13.04.2008

DCXVIII. - Tagada, tagada, tagada.

J'ai envie de cheval. J'ai envie de passer des vacances à m'esquinter le popotin sur des selles, transbahuté de partout en ayant mal au ventre.

Je veux partir en Mongolie, au moins dix jours à jouer au Genghis Khan d'opérette.

Ceci est un appel au peuple, Lecteur : qui m'accompagnerait ?

DCXVII. - Blaaaaaaaarf !!!

Hier soir : je crois qu'il y a eu un cheeseburger des grand'mères entre le Limoncello, le Cahors et les digestifs, mais je n'en suis pas intégralement sûr. Ce pub à côté de l'église du Commerce tue sa race. Lorsque l'un des serveurs, blouson blanc, est parti, Messire Gauvain n'a cessé de me dire de le suivre. Je l'avais trop regardé, il m'avait vu. Bien évidemment je n'en ai rien fait, avec le délicieux remords qui va avec : sinon, je ne le raconterais pas.

Cette nuit : je crois qu'il y a eu trois grand bruits : PLANG ! (silence) PLAAAAARG ! (silence) PLOUIIIIIIING-CRI ! (silence). Pas levé - j'étais au chaud sous la couette, il y faisait bon et j'étais bien.

Ce matin : je marchais dans le verre. L'armoire d'étudiant, qui a déjà fait trois déménagements, a craqué.

i. Bruit un : l'étagère du milieu, le bois étant déformé, lâche et tombe sur les pots de verre contenant les pinceaux.

ii. Bruit deux : celle du dessus, qui porte les verres épais, suit gaiement.

iii. Bruit trois : celle du haut, avec les verres à pieds, s'effondre.

Je n'ai plus que quatre verres à pieds de viables. Pas la peine d'essayer venir manger a casa. Au moins ça va m'inciter à chercher un appart, plutôt que de réparer cette armoire pourrave.

C'aurait pu être pire : les fioles de thérébentine et d'encre de Chine ont résisté.

12.04.2008

DCXVI. - En lisant ta lettre.

Je me fais peu d'illusion, et je sais que je peux m'asseoir sur mes 200€ de plombier, mais ça fait du bien d'écrire ça...

Madame,

Je donne suite à votre courrier daté du 11 avril 2008. En ce qui concerne la réparation de l’année passée que vous aviez diligentée (enduit de la salle de bain) et qui n’a pas « tenu », je prends bonne note que vous en accusez réception.

En ce qui concerne la fuite de plomberie, et votre étonnement :

i. j’étais la semaine précédant la déclaration de sinistre en déplacement professionnel au Portugal, comme précisé dans ma lettre du 25 avril. Par conséquent, le sinistre s’étant déclaré durant mon absence, la salle de bain était plus qu’humide à mon retour.

ii. Je pensais effectivement attendre faire appel à un plombier un jour ouvré, mais le sinistre a empiré durant le week-end, d’où l’intervention du lundi de Pâques.

iii. Le plombier qui est intervenu ne m’a pas présenté cela comme un changement de joint, mais un changement de l’ensemble du raccord, ce qui reste du ressort du propriétaire, en tant que « gros travaux ».

Enfin, si l’entreprise que vous diligentez à chaque fois pour effectuer les travaux effectuait des réparations convenables et de qualité professionnelle (bonne, rapide et efficace), j’y ferais appel. Cependant, l’expérience n’est pas encore allée dans ce sens. À titre de rappel, j’évoquerai :

i. la lenteur des réparations de la salle de bain après le dégât des eaux du 8 décembre 2005 – plus d’un an ! – et la solidité de celle-ci (puisque l’enduit ne tient pas).

ii. la « peinture » de ma porte d’entrée à la rouille et au calcaire, lorsque des travaux ont été effectués dans l’appartement mitoyen, sans compter l’absence de pression d’eau durant plus de quinze jours (mon courrier du 23 octobre 2006).

iii. l’état des parties communes, dont certaines sont en travaux depuis mon arrivée en 2005 : peinture à peine badigeonnée au rez-de-chaussée, fils d’un digicode hypothétique qui sont apparus durant l’hiver 2007 sans jamais avoir de digicode, boîte-aux-lettres tellement aux normes que durant trois semaines du printemps 2007 le facteur a refusé de nous distribuer le courrier, porte cochère qui ne ferme pas pour cause d’absence de pène à demeure plus d’une semaine et claque dès qu’il y a du vent, paliers sans ampoule électrique en état de marche.

Dans l’attente que vous respectiez vos engagements, tout comme je respecte les miens en payant mon loyer, je vous prie d’agréer mes sentiments distingués.

DCXV. - Le violon.

Chez le boucher, elle portait un épais bonnet de laine tressée. Des boucles coquettes en sortaient, grisées par le temps. Elle commandait de la longe, et des côtelettes. Et plusieurs souris d'agneau. Sa famille certainement venait la voir. Et, d'impatience, elle frippait dans ses ceps de vigne tachés, marqués de veines, un porte-monnaie de tissu brodé.

Chez l'épicier, elle s'approchait du caissier, flottant dans son manteau beige. Trentenaire au front bas de gars du sud, qui a souvent un mot gentil. Ses sourcils immanquablement me font penser à M. Furt, que j'ai croisé sans le rencontrer. Elle lui sourit, et lui tend son sac de boucherie.

Elle. - Tenez. Vous savez, j'en ai trop acheté. Prenez, ça me fait plaisir, si, si. Un grand garçon comme vous, il a besoin de manger.

Lui, surpris. - Euh... C'est pour moi ?

Elle. - Oui. Ca me fait plaisir. À demain.

Quand j'avais dix ans, ou presque, ma famille avait gueulé sur mon grand'père, qui avait donné au concierge de sa maison de retraite le violon. C'était - peut-être que je me trompe - le violon de mon arrière-arrière-grand'père Carmelo, celui qui venait de Malte avec sa femme, avant de trouver Marseille puis l'Algérie. Quelque chose comme une antiquité, ou notre dernière bribe de blason, en somme.

Pépé avait pleuré. À chaque fois qe j'y repense, je me sens triste. Comme là.

Je crois savoir maintenant pourquoi il l'a fait.

07.04.2008

DCXIV. - Elle, il.

- 1 -

Elle


Il y a des années, elle m'avait quitté. Nous avions longtemps été l'un pour l'autre, jusqu'à ce qu'elle me dise, je crois, que j'étais homosexuel. Longtemps nous avions frémit l'un de l'autre, dans les lettres et les silences du téléphone. Emois terribles des mains qui se mélangent, aux tables des cafés lyonnais.

Nous avions nos infidélités. Immanquablement pourtant, nous nous retrouvions, malgré les silences qui s'étalaient, parfois, sur des années. Dans les draps étranges de chambres prêtées, où des poissons crevaient de n'être pas nourris, nous nous enfouissions, couple illégitime. Si jamais j'ai trompé quelqu'un c'était pour elle.

Il y eut des étés étouffants, au ciel noir rempli des fumées du quatorze juillet, des sommeils exténués de chaleur au pied du canapé qu'elle prenait. Il semblait que je souriais alors, dormant.

Il y eut des silences, des fiertés. Des peurs, aussi, de tout ce qui était autour, mal digéré. Jamais je ne lui ai menti de quoi que ce soit. Elle savait.

Dans la frénésie d'un printemps tout frais d'être, elle quitta tout pour me rejoindre. Je tranchais avec autant d'énervement ce qui m'entourait. Chacun, nous laissions nos copains.

Il y eut un été de chaleur moite, d'orages. Un soir, tout le quartier était d'un noir moucheté de bougies. La fenêtre laissait à peine entrer un peu d'air ; nos corps ruisselaient l'un de l'autre. Mais la force profonde m'est revenue ; elle avait dû le voir avant moi. Elle n'osait plus me parler.

Je me souviens de notre dernière conversation, sur un plancher au vernis poisseux. Septembre venait déjà, si rapide. Nous ne nous regardions pas, nos doigts s'évitaient, rangeant de vieilles pièces dans un coffret de santal. Elle était triste ; je ne comprenais pas encore.

Ici, les années.

Jeudi, elle m'a envoyé un message. Me proposant de la retrouver, à une fête. Je crois que j'ai eu de la chance, d'avoir trop de travail pour la rejoindre.






- 2 -

Un il


Comme beaucoup de ceux qui me plaisent, il est mince et grand. Comme beaucoup de ceux-là, il travaille où l'on s'attend qu'il soit. Nos conversations dans ces cas parlent toujours du métier, et des goûts. Que ce soit lui ou un autre, je fais souvent pâle figure, de ne pas m'intéresser à la beauté d'un portefeuille de galuchat ou d'une table de verrerie. Ma barbe fascine, souvent, une condescendance amusée.

Il suffit de si peu, alors.

Il est d'une minceur de levrier contre mes poignets. Sa peau se veloute quand je la frôle, douceur. Fine odeur de sueur dans le parfum quand mes bras le porteront, blotti. Ma main presse sa hanche d'herbe fraîche, ses cheveux de ronce épaisse. Il est, enfin, sans les artifices. En baisers de fleurs offertes.

J'ai comme toujours cette tristesse passagère, de penser que ce dos dont je caresse doucement le ventre, volutes du bassin épousées, ne me sera pas aussi inouï que ces moments d'effroi retrouvé, où l'on frémit de sentir seulement respirer ; où d'impatience il est resté encore un t-shirt ou des chaussettes. Bouche pressée contre l'oreille, palpitant.

Plus tard, serré contre moi. Moineau crasseux, duvet hérissé de frileux - sa nuque d'homme tenait dans ma main, je le caressais doucement pendant qu'il se confiait. Il posait sa tête sur mon bras, enfermé dans la couette. Je préfère cet abandon au reste, je crois.

Dehors il neigeait ; il n'a pas su qu'il était le quarantième.

Nous avons mangé, j'ai jeté le thé qui avait refroidi. Avant qu'il ne parte, je lui ai donné mon parapluie, pour qu'il ne se mouille pas.

DCXIII. - Paris, 7 avril 2008, minuit trente-huit.

Oh, il neige. À torrents.

Ma couette est encore chaude de la soirée.






La citation de Sire Constance :

"Il pleut encore sur le Génie
de la place de la Bastille
boire du thé tout l'apres-midi
de ces dimanches de camomille
il pleut des cordes sur le Génie
qui aurait cru que si peu d'eau
ferait fuir les gens de Paris
laissant l'ange trop seul et trop haut
"

31.03.2008

DCXII. - Et bouing.


i. Comme le Lecteur attentif, si j'en ai un, l'aura remarqué : pas de dessin ce ouiquennede, pour cause de quasi dallowaysation massive. Il faut s'en occuper, d'un grand dadais comme ça : ça prend du temps, de trouver des prétextes pour sortir toute la bouffistaille et s'en mettre jusque là, écartant d'une fourchette soulagée les bons vieux remords de l'été qui approche. Hop, chou farci, vin et frometon et un peu de rock par-dessus. Guinness tant qu'à faire dans un pub avant de fumoter, reste d'adolescent, sur un quai à côté de rockeurs du dimanche et de midinettes de passage. Bouing.

ii. Pourtant, au Louvre, la mise en place des installations Jan Fabre ont décroché des toiles qui me sont chères : les Quatre Evangélistes de Joardens, le Joueur de Luth de Hals et l'Autoportrait de Rembrandt âgé n'y sont plus, chassés par des insectes de plastique. Ca a son intérêt - ça laisse des doutes. Surtout lorsqu'on veut fanfaronner, et montrer comme on connaît son musée. Allez retrouver Holbein, entre les tombes et les globes d'élytres vernies. Bouing, bouing.

iii. Le médecin du travail, enfin rencontré après un bon laps et lapin de ma part, m'a d'emblée attaqué sur les thèmes de 1/ "lorsqu'on est coureur" ; 2/ "vous ronflez, n'est-ce pas ?" et 3/ "avec son compagnon... ou sa compagne." - Tenter de rester imperturbable et de répondre naturellement. - Envisager de disparaître à tout jamais de la blogosphère. - S'inquiéter sérieusement de ce que je donne à voir de moi. - Ou se demander si les cravates grises à rayures bleues ne font pas un succès fou chez les ronfleurs pédés. C'est qu'il connaissait mon quartier, l'esculape. Et bouing.

Me voilà muni d'exams pour mes ronflements, tous frais payés. Gentil, de tenir à ce que je ne me réveille plus seul.






L'incipit du jour :

"Les habitants du vieil immeuble en pierre de taille, en bordure du parc de Humlegard, à Stockholm, étaient des ges aisés, à l'instar de Rafael Juntunen, gangster de son état."

30.03.2008

DCXI. - Liste de lectures.

i. Tous à Zanzibar, de John Brunner. Enfin réédité chez Poche, ce classique de l'anticipation nous décrit un drôle de monde, une terre surpeuplée où la population, serrée coude à coude, tiendrait entière sur l'île de Zanzibar. Mais si surpeuplé, aussi, que les logements sont d'une cherté parisienne partout, que les plus hauts cadres des plus grandes entreprises (quelque chose comme 10 sur l'échelle de Bouton, pour citer le Canard Enchaîné) sont contraints à la colocation, et les Etats à mettre en oeuvre des lois eugéniques. Ce n'est pas tout le monde qui peut avoir des enfants, désormais, et en même temps avoir des enfants devient une malédiction qui vous condamne à fuir sans cesse - car vous êtes un irresponsable. Cet univers est un monde régit par les ordinateurs, qui computent et compulsent et vous sortent des statistiques à n'en plus finir, les décideurs ne se fondant que sur elles. Dans la terre de Shalmeneser, l'ordinateur de la GT, quel espoir reste-t-il pour vivre ? Un livre-monde, sans solution. Et pas si lointain.

ii. Le Seigneur de Bombay, de Vikram Chandra. Là, nous ne sommes plus vraiment dans l'anticipation, plutôt dans l'univers rugueux et grouillant de Bombay, quelque part entre le carnage des gangs, la corruption universelle, les ordures des bidonvilles et les fastes de Bollywood. L'histoire en soit est simple : un parrain local, Ganesh Gaitonde, se laisse prendre dans sa maison par un policier Sikh, vieux beau que la vie a ridé, et se suicide sans un mot. Sauf que la maison de Gaitonde était en fait un abri anti-nucléaire, un vrai de vrai, en plein Bombay. Et que les espions locaux font du souci à Sartaj, le policier, pour qu'il enquête. Moins que la trame conductrice, qui n'a rien de nouveau, je pense que ce roman vaut le coup d'oeil pour l'atmosphère qu'il décrit, grouillante, énorme, engluée dans les castes et les vieux restes des guerres coloniales, et les histoires secondaires. Notamment, le récit "Insert : une maison dans une ville lointaine", qui est à couper le souffle. C'est con, j'en ai loupé ma station de métro, à cause de ce maderchod.

iii. Dieu et nous seuls pouvons, de Michel Folco. Malgré tout, les mille pages de Chandra exigent qu'on tienne la route - je ne l'ai pas tenue. Samedi passé, je me suis accordé une pause à lire ce roman noir, écrit en deux parties. Je me souvenais du film tiré de la première partie, Justinien Trouvé ou le Bâtard de Dieu, qui m'avait fait peur, ado. C'était un film trop en avance sur son temps, je pense : le glauque historique, avec de vrais vêtements décousus et de vraies dents déchaussées, en 1993, ça n'était pas trop à la mode encore. Pourtant, le roman est un bon moment : c'est l'histoire de Justinien, qui devient bourreau parce que sinon il va aux galères, et de sa famille, qui est restée bourrel deux cent ans durant jusqu'à ce que le décret Crémieux de 1871 supprime les exécuteurs de province, laissant l'exclusivité à la famille Deibler. Et c'est l'histoire de la famille, vers 1901, qui aimerait bien reprendre du service, surtout que dans l'oustal familial, on conserve tout un matériel qui ne sert plus, et c'est bien dommage, ma pauvre dame. Faut aimer l'humour noir, être fasciné par la guillotine, mais ça passe tout seul. Enfin, ça glisse tout seul, comme un mouton. De guillotine.


24.03.2008

DCX. - La joie de peindre.

Il y a une toile, une copie d'un Franz Hals, sur laquelle je bataille depuis des mois. J'ai déjà dû reprendre le visage trois fois et malgré tout je n'en suis toujours pas parvenu à bout. Hier encore on s'est échiné sans succès.

Hier soir, alors que j'étais assis devant l'ordinateur, parcourant des blogs, un truc m'a pris. Je me suis retrouvé avec une toile sur les genoux à griffonner, gribouiller, tracer de grands traits. Quelques minutes plus tard, mâchonnant du fromage de Corse, j'étais toujours au bureau, toile sur les genoux et de l'huile plein les bras.

C'est la première fois que je peins aussi rapidement, aussi sûrement : alors qu'en général il me faut des mois, des reprises, des repentirs, en une petite dizaine d'heures tout était plié. On va dire que j'étais sous feu sacré ou exta, et que la Muse m'avait fait prendre mon luth.

Ores donc, à défaut de dessin du ouiquennede, la toile du jour :

Le Lever

Le Lever
Huile sur toile, 50 x 60.

19.03.2008

DCIX. - Carnet de notes.

Madame, Monsieur,

Vous avez eu la bonté de nous confier le petit Olivier pour ce stage éducatif et récréatif au sein de notre belle organisation philanthropique, Les joyeuses marmottes de Savoie. C'est avec beaucoup de plaisir et l'expression cependant de mon dévouement le plus sincère et le plus profond, au vu de la contribution que vous apportez à nos bonnes oeuvres, que je me permets de vous faire suivre le carnet de notes de votre charmant bambin.

Bien cordialement,

Le Directeur des Joyeuses marmottes de Savoie.

Acrobranche. - Olivier a un don tout particulier pour se tenir aux filins. On le croirait né dans les arbres. Il a fallu d'ailleurs appeler une escouade de pompiers pour scier les câbles : il ne voulait pas les lâcher.

Slalom en luge. - Excellent élément ! Olivier a réussi à passer par toutes les portes. Apprendre à les contourner n'est jamais qu'une affaire de patience.

Ski alpin. - Cet élève a compris l'essentiel du ski, et son but principal. Je ne vois pas ce qu'on peut lui apprendre de plus. Peut-être chausser les skis, mais après tout siroter à un bar un martini en regardant les pentes neigeuses où s'ébat le touriste et l'anglais me semble parfaitement couleur locale.

Dégustation. - Malgré quelques lacunes pour distinguer le Beaufort de l'Abondance, Olivier s'est très nettement rattrapé de cet essoufflement passager grâce au saucisson aux myrtilles et à la Tomme. Nous ne pouvons que nous incliner devant ses efforts louables et néanmoins couronnés de succès pour distinguer le Gamay de l'Apremont et du Chardonnay. L'enseignant avoue qu'il lui doit une bouteille de Génépi pour connaître le Crépy.

Train de luges. - L'élève a réussi à ne pas trop glappir, ce qui est un peu décevant. Pourtant la pente était droite, et le chemin raide.

Sarbacane. - Olivier présente de très nettes dispositions pour cet art, qui se confirmeront une fois qu'il pourra viser la cible.

Raquettes. - Noooooon, ça ne sert pas à chasser le dahu !

DCVIII. - Courriers.

Parce que ces temps-ci ce genre de courriel s'accumule dans une de mes boîtes aux lettres, et que je me demande à quoi sert le boulot de chasseur de tête s'ils se contentent de faire du mailing à outrance sans même regarder à qui ils envoient leurs messages...

- 1 -


Monsieur,

Nous traitons actuellement une mission susceptible de vous intéresser. C'est une excellente opportunité professionnelle puisqu'il s'agit d'un poste d'Ingénieur Etudes Informatiques au sein de la filiale d'un grand groupe bancaire français à forte notoriété. Le poste est basé en région parisienne.

Vous trouverez ci-joint la description de poste. Si vous êtes intéressé, n'hésitez pas à m'envoyer votre cv actualisé et je vous recontacterai afin de mieux cerner votre profil.

Sinon, n'hésitez pas à la communiquer à des personnes susceptibles d'être intéressées.

Dans l'attente d'une réponse de votre part,

Bien cordialement, etc.


- 2 -


Madame,

Je crains que votre proposition ne corresponde pas du tout à mon profil : je suis diplômé de l'E***, et je suis actuaire dans un cabinet de conseil. Par conséquent, une activité d'informaticien, en banque ou ailleurs, ne pourrait que me permettre d'assurer à mon employeur des pertes aussi grandes que celles de la Société Générale...

Bien cordialement, etc.

16.03.2008

DCVII. - Autoportrait rouge.

Bon, on va dire que ça suffit, et que je vois plus trop ce que je peux faire de plus là-dessus. Signature, photo pour qu’on applaudisse, et section séchage définitif.

Autoportrait rouge.

Autoportrait rouge.
Huile sur toile, 50 x 70.

DCVI. - Le dessin du dimanche.

Monsieur Bleu D***


Etude d’après une photo d’avril 2007
Encre de Chine sur papier raisin.

15.03.2008

DCV. - En buvant, en sirotant.

i. Mon estomac bat la chamade, mais pour lui seul. Tant pis, le thé lentement infuse à côté de moi, il pleut parfois à verse et la nuit tombe sur la rue. Images simples et banales. J'ai des envies de flambée et de pénombre, cloisonné entre les oreilles d'un fauteuil Voltaire - je me rattrape dans les bras du mien.

ii. Je ne pourrai pas aller voir Saint-André lundi, c'est dommage. Surtout que les places étaient gratuites, et que je me souviens du sourire tout en dents du chanteur alors qu'il faisait sa reprise d'Aznavour. Mains martelant le clavier à larges gestes.

iii. Qu'importe, le ouiquennede sera simple, seul et doux - entre musique et silences. Un large morceau de gorgonzola, que la crémière prétendait avoir gardé pour moi - son mensonge m'a fait plaisir - repose. Priez pour son âme, Lecteur, et celle de mon foie.

iv. Parfois, je regrette que mes amis et moi n'habitions pas dans la même ville. Peut-être est-ce mieux, en somme. Je suis quelqu'un de peu causant, en fait, dans le privé. Homme qui a plus besoin de présence, d'embrassements et de gestes. Cela deviendrait lourd, certainement, tout le temps.

v. MR 73 est à voir avec circonspection et ses yeux, malgré les critiques qu'on en fait. La scène inaugurale, peut-être, avec le très beau Avalanche de Cohen. La photo et les cadrages sont intéressants, et font tout l'intérêt du film : larges plans de sépias et de murs lézardés, de couvertures jaunies aux couleurs improbables, je pense qu'un photographe apprécierait le ton au vu de ses dernières oeuvres. Le discours principal du film reste pourtant entaché d'une relation certaine à l'actualité qui m'a mis mal à l'aise. Le rachidadatisme à tout crin, même pour permettre de rajouter à la noirceur d'un tableau que Jean-Bernard Pouy aurait mieux brossé, broarf. Le personnage joué par Olivia Bonamy manque de profondeur, et l'on sent la tentation chez Philippe Nahon de nous la faire Annibal Lecter bovin. Ce qui fait l'élégance du scenario reste 1/ avant tout, la descente aux enfers de Schneider, sans Virgile comme G.O. et 2/ (ce en quoi je pense que nombre de mes collègues de cinéma ne seraient pas d'accord) le personnage de Subra qui est plus ambivalent qu'on ne le pense : voulait-il vraiment tuer Justine, en fin de compte et ce qui lui arrive à la fin était-il si nécessaire, dans le monde de paranoïa où erre Schneider ?

vi. Un netbuddy m'ayant recommandé de lire du manga, j'ai pris ce que la médiathèque m'offrait. Le Bouddha d'Ozamu Tezuka, je connaissais, et bon c'était sans plus pour le côté artistique de la chose. Spirale, de Junji Ito : pas envie d'être traumatisé à nouveau. Avec les midinettes qui restent en extase yeux clos d'une virgule devant de grands traits d'espoir et les garçons filiformes aux coiffures 220 volt élus mister collège, j'avais pas grand'chose qui semblait intéressant. de Takeno Shigeyasu finalement pris, j'avoue qu'à sa lecture j'en reste sur ma faim. Bien sûr, j'ai eu un joli torse de vingtanaire sous les yeux durant 230 pages et de sommaires évocations de la vie montagnarde & nippone. Je n'y ai pas retrouvé les fulgurances des phrases de Kawabata. J'attendais trop, certainement.

vii. Tant qu'on est au rayon bédés, parlons à la rigueur, Lecteur, de Vagues à l'âme, de Grégory Mardon, où un narrateur passe en revue la vie que son grand'père lui a racontée : le départ du Nord, l'engagement dans la marine, les quatre cent coups en Indochine avant la pied-noirdise en Tunisie et Algérie. Moins qu'un univers décrit (les descendants de pieds-noirs comme Bibi en resteront pour leur frais), il s'agit surtout de la description d'un homme, un brin Tartarin de Tourcoing. Intéressant, presque attachant. Notamment quand la grand'mère gratte sur la toile cirée les brûlures de cigarettes, doucement, après la mort de son mari.

viii. La trouvaille reste pourtant un petit opus, Appartement 23 de Michel Alzéal (2007, Les Enfants rouges). Timothée est un trentenaire enfermé chez lui, chômeur on le comprendra plus tard, fumeur - ça on le comprend de suite. Il a une vieille tantine qui vient le voir tous les mardi, lui porter des plats qu'elle lui cuisine. La tata Suzie monte les sept étages à pattes lorsque l'ascenseur est en panne, ce qui arrive souvent on ne sait pas trop pourquoi. Il y a une jeune femme qui s'installe au premier et n'aime pas les pantoufles en forme de chien, un vieil homme qui épie par le judas. Timothée, quoi qu'il arrive ne sort pas, ne se rase plus, descend des bières. Il regarde vaguement la télé, il attend. Tata Suzie n'aime pas trop ça.

Extraits.

Tata Suzie. - Tu manges bien au moins ?

Timothée. - Tous les mardi tu m'apportes de quoi me nourrir.

Tata Suzie. - Ce n'est pas suffisant, Timothée.

Timothée. - Largement pour ce que je fais.

Tata Suzie. - Tu ne peux pas passer le restat de ta vie comme ça. (Silence) Timothée... fais-moi plaisir. Sors, va voir du monde.

Timothée. - Je ne veux pas le louper.

Tata Suzie. - Tu sais bien que c'est fini mon petit. Il ne reviendra pas.

Timothée. - À mardi prochain, Tata Suzie.

[...]

Timothée. - J'ai trente-deux ans et une vie de chiotte. Je regarde même Amour et compagnie où l'autre conne est sur le point d'accoucher depuis plus de dix mois maintenant. (Silence) Bertrand me manque.

DCIV. - En rêvant, en cauchemardant.


Cette nuit, je suis le Baih d'une Compagnie de Bombay. C'est la guerre avec un autre gang, elle est sordide. L'un de mes amis, ils l'ont tué, et gardé le doigt. Je ne me souviens plus de quel doigt, mais ils ont gardé un de ses doigts.

Alors avec les boys, on investit leur repaire, en plein coeur de leur raj. Leur chef est là. C'est un vieil homme à la peau lisse, brune. Petit et sans cheveu. Les murs, de bois verni et sombre, ils sont parfois tachés de petits bouts de cervelle et de sang. Le soleil entre par une persienne, éclairant juste devant un bureau d'acajou.

Le vieil homme n'a pas peur. J'arrose sa main d'alcool, et je verse le reste dans un bol. Et je le force à se couper les doigts, les cuire et les manger.

Je ne me souviens plus jusqu'à quel stade je l'ai forcé à se dévorer. C'est là que je me suis réveillé.

DCIII. - Somewhere over the rain.



Un Airbus 319 au-dessus de l'Océan. Il fait nuit, j'ai plongé la tête dans ce monstrueux pavé doré qui me fait regarder de tous les passants à chaque fois que je le traîne, essayant d'oublier encore le satané mal à l'oeil gauche qui me prend à chaque fois que j'embarque dans cette boîte de fer-blanc.

Il fait chaud, l'avion est plein : au Portugal, la semaine de Pâques s'annonce festive, familiale du moins. L'odeur des sandwiches infects que l'on va tenter de nous servir commence à remplir la cabine ; l'avion tangue, un peu. Un enfant chantonne.

À ma gauche, serré contre le hublot, un petit brun frotte ses mains sur les cuisses. Attentif au moindre frémissement de la voilure, je le sens pas à l'aise. Il me rappelle cette Chinoise terrifiée qui n'avait pas bougé d'une once au retour de Frisco, remplissant l'air des vents de sa peur. Parfois, il se penche, prend un dossier, le compulse. Sans vraiment faire attention, on devine des horaires. Compulsés, regardés, repliés puis revus à nouveau. Puis une photo d'enfant, qu'il sort et regarde.

Le reste est une traduction approximative de notre anglais tout aussi approximatif.

Lui. - Pardon, monsieur. Je peux vous poser une question ?

Moi, refermant le pavé. - Oui, bien sûr. Je vous en prie.

Lui. - J'aurais besoin d'un conseil.

Moi, m'imaginant qu'on va me demander de porter une valise afghane au Mollah Omar. - Euh ? Oui...

Lui. - Voilà. Je viens de partir du Portugal, je vais rejoindre mon oncle à Paris. Puis demain je repars pour Goa, et ensuite pour le Sri Lanka, voir ma famille. J'ai plein d'heures d'attente à chaque fois.

Moi. - Pfoui. Ca, c'est du trajet.

Lui. - Mais du coup je viens de laisser à Porto ma femme et mon fils. Il est tout petit. Il a sept mois. C'est dur. Vous pensez que je peux échanger mes billets et rentrer à la maison demain ?

Ici, Lecteur, imagine que je suis tout attendri, et que je l'ai vraiment trouvé mignon, ce jeune papa.


11.03.2008

DCII. - Du cédé au concert.


Patrick Watson, au grand dam de ce que pourrait dire un de mes Nantais préférés, ne casse pas trois pattes à un canard - ou du moins un bras à un médecin.

Je suis méchant.

Disons : il vaut mieux l'avoir en cédé qu'en concert. Ce qui passe très bien dans son chez soi, les petites réverb' et autres Larsen à bout de plage, devient très vite un très grand n'importe quoi dans une salle - même quand elle est aussi confidentielle que le Trabendo. Surtout que Patrick Watson, en concert, se lâche, côté effet sonore - et que son guitariste écrase tout sous ses ahanements de guitare zéro réglé trop fort. La saturation et le wa-wa à tout bout de chant, même en expérimental c'est très vite limite.

Dommage. Je crois que je suis déçu - surtout que les chansons de Watson peuvent être au-delà de ce cafouillis sonore. L'album en donne un aperçu ; le "moment de grâce" (mis en scène ?) aussi : P. Watson qui descend dans la fosse, se juche sur une chaise au milieu du public et chante, sans micro, sans truc, sans rien qu'une guitare sèche.

M'est avis qu'il devrait faire des concerts très différents de ses albums : sobres, simples. Et la magie opèrerait.

Sinon y'avait du pédé à profusion, merci, et Watson est coupable, mais son avocat vous en convaincra mieux que moi d'ici jeudi. En même temps, à Nantes, y'a aussi The Do. Veinard.

09.03.2008

DCI. - Un dimanche comme les autres.


Lu cuisiné bu mangé regardé un feuilleton avec un café et des framboises repassé un film continué une toile bu un thé pris du chocolat écouté Signé Furax continué l'autre toile fait des comptes.

Vu un père à sa fenêtre, dandinant sur ses hanches, berçant son enfant dans la nuit. J'ai été triste.

Je crois que je vais jeter ta brosse à dents. Hé ! T'entends ! Je vais jeter ta brosse à dents ! Tu veux tout de même pas que je gueule ? J'ai dit que je vais jeter ta brosse à dents !. Bon, bon, je la jette.

DC. - Boum, le garçon.



Vous connaissez l'histoire de Boum, le garçon ?

Bah c'est l'histoire d'Olivier qui sort du bureau de vote et qui se met la capuche de son pull, parce qu'il pleut. Il vire à gauche et boum, le garçon.

C'est un très bel homme. Un brun, avec des lunettes. Il m'a rappelé Stéphane.

Maintenant, Lecteur, essayez de caser ces phrases en moins d'un dixième de seconde.

i. Oups !

ii. Oh !

iii. Je l'invite à manger ? J'ai du rôti pour trois, au moins.

iv. Je lui demande ?

v. Non, je l'inviterais uniquement parce que je me suis fait larguer y'a une semaine.

vi. Vingt dieux et Sainte Relique, qu'il est beau.

vii. "Pardon, excusez-moi".

DXCIX. - Restes de l'été.

En faisant les précédents gribouillis sur mon carnet, j'ai retrouvé ces dessins au plomb et à la pierre. Quelques jours d'un début d'août 2007, la première fois où j'ai vu la marée.

S'il y a un Lecteur que ça gêne - sait-on jamais - je peux toujours ôter...


Pornichet, 1.

Pornichet, 2.

Pornichet, 3.

Pornichet, 4.

Pornichet, 5.

Pornichet, 6.

Pornichet, début août 2007.