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  • DCCLXXX. - Dessins à l'encre.

    Sans plus, car j'ai conscience que ce n'est pas avec mon état d'esprit qu'on dessine bien. Ni en copiant même pas soigneusement Rembrandt qu'on est Rembrandt.

    Les trois premières sont d'après des gravures de Rembrandt. La dernière d'après Frank Miller.

     

     

     

     

     

     

     

  • DCCLXXIX. - Party Boy.

    Depuis un peu plus d'un an que nous sommes ensemble, et vivons presque ensemble, nous avons eu le temps de voir apparaître nos premiers points d'achoppement et les traditions qui s'installent autour. Mon côté intransigeant et rapidement maladroit dans le jugement à force d'être direct - son petit caractère caractériel et irascible. Mon côté garçon benoît qui n'aime pas trop bouger.

    Lorsqu'il est de mauvaise humeur - non plutôt, qu'il a ce sentiment qui fait que tout lui est irritation et que je le paie à force d'être maladroit - l'un des reproches qu'il me fait le plus souvent est de ne pas aimer sortir. Il a raison. Il me l'a encore dit. Je ne suis pas un party boy.

    Je peux me défendre : "Non que je n'aime pas danser, au contraire...". C'est vrai. Mais la musique des boîtes, la boufta-boufta qui fait la bande-son des états d'âme ridicules ou dramatiques des personnages de Ralf König, ce n'est pas que ce soit pour moi. Ca me fout tout simplement une sinistrose terrible, un sentiment de solitude non-pareil. Sans compter que l'alcool à haute dose me fout dans une tristesse qui donnerait l'impression que Héraclite est un joyeux luron pantagruélique. Le stromboscope, n'en parlons pas. Les lumières qui pétillent pour vous foutre la gerbe, ça me fout la gerbe et me donne envie de sortir.

    Bref, je ne suis pas un gai luron de soirée.

    C'est bien dommage, direz-vous. Ca risque surtout d'aller plus loin que mettre des tensions intéressantes dans mon couple ; peut-être le faire péter bien savamment. Car il faut toujours partir du principe que celui qui aime sortir, et qui sort, est celui qui a une raison. Ce n'est pas ce qu'il dit - je ne crois pas qu'il le pense, en tout cas il ne l'a jamais dit, le seul reproche qui me soit fait étant celui d'être planplan et de ne pas aimer m'amuser - mais c'est ce qu'on dit à tout regarder. Sortir, c'est bien : on sort, c'est une évidence. On ne dira jamais qu'on rentre, sauf pour dire des choses calmes : on rentre se reposer, on rentre se coucher, on rentre parce qu'on est crevé. Ce qui n'empêche pas que l'endroit où l'on sort est celui où l'on est défoncé - il y en a toujours un qui l'est, défoncé, et c'est génial et trop de la balle, on n'en revient pas. Sûrement est-ce une certaine horreur de ne pas contrôler ce que je fais, ce qui peut être de la rigidité intellectuelle, ce qui en est. Je n'ai pas aimé les fois où j'ai vomi tripes et boyaux, et où cela m'a rendu malheureux. Je n'ai pas envie de l'être.

    C'est couillon de le dire - c'est France du samedi soir sur France 3, comme le dit ma mère : la façon dont j'apprécie la vie, dont je dis que j'aime, c'est en me levant un peu plus tôt pendant qu'il dort pour mitonner un plat dont on mangera deux jours tant il sera copieux. Je préfère la poule au pot aux dindes sans potes. Je n'ai pas beaucoup d'amis pour autant : je suis grave, réservé, et âprement moqueur aussi. Ca n'aide pas. Ce sont les tares familiales : un défaut de lucidité sur les vanités humaines, je crois. Il y a quelque chose de mon enfance qui me font préférer les samedi soirs avec un repas à trois-quatre, une bouteille de vin et le verger qu'on écluse tour à tour après la poire et le fromage, à ceux qui ont des dimanches où l'on est épaté de se réveiller le dimanche à 15h. Je suis un gros dormeur pourtant, dès que je peux. Je n'aime pas me perdre - et ce n'est pas bien vu.

    Là, je râle, car ça a été tendu toute la journée : mais pourquoi est-ce toujours celui qui aime sortir qui peut se plaindre, ou regarder l'autre avec un certain regret ? Pourquoi n'est-ce pas valorisé d'aimer les BDs qu'on lit sur un pouf au coin de la fenêtre, pendant que la cocotte empeste tout l'appartement de son commérage à force de chuchotter - sans devenir pour autant celui qui n'est fait que pour le foyer et les tâches ménagères ? Mon évasion est autre - mon évasion n'est pas dans le corps que j'agite ou que je rends malade d'alcool. Mon évasion est dans les voyages d'Arronax ou dans les BDs de Don Rosa. Mon évasion est dans le fait de pouvoir t'apporter le petit déjeuner tous les matins, alors que tu es encore poisseux de sommeil et que t'étirant tu redresses l'oreiller pour t'asseoir. Mon plaisir est d'écouter de la pop pendant que je lis, pas de m'exténuer la rate pendant que les beats m'exploseront les derniers résidus de mon enclume. Mon plaisir est de ne pas te montrer que j'ai pleuré et reniflé tout ce que je pouvais en coupant les oignons de la potée que tu manges avec tant de plaisir ou en veillant, même si ça me fait horriblement chier de faire les courses le samedi pendant que tu travailles, à ce que tu aies de la nourriture de bonne qualité dans le frigo.

    Je sais que c'est invisible, et je me doute bien que toi aussi tu fais aussi tout autant pour moi et que cela m'est invisible.

    Je suis injuste, mon amour, mais tu l'es aussi parfois... Ce n'est pas toujours facile d'être deux. J'espère que tu te seras amusé ce soir.Je vais te mettre la bouillotte dans ton coin du lit pour que tu n'aies pas froid au retour. Que je suis bon, n'est-ce pas ?

  • DCCLXXVIII. - Giorgio Vasari, Vies des plus excellents peintres, sculpteurs et architectes.

    On va être honnête, parce qu'il le faut bien, Lecteur, même si dans l'honnêteté l'impudeur qu'on y met reste toujours marqué d'afféterie et de pose, mais à force de sillonner cette voie facile de la critique et de l'autodistanciation je me demande ce que je mets en distance. Bref. Donc, il y a toujours de la pose à se lancer dans ces grands ouvrages que l'Histoire et tous les livres de bon ton, sans compter les cartels d'exposition d'histoire de l'art, recommandent. Celui de Vasari en fait partie. C'est celui que l'on cite de partout dès qu'il s'agit de titiller la peinture à l'huile, le passage à la fresque, le Dôme de Florence ou la vie sentimentale de Michel-Ange.

    On s'y est donc lancé. C'est le mot, car quoi qu'il arrive enchaîner les vies, hommes illustres ou pas, c'est une gageure qu'on ne peut faire qu'avec de grandes respirations. entre deux grands ahans de brasse papillon où l'on se tire des épaules et des omoplates pour aller jusqu'à la page suivante, de merveille en merveille. On a ce plaisir badin de l'Anglais qui visite comme les souvenirs d'un antique musée, Baedeker en main, et s'aperçoit avec le même sourire qu'on goûte une vieille prune que le tableau du guide est là, et bien là, même s'il est un peu poussiéreux et si les dorures du cadre ne lui conviennent pas nécessairement. Manque de pot, on n'est pas chez James Ivory et ses adaptations surannées, ici.

    Les Vies s'annoncent comme toute vie : une succession de petits chapitres, d'inégale longueur selon tant le mérite de l'auteur que ce que l'artiste en question avait à l'époque de Vasari laissé dans les mémoires. J'avoue cependant qu'au bout d'un temps on décroche. On a beau se dire qu'on ne lira qu'un chapitre ou deux entre deux autres livres, justement pour ne pas reproduire l'erreur qu'on a fait plus jeune, quand tout fier on parcourait Euripide et qu'on oubliait qui d'Hercule ou d'Orphée descendait aux enfers dans telle pièce à tout lire d'affilée.

    Ceci n'empêche pas l'autre : Vasari utilise la grammaire critique de son époque, qui est celle des superlatifs. Tel est celui auquel la Nature a donné les plus grandes qualités et celui-ci est l'artiste qui a mené telle chose au plus haut point, si bien que cela est incomparable. À tant de perfection, de vie en vie, on se demande bien où on est tombé, et si en fin de compte on ne lit pas le compte-rendu d'une émission de Jean-Pierre Foucault.

    J'attendais un peu de croustillant. Sorti de l'O de Giotto, je suis resté sur ma faim - ou j'ai abandonné trop tôt. Pourtant j'ai craqué aux deux-tiers, en plein milieu de la vie de Michel-Ange. C'était le pompon. Je me disais qu'il y aurait de vagues allusions cochonnes ou au moins un petit jet sur le caractère colérique du maestro. Que nenni, bast et niquedouille. Aussi le dernier plaisir qui reste est de se dire qu'ah oui cette toile ou cette sculpture on l'a vue et l'on sait où elle est. L'on s'en souvient, et voici que de manière très lapidaire on dit sa fabrication. On reste là encore affamé : vive la mémoire, car sans cela on ne comprendrait pas grand'chose des descriptions sommaires de Vasari.

    Dernier point qui m'a semblé surgir en tout cela : Vasari met le dessin par-dessus tout, et pour lui n'est bon peintre que le bon dessinateur. Homme de son temps en cela, mais loin déjà de moi quand je pense à Caravage (un autre Michel-Ange, tiens) ou Rembrandt.

    Dommage, j'aurai été déçu. Ca arrive.

  • DCCLXXVII. - Le malaxage est une erreur de temporalité.

    J'ai le défaut de ne regarder ce que donne le facteur dans ma boîte aux lettres qu'une à deux fois par quinzaine. C'est bien suffisant pour relever les factures et les offres promotionnelles inouïes qu'on me propose pour dépenser la modique somme de dix heures de SMIC dans un truc hyper trop bien qui me permettra de suivre l'avancée des colis que je n'envoie pas sur les routes de France (le colis a-t-il enfin quitté l'embarcadère de Quimper pour se lancer sur la route du Mans rejoindre Mamie Georgette ? J'en tremble), offres que je regrette un tantinet maintenant que mon téléphone est mort au bout de six ans de bons et loyaux services (se contenter de vibrer dans ma poche arrière sans me forcer de répondre étant le meilleur des services qu'il m'ait rendu jusqu'à présent, et je n'attends guère plus de son successeur).

    En plus ne pas relever mon courrier me permet d'oublier aussi quand le facteur passe pour m'offrir des calendriers à cinq euros avec des chatons grands yeux ouverts. Et quand le facteur sonne aux heures bêlantes, certainement son bonnet rouge sur la tête avec plein de loupiottes dessus, je n'ouvre pas. C'est pas que je sois cachottier ou que je ne veux pas le voir, je n'ai rien contre mon facteur si ce n'est qu'il se trompe régulièrement de boîte aux lettres et qu'il me donne régulièrement le courier d'un autre de cette rue. C'est simplement que des fois je galipette sous la couette et que c'est bêtement l'heure où le facteur sonne. Ca lui apprendra à m'oublier dans la distribution des cahiers de 150 pages contenant les dernières promotions de gigot en pack de soixante à la grande surface du coin que je rêvais d'avoir à tout prix.

    Bref, les personnes qui ont mon adresse par une errance de ma mémoire qui m'échappe - sinon ce ne serait pas une errance - se gardent bien de me dire trois jours avant par courrier qu'il convient de se trouver au cul d'un train parisien sur la ligne 6 à telle heure. Même par mél ça marche rarement, remarquez. Je suis un homme pressé, comme disait la chanson, et en plus pressé par mon mari qui me dit qu'il est grand temps de le nourrir. Il a souvent faim, le bougre. Accrochez-vous, Prosper, car d'un tablier offert à des cartes postales reçues depuis un an déjà, si vous ne signez guère, je risque de ne pas pouvoir m'excuser de mes retards...

    Sorti de ça, je suis papa depuis quatre jours.