25.10.2009

DCCLXXVIII. - Minuit cinq.

Bon ben voilà j'ai trente ans.

24.10.2009

DCCLXXVII. - Aux croisées des chemins.

Nous avions bu un verre avec celui-ci il y a combien d'année. Alors, il finissait une thèse, et c'était aussi une fin d'été. Nous avions bu ce verre pas loin d'Odéon, dans une rue pavée. Il faisait presque frais, je crois, dans cette fin d'été. Les tables étaient de guingois sur les pavés, je brossais du revers de la main des miettes de cacahouètes sur le métal de la table. Pour dissimuler ma gêne sûrement. Je me souviens avoir noté la cicatrice de l'anneau à l'oreille, et le point de beauté, assez épais, sous l'origine de la lèvre, un peu à gauche. Il avait des paupières épaisses qui lui donnaient un air doux. son blog à l'époque m'avait touché, c'est ce qui avait été à l'origine des échanges. Il y parlait de ses débuts plein de gêne, et de leur cicatrice. Il marchait dans la rue, avec quelqu'un, pelotonnant le froid du col dans sa main.

Nous n'avons jamais bu de verre. Je lis ses très rares articles, écris d'une plume qui m'est très-précieuse. Je sais de lui qu'il joue parfois du violoncelle, et qu'il est beaucoup dilettante. Il semble avoir la beauté qu'avaient les pharaons aux hautes pommettes. Il était ce soir à la devanture d'un bar, fumant avec une amie. Il est plus petit que ce que j'imaginais : il fait ma taille.

18.10.2009

DCCLXXVI. - À un corps de la gloire.

J'apprécie beaucoup ce chanteur : ses textes sont d'une grande poésie, sa musique est plutôt d'un arrangement original ; je le trouve très beau, en plus, ce qui n'ôte rien.

À l'avoir vu sur scène encore récemment, je me demandais toujours s'il en était. Enfin, ceci est un artifice rhétorique, dans la mesure où l'expérience finassière et la recherche pavlovienne des indices du tout venant exercée à son égard n'infirmaient déjà pas l'hypothèse.

Je viens de coucher avec l'un de ses ex : j'ai ma réponse.

Cependant, je me demande ce qui est le plus lamentable : plastronner ainsi, comme ceux qui clament tout content qu'ils ont croisé la belle-soeur du cousin de telle célébrité, me vanter d'avoir encore connu des bras, ou en fin de compte parler sur la place publique de ce qui relève de l'intime d'une personne (publique ou pas).

Révélation : il ne s'agit pas de Johnny Halliday.

12.10.2009

DCCLXXV. - Rédactions d'enfance et d'adolescence : sixième.

Rédaction du 13.09.1991 - 6e2.

Sujet : Imaginez la suite du texte Cadeau d'anniversaire de Léon Tolstoï. Commencez votre rédaction à "J'en trouvais une rédigée en russe et qui me charma". Finissez votre devoir par la phrase "Enfin prêt, mon cadeau à la main, j'entrai, en compagnie de Volodia et de Karl Ivanovitch, dans le salon où nous attendaient mon père et ma grand-mère." Attention : la mise au point du  cadeau (poème... ou autre !) doit occuper l'essentiel du devoir. Ne pas tourner la difficulté par des péripéties inutiles.

Ton enthousiasme t'emporte parfois un peu loin... mais enfin, il y a aussi les bons côtés de la chose... Du reste, tu traites exactement le sujet. De bonnes idées. Attention, tout de même : souvent, on trouve des passés simples du premier groupe en "-is" !!! 16/20.

J'en trouvais une, rédigée en russe et qui me charma. Mais, malheureusement pour moi, cette poésie qui me plaisait tant, parlait du monde et non de ma chère grand-mère. Contrairement à mon désir, les Muses ne vinrent pas encore à mon secours. Voudrait-il (1) bien que je la modifie ? Oui, il le fallait, isnon monsieur mon père serait vraiment déçu de(2) moi. Mais j'eus beau me fouiller le crâne(3) - comme disait feu monsieur mon grand-père(4) - je ne trouvis(5) rien qui put(6) la modifier, malheureusement.

Cette nuit(7), alors que le monde dormait, je fis un tel bond que je touchais le plafond(8). Oui, je tenais l'idée prodige ! De la nuit, je ne us dormir, tellement j'étais heureux. J'allais tout simplement et purement changer les sujets de la poésie par "Ô ma grand-mère, Vous, Ô mieux-aimée...". Puis, je pensais à l'étonnement des miens qui croiront(9) que je l'aurais faite moi-même - sauf Karl Ivanovitch qui, peut-être, reconnaîtrait une de ses poésies - mais il se tiendrat(10) coi, je lui ferait (11)promettre le silence.

Le lendemain, j'en fis un brouillon, puis un autre, encore un autre, jusqu'à ce que je trouvis(12) la véritable, la bonne poésie. Je fis corriger par mon précepteur les fautes de grammaire. Je peux vous affirmer qu'il ne reconnaissait même pas sa poésie et qu'il était vraiment étonné de(13) moi ! Puis il me donna quelques conseils. Je courus à ma chambre, (14)sans bousculer une ou deux femmes de chambre et je me mis à réécrire la poésie sur un autre brouillon, sans faire de ratures. Enfin, je la recopiait(15) sur une belle feuille pour les lettres(16), toute blanche.

Qu'en j'eus finis, je fis un cadre qui entourait ma poésie. Et, à l'extérieur de ce cadre, je mis des oiseaux, des arbres, des fleurs, des chevaux... encore mieux les uns que les autres(17). Puis, tout en haut, à l'endroit le plus voyant(18), je dessinais(19) le visage de ma chère et vénérée grand-mère, toute souriante. Voyant qu'il restait encore de la place, je rajoutis(20) le mien, celui de Volodia, à vrai dire celui de toute la famille. Moi-même, j'hésitais à dire lequel des visages, le dessin ou le vrai, était le plus vivant. Enfin prêt, mon cadeau à la main, j'entrai, en compagnie de Volodia et de Karl Ivanovitch, dans le salon où nous attendaient monsieur(21) mon père et madame (21)ma grand-mère.


Notes de l'enseignant.
(1) Mal dit.
(2) par.
(3) Très mal dit.
(4) Non ! Le grand-père de Nicolas ne parlait sans doute pas ainsi.
(5) Trouvais.
(6) Subjonctif.
(7) -là.
(8) Excessif.
(9) Croiraient.
(10) Tiendrait.
(11) Ferais.
(12) Encore !
(13) Par.
(14) Non.
(15) Recopiais.
(16) Mal dit.
(17) Mal dit.
(18) Mal dit.
(19) Temps.
(20) Oh !!!
(21) Non. C'est trop.

11.10.2009

DCCLXXIV. - Rédactions d'enfance et d'adolescence : sixième.

Rédaction du 16.01.1991 - 6e2.

Sujet : À la manière de Samivel, racontez une courte aventure analogue à celle du petit caillou, en personnifiant (discrètement !) un petit objet : élément de la nature (fleur, feuille morte, etc.) ou objet fabriqué (pièce de monnaie, clé, bonbons, gomme, bouton, etc.)

Quelques fautes et maladresses mais dans l'ensemble, c'est très positif, avec un style soigné, une recherche intéressante des substituts et de bonnes idées pour donner de la vie au "personnage". 15/20.

Le jour suivant, le stylo se retrouvat(1) dans un endroit chaud, trop chaud, même. Pouvais-t-on(2) lui expliquer ? Hier encore, il était bien à l'aise dans son emballage plastique, puis il avait sentis(3) qu'"on" le soulevait. Et maintenant, il se retrouvait dans ce Sahara(4) ! Heureusement pour lui, il commença à s'habituer à la(5) chaleur de ce(6) sauna.  Tout à coup, il sentit qu'"on" le hissait de terre. Qu'allait-il encore lui arriver ? Et pendant un temps qui lui semblit(7) être des siècles, il fut trimbaler, cahoter(8)... C'était vraiment angoissant ! Le pauvre se cogna a(9) une gomme qui lui fit une grande éraflure au flanc, puis ce fut le tour d'un ciseau(10) qui lui coupa le doigt. Cette fois-ci, "on" le pinça à la taille, (11) l'enleva de la trousse où il était, enfin "on" lui fit avaler un produit noir, visqueux(12) et dégoûtant(13). Le stylo était vraiment désespéré et indigné. C'était donc ça la vie fantastique qu'on lui avait promise ? Eh bien ! S'il l'aurait pus(14), il aurait crier(15) de haut de son capuchon cette injustice(16) ! Puis cette fois-ci, "on" appuya son nez contre une page et le força à rejeter tout le médicament. après des éternitées(17) de cette atroce souffrance, l'écrivain(18) entendit un hurlement strident. C'était la sonnerie à qui on avait donné un direct du point(19) sur le bas du dos. Le stylo, harassé, fut rejeté dans la trousse. Puis il fut encore malmené, torturé jusqu'aux os(20). Le soir, il s'endormit d'un sommeil profond et réparateur sans avoir pus(21) répondre à ses questions(22). Et surtout qui était ce "on" ?


Notes de l'enseignant.
(1) Faute.
(2) Faute.
(3) Faute.
(4) Bien.
(5) Cette.
(6) Sans "ce".
(7) semblait.
(8) Participe passé.
(9) à.
(10) Mal dit.
(11) "on".
(12) Bonne idée.
(13) Mal dit.
(14) l'avait pu.
(15) Participe passé.
(16) Amusant.
(17) Mal dit.
(18) Amusant.
(19) Poing.
(20) Mal dit.
(21) Pu.
(22) Mal dit = "aux questions qu'il se posait".

DCCLXXIII. - Rédactions d'enfance et d'adolescence : sixième.

Rédaction du 19.12.1990 - 6e2.

Sujet : Imaginez un autre Conte du chat perché, tel que M. Aymé aurait pu l'écrire, mais plus court (2 pages à 21/2 pages maximum).

Que de dialogues... Enfin, heureusement, ils sont bien ponctués et vivants. Le reste est intéressant aussi, avec une petite réserve tout de même : tu n'expliques pas vraiment quel est le "déséquilibre", où réside le danger. 15/20.

Les parents, après avoir mis leurs habits du dimanche, répétèrent aux fillettes :

"Nous ne pouvons pas vous emmener au mariage de la tante Mélina, la couche de neige est trop épaisse, alors profitez-en pour être gentilles, une fois ! Et surtout, n'allez pas dehors, sinon..."

Les parents partis, les fillettes proposèrent de jouer au loto, à la balle fondue, etc. Quand elles virent le loup qui s'amusait bien, lui ! à se vautrer dans la neige(1). Alors, Marinette dit :

"Pourquoi ne pas jouer au Père Noël ?

- Oh oui ! Sortons vite !"

Et elles sortirent en vitesse, s'habillant(2) chaudement, s'enfonçant dans la neige jusqu'aux genoux, s'amusant comme des folles :

"Loup, tu seras l'enfant, Delphine, le Père Noël et moi, la maman.

- Pourquoi pas, répondit le "fils"."

Puis ce fut au tour du chat :

"Toi, Alphonse, tu seras l'invité.

- Mh...

- Et toi, cochon, tu seras le père...

- Quel jeu idiot !, répondit celui-ci.

- ... à moins que tu ne veux(3) pas avoir de cadeaux.

- Des cadeaux ! Où ça ? Vite, vite, sortons !"

Et elles jouèrent ainsi jusqu'au soir, sans voir l'heure passée(4).

Les petites, voyant les parents arriver, s'alarmèrent tout de suite. Mais le chat intervint :

"Delphine, Marinette, vous allez rentrer dans la maison, puis voys nettoyerez(5) le sol.

- Mais les traces dans la neige...

- Pas de mai(6) ! Et faites ce que je vous dit(7) !

- Bon..."

Les parents arrivèrent et les fillettes, tremblantes, d'un ton peiné(8), leur demandèrent :

"Comment vas(9) l'oncle Alfred ? Vous l'avez vus(10), j'espère ! Et tante Mélina ? Comment est son mari ?

- Nous vous le dirons après être aller(11) voir comment vont les bêtes.

- Mais vous êtes fatigués, aller(12) donc vous reposez(13).

- C'est vrai, nous n'y avons pas pensé."

Et ils se dirigèrent vers leur chambre.

"D'abord, enlevez vos capes et vos sabots, sinon vous allez salir la maison.

- En effet, vous avez raison."

Après avoir quitté leurs vêtements mouillés, les parents allèrent se coucher. Bientôt, on entendit leurs ronflements à travers la cloison, au grand soulagement des fillettes. Puis, elles aussi, elles montèrent se coucher dans leur chambre, épuisées par cette journée.

Le lendemain, les petites remarquèrent qu'il avait neigé. Ouf ! Plus tard, elles demandèrent au chat comment il savait qu'il allait tomber autant de neige. Ce malin leur répondit avec un sourire rusé et un clin d'oeil :

"Ca, c'est mon secret, les petites !"



Notes de l'enseignant.
(1) Mal exprimé : pas de principale.
(2) Après s'être habillées...
(3) Subjonctif.
(4) Il manque une ou deux phrases de transition.
(5) Faute.
(6) ?
(7) Faute.
(8) Mal dit.
(9) Faute.
(10) Faute.
(11) Faute.
(12) Faute.
(13) Faute.

DCCLXXII. - L'arche d'alliance.

Il est venu cette fois, sans que nous nous croisions dans la rue. Il avait un peu de temps - il m'a téléphoné, pour dire qu'il passait. Juste quelques mots, extrêmement factuels, mélange de certitude et d'attente. De connaissance, peut-être, déjà de ce que nous pourrions être, quelque part entre les codes et les attentes. J'espère. Si j'attends ou espère quelque chose, de toute manière, je ne vois pas grand'chose d'autre - si ce n'est se trouver parfois, comme cela.

Il ne connaît pas encore le code - je suis descendu lui ouvrir, il pressait la grille de son épaule, fumant pour attendre. Il avait un trench-coat beige, qu'il avait fermé sous le noeud de la ceinture. Il m'a embrassé en bas.

Il a bu de l'eau, comme les dernières fois. Il m'a parlé de lui, de son couple. Parfois sa main jouait avec son alliance, la sortant et la remettant sur son doigt.

Nous nous sommes embrassés.

Plus tard, nous sommes allés dans la chambre.

Plus tard, il a dit qu'il ne se sentait pas bien. Il tremblait. Qu'il avait besoin d'air. Il fait des crises d'angoisse - il la sentait venir.

Je lui ai donné l'un des peignoirs, il est sorti fumer sur le balcon. Son doigt tremblait sur la lèvre, tenant la clope. Au balcon de gauche, une voisine arrosait ses plantes. Il m'a laissé le prendre dans mes bras et lui baiser la nuque. Il trouvait mon peignoir chaud, il m'a remercié. Je crois que c'est à ce moment que je l'ai aimé.

Bien évidemment pendant qu'il se rhabillait j'ai fait l'idiotie de lui dire de revenir quand il voulait, pas forcément que pour le lit.

10.10.2009

DCCLXXI. - Rédactions d'enfance et d'adolescence : sixième.

Rédaction du 21.11.1990 - 6e2.
Sujet : Comme il est arrivé au petit Eyssette, on t'a annoncé un événement important pour toi, mais, à l'inversede ce que tu as lu dans Un triste départ, c'est un événement heureux, une bonne nouvelle, que l'on t'apprend. Raconte, en t'inspirant très librement du récit d'Alphonse Daudet, et sans raconter l'événement lui-même.

Ce n'est pas mal du tout. Tu suis les consignes, c'est que tu aies suivi pas à pas Alphonse Daudet, à plusieurs reprises - même quand c'était très déconseillé : "ce fut un coup" - ne peut aller que quand c'en est un, etc. Attention, aussi, aux répétitions : ce n'est pas un bon enchaînement ! 13/20.

Un soir, à souper(1), ma mère me demanda : "Veux-tu un perroquet à Noël ?" Je me levis(2) d'un bond et m'écriais(3) : "Je vais vraiment en avoir un ?"

Ce fut un coup(4) vraiment fort. La terre aurais(5) explosé que je ne m'en serai(6) pas rendu compte ! J'aurais un perroquet ! Eh bien ! J'étais vraiment heureux !

Dès lors, quand on disait perroquet, Noël, cadeaux... je ne pouvais m'empêcher de rire. Quand mes camarades me racontais(7) qu'ils allaient avoir des vélos, je ne pouvais que sourire.

Pendant un mois, tandis que l'on préparait Noël, j'aidais decis et delà(8), pensant à ce fameux perroquet. Ma mère, elle, s'agitait et s'inquiétait du menu du réveillon. Mon père préparait la table. Moi, je ne pouvais plus jouer, je lisais, couché sur mon lit, tous(9) au sujet des perroquets. Deux semaines plus tard, je pouvais dire tous les genres, les classes, les distinctions à leur sujet. J'étais fin prêt.

Je me demandais où j'allais le mettre. Vais-je le mettre(10) près de la fenêtre ?

Les jours passèrent, les uns après les autres, les semaines après les mois. Enfin ! Ce fut la veille de Noël. Nous allâmes à la messe de minuit. Après celle-ci et(11) avoir dit "bonne nuit" à tout le monde, j'allais(12) me coucher. Puis je me demandais(13) : "Comment va-t-il être ? Ca va être un corsaire... corsaire." Je m'endormis, pensant toujours à mon corsaire(15).


Notes de l'enseignant.
(1) Ne copie pas Alph. Daudet !
(2) levais
(3) écriai
(4) Ne copie pas Alph. Daudet !
(5) aurait.
(6) serais.
(7) racontaient.
(8) de ci, de là.
(9) mal dit.
(10) Répétition !
(11) après.
(12) Temps !
(13) Temps !!
(14) Ce n'est pas un substitut, si tu te répètes ! C'est justement contre cela que nous luttons !

09.10.2009

DCCLXX. - Rédactions d'enfance et d'adolescence : sixième.

Rédaction du 17.10.1990 - 6e2.
Très bon devoir, soigné et vivant. Plusieurs idées intéressantes. 17/20.


Nous sommes déjà hors de la voiture. Après avoir admiré le site, nous choisissons un coin d'ombre. Pendant que Papa sort les affaires de la voiture, Pierre et moi aidons Maman à déplier le grand drap promu au grade de nappe(1). Ensuite, nous y posons sandwiches, gâteaux, boissons...

Et enfin c'est le repas. Nous nous régalons de sandwiches(2) cornichons-fromage, pendant que mon frère se jette sur les gâteaux. Pour le dessert, Maman nous donne l'occasion d'avoir une agréable surprise : elle avait emporté des glaces ! Nous nous régalons incroyablement dans ce pique-nique !

Après, Papa et Maman se reposent et se promènent. Aloors, nous nous amusons tellement que nous nous tenons les côtes de rire. Nous jouons aux indiens, puis nous dans les arbres en vue d'y installer une cabane. Puis(3) nous faisons des barrages, écluses, moulins...

Ce fut un "Allez on rentre", accueillit(4) par un "déjà ?" qui nous arrache de ces jeux(5).

Ensuite, nous rangeons les affaires et nettoyons tout. Puis nous chargeons tristement les bagages. Nous partons de ce lieu féérique en essuyant une larme. Pour finir, nous pensons à cette merveilleuse journée passée dans la nature. Enfin, nous voici arrivés à la maison.

Le soir arrivé, en me couchant, je passe en revue toute cette journée que je n'oublierai jamais. Puis je m'endors, dans une nuit qui mène à l'école, emporté par un grand oiseau blanc vers les forêts du Mont Pilat(6).


Notes de l'enseignant
(1) Bien.
(2) Répétition.
(3) Répétition.
(4) Accueilli.
(5) Bien.
(6) Très bien.

07.10.2009

DCCLXIX. - Rédactions d'enfance et d'adolescence : sixième.

Rédaction du 21.09.1990 - 6e2.
Quelques maladresses, mais enfin, le sujet est traité avec vie. 12/20.


Le moment qui m'a le plus émus(1) fut quand je sus que je saurais(2) en 6e2 avec tous ceux que j'avais connus en primaire(3). Je trouvais le Collège sympathique alors que la veille au soir je m'étais inquiété. Au début, quand Mr(4) Henry m'a(5) donné l'emploi du temps, je le croyais trop dur et chargé alors que maintenant je le trouve très bien . Le moment qui m'a donc le plus émut(6) fut quand Mr(7) Héritier, le proviseur, et Mr(8) Baron, l'adjoint, firent à quand(9) on nous a donné l'emploi du temps.


Notes de l'enseignant.
(1) ému
(2) serais
(3) mal dit
(4) M.
(5) nous a
(6) ému
(7) M.
(8) M.
(9) très mal dit

 

05.10.2009

DCCLXVIII. - La fidélité extraconjugale et autres petites choses notées dans ma tête.

La foule souvent me fait peur, ou plutôt : me rend mal à l’aise. Trop de monde dont je ne fais pas partie, surtout lorsqu’il s’agit d’événements. Je me sens comme dépossédé du lieu, devenu conglomérat d’hommes qui se poussent et se repoussent, dans les longues allées de foule marchante. Fatigue – et je pars, regrettant bien sûr de ne pas oser en profiter, me maudissant même de n’en pas profiter plus. Me disant bien profondément que je suis en train de louper quelque chose. Mais voici : c’est plus fort que moi. Peut-être est-ce que ma voix ne porte pas, et qu’elle ne passe pas dans la foule. J’ai l’impression de me jouer, de me hurler, lorsqu’il faut parler à plus de trois.


Dans la foule souvent je me protège. Je n’ai pas l’élégance de la cigarette. J’ai le refuge du livre, que je brandis sous mes yeux de myope, le dos droit dans les files d’attente. Je crois que j’aime cet isolement de la lecture, éminemment solitaire, signal de mon isolement (voulu/supporté) dans les allées des cinémas et les queues des concerts. Samedi, j’allais à l’un d’entre eux – le premier depuis longtemps – vers Pigalle et Anvers. La foule se longeait au mur, pleine d’hommes de mon âge, habillés peut-être comme moi. Eux s’emmitouflaient déjà dans les chèches de l’hiver, pincés du doigt sous le menton pour les faire bouffer frileusement autour du plaisir du regard en coin. J’avais mis une de ces vestes qui me font croire que je descends de cheval. Entre eux, il y avait des filles, qui les accompagnaient parce que les chanteurs québécois c’est toujours mignon. J’ai longtemps regardé l’un d’entre eux plus tard, assis sur la banquette en bois de la salle ; il m’a peut-être un peu aperçu. Je crois.


Plus tôt, certains d’entre eux marchaient devant moi sur le boulevard. Ils étaient grands, tour à tour chacun me rappelait d’une certaine façon E***. Ma mémoire s’effile aux coutures des vestes ces temps-ci, et s’accroche aux moindres choses, tant elle me pèse. Celui de droite avait sa main qui ne poussait pas, mais suivait à plat le dos de son amant, à quelques centimètres écartée de la colonne vertébrale. Comme une ombre aimante aux passages des rues. Je l’ai beaucoup aimé pour cela. Cette protection douce et attentive, qui n’effleure pas mais se sent cependant, dans les humbles aléas de la chaleur et du soir.


Je pensais tout à l’heure, rentrant sous la nuit, qu’il y avait un garde-manger, de ces vieux garde-mangers aux verres polis, un peu biseautés et piteux, des années trente, avec une ou deux incrustations dans la glace qui imitent des plantes légèrement raidies par la stylisation. Dans celui-ci, il y avait quelques pots de confiture pour moi, l’un plein d’air et un peu amer, l’autre rond et trop vite avalé. J’ai fini le garde-manger, et régulièrement je rouvre les portes pour vérifier s’il n’y a pas d’autres plats pour moi. Mais il reste vide, rempli d’un air un peu pourri de bois. Sur l’une des planches, il y a les marques noircies des deux pots. Je regrette leur goût, et j’en ai régulièrement la nostalgie.


Je crois que j’en suis à une époque de regrets. Je repense, je relis. J’ai eu envie de relire Montaigne, puis je me suis dit que je n’y comprendrais guère plus que la dernière fois. Que tout ce que j’en tirerais, ce serait de me mettre à imiter son style de nouveau. Alors, je ne l’ai pas fait. J’ai souvent sommeil, comme pour m’éteindre et espérer qu’il y aura un dos contre mon ventre. Je crois que je ne pense à ça quand je ne fais pas de cauchemars.


Celui-ci était doux et beau, des garçons qu’ensuite je prends toujours contre moi l’espace d’un instant, espérant qu’ils voudront se laisser somnoler contre mon ventre. Il s’était laisser faire, surveillant pourtant l’heure, sa peau sentait la cigarette et la sueur. De ces parfums de tabac que j’aime, qui sont ronds et donnent envie de rester au lit pour le sentir dans ses cheveux. Légèrement chocolaté. Il devait se laver avec de l’argan, je pense. J’aimerais le revoir. Cela me surprendrait. J’ai désiré que l’alliance qu’il avait au doigt soit la nôtre.


Hier sur les remparts de Provins un enfant m’a pris un instant pour son père ; je l’ai laissé faire.

26.09.2009

DCCLXVII. - Merde.

Objectivement, clairement, j’ai trop bu. Ceci est à dire avec la satisfaction un peu déclamatoire du type qui pense avoir outrepassé les franges de la civilisation, et s’être enfoncé dans un au-delà qui mélange la perversion et un aspect supérieur. Non, j’ai simplement trop bu. Pour tout dire, malgré la douche froide et la demi-heure je pense à somnoler tête contre la porte du palier, la main tâtonnant vaguement juste pour faire bien pendant que le front au bois je mourrais d’envie de me coucher sur la moquette. Avec cette délicieuse frayeur que la voisine demain me surprenne, alors qu’elle bosse chez le client qui m’occupe tout le temps ces dernières semaines.

 

J’ai envie de tanguer, de poser ma tête sur les bras où que je sois. J’ai préféré pisser, là où la concierge quasi tous les matins pose son seau. Franchement je ne pouvais aller plus loin. Je me suis contenté de jeter la mallette contre une margelle de trottoir, de baisser la glissière, et de traîner les quelques millièmes de secondes pour sortir de la fermeture éclair ce qui m’a servi à jouer au clochard céleste. Et n’a pas d’autre utilité. J’avais écris « pisser superbement », mais à y bien penser il n’y a rien de superbe à ce qu’un ivrogne dans l’affolement sorte sa bitte pour pisser contre le premier mur où il se dit qu’il ne risque qu’à moitié de se payer la honte.

 

Dans le dernier bar j’étais le seul crétin en costume-cravate. La mallette de ma servitude pesant lourdement contre un mollet, gênant mes passages. Jusquà ce serveur qui sert de racolage au Raid, tous muscles dehors sur son boxer de petite bitte hyper protéinée, qui cogne et bourre pour montrer qu’il passe entre les tapettes, éventuellement récupère des verres. Le meilleur moment dans ce bar est lorsqu’on en sort, frottant au granit du trottoir ses semelles pleines de verre brisée, se régalant d’être soûl. D’avoir été soûl entre ces regards inquiets.

 

Pourtant Dieu sait que j’eusse aimé en baiser certains. Non. Bordel j’en aurais bien baisé certains. Pas tant que ça en fait. Horreur de la promiscuité.

 

Celui qui m’a prodigieusement peloté les épaules en passant, genre excuse-moi je passe mais j’aimerais bien que tu te retournes n’a pas daigné me montrer à quoi il ressemblait. Tant pis. J’ai déjà envoyé chier Steve aujourd’hui, il ne faut pas me demander d’être courageux deux fois. Steve je l’avais fréquenté cet hiver, enfin, l’hiver passé. Il avait brusquement disparu, comme tous, sans rien sans nouvelle. Il a tenté dix mois après de m’envoyer ces méls supérieurs de l’être persuadé qu’on garde son adresse dans son téléphone, et que dans tous les cas on reconnaîtra son style sans qu’il signe. Sauf qu’il est hors de question qu’on reconnaisse son style sans qu’il admette de signer. Qu’il y reste avec ses méls lamentables me traitant de type endurant et cochon, comme si j’avais envie de recevoir ça. Crétin. Fat.

 

Je me souviens de détails. Je me souviens de ces deux adolescents tout juste pubères (cliché), s’embrassant à côté de leurs copines de collège, clairement hétéro, mais qui jouent aux gouines. Ca embuera leurs yeux lorsqu’elles torcheront leurs chiards. Eux parfois se caressent le bras. Je les trouve laids, mais ce geste de se caresser l’angle du coude me fait crever d’envie.

 

Je me souviens aussi de ce type dans le métro, qui pour montrer du doigt un détail du plan accroché au chambranle de la voiture fout limite son bras dans la gueule de son voisin, tout aussi bourré que moi à le voir agir. Enfin, je ne sais pas. Clairement, je me suis endormi. Je me demande même comment j’ai pu ne pas me casser la gueule dans la rue.

 

Ma vie est une belle merde sans aucun approfondissement. Si au moins j’étais parvenu à me faire une belle foire. Même pas. Toujours cet état d’indécision, d’insatisfaction, qui me mène au malheur gris.

20.09.2009

DCCLXVI. - Juvénal.

J'allais au ciné, tout pelucheux encore des séances d'immersion à la Mosquée. Pour aller au cinéma voir Humpday à une heure où on sort de la Mosquée, il faut aller aux Halles, et longer l'escalier devant le commissariat. Une sorte d'officine de la maison Poulaga, où l'on se serre au sortir du RER, en mâchant le ramebeurgueur prêt-à-porter.

Derrière une voiture on voyait la tête d'un mioche de 14-16 ans, un brin affolé, un brin inquiet, aux regards doux et aux longs cils de biche qui pointe le museau à l'orée du bois, se demandant si sous les odeurs de truffe noire du Périgord ne remonte pas les relents anisés d'un chasseur boum-boum, pétaudière en avant et chiens au cul qui frétillent en songeant au carnage à venir, curée à chaud et couilles dressées vers les cieux pendant que la bête vagissante est éventrée vive et pleure ses dernières larmes sur l'humus palpitant de sang, ou le fumet avorté d'une usine quelconque dévideuse d'atmosphère où elle tricote (l'usine) les mols filins de la mort et du cancer en filets lancinant qui écharpent les essaims d'abeilles, tombant en mouches putrescentes sur les horizons de la campagne.

En fait à ce moment je ne faisais pas du Desproges et je me contentais de regarder ce beau p'tit ado qui d'ici quelques années fera des ravages dans les culottes des filles. Une chose pas trop sortie de l'enfance encore, on sent que Maman l'aime bien et qu'elle meurt d'inquiétude à chaque fois qu'il sort.

Le prenant par les menottes, la fliquette lui glissa une tonfa sous les aisselles et le poussa dans le fourgon. Vroum.

Des menottes à un gamin. Qui custodiet ipsos custodes ?

DCCLXV. - Au bord du gouffre c'est là qu'on sent le mieux le sol.

Affligeant de se dire qu'à l'orée de la trentaine on n'a plus grand'chose à raconter, et qu'aux questions "quoi de neuf" on répond systématiquement par rien. On se lève plus tôt le matin, on se couche plus tôt le soir, et l'on cuisine moins puisqu'on cuisine pour soi. À se demander de quelle orée on approche, si c'est pour retourner dans le bois.

13.09.2009

DCCLXIV. - Laver les draps.

C'était un amant vieux d'un an, que les dernières photos sur les sites où l'on s'expose en espérant un peu trop et en n'attendant pas grand'chose avait rappelé à mon bon souvenir. Il n'avait pas beaucoup changé ; il a voulu que je le peigne entièrement en bleu, aussi.

Je l'ai baisé hurlant sur les draps qui s'assombrissaient de bleu.

Mh.

Faudra que j'invente des histoires plus crédibles.

12.09.2009

DCCLXIII. - Petit con.

Je mentirais si je disais que je n'ai pas eu un petit moment de satisfaction quand j'ai vu la banquière commencer à s'inquiéter parce que je lui parlais de chargement, d'Euribor un an, de forward, de structuré et de participation aux bénéfices. Et quand elle s'est levée brusquement pour aller chercher le directeur de l'agence.

Ayé, je suis un V.I.P. chez mon banquier. Objectif atteint.

06.09.2009

DCCLXII. - Liste de lectures de la semaine.

Cette semaine, je me suis mis aux textes brefs.

i. Les Dollars des sables, de Jean-Noël Pancrazi. Ecriture précieuse sur le thème de l'occidental qui s'essaie aux amours impossibles et nécessairement tarifés auprès de prestataires occasionnels et pères de famille, nécessairement dans les pays pauvres. Ici, la République Dominicaine. Sorti d'une page ou deux où le narrateur imagine l'un de ses chéris mourant dans la barcasse supposée l'amener en fraude dans un pays de Cocagne, j'ai trouvé tout cela bien long et bien besogneux. Peut-être ces amours-ci sont-ils d'une sensibilité qui n'est plus la mienne, et parle plus à des quinquagénaires, qui se souviennent encore des années de sanisette et de frôlements obscurs. Mais bon. Pour avoir lu des nouvelles similaires (de Elroy ?) il y a un an, avec des histoires d'amour en Crète, je trouve que cela fait resucée, sans grand intérêt quant au style...

ii. Silbermann, de Jacques de Lacretelle. Je sais bien que des gens plus cultivés que moi ont lu Silbermann tout petiots. Ben moi non. J'ai un grand manque à la culture, j'essaie de le rattraper tant que faire se peut. Qu'en dire ? Franchement, bon livre, on accroche. Style qui sent la communale peut-être ou plutôt forme de style si propre aux années 20-40 de ces écrivains qui savent écrire et décrire les errances de la pensée et les indécisions sociales. Mais pour un roman de 1922, l'analyse des mouvements antisémites français, de ces mouvances des Ligues, de la bonne pensée si française face à l'ennemi intérieur est vraiment très très bien vu. Et les quelques pages d'adoration à la lecture, aux bibliothèques et aux auteurs valent l'arrêt.

iii. Le Livre de sable, de Jorge Luis Borges. Je n'avais jamais lu de Borges, c'est le premier, donc ; un autre attend sagement dans un coin. Mon avis pour l'instant reste dubitatif. Peut-être n'avais-je pas entièrement la tête à ce livre quand je m'y attardais. Sorti d'une nouvelle qui faisait très à la manière de Lovecraft, je n'ai trop su qu'en penser. On sent comme une lourdeur, une certaine ambiance, comme si on lisait du Gabriel Garcia Marquez à travers trois vitres fumées. Elle nous échappe malgré tout, certainement à cause des reflets. Certaines histoires m'ont laissé avec une question en tête : "Bon, et alors ?". Comme si quelque chose m'avait écvhappé, de loin. J'attends le prochain Borges, pour m'arrêter.

iv. Firmin, de Sam Savage. Malgré la réclame faite autour dans tout le métro, on sort du livre avec l'impression que c'est moins Firmin, ce rat qui sait lire et vivote dans les plafonds d'un libraire d'une banlieue en pleine rénovation architecturale, que l'auteur, qui a une écriture trouducultoire, pleine de poncifs, de lourdeurs et de fatuité. Ca se veut comme une ode à la lecture, un hymne d'amour aux grignotages de pages, et en fin de compte l'incipit foire lamentablement. Ca pourrait être un exercice de style, en fin de compte ça traîne. Le seul moment qui importe et emporte est celui où Firmin quitte la bibliothèque pour le bouge d'une sorte de clochard céleste, où l'on parle moins de livres que de pinard et de poussière. C'est révélateur pour l'ensemble du livre.

DCCLXI. - Deux portraits réalistes.

Portrait binaire bleu.

Portrait binaire bleu.

 

Portrait toilettes.

Portrait toilettes.

05.09.2009

DCCLX. - Ce soir qu'on ne me dérange pas.

Ce soir j'ai la gorge qui se vide à coup de toux. Mes sinus sont morts, ils nagent peut-être encore dans la mousse restant au fond de la baignoire que j'ai inondée d'une longue douche, fenêtre ouverte. De l'air, de l'air. Je préfère me geler mais sentir du vent, de la brise, un peu encore de rideaux qui se lèvent dans cet automne qui entame une charge sur les derniers carrés avec les roulements de tambour de la pluie. Oooh, du vent. A peine, juste sentir le vent qui soulève quelque chose, dans l'immobilité des navigations nocturnes.

Ce soir qu'on ne me dérange pas. Je meurs devant la télé, contre une bouteille de pinot. Je meurs, je m'inonde d'aspirine, et regarde des histoires de meurtre à l'écran. Je veux être seul et dormir anonyme devant l'écran, l'alcool monte. Qu'on ne me dérange pas, j'ai juste besoin de la nuit qui continue de s'épaissir dehors, de deviner les étoiles aux fenêtres qui meurent, silhouettées des fumeurs en sursis avant qu'ils se couchent.

De toute manière, personne ne me dérangera.

30.08.2009

DCCLIX. - Bibliothèque.

"Vous zavez pas à utiliser l'ascenseur, il faut que je m'en serve, ça ferme à 12h."

Vieille peau.

La soeur de l'Auteur déménageant en grande banlieue parisienne, des cartons de livre profitaient de l'occasion pour être rapatriés des terres quasi ancestrales jusque dans le Grand Nord et mon mur de bibliothèques. Pas grand'chose, je dirais la dernière centaine de livres qui restaient là-bas. Cinq-six cartons, quoi, qu'on met rapidement dans l'ascenseur pour grimper les étages, et qu'on répartit rapidement sur le palier pour laisser l'ascenseur vivre sa vie de chutard. L'opération prend même pas trois minutes : une pour charger, une pour monter, une pour décharger.

Une tête de bique à bibi pointe par la porte de l'escalier de service. "C'est vous qui bloquez l'ascenseur ?" Elle a dû faire tous les paliers pour savoir qui dénoncer dans sa lettre au commissariat, regrettant cette époque un tantinet bénie où les relations franco-allemandes étaient au beau fixe avant que les rostbifs viennent interrompre de longues veillées de dénonciation anonyme. Des gens éduqués, que l'on était alors, avec une jeunesse à culottes courtes qui savait se tenir. Pas comme ces zippies qu'on trouve partout.

"Bonjour Madame. Oui, juste un instant : ce sont des cartons de livre. On a fini.

- Vous zavez pas à utiliser l'ascenseur, il faut que je m'en serve, ça ferme à 12h."

Vieille peau. À Paris, les commerces ferment à 13-14h.

Tant pis, j'ai passé l'après-midi à ranger, classer, retrier, pousser les murs, bouleverser les sections. Celle d'histoire prend bien quatre étagères maintenant que les Cursus ont retrouvé l'in-octavo du Mémorial. Je garde tout pour l'instant, mais je me dis que certains livres un de ces jours seront posés dans un carton sur un mur pour celui qui les voudra, tant j'y tiens peu. D'autres, je préférerai couper deux bras à mes Lecteurs plutôt que m'en séparer.

Bref, côté statistiques, je suis désormais l'heureux possesseur de 1 100 ouvrages, le plus ancien datant de 1738 (Télémaque, de Fénelon, édition hollandaise), le plus récent de 2009 (Le Mastaba, de Didier Garguilo et Eric Adam). Cela correspond à 455 auteurs (ou collectifs...). De façon assez surprenante, le plus représenté est Dino Buzzati (45 occurrences), talonné par William Shakespeare (42) et l'inénarrable "ZZZ" des anonymes (33). Balzac, à mon grand désespoir, arrive quatrième, certainement du fait que j'ai acheté adolescent plusieurs de ses tomes (29), cependant Poe et Jules Verne le suivent de peu (23) ce qui me rassure. 305 auteurs n'ont qu'un seul ouvrage dans ma bibliothèque, si on met de côté le gouffre des anonymes, officiel ce qui permet d'éviter de savoir si Homère est un anonyme ou pas et quels sont les auteurs de la Bible.

Les romans sont les plus présents (611 titres), suivis des pièces de théâtre (122) et des livres d'histoire (95). Viennent ensuite les essais (70), sorte de vaste fourre-tout dans lequel je classifie certains ouvrages dont je ne sais trop ce qu'ils sont, et les BDs (55), dont je sais ce que c'est, en revanche. La famille pauvre est le droit, qui ne comprend jamais qu'un ouvrage, ce qui est dû aussi au fait que les Constitutions dont je dispose ont atterri en section histoire pour des raisons de choix qui me sont propres.

Etonnant, non ?