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  • DCCLXXXVI. - Orgueil et Préjugés, de Jane Austen.

    Il y a toujours un moment dans sa vie où l’on lit Jane Austen. D’abord parce que ça fait bien, ensuite parce qu’on a aimé Bridget Jones ou qu’on continue d’aimer Colin Firth si on porte jupon, sinon parce qu’après tout il faut bien comprendre ce qui touche ce qui porte jupon quand on est atteint de métrosexualité sensible. N’étant rien de tout cela, et ayant en plus eu une enfance malheureuse, je n’ai même pas eu le mérite d’avoir « un grand roman de la littérature mondiale » à lire quand j’étais au lycée, où l’on se contentait de m’asséner, alors que je n’y comprenais foutre rien par manque de maturité, des « grands romans de la littérature française ». Bref, je n’ai pas pu dire à mes collègues, qui souriaient de me voir avec ce livre dont le titre (et la première de couverture) fleurent bon le sentiment et les cravates blanches à jabot, que je relisais Jane Austen. Non, non, je le lisais. Bien pire encore en somme.

    De ces trois bonnes semaines de lecture, que faut-il retenir ? La première chose est que décidément je lis de moins en moins rapidement dans le métro, la seconde qu’il est tout de même appréciable d’avoir en tête un film avec Hugh Grant en tête pour continuer au-delà des premières pages. Ce qui est tricher, puisque (a) le film de Ang Lee n’est pas sur Orgueil et Préjugés et (b) parce qu’en vérité si j’ai continué au-delà des premières pages, ce n’est pas grâce à la préface, que j’ai eu le tort de lire (on a toujours tort de lire une préface avant que de lire ce qui la suit) et qui portait aux nues le bouquin avec la même élégance académique qu’un vendeur de voitures d’occasion vanterait un percheron bon pour l’abattoir, mais par ce bête, stupide et vil orgueil rapace qui me fait finir un livre simplement parce que je l’ai payé.

    Arpargonerie à part, il est vrai qu’il n’est pas facile d’entrer dans Orgueil et Préjugés. Déjà, cinq filles, ça en fait deux de trop, et sur les trois qui restent j’en ai confondu deux (Jane et Elizabeth) durant un bon paquet de paragraphes. En plus, ce sont des filles, vous excuserez du peu. Et puis simplement le début, il est longuet, alleeeeez, vous n’allez pas prétendre le contraire, hein ?

    L’excellence du discours indirect libre, j’avoue y avoir été peu sensible, malgré les 15 pages de la préface qui prétendraient que rien que cela méritait mon attention. Non, non, non. En revanche, les petites piques ironiques et le dessin en arrière-plan de l’hystérie maritale qui ferait passer pour une comédie de boulevard la pire des émissions télévisuelles a quelque chose de suffisamment touchant. En fait, j’ai accroché grâce à M. Collins. Ce brave Collins, bête, stupide, infatué et poussif qui devient l’élément déclencheur de la vraie sottise de madame Bennett mère et, par ricochet, de Lydia. Ce n’est jamais qu’à partir de son apparition qu’on voit s’épanouir la fleur délicate du ridicule consommé, et qu’on se surprend à lire, tout marchant, jusqu’au travail. Remercions donc M. Collins, qui en plus permet à la narratrice de nous introduire auprès de Lady Catherine.

    Quant à Darcy et son Pemberley… évolution raisonnable ? Elle apparaît si brusquement qu’elle surprend, et que Pemberley, absent durant tout le début du bouquin, répété toutes les dix pages ensuite, semble être un Xanadu mirifique. Très franchement, à Elizabeth et Darcy j’ai largement préféré les éléments brouillons bouillonnant tout autour, cet univers de petits riens et d’hésitations qu’on retrouve si facilement en fait dans les conversations inquiètes des déjeuners professionnels (un tel m’a dit que…) et dans les cours de récréation.  Peut-être est-ce ça, l’angle d’attaque de Orgueil et Préjugés, mais peut-être est-aussi la dernière page de la préface qui en parlait, celle que j’ai sautée.