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  • DCCCXXXIX. - En lisant, en se mariant.

    Pédé oblige, le mariage pour tous s'est invité dans notre vie. Quand nous ne le voulions pas : T*** était sorti acheter du pain, un dimanche matin, pour se trouver dans le début d'une manifestation rose-et-bleu. Il était revenu blême, mal, frappé. Depuis, j'ai un clubbeur cruciverbiste et militant à la maison, qui tous les mardi va à son "club" faire de l'information, et d'autres soirs milite à trois-quatre autour de chopes de bière et de vernissages homophiles.

    Entrée en matière pas mauvaise pour ce qui fait la pile chez les libraires ces temps-ci : Romain & Augustin, un mariage pour tous, de Thomas Cadène, Didier Garguilo et Joseph Falzon, chez Delcourt. Si j'ai bien compris, c'est comme une série-dans-la-série Les Autres gens, que je me dis souvent devoir acheter ou du moins regarder, ce que je ne fais toujours pas.

    Romain et Augustin vivent ensemble, Romain est consultant, Augustin est roux et vendeur dans un magasin de fringue, et il veut se marier. Sauf qu'en-dehors des raisons amoureuses, il y a aussi l'aspect politique de leur mariage qui s'invite. Ce que Romain vit moins bien : oui au mariage, mais sans que les autres s'invitent nécessairement dans ce qui est intime : Romain est "de droite" pourrait-on dire. En tout cas il n'est pas militant, et il a du mal à concevoir le regard d'autrui, en tout cas le regard rose-et-bleu.

    Bref, c'est bien, c'est sensible sans toucher dans le mélo, c'est fin. Les dessins de Didier Garguilo sont toujours aussi réussis : sobres et dynamiques, sensuels aussi. Les interludes de Joseph Falzon, que je ne connaissais pas, m'ont beaucoup rappelé Joann Sfar. Je me trompe sûrement.

    Autre époque, à peine, autre style, complètement : La Ligne droite, de Hubert et Marie Caillou. Là on est dans le plein photoshop (même si clairement Romain & Augustin le sont aussi), le style rétro et épuré, le texte sobre. Hadrien est ado, vit en Bretagne ou pas loin, étouffe dans son lycée catholique et passe pour l'avorton propre comme un sou neuf du lycée. Bref, la tanche que tout le monde évite. Et le voilà qui rencontre Jérémie, le sportif à scooter.

    C'est simple, et c'est écrasé par les conventions d'un village où l'on étouffe et les parents craignent le qu'en dira-t-on. Peut-être cependant certains discours sont-ils trop - journalistiques ? typées ? concentrés ? - ce qui transforme parfois Hadrien en marionnette. Mais en somme l'histoire a cette universalité (hélas) qui la porte au niveau du stéréotype. Bref, à voir.

  • (Hors numérotation). - Le Nombril d'Ubu.

    Cher Lecteur,

    Continuant d'observer les faits sociaux comme des choses, et cette fois-ci de manière plus structurée (il l'espère), l'Auteur de ce blog continue de constater les mêmes tendances de fond qu'en juillet :

    Source : Statistiques Hautetfort, juillet 2011 à novembre 2013.

    Le ouèbe continue d'être une machine formidable. Et bien du courage aux gamins qui tentent de trouver ici une bonne antisèche sur Gilbert Sinoué, Arthur Rimbaud ou Jan Van Eyck.

  • DCCCXXXVIII. - À propos de quelques choses.

    Le froid est nécessairement propice à la lecture. On profite, derrière les fenêtres, des murs que le soleil du matin colore de rose, dans la pureté incisive du froid de décembre. Le chat quelque part déambule, suppliant parfois pour la pâtée qu'il a déjà eue (mais quand même). T*** dort, comme souvent le dimanche matin, et ce n'est pas si grave. J'aime bien ces instants du dimanche, certainement égoïste, où le temps s'est figé et la rue est calme. Souvent je suis dans le salon, une bédé sur les genoux, un bol de thé que cette fois j'ai fait bouillant pour prendre le temps de le boire, longtemps, sur la table.

    D'ici quelques minutes la mécanique de nouveau s'emballera : aux étages les enfants courront, et dans les escaliers on sentira les odeurs du thym et des rôtis des dimanches. Les portes s'ouvriront sur des embrassades et des familles qui se retrouvent. T*** se lèvera, dans son peignoir vert pomme, me disant que franchement j'aurais pu le réveiller - mais bien content d'avoir dormi tout de même. Le chat à son tour errera dans la douleur de ses scandales : sa pâtée a disparu.

    Le soleil rosit des façades, comme des joues fraichement rasées de lumière.

    Plus tard, forcément, je ferai mes activités de capitaliste : décompte de l'argent, désespoir qu'il disparaisse si vite en autant d'endroits. J'aurai mes moments poujadistes où je maudirai les impôts et ma fortune. Je me vengerai en harcelant ma banquière dans des combats où je perdrai nécessairement les négociations sur les frais. Et quelques minutes après j'aurai envie de m'acheter tel livre, d'aller à tel spectacle, je me dirai que j'ai besoin d'un nouveau costume ou qu'il faudrait partir en vacances, loin. Mes drames de trentenaire urbain.

    On déjeunera, certainement cette fois d'une lasagne de saumon qu'il a faite. Nous nous demanderons quoi faire, en prenant le café, puis nous sortirons, après de longs moments où il tournera pour trouver sa carte RATP, ou sa carte d'identité, ou son écharpe, ou ses gants. Dehors, il fera encore beau.

  • DCCCXXXVII. - Au temps.

    Devant moi, une assiette légèrement de guingois, posée d'un côté sur le pied de l'écran de l'ordinateur. Il y avait un bout de la vieille tarte aux noix de coco faite dimanche. Entre mes bras, une tasse de tisane, à demi-vie, où trempe encore un sachet de tisane. On en sent la menthe, alourdie de vapeur.

    Le chat derrière moi miaule, de ces miaulements qui sont des réclamations de tendresse. Non, pas de tendresse, vraiment. De présence. Pour que je sois à côté de lui, quelque part où il puisse s'asseoir et surveiller le monde. Ses pattes enroulées vers lui, comme des mains prêtes à recueillir l'offrande. De sa mainmise sur le monde.

    Derrière la fenêtre, les volets : le silence de la nuit, certainement. Quelques lampes qui oscillent dans les suspensions d'escaliers. Un peu plus bas, dans l'appartement au deuxième étage, un sapin clignote au rythme mécanique du temps. Au toit d'une maison le vasistas d'une chambre comme toujours luit son œil de réveille-matin, rouge incarnat. Je n'ai pas ouvert le volet, je sais pourtant qu'il est là.

    Dans la cuisine, le volet bleu de la machine à laver éclaire, avec la certitude d'être utile d'ici cinq heures. Industriellement, il sait que son utilité va se révéler bientôt. Le monde n'est fait que d'utilités en suspension.

    Les murs autour de moi, sur les deux côtés, emberlificotés de livres. Des trous y apparaissent, ceux du temps qui n'a pas encore passé. Ceux de la presse, du monde, dans le métro, quand l'esprit fait semblant de lire, pour se perdre dans des méandres lointains. Entre les corps, les oublis d'envies.

    Des relectures, plutôt, ces temps-ci. L'usage, la répétition. Comme la recherche d'un souvenir, sa confirmation. Retrouver dans les pages - le temps.