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DCCCLXVII. - Au passage.

Force m'est de constater que bien du temps est passé.

Je ne vais pas soliloquer, c'est comme ça. Il y a quelques temps j'aurais fait du Tempus fugit et minaudé que je n'allais pas commenter mon Virgile, fausse modestie pas inutile lorsque l'on veut montrer que l'on est savant.

Mais tout simplement, j'ai une vie occupée. Occupée de plein de choses futiles, et de plein d'importantes. Occupée par un copain, un chat, une profession. Rien que ça vous occupe n'importe qui. D'aucuns diraient que j'ai la chance de n'avoir pas d'enfant. Ce qui est une façon de voir - quand mon seul héritage sera ce que j'aurais construit, et que personne ne le saura ou n'en profitera.

C'est une chose troublante de ma condition que de savoir, d'une certaine façon permanente, que rien ne me survivra. Impression renforcée par le fait que j'en suis à l'âge où tout autour de moi enfante. Certains se réfugieraient dans un mépris profond, disant que tout cela n'est que couche, merde et petits pots de purée de légumes. Moi je fonds tout bêtement et gazouille devant les bambins. Qui me l'ont toujours bien rendu, je ne sais pas trop pourquoi.

On me dit que ce n'est pas impossible - à la maison on me le dit aussi. Que ça ne tient qu'à nous, que ce n'est qu'une question de volonté. Que moi qui passe ma vie à considérer, au boulot du moins, que tout n'est que triomphe de la volonté - que nous n'osons pas parce que les choses ne sont pas difficiles, mais que c'est parce que nous n'osons pas qu'elles nous paraissent difficiles, etc. - intellectuellement l'obstacle me fait peur.

Non parce qu'il s'agirait d'une perte de liberté quelconque. Malgré toutes mes fanfaronnades, ma liberté est déjà bien réduite. Par le temps, par ma vie, par ma pusillanimité, par mes envies aussi. Peut-être à la fois par une terreur de ce à quoi l'on s'engage ainsi et par une crainte de quitter mon confort.

Allons donc, c'est que je suis très occupé. J'ai un copain, un chat, une profession. La semaine est occupée par le travail, qui fait régulièrement ses douze heures à la Zola. Le weekend est occupé par les affaires pratiques, les musées, les expositions, la peinture, les balades, la cuisine. Les soirs sont occupés par lui, par le temps qu'on essaie de passer ensemble - qu'on ne passe pas assez ensemble alors qu'il est si important dans ma vie. Il dessine - vous l'ai-je dit ? Il dessine de mieux en mieux. Son trait s'est affermi, ses dessins sont de plus en plus structurés et il a pris une maturité impressionnante à dessiner en continu depuis tant de mois. Très honnêtement, j'espère vraiment qu'il réussira là-dedans.

Ce n'est après tout qu'une question de volonté. Hein.

Commentaires

  • Je crois, j'ose croire que le Virgile cité n'est pas le littéraire fameux mais celui qui vous lit quand il pense à vous lire. Toujours un plaisir, même si, et cela surprendra peut-être (ou pas), je n'ai jamais lu vos exercices de style. Vous écrivez trop bien pour que je n'ai pas cette fâcheuse tendance à "être tout ce que je lis" (je cite ici un anonyme qui un soir a dit cette merveilleuse phrase), m'enfin bref. Vous n'avez pas d'enfant mais vous avez une famille, elle est la vôtre, elle est jeune et belle, poilue là où il vous faut. Je ne soliloquerais pas non plus. Seulement, je crois voir poindre un apaisement sobre et élégant, sans références - en tout bien tout honneur - des livres du coin; et écrire vos sentiments sans trop de latence. En un texte, il est réellement plaisant de vous lire et d'avoir quelques nouvelles charmantes. Sincèrement vôtre, v. (sans majuscule).

  • J'oubliais. https://www.youtube.com/watch?v=0g37q6mb6MY

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