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  • DCCLI. - « We'll always have Paris. »

     

     

    Je voudrais dire qu'à Casablanca, dans les immeubles de bureau du boulevard Abdelmoumen, des cadres font leur prière sur des papiers de paperboard, chaussures cirées posées à côté. J'aime cette image du Maroc, résumant une extrême complexité qui m'échappe encore pour beaucoup. J'ai conscience de n'être jamais qu'un électron isolé dans ce pays, protégé par mon statut d'européen et le statut fantastique de pouvoir qu'apportent mes quelques euros. Pourtant, j'ai l'impression d'avoir payé les clémentines achetées à côté de la mosquée vendredi au prix normal de sept dirhams. Mais aussi d'avoir sorti 150 dirhams pour rentrer du Petit Rocher, ce restaurant huppissime semble-t-il posé à côté de ce m'a paru être un bidonville encadré de murailles. La lenteur extrême du service permettait de profiter de l'air de l'Atlantique, et du minaret de Hassan II illuminé de vert à son sommet.

    Le Maroc est un pays que je ne vois que des bureaux ou des restaurants. À hauteur de taxi. Les immeubles du centre d'affaires encadrent de petites maisons de torchis où, sur les toits, de vieilles femmes passent la journée à étendre du linge, et les jeunes filles du centre de gestion à côté de mon bureau doivent passer de l'accent anglais à la prononciation "à la française" pour se faire comprendre lorsqu'elles disent "business unit" à leur interlocuteur.

     

    À la Sqala, derrière les canons du fortin, il y a un lait d'amandes et de dattes léger que le chat aimerait boire aussi. Cette année certainement encore je ferai des miennes pour aller au Rick's Café et jouer à Bogard. C'est un peu comme Disneyland, après tout les premiers Disney datent aussi des années quarante. Je crois bien que la dernière fois que j'étais à Casablanca, j'avais d'ailleurs mis la même citation en exergue.

    Juste avant de partir, nous sommes allés à la tour Eiffel. Étrange qu'en dix ans à Paris je ne l'ai jamais visitée. Peut-être un bon vieux reste de stupidité crasse, de celles qui exigent que tout ce qui n'est pas marbre est bon pour la poubelle. J'en suis bien capable. Nous avons pris les escaliers - personne ne les prend, tout juste quelques français - et je crois que je suis tombé amoureux de cette vieille dame de fer, et des entrelacements métalliques de ses entrailles. Comme quoi.

    Au premier étage, qui était vide car les touristes envahissent l'ascenseur pour se faire prendre en photo au second, il y avait de la neige. Nous avons couru dans la coursive, nous lançant des boules de neige, avec le délicieux plaisir de pouvoir se faire prendre. Deviner tous les bâtiments dans la grisaille n'était pas toujours facile, et les immortaliser était obligatoire. Nous avons confondu Saint-Germain l'Auxerrois avec je ne sais trop quel église, et eu du mal à repérer Beaubourg, mais ce n'est pas bien grave. Après tout, j'ai aussi vu le mont Valérien pour la première fois.

    Place Jacques Rueff, une palanquée de limousines débarquait tout une sarabande de noces japonaises en voyage organisé, filles habillées en princesse comme dans leur rêve, et jeunes mariés par paquet de six qui venaient leur ouvrir la porte, Tour en fond d'écran, pour les bonheurs des photographes qui crépitaient. Ceci, bien sûr, je ne l'ai pas vu de la Tour, je n'en voyais que les limousines garées et les flashes. Le reste, c'est quand nous avons marché vers l'Ecole de Guerre, dans la nuit qui s'installait. Nous avons préféré monter dans un kiosque à musique pour nous y embrasser.

    Car à Nantes nous nous étions dit des choses. Ça en fait, des villes.