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DCCCLXXIV. - Copié-collé.

Une fois que l’on aura dit qu’il y a un avant et un après, que plus jamais ça, que le monde a basculé dans l’horreur, que telle personnalité est allée sur place pour se rendre compte des événements et annoncer son indignation, sa solidarité aux victimes et leurs proches, et déclarer la guerre à cela tout en s’insurgeant sur le fait que la Loi doit être renforcée une fois encore et en redoutant d’autres attaques et que tout sera sujet de terreurs quelques heures que l’on suivra en boucle sur les chaînes d’information.

Une fois que l’on aura annoncé que les secours sont sur place, que l’on aura fait le décompte des victimes, jamais complet, que l’on aura en courant de journée lancé des émissions reprenant heure par heure l’histoire minute après minute des événements du jour d’aujourd’hui, que l’on aura interrogé les survivants, puis ceux qui étaient là juste avant ou juste après ou auraient pu y être, bref qui ont échappé de justesse à la mort, puis que l’on aura indiqué de manière catégorique ce qu’il faudra retenir de cette journée, que l’on aura dit que l’on a été frappé au cœur et que maintenant le pire étant dépassé tout reste à venir.

Une fois que l’on aura découvert que les suspects, aux visages pixellisés sur des caméras de surveillance, portaient les instruments de mort sur eux plutôt que des slips et des chaussettes, que l’on aura découvert sur le corps de l’un des suspects des éléments terriblement révélateurs : slip, lunette, livre, que l’on aura indiqué qui revendique la chose, que l’on aura fouillé les appartements et découvert que pire aurait pu avoir, que l’on aura frémi en interrogeant les voisins qui ne soupçonnaient rien, que l’on aura montré que le quartier est néanmoins un foyer de tout cela sous les aspects benoîts du quotidien, et qu’une robe frôlée par l’œil d’une caméra dans la rue aura fait frémir au fond des chaumières le frisson de l’étranger.

Une fois que l’on aura annoncé le renforcement des forces policières et armés, sur place d’abord, puis dans les gares et aéroports pour montrer enfin des photos de pandores faisant le planton devant un magasin ou de vigiles faisant ouvrir des sacs d’un œil fatigué, que l’on aura diffusé des photos de gamins de dix-huit ans au crâne rasé marchant la main sur le Famas dans les rues, l’œil aux aguets, que les Chambres auront voté, renforcé, augmenté maintes lois déjà votées, renforcées, augmentées, puis que l’on aura réinventé un chiffon législatif bien inutile après avoir chanté l’hymne national debout dans l’hémicycle devant les caméras, et que l’on aura sollicité le quidam s’il était d’accord pour que l’on restaure la peine de mort pour ce genre de fait, et que d’autres auront déclaré qu’il s’agit soit d’une guerre de civilisation, soit de la défense et de la survie de notre civilisation, que d’autres se seront indignés en soulignant que ces discours sont contre tout ce que notre civilisation, justement, voudrait.

Une fois que l’on aura cédé à la stupeur, que l’on aura allumé des bougies et mis des papiers que l’on aura photographié, qu’un troubadour sera venu avec sa guitare ou son piano chanter sur les lieux et que la Toile s’en sera enflammée, que les dessinateurs auront dessiné, les réseaux sociaux inventé une signalétique pour montrer sa commisération dans le pathétique et se soulager de cela, que l’on aura défilé dans des marches blanches, que l’on se sera indiqué comme solidaire, que l’on aura mis des drapeaux en berne, des chandelles aux fenêtres, des chansons dans les foules, des couleurs nationales en lumière sur les bâtiments, que les psychologues auront indiqué comment en parler aux enfants, aux vieillards, aux femmes enceintes, qu’on se sera dit plus jamais ça et qu’il faut vraiment changer, que c’est l’occasion d’un renouveau et qu’il est grand temps d’ouvrir le débat.

Bref, une fois qu’on aura copié-collé les réactions classiques du dernier événement sur le nouveau pour se soulager et ne rien faire, que fera-t-on ? On continuera, jusqu’au prochain copié-collé.

Commentaires

  • "se soulager et ne rien faire... " : pas certain...
    Mais ce qui est sûr, c'est qu'on recommencera, au prochain copié-collé... L'Homme est ainsi fait, et sous beaucoup d'aspects, c'est bien ainsi...

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