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DCCCLXXVII. - En pleuvant, en grenouillant.

J'ai horreur de la pluie faux-cul parisienne.

La pluie parisienne est une pluie grenouille de bénitier. Une pluie bourgeoise. La pluie qui tombe, mais qui tombe pas vraiment. La pluie qui fait des gouttes, mais bien espacées parce qu'elle ne veut pas gêner - attention, il y a des enfants qui dorment pas loin, hors de question de déranger le voisinage.

C'est une pluie plein de retenue bien-pensante. Elle tombe parce qu'elle doit tomber, et qu'il est naturel qu'elle tombe. Elle comprendrait même pas, cette pluie, que vous puissiez être gênés qu'elle tombe. Elle oscille par grosses gouttes chaudasses comme des crachats de vieille fille dans l'air et vous écrase un coin de chevelure. C'est qu'elle ne voulait pas trop mouiller, vous comprenez, et si elle s'était mis à tomber à grosse plâtrée comme tombant d'un seau d'ouvrière lavant son carrelage à grande eau, ce serait si inconvenant.

Alors cette pluie elle se retient. Elle ne vous inonde pas. Non. Elle s'insinue dans l'air, tiède comme aux alentours des autels inondés de cierges, et paf elle vous tombe sur l'épaule. Sauf que la goutte est grosse comme une merde de pigeon, et vous éclabousse tout le paletot. C'est qu'elle fait de son mieux. Ne vous plaignez pas, c'est bien inconvenant.

La pluie parisienne glisse devant vous genre "excusez-moi d'exister", elle se fait discrète en souris d'église. De la fenêtre, thé à la main, vous ne la voyez pas. Vous ne la devinez même pas. Vous apercevez au mieux le sol humide, mais le sol est toujours humide à Paris. Donc vous ne prenez pas de parapluie. Et vu que les gouttes sont toujours espacées, il faut quelques mètres à  louvoyer dans la tiédeur pour que vous commenciez à vous en recevoir sur la gueule. Une grosse dans les cheveux qui coule lentement entre les racines jusqu'au cou pour entrer dans la chemise où elle se love confortablement. C'est qu'elle aime la chaleur. Une autre sur le devant de la veste. Puis une autre pas très loin, entre veste et chemise. Puis une autre sur la manche, à côté de l'épaule. Puis une autre. On entend la toile qui claque à chaque goutte, mais non, il ne pleut pas ! Il goutte. Il goutte parisiennement, à grosses gouttes qui vous humectent, vous trempent, vous assomment, vous délitent et vous font suer dans la chaleur, mais c'est promis il ne pleut pas, on sait se tenir.

Et pas de parapluie, hein, car le parapluie c'est quand il pleut. Mais là ? Et puis le parapluie ça gêne. Et puis le parapluie là il ferait minable, genre pas fier-à-bras, si vous l'exhibiez juste pour ces quelques gouttes qui résonneraient sur la toile tendue comme des volants de badminton.

Alors vous marchez sous les nuages bas, épais comme des troupeaux de pigeons, et vous supportez les étrons du ciel.

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