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DCCCLXIII. - En lisant, en cuisinant.

Je ne vais pas prétendre avoir énormément le moral, comme on dit de nos jours. Disons plutôt une forme de lassitude : mon métier, c'est décider. Mon métier, c'est prendre des décisions, c'est pousser des gens à faire des choses, une boîte à avancer. Alors, le week-end, je crois n'avoir pas envie de "décider". En quelque sorte, je me laisse pousser par une absence d'événements, qui conduit in fine à rien socialement ou artistiquement parlant.

Une de mes rares compensations, et cela fait râler dans la chaumière car à cause de cela "on mange toujours tard et ça bouffe l'après-midi" est de cuisiner, surtout le dimanche matin.

Souvent, je me lève beaucoup plus tôt que T***, des fois excursionne sur le marché que nous avons la chance d'avoir le dimanche, et m'installe pas encore douché dans la cuisine. Le plus souvent, la douche se fait quelques minutes avant le déjeuner, le temps que les derniers éléments se finissent.

Ma cuisine est une cuisine familiale, de gros plats. Je fais des trucs qui mijotent longuement, des machins qui se succèdent sur les quatre feux, s'amoncellent, se suivent. La petitesse de la cuisine parisienne, la faiblesse de notre matériel, conduisent à une savante organisation et un ordre capucin ponctué régulièrement de lavements de vaisselle. T*** se moque de moi, dit que j'aime faire la vaisselle. Ce n'est pas entièrement vrai, mais pas totalement faux : j'ai horreur du sale, et j'aime avoir les mains dans l'eau. Conclusion -

Ma cuisine n'a rien d'exceptionnel, elle est faite de patience et de choses simples. D'expériences pas toujours heureuses que T***, patient, conclu par un "c'est pas mauvais", sachant qu'il a la gentillesse de souvent dire que c'est bon.

Pourtant ma cuisine a quelque chose de littéraire, certainement parce qu'y trône le Dictionnaire d'Alexandre Dumas, que je feuillette régulièrement pour vérifier ou contre-vérifier d'autres recettes, ou simplement parce que les auteurs que j'aime bien demeurent truculents et inspirent. Je ne sais plus trop quel livre aboutit la semaine passée au repas préparé cinq heures durant (soupe de betteraves, flan de courgettes, sole sauce poivron-chorizo, cookies aux cacahuètes), mais au moins me souviens-je de celui de ce midi : nous avons parlé de Grèce, T*** m'a demandé un livre à lire sur ce pays, j'ai parlé d'Albert Cohen et de Mangeclous, et alors voici - nous avons déjeuné d'une moussaka, recette intégrale Mangeclous.

Je finirai aussi rond qu'Ubu.

Tout ça pour dire qu'hier j'ai passé deux heures chez un libraire d'occasion à détailler chaque rayon, chaque empilement de roman. J'avais promis il y a quinze jours, promis-juré, de ne plus rien acheter tant que je n'avais pas écoulé le stock : je suis sorti tanguant avec un mètre linéaire de livres dont le plus cher était à 3€50, pour m'affaler sur une pente du parc Montsouris, quelques livres sous la tête, un dans la main (fini cet après-midi), en attendant l'orage, souffrant d'interrompre du coup le livre commencé à la maison. L'herbe était chaude et humide, des enfants jouaient, les nuages pesaient. J'ai lu cent pages, puis il a plu. Ca, ça fait du bien.

Commentaires

  • Cuisine et dépendances. Et addictions.

    Mettez-vous aux films...

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