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  • DCCCX. - Saint Crépin.

    Il y a des soirées dont l'estomac se rappellera longtemps. Cette nuit déjà mon bedon replet tentait de renvoyer dans le domaine du passé et des agréables souvenirs ce qui était hélas trop présent.

    Pour fêter la Saint-Crépin, date sacrée s'il en est car elle permit de symboliser en quelques sortes la fin de la chevalerie à l'ancienne et d'emprisonner - si ma mémoire est bonne - un roi incompétent pour laisser place à la modernité et à la force de la multitude de la piétaille, bref de passer à l'époque moderne, à tout le moins la Renaissance ('scusez du peu), ma moitié s'était emparée de la cuisine depuis deux jours. Je ne vais pas décrire l'état du lieu durant l'opération, quelques prudes évocations de Fukushima et Dien-Bien Phu devraient suffire. C'était pas beau à voir, et il y en avait sur les murs.

    De cet art subtil de la synthèse, qu'il conviendrait que beaucoup apprennent au travail surtout lorsqu'il écrivent mal, je m'emparerai alors pour dénombrer sobrement les victimes :

    - Apéritif à la vodka - Cysta s'il m'en souvient ;

    - Entrée : zurek aux oeufs ;

    - Poisson : cabillaud aux oignons en gelée de poireaux, céleri rave et carottes, parsemé d'aneth frais ;

    - Viande : kotleti de boeuf et de porc, écrasé de pommes de terre, concombres à la crème ;

    - Fromages ;

    - Dessert : sernik frais.

    Le tout évidemment arrosé copieusement de vodka et de kompott, et le tout maison.

    Et vous savez quoi ? Je digère encore.

  • DCCCIX. - Le nombril d'Ubu.

    Ce matin, je note qu'entre le premier et le 21 octobre, sur 1 346 visites de ce blog, 137 d'entre elles (soit 10.2%) concernent mes articles sur André Obrecht, et autant sur ce livre sans grand intérêt qu'est L'Enfant de Bruges, de Gilbert Sinoué.

    Plus modestement, 54 visites sont liées à des bafouilles sur Donatello, ce qui me rassure plus. On peut noter un petit paxon de 110 visites où le Lecteur certainement scolaire se demande avec inquiétude quelle impression de lecture il pourrait s'inventer sur Rimbaud, Zola, Agatha Christie et Italo Calvino.

    Mon dieu, les encyclopédies d'antan ont vraiment fait leur temps. Ralalah je deviens vieux.

  • DCCCVIII. - Silly Melody.

    L'essentiel de mes livres, je ne les achète pas, je les chine. Les librairies qui sont des grandes surfaces, c'est plutôt lorsque j'ai un titre très précis en tête que j'y vais. Ce qui ne veut pas dire que l'approche diffère essentiellement, et que j'en sors avec une pile moindre, et moins ruiné.

    Il y a à Paris, comme dans d'autres villes, de ces boutiques qui revendent des livres de seconde, troisième, vingt-quatrième main. Les livres y sont classés grossièrement par genre, après tout est affaire de temps et d'occasion. On y entre parce qu'on passe devant, on passe devant simplement parce qu'on se balade et, tiens, ça ne coûte rien d'entrer. Ensuite, les premières secondes seront fatidiques : qu'on trouve un livre ou deux appartenant à la catégorie du celui-ci-je-l'aurais-jamais-acheté-de-moi-même-mais-j'ai-toujours-entendu-parler-de-lui-voire-j'ai-vraiment-envie-de-le-lire-maintenant-que-j'y-pense, la loi de Murphy mécaniquement forcera à en découvrir d'autres. On ressortira toujours avec deux sacs chargés, se promettant de ne plus rien acheter avec tout ce qu'on avait à lire et ce qu'on a à lire à la maison maintenant (les piles sous la télé). L'essentiel de mes Verne, de mes Montherlant tout comme d'auteurs des sixties vient de là. Car j'imagine que ces librairies sont les fossoyeurs de bibliothèques de grand-mères, dont les enfants se débarrassent, et qui portent sur le trottoir un parfum désuet des Trente Glorieuses, une remise au jour des lectures d'alors - un passage, un écho de lecture par-dessus les tombes, les disparitions, les déménagements. Le livre que j'ai en poche comporte bien le faire-part de communion d'une jeune fille, en 1966.

    Une de ces boutiques a longtemps eu ma préférence, boulevard Saint-Michel. On n'y trouvait pas de policiers, de fantastique ou de glamour comme dans d'autres (livres qui font l'essentiel des étalages, mais pourquoi pas), mais rangés par ordre alphabétique comme s'ils étaient neufs, sur des rayonnages d'antiquaires, des pléthores de poche que nombre de lectures avaient déjà jaunis. Silly Melody, qu'elle s'appelait. Le tombereau de mon portefeuille. Elle a été remplacée il y a bien deux ans maintenant par une retape pour femmes, malgré tout mécaniquement je la recherche à chaque fois, comme un moteur essentiel d'envies. Au moins cela conforte-t-il l'impression que cette ville est liée à mon histoire, et que j'en fais partie, elle, moi évoluons progressivement pour se contenter de plus en plus de souvenirs.

    Il y a aussi à Paris cette habitude déposer au seuil des portes les livres dont on ne veut plus. Les plus subtils rajoutent autour des sacs, pour que les chiens du matin pissant ne souillent les pages. A vot'bon coeur, servez-vous et lisez à votre tour. Je l'ai fait parfois, mais j'ai plus souvent fouillé ces sacs, voire les ai pris entiers sous l'oeil un peu honteux de ma moitié. La dernière fois, je n'ai pas eu le droit de me servir dans un tas énaurme juste à côté de chez nous, je le regrette un peu.

    Mon esprit romantique me fait croire qu'il y a là comme une conversation entre muets, un passage qui se fait entre lectures : regarde, je l'ai lu, maintenant c'est ton tour (il y a rarement des daubes dans les sacs des portes cochères). L'esprit pratique me siffle que ce n'est jamais qu'un moyen économe de se débarasser d'encombrants en se donnant bonne conscience.

    Qu'importe, tant que je lis.

  • DCCCVII. - Si par une nuit d'hiver un voyageur, d'Italo Calvino.

    Encore un moment. Je suis en train de finir Si par une nuit d'hiver un voyageur, d'Italo Calvino. Dans le grand lit conjugal qui accompagne nos lectures parallèles, l'autre Lecteur couché sur un bras se penche à la lumière pour mieux lire. Moi je ne peux lire que couché sur le dos, ou assis, mais pas sur le côté. C'est mon confort à moi.

    Il n'est pas facile de trouver la solution idéale pour lire, c'est vrai. Autrefois on lisait debout devant un lutrin. Se tenir debout, c'était l'habitude. C'était ainsi qu'on se reposait quand on était fatigué d'aller à cheval.

    Ce n'est pas que j'attendais quelque chose de particulier de ce livre. Il s'agit pourtant d'un livre d'Italo Calvino. Justement, comme je sais que le mieux qu'on puisse espérer, c'est d'éviter le pire, je crois pouvoir me permettre le plaisir juvénile de l'expectative au moins dans un secteur bien circonscrit comme celui des livres. A mes risques et périls : la déconvenue n'est pas bien grave.

    Le roman commence peut-être dans une gare de chemin de fer, une locomotive souffle, un sifflement de piston couvre l'ouverture du chapitre, un nuage de fumée cache en partie le premier alinéa. Dans l'odeur de gare passe une bouffée d'odeur de buffet. Quelqu'un regarde à travers les vitres embuées, ouvre la porte vitrée du bar, tout est brumeux à l'intérieur, comme au travers des yeux de myope ou que des escarbilles ont irrités.

    Une odeur de friture flotte, dès l'ouverture, sur la page, ou plutôt une odeur d'oignons, d'oignons qui rissolent, légèrement roussis, le fait est qu'il y a dans l'oignon des veines qui deviennent violettes puis brunes, et surtout en bordure, à la frange extérieure de chaque petit carré qui noircit avant de dorer, c'est le jus de l'oignon qui, en se carbonisant, passe par toute une série de nuances olfactives et chromatiques mêlées à l'odeur de l'huile qui frit doucement.

    Je suis de plus en plus convaincu que le monde veut me dire quelque chose, m'adresser des messages, des avis, des signaux... C'est depuis que je suis à Pëtkwo que je m'en suis aperçu.

  • DCCCVI. - Air matin.

    L'air ce matin orangé translucidé de blanc. Air comme celui d'avant l'orage, passants rosis dans le calme. Les rues silencieuses, étouffées de l'air, ou plutôt posées dans l'air. Les voitures s'effacent, leur chemin est une absence. Sur la place, deux hommes observent. Eux aussi sont sous l'air, enfouis d'orange comme si on priait pour eux.

  • DCCCV. - À travers l'ombre des mains.

    Le chat est, c'est connu, un être fait pour la caresse. Tout en lui tend à ce moment où l'homme qu'il possède le laissera s'appuyer sur les genoux dans un délicat abandon, une patte à peine tendue vers l'avant, pendant que la queue battra mollement le rythme qu'il convient de suivre pour que ce soit parfait. La caresse est perfection du chat : c'est son spa, ses Maldives, là où le plus simple écart sera une rupture complète de l'Univers. Un froissement de perfection se finira en oreilles baissées, peut-être en un coup de dent sévère. S'il est à ce moment de paresse qui lui laissera passer le crime de rupture dans la caresse, le chat s'oubliera et sa sévérité pourrait se contenter d'un coup de tête, oeil clos, pour rappeler ce qu'il faut faire. La cuisse qu'il pétrit des griffes, c'est le monde qu'il presse pour que la perfection en sorte.

    L'homme est fait pour le chat car le chat en attend la caresse. Il y a nécessairement eu un avant et un après la domestication de l'homme par le chat. Je me demande comment le chat faisait avant cette découverte primordiale : l'homme a une main, et cette main caresse. Comment même il a pu en venir a dresser l'homme pour cela.

    Avant l'homme, le chat devait en une situation de mal-être. De manque, dans l'absolu. C'est-à-dire d'absence d'une chose qu'il ignorait, qu'il ne pouvait définir certainement, mais dont il devait sentir qu'elle manquait nécessairement. Peut-être des chats plus doctes en leurs consistoires ont-ils cherché à définir cet absence, cet indéchiffrable, cette ouverture à la perfection. Et, au-delà, ce que pouvait être cette perfection inconnue encore. Avec le recul, certains chats issus de cette époque héroïque ont certainement ri aux tentatives humaines à chercher le divin. Dire qu'à hauteur de chat il suffit d'une main.

    Certainement le chat, aventureux parfois, a-t-il voulu trouver par l'expérience la Solution. Mais comment faire ? Dans quelle direction s'égarer, sans repaire, sans cible, sans autre chose que la sensation confuse d'une perfection ?

    Je ne doute pas que des millénaires ont été nécessaires aux expériences les plus extravagantes, et, par là, les plus courageuses. Le chat sans nul doute a dû tenter de voler, nager, penser, créer, grimper, descendre, ramper, attendre, dormir, songer, penser, rêvasser, baiser, sucer, lécher, innover, tirailler, suspendre, jouer, exploser, titiller, énerver, câliner, pisser, déféquer, vomir, avaler, râler, rôter, bâiller, explorer, parcourir, soudoyer, festoyer, balafrer, tournoyer, danser. Il a dû avec évidence faire tout ce que nous, humains, faisons désormais. Du début à la fin, du large au travers.

    J'imagine qu'après des millénaires de tentatives, la masse des expériences, incommensurable pour un simple esprit humain, pointait vers une direction. Et c'est vers cette direction que le chat sans nul doute a poursuivi sa recherche. Là encore ce ne fut aisé. Mais il y avait l'esquisse. Le reste n'était qu'expérimentation.

    Le chat le plus aventureux dû tenter de s'acoquiner avec un lion, un grizzli en rut au plus fort du printemps. D'autres ont sans nul doute cherché dans les glaires des limaces, les poux des singes babouins ou les agitations fines de l'herbe sous le vent du matin ce qui aurait pu être une caresse. Peut-être a-t-il tenté les massages de Bali,  les pratiques sado-masochistes ou l'abstinence bouddhique, cherchant en lui-même l'illumination. J'imagine qu'aux moments où le chat testait les mains encuirées des gorilles du Congo il commençait à noter qu'on en approchait. Quoi de plus frustrant : sentir la proximité, sentir l'approche, presque la solution, mais demeurer dans la nuit sans voir l'aube.

    Et un soir, dans une savane rippée par le soleil, aux herbes tavelées par d'étranges maladies, où les os semblaient des branches et les branches les squelettes jaunis de monstres antédéluviens que les explorations inouïes du chat avaient détruits sur l'autel scientifique, dans un creux d'eau renfermée que le soleil n'avait pas encore bu, eau faite de lentilles difformes et de vase mille fois séchée, le chat trouva l'homme.

  • DCCCIV. - La Fortune des Rougon, d'Emile Zola.

    Le dernier livre fut un Zola. Comme j'ai déjà dû le répéter - ou comme l'éventuel Lecteur attentif l'aura repéré - j'alterne Zola avec d'autres. Mon côté polar certainement. La pile des livres à lire est si remplie que je peux quasiment annoncer déjà la couleur des lectures des deux prochaines années sans quasi requérir un passage chez un libraire, mais c'est une autre histoire.

    Bref, La Fortune des Rougon. Premier du cycle des Rougon-Macquart, ce qui n'empêche pas de le lire après d'autres. Cela éveille l'esprit en somme. On fait attention aux petits noms glissés, aux annonces, aux anticipations pas nécessairement sues peut-être par le Narrateur, mais je veux bien croire maintenant aux notions de schéma d'ensemble et au Plan du cycle. Zola est un type fort, et lire le premier bien après d'autre m'a permis de faire attention aux incises : Gervais, Etienne, Aristide - qui sinon n'auraient été que des personnages dont on se demande ce qu'ils ont à faire là.

    Heureux parfois le Lecteur qui peut remonter les rayonnages d'auteurs morts comme bon lui semble, sans être astreint aux échéances des publications. Les contemporains de Zola ou de J. K. Rowling ont eu bien du malheur.

    Le livre, maintenant. Franchement ? Ca commence comme un Balzac, ça finit dans le Boulevard du Crime. J'ai aimé pourtant la description sinistre de l'aire Saint-Mitre qui ouvre le roman, et le clot. Maintenant que j'ai parlé de Balzac, je me dis qu'on n'est pas loin non plus de Giono - vous savez, cet arbre sinistre qui ouvre un roman comme un être maléfique chargé d'oiseaux, dansant aux crépuscules.

    J'ai suivi attentivement l'histoire initiale des Rougon, mais soyons franc : j'ai triché, car je savais la suite. D'où l'intérêt. J'imagine qu'un Lecteur de l'époque devait se demander où on le trimballait et à quoi rimait tout ce galimatias généalogique au regard de l'économie du roman. Trop facile de mettre en perspective quand on a la Big Picture. Mais en naïf, en vrai Lecteur, pas en prof de lettres, hein, où ça nous mène tout cela, n'est-ce pas ?

    Sorti de cette interrogation vilement scénaristique, j'avoue, mesdames et messieurs les jurés, que la vie du salon jaune m'a captivé. C'est une faiblesse chez moi : décrivez-moi bien la mesquinerie, la bassesse, les velléités petites-bourgeoises et j'accrocherai mécaniquement. Et là ! Rentrer dans les discussions oiseuses du parti de l'Ordre, suivre les héroïsmes infantiles et les revanches incestueuses, c'est bonheur.

    En revanche, les 50-100 pages sur Silvère et Miette, les histoires d'amour romantiques d'adolescent, là je me suis copieusement fait chier. J'ai même couru sur les lignes. Sauté, peut-être. J'avoue, monsieur l'avocat général.

    Et merde, c'est mon droit de lecteur, non ? De toute manière, ce n'était pas même utile à la fameuse économie du livre, alors, hein, bon...

  • DCCCIII. - Gouverner, c'est prévoir.

    Il y a de ces jours où la RATP ne supporte pas les affres d'un problème de signalisation, ils sont rares. Lors de ces jours - de ces heures - que le Seigneur a en quelque sorte bénis, arrive ce miracle que l'on puisse monter en train, avec juste cette délicate appréhension des sardines qui voient les boîtes s'ouvrir. Sinon, on se contente de voir passer les caques de harengs, au rythme poussif des wagons que la chair et la sueur ralentissent à n'en plus finir.

    Que l'on se rassure, les métros sont tout aussi engorgés aux heures nocturnes. La RATP doit tenir un ratio de base, genre l'occupation au mètre carré, qui dans le train de ce matin doit être de six personnes / m2. Objectif somme toute raisonnable et réaliste, car toujours tenu. C'est la petite contribution personnelle des anonymes entassés aux odeurs de pisse, de sueur et de bière chiée qui nous frétillent dans les sinus le portillon à peine franchi.

    Je ne doute pas qu'une pléthore de mécanismes et d'hommes font ce qu'ils peuvent pour tenir d'ensemble les engrenages gigantesques d'une telle machine, que l'imprévision politique et l'entassement humain ont vérolés entièrement. Cela tient peut-être de l'exploit de faire rouler un métro sans arrêt entre stations, car il faut bien que le moteur marche et que les rails restent sur les roues. Je reste cependant irrité (peut-être par facilité, objecteront les camarades de la RATP) par l'incurie notoire en termes de prévisions. D'anticipation. Pourtant mon patron ne cesse de répéter que la gouvernance c'est la prévoyance. L'axiome ne doit pas être connu à la Régie.

    Exemple classique, sur lequel je passerai vite : le 14-juillet. 500.000 personnes selon les organisateur, deux millions selon la Préfecture de police, qui veut montrer combien elle a du mérite à taper à coups de tonfa sur des adolescents en goguette. Soit dans le million qui à 23h-minuit quitte le Champs de mars pour rentrer chez soi. Il est d'une évidence imparable que seuls les imbéciles ignoreront qu'il n'est pas souhaitable, un tel soir, que les métros adjacents dérogent aux horaires de nuit : un train toutes les 6 minutes sur la 6, un bus toutes les 20 minutes pour le 82, et fin de service à minuit pour les bus. Bref, un million de personnes qui soit rentre à pied dans Paris, soit instruits par l'expérience viennent en voiture et s'embarrassent dans les rues à renforts de klaxons, aux heures nocturnes où le développement durable essaie de ronfloter paisiblement quai de Grenelle.

    Il y a quelques jours de cela, la Ville avait laissé une entreprise d'armement se faire de la réclame sur le parvis de l'Hôtel de ville, sous prétexte d'instruire les masses. L'idée était bonne : neuf écrans de 10 x 5 en arc de cercle sur lesquels sont projetés simultanément un documentaire sur l'histoire de Paris. Impression d'immersion dans ce monde de réalité virtuelle indubitable. Vérité historique moindre : ma moitié, qui a vu son Métronome, et qui surtout me traîne régulièrement à la chasse aux remparts de Charles V dans toute la ville, pestouillait et ronchonnouillait par salves.

    L'idée était imprévue : la place de l'Hôtel de ville, pour ceux qui ne connaissent pas, est un rectangle assez étroit que coupe une rue utilisée par les bus, tournant à angle droit sur la place avant d'aller vers le square de la Tour Saint-Jacques. Cette même place est encadrée au nord par la rue de Rivoli, au sud par les quais de Grève.

    Résultats ? Une foule pressée, serrée, dans un espace étroit, écrasé, dangereux. Une foule que poussent les bus qui circulent sur la place, car on n'a pas pensé à les détourner jusqu'à ce que la foule empêche toute circulation. Une place prête d'exploser, bloquée au nord et au sud par deux fontaines, à l'est et à l'ouest par deux monuments. Une panique aurait été meurtrière. Une foule si dense qu'elle déborde tant sur les quais que sur la rue de Rivoli, ce qui fait que ce que les édiles ne voulaient pas faire arriva par les faits : rues et quais bloqués, et les embarras qui commencent.

    Les organisateurs auraient eu là aussi de la jugeote et, peut-être, du courage, ils auraient laissé tout cela se faire place de la Concorde, d'où une foule paniquée peut s'enfuir aisément, en bloquant la rue de Rivoli et les quais, ce qui est de toute manière arrivé. Mais, courage et anticipation urbaine...

    A ce propos, j'ai à la maison un urbaniste prêt à aider sur ce point. Qui en veut ?