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  • DCCLXXIV. - Robin des bois, le prince des voleurs, d'Alexandre Dumas et autres livres.

    Au moment où j'essayais de faire la note de ce livre, "on" s'efforçait de me demander mon avis sur un plan potentiel de Paris - une façon de dessiner la ville en perspective. Mon avis était fondamental, pour l'histoire future de la topographie à la main, et je pensais alors que je ne pourrai srien écrire sur Robin des bois... Ce fut vrai, puisque la première phrase de cette note est déjà vieille de quelques mois, et qu'entretemps la topographie de Paris et celle de Brugges ont beaucoup requis de moi. Sans compter l'histoire de la Lorraine, qu'on est les plus forts et qu'on en a vraiment pas mal bavé si un roi polonais n'était venu nous sauver la mise... Voilà bientôt onze mois que nous sommes ensemble, et mon petit bout de chou n'est guère plus facile à vivre que je ne le suis : ça en demande du temps, un couple, et surtout les hésitations qui vont avec. Les soirs, aussi courts soient-ils grâce aux joies du travail, ne peuvent qu'être un enchaînement rapide d'un moment partagé et d'un repas fait quasi ensemble (moi plus souvent aux fourneaux que lui, mais qu'y puis-je si je préfère comme ça, mon côté dictatorial), alors, retourner sur les ondes électroniques pour s'y épancher, en somme on y pense encore mais on ne le fait guère.

    Mon Doudou en plus a de ces côtés enfantins qui charment, mais avec lesquels il faut bien vivre : pas question d'être trop dans son coin, par exemple de chercher à parler sur internet dans le vide des puces. Souvent il viendra se vautrer sur le canapé, sa tête blonde dépassant de mon côté, la joue sur les bras pour me demander quelque chose. Il se compare à un chat, je crois que ce n'est pas faux. Il en voudrait un d'ailleurs. Pas toujours évident de céder à la tentation du cadeau de Noël...

    Ce n'est pas si important ainsi de parler de Robin des bois, puisque de toute manière ça a été une vraie souffrance de le lire. Il paraît que des fois Dumas pissait de la ligne à force de café, un peu comme Balzac. Ce ne doit pas être trop faux, tant ce livre-là est mauvais, et ennuyeux, et mal cousu. C'est une succession d'épisodes dans un Moyen-Âge d'opérette ficelé comme une paupiette de chez Auchan. Robin rigole, parle comme un joli seigneur, apprend qu'il en est un et fait une action en justice pour gagner son droit et les années passent. Un vieillard tyrannique s'agite tellement et change tant d'avis qu'on dirait un hystérique de dessin animé du lundi matin. On entend sans trop de souci la voie suraiguë qu'on croit d'usage pour animer les plus basses animations japonaises. Enfin, ça se finit comme je ne sais pas trop quoi, si ce n'est que Dumas ne devait pas avoir beaucoup de succès dans son feuilleton pour le clôre ainsi. À éviter donc, même si cela coûte de le dire.

    Après un petit épisode bédé sur lequel je passerai un silence pudique, non parce qu'il est honteux d'en lire mais plutôt parce que j'en ai tant dévoré que j'aurais du mal à me rappeler tout (Le Dernier homme, peut-être, de Brian K. Vaughan et Pia Guerra, quelques Will Eisner), je me suis attelé au Vicomte de Bragelonne. Et là, mes aïeux, disons-le, c'est tout autre chose.

    D'accord, cela n'a pas la force des deux précédents opus - tenir aussi fort sur trois tomes de 800 pages chacun, ç'aurait été une gageure. Les amours de Louis XIV et de La Vallière, on s'en tape un peu pour tout dire. Le désespoir amoureux de Raoul de Bragelonne un peu aussi parfois. Mais cette grandeur déchue des quatre amis, désormais quasi des vieillards cacochymes bien qu'ils s'efforcent de se la jouer vieux beaux, a quelque chose d'intense. Dumas le fait sentir : avec Louis XIV et son apprentissage du pouvoir un siècle s'effondre, celui qu'il racontait déjà dans la Reine Margot et dans les aventures des mousquetaires : le siècle de l'épée et de l'indépendance d'esprit. Fouquet, aussi noble qu'il soit, est un homme qui ruine la France - Colbert, aussi fourbe qu'il soit, la relèvera d'une autre façon, et les autres hommes n'auront plus qu'à se retirer, mourir, ou se laisser enfermer. Ainsi arrivera-t-il à ce Philippe ce destin tragique, qui apparaît de loin en loin, de la Bastille à Pignerol. Maudit, se dit-il la dernière fois qu'on le voit, sous son masque de fer, et d'Artagnan tout comme Athos ne peuvent que frémir. Car il n'y a pas que lui de maudit dans cette histoire de trente ans : d'Artagnan survit d'une drôle de façon, Aramis devient jésuite mais définitivement perdu, Athos meurt de désespoir même si on ne l'admet pas, et Porthos meurt seul de manière sublime. Les livres précédents étaient déjà dans le noir et le terrifiant. Là, on est dans la perte finale. Doudou s'est moqué de moi quand je lui ai dit que Porthos était mort, et pourtant j'étais vraiment touché. Comprendre aussi ce qu'est devenu Aramis la dernière fois qu'il descend de carrosse, il y a là aussi quelque chose d'amer. Ah ce n'est pas une façon de finir les livres, ça !

    Dumas a bien mérité sa place au Panthéon, le coquin, allez.