois tenir le canasson pour qu'il ne tombe pas dans le trot. Certes, comment fait-on Jacqueline ? Je vais vous faire une confidence, Pierre : il suffit de prendre la position traditionnelle appelée Harley Davidson par un Frenchie de passage: calé dans la selle bien à l'aise, poings levés devant soi et jambes en avant. Avec ça, Pierre, le bourrin est confortable comme un sofa (ou un rocking-chair, ça dépend de sa circonférence), et vous pouvez faire votre petit 12km/h pendant plusieurs heures. Ah mais c'est très pratique pour traverser des plateaux désertiques en une journée, ça, Jacqueline ! Oui, Pierre, mais il ne faut pas s'arrêter ! Eh bien, Jacqueline, vous m'avez convaincu, et je vous propose désormais, chers amis de Télémarket, d'acquérir le tölt pour la modique somme qui s'affiche au bas de votre écran.

Bon, il peut aussi avoir son caractère, le cheval islandais. À deux par jour, de toute manière, vous aurez le temps d'en tester plusieurs. Neuf, pour la pomme de l'Auteur, avant qu'il ne trouve les perles qui lui plaisent au point qu'il leur fasse des papouilles et refuse de les filer à d'autres (Fat Boy et Old Monkey, parce que j'ai été infoutu de retenir leur nom en islandais). Un cheval m'a foutu complètement une journée en l'air, mais il n'a pas réussi à me foutre à terre, c'est déjà ça - j'ai eu du mal, pourtant. J'ai dû le battre, je n'ai pas aimé ça.

Postliminaire

 

Mais diantre, penses-tu, Lecteur divin et impatient de sauter aux détails croustillants, qu'a-t-il fait ? Il parle d'Islande, vivi, mais quoi donc ?

Veux croire, Lecteur, en l'expression de mes sentiments distingués, et considère que l'Islande est une île, dont la capitale est au sud et la terre entre des eaux. Il y a de la végétation, des buissons, des glaciers, des rivières, des hommes, sans compter les femmes et les petits enfants. Il y fait relativement sombre la nuit, et plus clair le jour, lorsque c'est l'inverse pour cause de nuit polaire. Le dahu, enfin, y porte des crampons aux sabots, ce qui est plus pratique sur les pentes du Vatnajökull. Il semblerait qu'une espèce endémique de dahu se soit développée, le long des rivières qui descendent des glaciers : les pattes les plus longues sont devenues palmées, pour frétiller plus facilement dans l'eau, pendant que les plus courtes gambadent derechef sur le rivage.

Enfin, l'Islande se traverse du sud au nord, d'un océan à l'autre, comme indiqué ci-dessous, entre deux glaciers et dans trois déserts, ce qui n'est pas marqué en revanche.

Islande
Source : Hachette Multimédia



- 1 -
Hvità

 

Evidemment, avec ma chance, à la descente de l'avion j'étais seul et je ne trouvais personne. L'aéroport était vide, et le seul téléphone disponible n'acceptait que la monnaie locale, le change étant fermé. Le premier trip de l'explorateur amateur aura donc été le dressage de téléphone local. Le faire passer dans un cercle enflammé n'aura pas été tout aisé, mais on y est parvenu. Il a même fait le beau, quand un taxi est venu applaudir pour m'emmener à une chambre d'hôte.

En Islande il ne fait pas nuit, et de toute manière on est stressé : donc on se balade dans la ville. Reykjavik est une ville petite, un peu de look américain : de petites baraques côte à côte, qui font échoppe, immeuble, bureau. La rue commerçante a été rapide à trouver, et les stands de Guinness aussi. Sans compter ma capacité à trouver des Rainbow flags dès que je me balade dans une ville inconnue : ça n'a pas manqué. Vlan, en plein dedans. Doit y avoir des émetteurs, je dis, moi. Des sortes d'aimants, on sait pas ce qu'ils font au gouvernement avec l'argent du contribuable, mais c'est pas toujours du joli je dis moi ressers-moi Marcel.

Et la soupe locale, servie dans un pain rond évidé, fut bienvenue. Descendue en cinq minutes, pôv'bête. J'en aurais bien commandé une deuxième, mais ce n'aurait pas été bien vu. Ces Français, tous des bâffreurs. Par ailleurs, les prix m'effrayaient un tantinet. C'est que c'est cher, les îles.

Une petite terreur en tentant la douche : lorsque j'allume l'eau chaude, ça se met à sentir les cabinets et l'oeuf. En faisant bien couler, l'odeur reste. Au bout d'un moment, je me souviens, ah ah je suis trop bête, que dans ce pays les vikings ils prennent l'eau chaude directement du sol, et que c'est de l'eau thermale souffrée, ah ah je suis bête. Ué ben n'empêche ça sent zarb.

Le lendemain, embarquement avec bottes et éperons pour la ferme où les chevaux sont à récupérer : vroum, vroum. Flouchtra flouchtra des gravillons qui grésillent sous les roues et volent sur la carcasse.

On admire la plaine de Þingvellir. Ouaaaaah. Là on commence à vaguement entraver ce que c'est que l'Islande : un lac à faire pâlir Nessie, avec de la vraie eau qui filtre des glaciers à travers la lave en une vingtaine d'années, et surtout la vraie impression d'être au bord de deux mondes : c'est là que se séparent les plaques tectoniques américaine et européenne. J'étais du côté américain. En face, sur la rive, l'Europe. On respecte, s'il vous plaît.

Marchouillant entre les rochers, on se met à rêvasser aux vieux Islandais qui y venaient tenir l'Alþing. J'ai senti un instant l'épée me battre la cuisse, groaaaar.

Un p'tit arrêt à Geysir : bien évidemment, j'ai oublié l'appareil. Alors, Geysir, il va te falloir imaginer, Lecteur :

i. Geysir, c'est plein de touristes (tu parles, avec de vrais geysers AOC, les tous premiers qu'on a inventé que ça en porte même le nom !).

ii. Geysir, y'a plein de pépé-mémés qui descendent au restoroute et accessoirement tentent une excursion vers le site.

iii. Geysir, y'a aussi les bus de nippons qui flashouillent à tout va. Ca me rappellait Paris, tiens.

iv. Geysir, c'est un site à flanc de colline, tout plein d'eau chaude qui coule. Alors y'a des coins avec de l'eau qui bout très fort (100°, si, si je vous assure même que j'ai fait la bêtise d'y mettre la main, suivi en cela par tout un car de nippons qui a plongé dedans pour faire comme moi), de l'eau qui fait bloup bloup, de l'eau qui fait pssssccchhhhhhhhh et de l'eau toute bleue qui fait rien mais est très jolie. Bleue turquoise que même le mascara de l'Oréal il est pas aussi beau.

v. Geysir, c'est surtout le Geysir (en retraite, même si on continue de parler de lui, comme Chirac) et le Strokkur. Alors, le Strokkur, c'est un trou dans un coin, un peu blanc, qui fait bloup, bloup, bloup, et vouich vouich vouich (eau qui remonte un peu, eau qui se lisse et se tasse) et brrrrrrrrrrrrRRRRRRRREEEEEUUUPPPPLLLLLLAAAAAAAAAAAASSSSSCCCCHHHH !!! Là, c'est l'eau qui jaillit à quelques dizaines de mètres en éclaboussant tout sur son passage. Le Français malin cocorico aura eu la présence d'esprit de repérer le sens du vent et de se garder des retombées, le car nippon finit recouvert de silice et de gouttelettes à l'odeur d'oeuf, ce qui est assez drôle. Surtout le crépitement des flashs qui meurent dans les retombées d'eau chaude.

vi. Geysir, c'est le car nippon qui repart pouet pouet avec plein de souvenirs odorants. J'ai bien rigolé.

Ensuite, on va à la ferme, on prend les tagadas, on s'habitue (pas facile : le mien, m'a fallu du temps pour comprendre qu'il refusait les rênes et qu'il se guidait uniquement au bassin, façon cow-boy), et c'est parti pour quatre heures jusqu'à Gullfoss. Tagada, tagada.

Je décrète ici, Lecteur, que tu vas t'amuser, toi, à faire désormais sans arrêt le bruit du cheval qui tagadade tagadade. Il faut que tu contribues, après tout, zut, hein, quoi.

Tagada, tagada, donc.

Vertes vallées, herbes au genou, montagnes noies, et puis début de montagne, on gare les chevaux au parcmètre surveillé par Longtarin et on marche un peu : poum, la cascade. Ouaaaaah. Subrepticement, je suis pris d'un sentiment de condescendance devant la piétaille qui s'esbroue à venir à pattes, pendant que je marche fièrement avec mes bottes de cavalerie que même John Wayne il n'ose pas avoir ça. Ah, ah, ce n'est pas encore Saumur, mais ça va pas tarder... À nos femmes, à nos chevaux et tout le reste !

Le lendemain, décalage oblige, je suis levé avant tout le monde, et je ne comprends pas pourquoi à 8h (françaises) la cour de la ferme reste désespérément vide. Ayant tilté au bout de deux heures à faire le poireau, je rejoins mon sac de couchage. Le salop, il s'est refroidi.

Et c'est là que tout a commencé.

Hvità

 

Veuillez expérimenter ici votre premier désert : y'a encore un peu de montagne, et la poussière est fière d'exister. Le déjeuner de sandouiches au crin et à la terre brassée se prend au bord d'une rivière glaciaire. De toute manière, toutes les rivières sont glaciaires et glaciales, sauf lorsqu'elles sentent l'oeuf : si elles sentent l'oeuf, c'est soit la Seine, soit une rivière géothermique.

À votre gauche, le Langjökull. C'est un glacier de tapette par rapport aux autres, mais c'est tout de même un glacier, donc on respecte. Surtout que vous allez l'avoir sous tous les angles durant un laps.

Hvità

 

Les maisons sont toutes constituées de bardeaux recouverts de plaques de tôle. C'est bas, ça sent le crottin et c'est agréable comme tout. Enfin, quand on est en plein dedans : une fois revenu dans la civilisation, j'aurais un haut-le-coeur en ouvrant mon sac.

- 2 -
Arbudir

 

Après un après-midi, on arrive à un gîte, à Arbudir.

Arbudir

 

Le Lecteur appréciera la qualité de la poussière locale : voilà ce que ça donne, un après-midi à cheval en plein soleil. L'Auteur était assez content d'avoir pensé, à la dernière minute, à prendre son keffieh (il venait de voir un ouesseterne) : ça protège de la poussière, et quand vous avez une centaine de chevaux sans maître qui galopent devant vous et que vous poussez du ventre, je vous assure que ça en fait de la poussière. Des fois, on n'y voit rien. J'aurais été un touriste normal, je vous aurais pris le nuage de poussière ocre, mais je suis un touriste normal qui était à cheval et tentait de tenir sur son canasson. Qui était la carne sus-évoquée, celle qu'il a fallu battre à coup de cravache pour qu'elle arrête de faire la conne. Heureux de trouver le sol que j'étais, à la fin.

C'est d'ailleurs là que j'ai dégainé le premier la bouteille de whiskey. Appréciable, que c'est, si, si.

Arbudir

 

Il y avait une douche, que la galanterie a réservé aux femmes. Putain de galanterie. À se demander à quoi a servi des années de féminisme si elles peuvent encore jouer aux petites choses fragiles. Oh et puis zut si c'est comme ça j'irai me prendre un bain dans la rivière au matin, na. Après tout les cow-boys le font, je peux le faire. Suffit de prendre une respiration, de sauter à pieds joints et de chanter gaiement pendant que Jolly Jumper broute sous l'arbre.

AAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAH PUTAIN C'EST FROIIIIIIIIIIIIDDDD !!!

Bon ben j'ai pris un bain dans une rivière islandaise. Nous avons été deux tarés à faire ça. L'eau devait être à dix. La vache.

- -
Entre Arbudir et Svartarbotnar

 

Nous nous sommes d'abord aventuré au bord d'un lac, où dérivaient des icebergs tombés du glacier, puis dans une vallée d'effondrement. Puis nous sommes repartis.

Ici, j'ai peu à dire : un plateau herbeux, splendide. De l'eau qui coule, calme, parfaite, entre une herbe pure. L'horizon à perte de vue : la Terre est plate, c'est certain, et elle forme un cercle. Dessus, on a posé un saladier pour faire le ciel.

Je suis le personnage d'une boule souvenir sans la neige.

Entre Arbudir et Svartarbotnar

 

Entre Arbudir et Svartarbotnar

 

Entre Arbudir et Svartarbotnar

 

Entre Arbudir et Svartarbotnar

 

Entre Arbudir et Svartarbotnar

 

Nous galopons le long d'une rivière effondrée, la terre glaiseuse se dresse en falaise sur notre gauche. La boue jaillit en parcelles brunes. La piste, suivie depuis des années par les hordes de chevaux, se creuse profondément dans le sol. Il faut parfois faire attention à ne pas se cogner les étriers aux ornières, qui arrivent parfois au genoux des canassons. L'un des cavaliers en fera l'expérience, et se cassera la gueule. Premier blessé.

- 3 -
Svartarbotnar

 

Le gîte au soir est de l'autre côté de la rivière, que l'on traverse à grandes éclaboussures. Il faut monter la colline, coincée dans un méandre. Il sent le sapin. Les nuages sont bas et lourds, ils décapitent lentement les montagnes à l'horizon.

Svartarbotnar

 

Svartarbotnar

 

Svartarbotnar

 

Svartarbotnar

 

Svartarbotnar



- 4 -
Kjalhraun

 

Au matin, la horde retourne un peu sur ses pas, nous retrouvons la cascade franchie la veille. J'expérimente pour la première fois la photo en selle.

Kjalhraun

 

Nous nous enfonçons dans la vallée de Kjalhraun : désert volcanique, où la piste est seulement marquée par des sortes de cairns de loin en loin. Les sabots claquent sur les pierres, glissent parfois dans les pentes. Souvent, les chevaux trébuchent. Nous avançons lentement.

J'ai l'impression de m'enfoncer dans une plaine du Seigneur des Anneaux. C'est qu'ici on pouvait voir des trolls. Et il était dit que le voyageur non avisé pouvait facilement être tué par eux, à moins d'y perdre un cheval.

Et nous y avons perdu un cheval : brusquement l'animal a pris peur, a quitté la horde et a rebroussé vers Svartarbotnar. Impossible de le rattraper. Je m'y suis essayé, queudchie. À ce moment, le ciel a tonné : il a plu. Un autre animal boitait.

Nous étions vraiment perdu en Mordor. Nous longions une fosse où tempêtait une rivière, grondant sur les rochers. Les chevaux des fois glissaient ; nerveux, ils essayaient de rester le plus loin possible du bord, ce qui n'était pas toujours facile.

Kjalhraun

 

Kjalhraun

 

La horde s'est arrêtée dans une vallée un peu plus verte. Au milieu de nulle part, nous avons croisé une randonneuse, munie de son Aillepodeuh et de son sac de couchage : elle venait du nord, et traversait seule l'île. On a beau eu lui dire qu'il y avait un désert qui l'attendait, sans trop d'eau, sans piste, et qu'on avait mis une matinée à traverser en canasson, elle est repartie. Ces Françaises...

Kjalhraun

 

Kjalhraun



- 5 -
Thjofadallir

 

Enfin, après toutes ces caillasses, on passe un col pour se trouver dans la Vallée des Voleurs : une merveille renfermée, verte, pimpante. Un miracle qui a survécu au désert lunaire.

Thjofadallir

 

Peut-être que la vallée de Xanadu ressemble à cela, et que c'était Alf, la rivière sacrée, qui était là.

Au sortir, un cheval s'emballera. Pas de blessé ni de tombé, c'est miracle.

- 6 -
Hveravellir

 

Au soir, nous arrivons à Hveravellir. Je vous rappelle que c'est le soir, bien qu'on ne le croit pas : la nuit ne doit jamais durer que deux heures à cette période-ci de l'année. C'est un lieu où l'eau remonte et où l'on n'a guère envie de manger une omelette. Il y a un bassin d'eau chaude, où l'on peut se baigner. Taïaut !

Boire une bière fraîche dans un bain d'eau chaude, pendant qu'il pleut et qu'un arc-en-ciel se dessine à l'horizon, il faut le faire. Ma serviette n'y survivra pas (elle aura été complètement détrempée), mais moi si et j'en redemanderai. Sans compter qu'on mange un mouton magique, un truc avec des poireaux et des carottes et du cumin que j'ai cru que c'était du couscous au début.

Hveravellir

 

Bien évidemment, cependant, il faut apprécier aussi le décor... les orifices des geysers au soleil de minuit.

Hveravellir

 

L'eau qui fume un peu partout à fleur de sol...

Hveravellir

 

Hveravellir

 

Hveravellir

 

Hveravellir

 

Voire s'amuser à se tirer le portrait dans la vapeur.

Hveravellir

 

Hveravellir

 

De loin en loin, lorsqu'on marche tranquillement hors du site, on retrouve des cairns. Ca a un côté temple primaire, tant je n'en vois pas l'utilité - et tant ils sont étrangement disposés.

Hveravellir

 

Hveravellir

 

Je remonte la plaine vers le nord, le paysage y fait plus toundra. À un moment, je serai surpris par un renard polaire chassant une sorte de bécasse, mais le temps de dégainer l'appareil, il sera loin.

Tant pis, j'écouterai le chant des bécasses.

Hveravellir

 

Hveravellir

 

Hveravellir

 

Au soir, profitant que tout le monde est couché, je prendrai pépère un bain de minuit au chaud. Et rebelote à l'aube.

- 7 -
Entre Hveravellir et Galtara

 

Entre Hveravellir et Galtara

 

Et c'est reparti. J'ai enfin trouvé un cheval qui me plaît, un vrai fauteuil club, une perle. Il tient pas les longues distances au galop, mais je l'aime beaucoup. Je vous présente Fat Boy, et les effets de la poussière.

Entre Hveravellir et Galtara

 

Pas loin de là, en menant boire Fat Boy, je glisse fesses les premières dans un trou, quatre fers en l'air. Déjà, un bon point : le réflexe "cavalier" qui commence à entrer, je ne lâche pas les rênes dans la surprise. Je suis coincé, et j'éclate de rire. Fat Boy me renifle calmement et broute à côté. Si vous pensez qu'un canasson vous donnera un coup de paturon si vous en avez besoin, vous pouvez toujours vous asseoir dessus, et j'étais bien assis.

Bon, en abandonnant sa dignité, en se contorsionnant et en s'appuyant des coudes (je vous rappelle qu'il faut tenir les rênes, parce que même un type pépère comme Fat Boy peut brusquement foutre le camp), j'arrive à arrêter de rire voir à sortir du trou. Un peu de boue, pas de mal.

- 8 -
Galtara

 

Au soir, nous couchons à Galtara. Tudieu, j'en pouvais plus, je n'avais qu'une envie : parvenir.

Le repas sera fait de saumon péché dans la rivière, à vous réconcilier avec tous les saumons du monde. Et le coucher du soleil peut vous réconcilier avec l'univers.

Je te laisse, ô Lecteur, regarder le coucher de soleil et les oies qui passent.

Galtara

 

Galtara

 

Galtara

 

Galtara



- 9 -
Maelifellsdalur

 

Dernier jour de canasson. Un cheval se cabre, il y a une belle chute qui nous fout à tous les pétoches. Brusquement, je regarde Old Monkey d'un autre oeil. Mais bon, ça va, il a pas envie de jouer au communiste et de tout foutre en l'air.

Lentement, nous redescendons vers la côte. Les pierres disparaissent progressivement sous les herbes et les rivières qui grossissent. Nous nous offrons des galops monstrueux. On sent incommensurablement vivant.

Maelifellsdalur

 

Maelifellsdalur

 

Et là on dirait pas comme ça mais c'est l'Océan au bout. Et quand on voit ça, on hurle Thalassa ! Thalassa ! Thalassa ! : que Xénophon me pardonne, je l'ai fait, puis je me suis mordu vigoureusement la lèvre pour ne pas me mettre à chialer de joie.

En gros l'état d'esprit c'était : oputainjelaifaitoputainjelaifaicestlamerlabasjelaifaitoputainjelaifaitfausurtoupaquejepleurohputainjelaifait.

Maelifellsdalur



- 10 -
Reykjavik

 

Quelques jours après, je me retrouve à Reykjavik. Bien évidemment, faut que ce soit le jour de la Gay Pride... je les plains un peu : à 325 000 islandais, ils doivent rapidement tourner en rond... Il y a tout de même de très jolis specimens.

Reykjavik

 

Et, le matin, avant de prendre l'avion, la dernière image sera celle d'une Pretty Woman qui attendra, toute de rose vêtue, devant un magasin de nuit.

Reykjavik

13.08.2008

DCLXXVI. - En rentrant, en notant (tizeure).

Baque from Aïceland. Je note qu'Antoine n'a toujours pas tenu parole.

Sous peu, les photos, ensuite la narration.

30.07.2008

DCLXXV. - Liste de lectures.

i. La Peste noire : grandes peurs et épidémies, 1345 - 1730, de William Naphy et Andrew Spicer. Brusquement, je me suis mis à avoir des fringales de mort noire, des envies de bubons, des pulsions de charniers. C'est en tout cas un livre vraiment intéressant, même pour le néophyte nul en histoire que je suis. Les dernières pages, sur la peste de Marseille, m'ont même pas mal tracassé - je me souviens avoir fait chier plein de monde à la raconter, cette peste-là.

Car à y bien regarder, les conditions qui ont mené à un taux de mortalité de 80% en plein Siècle des Lumières (alors que la peste en général c'était 25%), c'est bien uniquement parce que Marseille était une ville moderne, gérée de façon moderne. Et qu'à voir la politique qui a été menée par les élites, on se met à rêver ce qui se passerait maintenant. Y'aurait vraiment de quoi écrire, tiens.

Pour mémoire, la dernière peste en France date des années 20, et la dernière épidémie de 2004.

ii. Le Lièvre de Vatanen, de Arto Paasilinna. C'est l'histoire d'un journaliste qui renverse un levreau et s'attache à lui. Il y a de quoi faire du Disney, ça devient un drôle de périple en plein milieu de la Finlande. Chez Paasilina, il y a toujours des arbres qu'on coupe, des saunas, de la vodka et des élans qu'on chasse en plein hiver. Il y a ici aussi des ours qu'on chasse rageusement jusqu'en URSS, des incendies qu'on regarde en se baignant dans un lac, des buldozers qui atterrissent dans de drôles d'endroits, des ministres qui embarquent nus dans des hélicos, des pasteurs qui tirent sur la Croix, des huttes qu'on retape, et bien sûr des crottes de lièvre un peu partout.

Y jeter un coup d'oeil rapidement, Lecteur. 235 pages, et de la Finlande en plein été, tu vas pas faire chier.

iii. Saga d'Egill, fils de Grimr le Chauve. Parce que je me disais qu'il fallait me faire une culture livresque sur l'Islande, j'ai pécho une collection de sagas. Dans une collection qui était la seule à éditer ces curiosités, ce qui fait que j'ai acheté mon premier ouvrage relié de cuir en papier Bible, caractères Garamond et reliure violet. Et j'ai pu constater qu'en tenant une feuille, effectivement elle ne s'arrachait pas.

Quant à la saga, c'était loin, très loin, de ce que j'imaginais. Je pensais combat de de héros, haches sanglantes, chevaux qui hennissent, dieux qui font des coups en loucedé. Bah que dalle. Plus laconique tu meurs gelé sur le Hvannadalshnjùkur. Plus longuet aussi.

iv. Le Festin de Babette, de Karen Blixen. Mué mué mué. Je l'ai acheté parce que j'avais entendu parler du film. L'histoire est intéressante, on sent une pointe d'humour. Ca ne m'a pas pour autant transporté - tant qu'à fêter les joies de la chère, autant lire du Rabelais ou voir Ratatouille. Ici, c'est trop discret, trop retenu - à quand bien même on se doute que l'intérêt du livre est de faire passer, en douceur, le miracle de la bouffe dans une assemblée de protestants sectaires et grincheux. En même temps, une soupe de tortue je ne serais pas contre.

v. Tempêtes, de la même. Un brin pompeuse, cette histoire d'une troupe de théâtreux qui se retrouve coincée dans une ville du fin fond du Nord là-haut, citant bien évidemment son Shakespeare comme tout bon cultivationné du XIX°.

vi. L'Eternelle histoire, de la même. Ah bah voilà une idée qu'elle est bonne, tout de même ! Plus intéressante même que Babette - ce vieillard richissime de Hong Kong ou Shangaï qui se met en tête d'accomplir une fanfaronnade que les marins se racontent tous de bateau en bateau. Comment un jeune homme, plein de taches de rousseur, se trouve embringué dans une villa des mille et une nuits. Comment une pute sur le début n'en est pas si sûrement une que cela. Comment accessoirement on s'interroge encore définitivement sur ce qui meut le sexe féminin des femmes et les fait agir.

vii. Kafka sur le rivage, de Haruki Murakami. Anecdotique. Plus de six cent pages pour nous faire le coup du lapin qui sort du chapeau, les élucubrations vasouilleuses et le néo-Mishima (si, si, je vous assure que ça sent dans la fascination pour le sport et le nettoyage de prépuce), merci mais ça en valait pas la peine.

viii. Le Cantique de l'Apocalypse joyeuse, de Arto Paasilinna. Après toutes ces déceptions, un peu de valeur sûre ne fait jamais de mal. Bien évidemment, là encore il y a des arbres, des ours et pas mal de neige non loin de l'URSS. De toute façon, Arto il n'aime que ça, les bois et le sauna. Cette fois-ci, c'est l'affaire d'un communiste, brûleur d'églises et révolutionnaire devant l'Eternel, qui au seuil de la mort confie à son petit-fils le soin de construire... une église.

Et voilà que ça commence comme ça les catastrophes. On commence par faire une église en bois, puis un chalet pour des écolos qui savent juste faire sécher des herbes aromatiques. Puis on laboure, ou on passe la senne dans le lac. Une pasteure doyenne aux armées s'en mêle, la chef de la propreté des trains aussi. Un ours cardiaque aussi, mais c'est une autre affaire.

Le temps passe - l'histoire commence en 1992 pour se finir vers 2030. Entretemps, en-dehors du village qui fleurit de plus en plus (même si les écolos et les herbes aromatiques n'y sont pour rien), la crise économique de 2007 fait tous ses effets. Les crises boursières emportent les populations, la famine les décime, le pétrole disparaît. On voit passer quelques missiles aux traînées roses, des aviateurs arabes porteurs de bombe nucléaire en pleine Finlande, (qu'on fait exploser pour rigoler), une troupe de 40 000 femmes, pas mal de tonneaux de vendaces et encore plus de fûts de bière. Il y a aussi une Finlandaise de Nouille Orque, une cheffe de secte diplômée en art de vivre, quelques mafiosi spécialisés dans la culture d'organes humains frais, et une souris sanguinaire.

Bref, c'est bien.

ix. Le Bizarre incident du chien pendant la nuit, de Mark Haddon. Bof. Ca ferait un film bientôt que ça m'étonnerait pas.

27.07.2008

DCLXXIV. - Putain de chieuses égocentriques !!!

Déjà que le film était d'un intérêt mineur - Melvil Poupaud à l'affiche, dont les moues croquignolettes m'avaient attiré tout autant que l'estampille "Sundance Festival" - mais pourquoi nom de Dieu de bordel de merde il a fallu qu'une fois calé dans les fauteuils une horde de meufs ricaines vienne m'entourer et me bloquer en plein milieu de la rangée ?

Ce qui fait que :

i. non seulement j'ai eu à voir un film sans grand intérêt, plein de clichés et mal mis en scène (Broken English, de Zoe Cassavetes, avec Parker Posey et Melvil Poupaud rah Melvil épouse-moi).

ii. mais aussi chaque tirade du film a été à l'origine de commentaires, de confidences à voix hautes, de renversements jambes écartées dans le fauteuil en tapant le bras du fauteuil à grands ahans, de gloussement volubiles et satisfaits.

Sans compter les mâchouillements de chouinegomme, les dépliages-repliages-et-retour de papier aluminum, le glouglou du cola, le rot digestif, le farfouillement hystérique dans le sac pour en sortir un carnet d'adresses, un téléphone portable, un stock de mouchoirs usagés, plusieurs serviettes hygiéniques dans un état douteux, un bracelet, quelques dizaines d'élastiques à cheveux de différents formats, une canette vide, des stylos, un carnet pour les pensées profondes, plusieurs stylos d'un diamètre invraisemblable, des chouinegommes, un peigne, deux brosses à cheveux dont une couverte de cheveux et l'une avec l'étiquette neuve qui pend encore, des choses métalliques - certainement des bijoux de rechange pour la pluie.

Mon amour des femmes en a été augmenté.

24.07.2008

DCLXXIII. - La vità e bella.

En rentrant du sport (ma première nudité dans un sauna, youpi - si, si, je vous l'ai caché, ô Lecteur qui s'en fout, mais je me suis mis aux sports, et au pluriel, s'il vous plaît), nous sommes allés avec Messire G*** compenser les calories perdues devant un vrai beurgueure saignant.

Quand l'adorable petite jeune fille nous a apporté l'addition, nous y avons trouvé un mot.

"Merci de votre visite et de votre sourire. Passez une bonne soirée, Justine."

DCLXXII. - En citant Rimbaud.

Hurlement stressé de l’Auteur, jet de couette, jambe sortie.

Le réveil affiche 6h30 et il n’a pas sonné. Le taxi arrive depuis cinq minutes passées, et attend en bas. Les mécaniques japonaises qui datent de la communion de l’Auteur, il y a bien dix-neuf ou vingt ans de cela, semblent arriver au terme de leur existence.

Qu’on se rassure : Macadam Fandjo a déjà déclenché depuis un bon laps son compteur, il devait bien être dix minutes en avance. Qu’il a comptées ; il faut penser au pouvoir d’achat.

L’Auteur retrouve la gare du Nord, qu’il n’a pas vue depuis quelques années. Dans le calme du matin, les chaises encore humides sont tout juste sorties aux devantures des cafés. Des tasses fument légèrement dans l’air frais, leurs ombres étirées par le soleil qui glisse le long du boulevard. Des voiturettes passent, les trottoirs sont noirs d’eau cantonale. Par une habitude ressurgie de longues années passées, l’Auteur se retrouve à essayer de grelotter au côté des pylônes radiants sur les quais, l’espresso fadasse dans les mains. Il regarde étrangement l’air pur de cette gare, comme il y a quelques temps de cela. Déjà les gens ont l’air plus calmes, auprès des trains rouges. Du quai, on voit la place devant la gare, la ville qui continue de se réveiller. Délicate impression d’immobilité.

Le garçon de cabine sur les marchepieds accueille déjà avec le sourire du Royaume. Dans les voitures, des fonctionnaires européens se saluent d’une rame à l’autre. Ils déambulent, suivis d’un stagiaire chemise courte qui serre contre sa poitrine un portefeuille de maroquin aux douze étoiles de vermeil. La campagne circule, l’air qui entre par la climatisation a des arômes d’herbes et d’arbre. Lentement, le sol se fait de plus en plus plat – le ciel lumineux comme un western.

Je ne sais jamais quand on franchit la frontière. Je crois que je l’ai retrouvée dès la gare, la Belgique.

Cela faisait deux ans que je n’y étais pas allé.

Avant, c’était dans l’enthousiasme d’un amour profond. La Gare du Midi me semblait encore immuable, j’ai cru un instant retrouver E***, serrant de ses mitaines sur sa poitrine la lanière de son sac à dos. Le taxi roulait lentement dans les rues calmes. Je lui ai demandé de s’arrêter un instant sur le Mont Royal. La coupole monstrueuse du Palais de Justice était corsetée de lanières de fer, comme un souvenir refermé. Une étrange nostalgie remontait.

J’ai de nouveau arrêté le taxi, pour manger benoîtement une part de tarte au riz.

Puis j’ai fait mon travail. Don Corleone m’avait envoyé percer un coffre, je m’en suis occupé.

Dans le hall de la banque, engoncés dans des fauteuils, d’éminents pontes dissertaient sur leurs nouvelles fusions-acquisitions. L’un d’eux pressait son coude sur un classeur bleu, débordant de papiers. L’autre secouait contre son mollet un portable usé, se frottant la moustache. Ils parlaient de laisser à leurs employés la possibilité d’avoir des plages mobiles, et de baisser le nombre d’heures à 40 par semaines, voire moins. Ils se disaient qu’un salarié qui travaille trop n’est pas un salarié efficace : huit heures par jour, pas plus – et surtout par le week-end.

Les larmes sont montées aux yeux de l’Auteur. Il les a cachées derrière son écran, a avalé sa salive et s’est ressaisi. C’est peut-être cela, vieillir : pleurer pour des souvenirs, qu’on ne regrette pourtant pas. Parce qu'ils sont jolis.

J’aime la Belgique. Je la connais peu, mais je l’aime. Loin de ses disputailleries de nationalités, qui n’intéressent pas grand’monde en fait, j’admire la force de ce pays, qui sait qu’il est petit et qui n’en vit pas malheureux pour autant – la force de ces gens, qui ne cherchent pas à se hausser du collet, fondamentalement gentils, polis, accueillants. La puissance de cette Nation, qui est d’être humaine. L’intelligence profonde de cette simplicité, qui fait qu’où qu’on se trouve on est forcément un peu chez soi. Parler n’est jamais forcé ou intrusif, s’instruire d’une autre personne n’est jamais une chose intéressée : on y regarde l’être humain, et rien que lui.

Les cafés y sont tapageurs, les bocks éclatants.

21.07.2008

DCLXXI. - En narrant, en racontant.

Cet Almanach, Lecteur, est décidément de plus en plus vide. Non qu'on passe moins de temps à papoter sur internet, non, non, mais j'erre tellement de gauche et d'extrême-gauche que le temps à méta-vivre, savoir narrer les exploits, élucubrations, acrimonies, bouffistailles, coins de coude dans le ventre et autres regards sur des nuques qui sont mon quotidien de héros.

Ores donc, cher Public (car public il y a, je découvre qu'en tout désormais vous êtes une cinquantaine par jour, cocorico youplaboum), apprends çà que mon ouiquennede on peut considérer pour le besoin de la Narration qu'il débuta mercredi.

1. Mercredi

Dans une brasserie célébrissime, Don G*** fêtait mon entrée officielle chez Don Luciano. Après un an et quelques cadavres (j'ai trempé dans l'affaire de la Saint-Valentin) je passais du statut d'arpète à celui d'affranchi. Me voici quelqu'un d'honorable, auquel on doit du respect.

Don G*** avait été remercié par Don Luciano. Il a désormais un territoire plus grand, et c'est là qu'il m'invitait.

Dans les ors nous avons mangé du saumon de pays étranges, tranché épais, à peine arrosé d'herbes. Puis un coq, nageant dans le vin qui l'avait tué, nous a rejoint par brasses larges, naviguant entre les tables aux nappes raidies de coton et d'amidon. Le Juliénas était fort bon, à mon tour c'était moi qui naviguais. J'étais d'une humeur bonnasse, ce qui fait que lorsqu'on m'a demandé de voir si Georgie Claque-Mouille pouvait être plus polie je n'ai pas refusé. J'ai même appris le respect à sa fille, pour que ça l'éduque bien.

2. Jeudi

Jeudi, je ne me souviens plus.

3. Vendredi

L'Auteur s'est levé à 5h30 pour discuter avec la Grèce, à propos de la livraison de Blanches ramenées d'Allemagne par la Roumanie. C'est un métier dans lequel l'Auteur commence à exceller, la traite des Blanches. Sans compter qu'on est demandeur : il faudra certainement aller sur place, traiter un peu plus les Blanches.

Sauf que la Grèce n'était pas au rendez-vous du téléphone. Foutue matinée.

Plus tard, à la salle de gym : je suis parvenu à rester 45 minutes sur un vélo, puissance à fond, simplement à cause de ce qui était en face de moi. Se donner l'air de rien, serrant les dents et minaudant sur Libération juste pour en lever les yeux régulièrement, ignorant avec superbe la sueur qui faisait des flaques autour de moi.

Seigneurmariejosephtoulahaut quel charme il avait.

Je commence lentement à comprendre les caricatures de séries télévisées sur les pédés en salle de sport.

N'empêche.

Quel charme il avait.

4. Samedi

a. Canasson

Dès potron-minet courant dans les blés j'allais rejoindre mes canassons. Fiérot comme est l'Auteur, il refuse d'attendre le bus, et préfère aller pédestrement. Le ciel est lourd depuis des jours, épais et humide, et il y a des coulées de vent froid qui vous frappent au ventre. Même dans les herbes et les bois, on sent cette lourdeur. Les chevaux sont malades avec ça, et moi aussi parfois.

J'avais une bête placide, de celles qu'on se demande si on les monte vraiment, tant elles se laissent conduire facilement. Le genre en fait qui énerve un peu, il faut les talonner régulièrement simplement pour qu'elles tiennent le pas.

Et le genre qui prend peur en plein galop pour un coup de vent dans un buisson. Carne. J'ai bien failli me casser la gueule.

Disons qu'ainsi j'apprends à tenir un bestiaux. M'a fallu pas trop de temps pour l'arrêter, la calmer et la relancer. C'est déjà ça.

b. BHV

Plus tard, affalé dans une boulangerie du centre, je bâffre un sandouiche. Je n'en pouvais plus de faim et de soif. Soudain je tique et m'arrête.

J'étais passé au Bazar de l'Homo Viril prendre de quoi nettoyer les murs de l'appart, sortant du RER. Sac au dos, traversant un Marais pas très éveillé. J'avais vaguement remarqué qu'on me croisait plus bizarrement que d'habitude. Baissant les yeux, je vois mon sac que gonflent les bottes d'équitation et la bombe.

Et d'où sort, bien visible, la cravache.

c. Et maintenant une page de publicité

Ici, imaginons que je rentre, et m'endors sur le Trio à l'Archiduc, bédé sur le ventre, deux heures durant.

d. Mordre l'univers

Plus tard, je marche sur les quais, happant gorge tendue quelques rayons de soleil dans l'air froid.

Plus tard, je précède quelqu'un dans l'escalier d'un immeuble du Quartier Latin. Je crois comprendre que c'est le lit de son coloc. Le sien est trop loin de toute manière.

Plus tard, j'ai le ventre maculé. Le rideau de mousseline se dresse parfois sur les vêtements éparpillés au sol.

Plus tard, je sors de l'appartement en oubliant mon exemplaire d'Hemingway sur la table en bois de l'entrée.

Plus tard, je prends un vélo. Le vent s'est arrêté. Je suis vivant, et j'ai envie de mordre l'univers.

d. Messire G***

Pendant mes vélocipédations Messire G*** sonne. Et pédale que je pédale pour retourner vers Javel chercher l'autre armuré et son épée.

Et métro que nous métro pour retourner dans le Marais. Messire G*** a décidé de me sortir, et de me faire mon expédition nocturne annuelle dans les bars de ce quartier.

Nous buvons au Carré. La bière y est plus chère, et le service plus lent. J'ai faim. Il n'y a pas les tapas annoncés au menu. Quelques garçons me regardent, draguant leur rencontre internet. Regards fixes, dos raides, nuques droites.

Une fille fume au comptoir.

Nous rentrons, fin soûls, à pied. Le vélo n'était plus possible à ce stade d'éthylisme.

e. La nuit

Quelqu'un monte mes escaliers.

Plus tard, ma porte s'ouvre à nouveau.

f. Quelque part

J'ai envie de chair. Je me sens vivant et j'ai envie de chair.

18.07.2008

DCLXX. - Homophobie ordinaire.

Contexte : Souvent, sur MSN, des inconnus me demandent à être leur ami, et demandent Anne-Sophie dans un langage châtié de première catégorie. En général, je me contente de recadrer ces gentils petits adolescents, et ils me black-listent bien rapidement sans excuse, pour aller redragouiller la pauvre Anne-Sophie qui doit mouiller sa culotte Petit Bateau en attendant que Kévin pointe son nez sur l'écran.

Le dernier dialogue avec un boutonneux (version intégrale).

Ange. - cc mn cœur c ange g msn

Xanadu. - Euuuuh ?

Ange. - tro de la bouliche nn aten je te passe ange

Ange. - c ki?

Xanadu. - Y'a pas une erreur de casting ?

Ange. - c b1 anne sophie

Ange. - ee n

Ange. - tu t apel anne sophi

Xanadu. - Euh non du tout. Olivier. Mais z'êtes pas le premier à me prendre pour une Anne Sophie. Doit y'avoir des erreurs dans vos MSN les jeunes. Revoyez vos courriels dans la cour de récré du collège.

Ange. - bn ba vu ke je sui pa PD jeten merde enculer salut

Ange. - sa te pren souven toi

Xanadu. - Dites, d'où vous sortez que je suis pédé ? Et ensuite, pourquoi le fait que je sois pédé ou pas fait que je mérite d'être insulté ? Simplement parce que vous vous êtes planté de msn ???

Ange. - ba oué si t conten moi je ten merd

Ange. - pi chui pa collégienn

Ange. – enciler

Xanadu. - Eh bien... Primaire, alors, vu l'orthographe ? Bref, le fait que vous vous êtes planté d'msn vous interdit pas la moindre des politesses

Ange. - bn ferme ta geul pi va te faire foutre enculer

Xanadu. - Non.

Xanadu. - D'abord vous allez retirer ces insultes. Sorties on ne sait d'où simplement parce que vous cherchez une Anne-Sophie dont vous avez confondu le MSN avec le mien.

Ange. - et pk

Xanadu. - Parce que vos propos sont ceux d'un petit con, d'un merdeux, et de ceux qui ont de fortes probabilités de pas avoir une vie très jouasse s'ils continuent de tenir de tels dires

Xanadu. - Tout simplement

Xanadu. - Et qu'à titre de leçon si vous voulez avoir des chances dans la vie sociale, quel que soit votre âge, vous avez intérêt à apprendre à vivre.

Dont

1/ apprendre l'orthographe

2/ apprendre la politesse

3/ Eviter de penser que les pédés sont de grosses tâches

Acessoirement, les deux premiers points vous poseront des problèmes pour vivre. Et le troisième est un délit, susceptible de vous emmener en prison. D'autres questions ?

Ange. - g rien contre les pd

Xanadu. - Je vous cite : Ange. - bn ferme ta geul pi va te faire foutre enculer

Xanadu. - Et : Ange. - bn ba vu ke je sui pa PD jeten merde enculer salut

Xanadu. - Accessoirement, si vous voulez draguer cette Anne-Sophie va falloir apprendre à lui parler. Et pas comme ça.

17.07.2008

DCLXIX. - Citation du soir.

"Longtemps je me suis signé d'un O. mais j'ai changé. Maintenant avec le nouvel Ariel à l'Iltral, je signe : Oh, si, O. Et je t'emmerde, connard."


John-Why, parlant de moi.

DCLXVIII. - Citation du jour.

"L'impression de la possibilité transforme tout ça en marché libéral illusoire où l'on est supposé sans souci constater l'ajustement de l'offre et la demande. En fait, les biens sont totalement illiquides, et tout stagne. Engendrant frustration, misère, insatisfaction."

Moi, parlant du milieu gay parisien (dont je suis).

15.07.2008

DCLXVII. - Histoire immédiate.

Il paraît que 600 000 personnes étaient sur le Champ de Mars pour applaudir Laurent Voulzy et Jenifer. Je précise qu'ils étaient 599 999, car moi j'étais venu pour le feu d'artifice. À pattes en plus, parce que le vélo pécho à Odéon au sortir du cinéma n'a pu trouver un logis que vers Balard, encore plus loin que chez moi tout seul personnellement que je vais bientôt quitter ces lieux.

Le programme musical annonçait bien le regard qu'ont les élites et les administrations organisatrices sur ce qui plaît ou doit plaire au public : de la daube tout-venant française, faite de sondages par SMS sur la Première ou de vieux croûtons dont on se demande comment ils arrivent à quitter le déambulateur pour faire semblant de jouer sur leur guitare, play back à donf. Même Chuck Berry, le Père Fondateur du rock, joue nettement mieux malgré ses 90 printemps.

Toute la foule aux alentours attendait le jeté de Carla sur l'antenne de la Tour, avec stripetize et effets de Patek Philippe, mais nous n'y avons pas eu droit. C'est regrettable, on aurait rigolé.

La bande-son du feu en tant que telle, aussi, montre combien les organisateurs se plantent pas mal. Bien sûr, on voulait rendre hommage à Pavarotti et la Callas, ça se sentait. Mais le public était inattentif : ça ne se sentait pas, ça se voyait. À toujours chercher la musique classique (La Grande Musique) pour les solennités, on en fait une momie que le public identifie aux trucs chiants, rasoirs, bref qu'il ne faut pas voir sauf quand c'est commenté par Naguy et que c'est Aïda au Stade de France. C'est dommage, parce qu'il y a des trucs vraiment sympatoches dans l'opéra.

Ici, plus à côté tu meurs : un petit bout d'Irlande ou de Québec (c'était du traditionnel en tout cas), à peine audible, puis direct les grands trucs franc-maçons, si, si : La Flûte enchantée, mesdames et monsieurs, et des airs recherchés (l'ouverture et Ein Mädchen truc muche) qui font faire hurler les journaux qui prétendent critiquer parce que sinon il n'y a pas d'éloge flatteur au complot judéo-maçonnique avec coup de menton et tout de même je ne suis pas raciste parce que ma femme de ménage est une juive portugaise vous voyez bien.

Nous avons ensuite eu droit à des airs tristes supposés faire solennels (pas mieux pour plomber l'atmosphère), qui devaient être tirés de Puccini ou de quelque opéra russe. Là, plus personne n'écoutait, ça jacassait à mort.

Un p'tit bout de Casta Diva et zou c'était parti dans Carmen. Raaaah, Carmen, le truc qu'on sort des cartons dès qu'on peut. Et pas n'importe quoi, hein, du sérieux : Nous marchons la tête haute, comme des petits soldats.... Pour ceux qui n'avaient pas remarqué les CRS en armure et les grillages, c'était une délicate attention de nous rappeler dans quel Etat nous vivons.

Je me souviens il y a quelques années de la solennité qu'il y avait eu à entendre Aznavour réciter Hugo. Et, plus jeune, la Fête de la Fédération. C'était autre chose.

Ce serait bien si un jour on mettait Déportivo ou Luke au programme de ce feu d'artifice. Nos dirigeants auront compris quelque chose alors.

14.07.2008

DCLXVI. - Solidays, J+7 : choses vues.

i. Les Zooters, un petit passage pour se mettre en condition dans un univers fait de jazz, de reggae et de je sais pas trop quoi, mais avec des pantalons de toile innommables, des gilets comme on en faisait dans la jeunesse de Bogard et un zouk de tonnerre de Brest. Quel plaisir que la zique n'est pas l'apanage des jeunes cons, mais aussi de vieux barbons aux crânes rasés qui renversent en quelques minutes tout un chapiteau.

ii. Déportivo, qu'on ne présente plus. Je les avais déjà vus en décembre, où j'avais découvert le slam en continu, mode taylorisme du vingtième : dès les premières notes, la foule incontrôlable des groupies avait fait la queue pour se jeter sur les bras levés. Ici, peu encore - les retours de Katmandou levaient leurs tentes encore sur l'hippodrome, on était entre gens civilisés, et on pouvait gigoter peinard. Mine de rien profitant des nuques devant soi, aux tempes à peine argentées.

iii. Girls in Hawai : En passant une main inquiète sur le coup de soleil, s'éventant de son chapeau le festivalier ira s'asseoir ensuite dans le gazon encore un tantinet existant, devant la scène om se produiront les filles haïtiennes rock indie. Vendu comme belge, "avec [son] son entre bricolage et fragilité, leur goût pour les ambiances en demi-teintes, leur invitation permanente au rêve", ce groupe ne vous laissera aucun souvenir. Ca ressemblait plus à du rock garage aux bornes du punk, bref beaucoup de bruit pour rien comme on dit à Stratford sur l'Avon.

iv. The Hoosiers, qui, bien que je connaisse le single, a été la première découverte de ce festival. Non seulement à cause de la scénographie, péchue et pleine d'humour british-of-course, aux apparitions de Spiderman, de deux squelettes à coulisses et des bacchantes du drummer, mais aussi pour la voix déchirée d'Irwin Sparkes. C'est ici qu'on commence à danser et à faire la farandole. On l'avait déjà faite pour Déportivo, mais là on se prend au jeu et on trémousse le popotin sérieux.

v. The Dodoz, qui a été l'occasion de ma première sieste dans l'herbe, au soleil hésitant que cachaient des nuages. La foule lentement se densifiait, mais l'heure était encore au festival humain. Le trio pop-rock couinait un peu, de manière suffisante pour qu'on le découvre ou du moins qu'on s'intéresse, entre les riffs rageurs et la voix un peu sucrée de la chanteuse, les déhanchés de Jules et Vincent. Surtout qu'on se convainc, lorsque le riff reprend le Dies Irae gothique (si, si !) qu'I Do Like Boys. Miam. Le festival sera voyeur ou ne sera pas. Salopards d'ados.

vi. Moriarty : c'est sous les vieux chapiteaux qu'on découvre que la musique sans la boîte et les baffles de son salon fait pas mal pour le bonheur de l'humanité. L'écoute distraite au boulot m'avait juste indiqué que le cédé valait la peine. La découverte dans les premiers soulevés de poussière du groupe au barbu à l'harmonica, et la découverte là maintenant pas plus tard que je suis en train de l'écrire qu'il y a une reprise de Depeche Mode dans leur album (je viens de tilter sur leur Myspace) n'empêche pas qu'il faut ab-so-lu-ment que vous possédiez cet album, Lecteur, ma chèèèère, c'est un groupe qui compte et s'il compte pas c'est à croire que Nicolas-Paul-Stéphane Sarközy de Nagy-Bocsa est président de la République.

vii. Les Têtes Raides : sorti du nom célébrissime que je n'ai jamais emprunté à la bibliothèque, et de la voix profonde du chanteur qui m'a un peu intéressé quelques instants, ça m'a fait chier. Les criailleries sur la Commune des anars qui n'ont jamais suivi leurs cours d'Histoire ou s'arrêtent à 1871, pour en faire un symbole facile à jeter à la face de tout ce qui passe plutôt que de lire les journaux, ça me fatigue. Alors on rejoint l'autre concert.

viii. Cocoon : anecdotique. Peut-être aussi que les Têtes Raides m'avaient trop fatigué avant. Nez en moins et cynisme en plus, il faudra que ces clermontois (cocorico) apprennent à se tenir sur scène et à tenir leur salle. Là on se croyait un peu à Thézé.

ix. Rose : "fraîcheur et douceur", qu'on me l'avait vendue. Gnangnan et cucul, oui. Vu et revu.

x. The Subways : Si je voulais me la faire édito de magazine pseudo-bobo néo-cons à plumes, j'écrirais quelque chose comme "c'est pas parce qu'on est une folle qu'on n'a pas le droit d'être une rock and roll queen." Désolé, j'avais envie de caser ce jeu de mot-là. Alors que le bon gros garage râpeux qui vous fait remonter le plat de pâtes dans l'oesophage à force de fracasser le pôvre brin d'herbe survivant de la nuit infernale où l'on a fait trémousser le festivalier sur du techno-boufta-boufta genre Vitalic et Garnier. Bref, ça vaut le coup. Un peu pop guimauve-rock, parfois, punk-poubelle aussi, mais ça permet toujours de se réveiller. Et rien que pour ça...

xi. Devotchka : Ah ! L'autre découverte du festival ! Le cinéphile ou tout simplement le traîneur de savates en salle (pas la peine d'acheter Télérama pour ça) aura reconnu ce groupe à ses ritournelles devenues célèbres. L'oeil bègle et binousé du festivalier katmandouien sur les volutes de sa beuh de contrebande cependant s'allumera un tantinet et pas que pour la flamme du briquet aux approches du bang mais aussi pour les toiles rouges qui descendent du plafond où viendra se percher rapidement une magnifique petite acrobate. Vindiou. Je me suis cru au cirque, ça fait toujours plaisir de voir quelqu'un grimper aux rideaux. Sans compter que la guitare noire à paillettes de Nick Urata est d'anthologie. Plaise en trie mise à part, cette petite séance de gipsie-rock ou Dieu sait quoi ne m'a pas fait regretter le détour et la soif.

xii. Grand Corps Malade : il faut le reconnaître, Fabien a toujours cette voix qui vous trémousse tout, qui vous chavire, qui vous prend le coeur dans les mains et presse un peu ce qu'il faut pour en faire jaillir quelque chose entre le sang et les larmes. Dommage qu'il y ait l'orchestration, ce truc qui en a fait un grand show désormais, sans vraie spontanéité.

xiii. Aaron : Simon portait une casaque de cuir noire et sa voix d'écorché, et la foule écoutait. Moi premier. Diantre, quel animal. Et il se disait malade. Pffff. Pas la peine de tuer une sirène pour si peu. Il a bien su nous emporter quelque part parmi les monstres étranges et les lettres jamais parvenues.

xiv. Yael Naïm : je ne surprendrai personne si je prétends que New Soul a été chanté, fredonné, hélé, siffloté à tire-larigot et même tire-pandore (faut pas se gâcher le plaisir). Prise, reprise et rereprise. Ce qu'on vous dira moins, c'est qu'on a eu droit à une reprise de Toxic, si, si, de l'autre blondasse et ne me demandez pas d'où je la connais hein d'ailleurs je la connaissais pas qu'est-ce que vous prétendez hein je suppose que vous voulez me manquer de respect alors que c'est vachement important le respect tu vois je te respecte alors tu me respectes tu as une mère hein tout le monde a une mère moi j'en ai une tu aimes ta mère alors tu vois moi je voudrais pas qu'elle ait de la peine ta mère alors tu vas être sage et me montrer aussi du respect. Bref, ça déchira sa race, médème.

xv. La Chanson du dimanche. Chose heureuse, mon Frangin Namoua m'en avait parlé au téléphone, je pouvais donc prétendre connaître depuis longtemps. Je n'ai compris le concept dans son ensemble qu'ensuite, mais ça vaut le coup : faut pas être Gros Jean pour comprendre Nicolas et Rachida ou rire au 8 200 200. C'est bêta, c'est populaire, et ça marche. Bon, sauf pour les grougnafiers qui passent leurs concerts à dire qu'ils s'emmerdent et à demander ce qu'on fait maintenant, qui passent vingt minutes à se demander à voix haute s'ils vont prendre une bière et vous feront chier jusqu'au bout une fois leur Kro tiédasse au poing. Pauvres cons de bobos, va. C'est teeellement typique de se mêler au peuple pour s'y emmerder.

xvi. The Tings Tings : si vous craignez de manquer d'énergie, ou une simple crise d'hypoglycémie, là vous auriez de la blonde platine, des samples percutants, une bonne caisse fracassée à grands coups. Peut-être pas assez recherché pour moi tout de même.

xvii. À partir de cet instant, force est de dire que l'Auteur, Lecteur, est entré dans un état second. Il a d'abord dansé, brâmé, et même slamé (si, si, mais moi au moins j'ai pas eu le short déchiré comme l'autre bellâtre dont j'ai tâté les convictions intimes lorsqu'il m'est passé dessus, sans le vouloir Votre Honneur). Il a ensuite crié, et agité ses petites mains. Il l'avait déjà fait, c'est vrai. Mais de manière continue, toussant dans la poussière, c'était encore pas du constaté. Preuves à l'appui, car on l'a vu faire cela au concert de Yelle. Certes, c'est de la boufta-boufta, et elle a une voix geignarde au possible dès qu'elle arrête de chanter, mais qu'est-ce que ça fait du bien. Je vais me taper une boîte, moi je crois, sous peu.

xvii. Vous vous croyiez tiré d'affaire ? Vous pensiez pouvoir fredonner paisiblement sur un air des grands-mères ? Vous ballader dans un village paisible, du genre celui de Plechti, charmante contrée où la femme attend paisiblement son mâle fier et confiant sur le perron traditionnel de sa maisonnée typique ? Que nenni. Avec La Caravane Passe vous allez découvrir l'autre facette de Plechti, la facette où l'on danse à en crever et où il faut refaire le mariage de la cousine et du cousin toutes les semaines pour des raisons de papiers pas valables. Je sais pas si j'ai dansé le sirtaki, en tout cas je me suis pas mal imbibé de quelques nuques. Et de cette main, montée au menton, pour presser un foulard contre la bouche. Miam.

xviii. The Gossip : je savais que Beth était un monstre de scène, mais alors là... Le coup du string et du soutien-gorge en dentelle on ne me l'avait jamais fait. Surtout en dansant comme ça. Et avec cette voix-ci.

Ce qui fait que c'est avec un bon acouphène qui vous tiendra toute la nuit, et une pure merveille pour conclure ce festival Solidays, qu'on vous rend l'antenne. À vous les studios, à vous Cognacq-Jay.

12.07.2008

DCLXV. - Un bref instant de publicité.

L'Auteur apprend au Lecteur qu'il grimpera la butte pour aller chasser des cailles.

Enfin un appartement d'adulte. Vivement l'emménagement.

Sous peu : le bèstoffe de Solidays.

07.07.2008

DCLXIV. - Solidays, jour 3 : Keffieh’s day.

i. J'ai le droit d'être inconséquent.

ii. Je suis humain, zut.

iii. Pétri de contradictions.

iv. Et même que je me contredis rien que pour montrer que je suis capable d'évoluer.

v. Y'a que les sots qui ne changent pas d'idée.

vi. Et puis la contradiction fait partie du mouvement de la pensée hegelienne.

vii. D'abord j'ai aussi le droit de me mettre à apprécier Hegel.

viii. En plus il y avait une 'ache de poussière. C'est pas ma faute si la zique était trop bonne et que j'ai tressauté quatre heures durant de concerts en concerts.

ix. Soulevant la poussière avec mes pieds, toussant dedans.

x. Alors pour le dernier concert, celui des Gossip, j'ai acheté un keffieh. Et ben ça protège bien. Enfin, comme un foulard normal.

xi. Mai-euh !