Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

  • DCCLXXIII. - Avec vue sur l'Arno, d'E. M. Forster.

    J'ai acheté ce livre parce que je l'ai trouvé par hasard, à Nantes, tandis que des bouquinistes d'occasion renfermaient leurs cartons, et parce que quelques années plus tôt j'ai vu sans le vouloir le film de James Ivory : je repassais une chemise et c'était pour m'occuper. En fait, j'y ai passé l'après-midi, suivant les aventures de cette pauvre Lucy.

    Pauvre Lucy car elle ne souffre pas, dans cet univers victorien où tout est impossible - où l'extrémité du monde aventureux est une pension anglaise à Florence, où elle part, faisant là tout son tour d'Europe, chaperonnée par sa cousine, une vieille fille si compliquée mais si convenable qu'elle refuse les chambres avec vue sur l'Arno parce que deux hommes les leur proposent, préférant en quelque sorte la vue sur les poubelles et la convenance. La vie est compliquée, mais il faut surtout rester digne.

    Pourtant, Lucy malgré elle s'irrite contre le jeune Emerson, cet homme si inconvenant à force d'être obligeant, et qui visite Florence sans Baedecker (le Guide vert de l'époque). Il y a une colline pas loin de Florence, vers Fiesole (là où les dernières troupes de Catilina ont été massacrées, mais le roman ne le dit pas), où il y a des fleurs, un cocher, et de vieilles anglaises qui s'assient sur un caoutchoux pour ne pas gâter leur robe.

    Le lecteur n'aura pas la moindre difficulté à en conclure : elle aime le jeune Emerson. Mais à la place de Lucy le lecteur aurait eu bien des difficultés. La vie se raconte aisément - vivre déconcerte davantage.Les "nerfs" ou toute autre expression banale, masquant et désignant à la fois nos désirs personnels, sont alors bienvenus. Lucy aimait Cecil ; George la rendait nerveuse ; le lecteur sera-t-il assez bon pour l'inviter à intervertir les termes ?

    Car de retour en Angleterre Lucy se trouve fiancée à Cecil parce que Cecil est convenable et qu'il lui a demandé sa main. C'est si bien, d'autant plus qu'ils sont du même rang, ma foi, on ne peut guère demander mieux. Cecil a tellement de relations - avec ces dîners qu'il organise avec des petits-fils de célébrités.

    Le conflit opposait non point l'amour et le devoir - on peut douter que pareil conflit existe - mais la réalité et l'illusion voulue. Pour un premier but, Lucy avait sa propre défaite. En un instant, les nuées accourues, l'ombre effaça le souvenir des paysages, les mots du livre s'évanouirent et Lucy retrouva sa vieille explication : les nerfs. Elle "domina sa faiblesse", autrement dit, à force de manipulations, elle oublia jusqu'à l'existence de la vérité.

    Mais après tout c'est un hasard si regrettable, que l'arrivée du jeune Emerson dans les environs, dans cette villa si horrible que loue un lordillon local. Un bon, très bon livre. Non pas enthousiasmant, mais très juste, ne frôlant pas la caricature (si facile, dès qu'on parle de l'époque de la doulce Victoria au prince Albert si doté), mais donnant, je pense, une certaine image, juste, de ce que c'était. Et à quand bien même cela n'était pas, je m'en moque, le livre, lui, est juste. Donc, à lire. C'est un ordre.

  • DCCLXXII. - Incendie.

    Une partie de la maison de mes parents a brûlé : un éclair qui a fait exploser le compteur mardi, le feu courant alors dans l'entrée et ma chambre. L'incendie s'est miraculeusement arrêté seul. Merci de m'avoir pris dans tes bras quand j'ai pleuré, apprenant  que la canne de mon grand-père, qui était dans l'entrée, n'a pas brûlé.