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  • DCCCLXXVIII. - Pourquoi le ciné français est con.

    Le cinéma français est toujours reconnaissable, surtout quand on compare aux de crac-boum-splash américain. À ce qu'il paraît, ce n'est pas qu'une histoire de scénarios : le ciné indé ricain nous sort bien souvent des petites perles qui se passent dans des familles que Louis la Brocante pourrait fréquenter. Et pourtant, ça marche souvent mieux.

    Ce serait lié paraît-il à une affaire de standard : le nombre d'images par secondes aux States serait différent. Lorsque l'on projette en France il faudrait adapter techniquement les films pour passer au standard du 24 images par secondes, ce qui renforcerait la sensation de dynamisme. De là à imaginer que Superman à New York s'envolerait avec la lourdeur d'une dinde nourrie pour Thanksgiving pendant qu'à Paris il s'enfuit aussi vite que les promesses électorales, je ne sais.

    Mais y'a pas que ça. Les films indé américains se passent dans des familles tout-le-monde qui vivent dans des apparts tout-le-monde. Les Hoover de Little Miss Sunshine vivotent dans des murs de plastique genre mobile-home et leur van cale tout les kilomètres. Les Jardine de Brooklyn village discutent dans cinq mètres carrés de jardin entre les poubelles, un vieil escalier et trois planches de bois oubliées là depuis longtemps. Ben dans Captain Fantastic accote sa barbe de cent jours à un bar un brin minable mais pas si crasseux. Juno grelotte sur les marches de son perron, et vomit dans la jarre hideuse que sa mère a acheté au Cora local. La famille de Walker dans The Company Men se regroupe les dimanche dans une petite cuisine où on se serre entre murs et chaises. Et ainsi de suite.

    Pendant ce temps, nos drames français circulent dans des appartements outranciers. À croire que les cinémeux français compensent la faiblesse de leurs revenus par les fantasmes qu'ils projettent à l'écran, où tout n'est qu'haussmannien, parquets qui craquent et canapés designés. Ça marche vaguement quand on est avec Chabrol dans la bourgeoisie qui va mal. Ça survit déjà moins quand Christophe Honoré essaie de nous donner de l'appart dans le XIe arrondissement et que son Ismaël, petit employé marketing des Chansons d'amour (salaire : grand max 35 K€ / an) a quelque chose qui doit faire dans les 50 m² (environ 1200 € / mois, soit plus de 40% de son salaire).

    Le pompon a été atteint la semaine passée quand la télé a diffusé Libre et assoupi. En plus d'être nul, le film est aberrant. Je vous le fais en bref : elle est une jeune éditrice de moins de trente ans (salaire selon l'ONISEP : 1 900 €, j'arrondis à 2 500 € / mois pour compter large). Elle héberge Sébastien, un glandu à baffer qui fait tout pour ne gagner que le RSA (comptez 535 € / mois), et Bruno, qui vivote de petits jobs et se promène en slip en gagnant à tout casser le SMIC (grand max 1 480 € / mois). Bref, le trio gagne au plus 54 K€ / an, soit 4 500 € / mois.

    Où vivent-ils ? Dans de l'haussmannien loué par l'éditrice, Anna, non loin du BHV donc en plein centre de Paris. Ils ont au moins trois chambres, un grand salon, une cuisine, un grand couloir où ils font du patin. Bref : entre 80 et 100 m². Ce qui coûte au moins 3 300 € / mois hors charge, soit 75% de leurs revenus. Délirant.

    Autre solution : Anna est une héritière, et elle profite de l'appart de grand-papi à tarif réduit ou gratuitement. Ce qui pourrait aussi être le cas d'Ismaël et de quasi tous les personnages joués par Isabelle Huppert.

    En synthèse : soit le ciné français ne sait pas faire le moindre calcul pour vérifier la cohérence des univers qu'il essaie de créer, soit il imagine que le monde n'est fait que d'héritiers qui profitent du patrimoine forcément accumulé par les parents et grands-parents.

    Tous ceux dont les grands-parents étaient gendarmes, coiffeurs ou porions ne peuvent qu'applaudir et continuer de mesurer leurs mètres carrés.