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    Sa mère est décédée hier après-midi. Je n'ai pas pu le voir avant qu'il parte en catastrophe le matin pour la voir. Je ne sais pas trop comment faire ni ce que je peux lui dire à son retour.

  • DCCLXXXII. - Gilbert Sinoué, "L'Enfant de Bruges".

    Orthographié L'enfant de Bruges en couverture, au mépris des sacro-saintes règles typographiques en usage à l'Imprimerie nationale, ça commençait nécessairement mal. Dommage pourtant pour un livre offert par ma tendre et chère moitié, un peu comme un hommage propitiatoire aux souvenirs de ce week-end que nous avions passé presque main dans la main dans la Venise du nord, en novembre dernier.

    Certes, il y a un peu de Prinsenhoff, un chouïa de Halle aux draps et un tantinet de Van Eyck dans tout ça. On dirait même qu'il y a beaucoup de ça : certains paragraphes sont mis là bien en évidence, comme pour montrer qu'on est bien là dans l'époque, hein, aux dernières lueurs du Moyen-Âge, et qu'on va te le montrer en faisant une petite récitation encyclopédique sur Ghiberti, une autre sur Santa Maria del Fiore et la troisième sur Donatello. Halte, vas-tu me dire, Lecteur, on est à Bruges, non à Florence. Bon, prenons les mêmes, dans le nord : une récitation encyclopédique sur l'imprimerie, la distinction entre la caraque et la caravelle et les foires de Flandres.

    Amateur comme je prétends l'être de Jules Verne, et de romans historiques (saint Dumas, priez pour moi), on pourrait s'attendre à ce que je fusse servis. Oui, mais non. C'est lourd. C'est pesant. Non pas d'une ambiance lourde et pesante. D'une écriture qui m'a fait penser à Christian Jacq à ses grandes heures, sans réelle profondeur psychologique, avec des charnières qui grincent bien fort à chaque fois qu'on passe à une étape suivante de l'histoire. Et qu'on fait rencontrer les enfants et les puissants, l'orphelin de Bruges et le maître de Florence, et que l'enfant il a des intuitions sublimes à peine téléphonées depuis 20 pages qu'on se demande comment l'auteur arrive autant à tirer à la ligne, et que le complot il est oulalah méchant et que franchement les Lumières et la Renaissance c'est bien... Bref, une psychologie d'Odile Weulersse : c'est bien quand on a dix ans, pour rêver rapidement, mais en livre de poche pour adulte, c'est affligeant quand ce n'est pas du second degré pour soirée Casimir et les Bisounours.

    J'avoue n'avoir tenu que pour voir aboutir l'enquête policière - à croire que pour les écrivains modernes, écrire sur l'Histoire ne se peut concevoir que si on prétend soulever le sombre voile obscur et noirâtre qui masquait ténébreusement les caveaux souterrains où croupissent dans leurs cercueils les secrets les plus tus et les plus ignobles de l'Histoire cachée (là, je vais presque vous sortir les Templiers). Ah. Tout ça pour ça ? À la dernière page, assis dans l'herbe du parc de Bercy, je n'étais pas mécontent que le téléphone sonne pour aller boire une bière avec mon Doudou.

    On ne va pas râler : T* au début cherchait, dit-il, Les Quarante-cinq de Dumas, en souvenir cette fois de notre escapade à Blois à monter et descendre et remonter l'escalier hélicoïdal juste pour comparer les salamandres - Blois est au passage une ville où les premiers étages de cinq pièces dans des hôtels particuliers du XVIIIe se louent à 600 € le mois, ce qui laisse songeur au regard des chambres de bonne qu'on peine à s'offrir au même prix à Paris. Je l'aurai certainement lors de notre prochaine excursion ; ne reste plus qu'à trouver une destination.

    Entretemps, repensons au moins à Bruges au format du vrai Van Eyck, ça tout de même plus de gueule. Rien qu'en regardant la façon dont Van Eyck avait peint le tapis, j'avais envie de me pendre à penser que jamais je ne saurais le faire ainsi.

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    Jan Van Eyck, La Vierge au chanoine Joris Van der Paele, 1436.

    Groeningemuseum, Bruges