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  • DCCXLIII. - Tapettologie.

    Manger : une choucroute accompagnée d'un stock de saucisses dont la liste serait indécente, d'un filet de dinde rôtie et de trois patates arrosée d'une bouteille de Riesling de mon pourvoyeur à l'angle de la rue de Tolbiac et d'une autre ; un camembert du crémier et un beaufort à un autre angle de la rue de Tolbiac ; un dessert au triple chocolat acheté au plus proche angle de la rue de Tolbiac ; un café dans un mug, directement sorti de la Bialetti ; deux pousse-café.

    Regarder : Priscilla, folle du désert, pour la quatrième ou cinquième fois. Se retenir violemment une larme à certaines scènes. En lâcher une triplette vers la fin.

    Le tout en même temps.

    Cherchez l'erreur.

  • DCCXLII. - "Il pleut doucement sur la ville" (Arthur Rimbaud).

    Je ne suis pas exactement sûr qu'il faille mettre cette citation à l'ordre deux (Verlaine citant Rimbaud en exergue d'une de ses romances, mais vous le savez mieux que moi, Lecteur), mais cette phrase m'est venue en marchant, pantalon détrempé par la bruine d'automne. Pourtant, cette note m'est apparue alors que je rotais mon café et la crème aux œufs sur le canapé. Démarche nettement moins glamour, certes.

    J'aurais voulu commencer cette note, d'ailleurs, par un élément plus loquace, plus grandiloquent : "Les géants, arrêtés au sommet, lèvent la tête vers les cieux, où siègent les Dieux. Les nains comme moi s'arrêtent au long de la montagne, et, sans savoir où ils vont, étudient déjà le rocher - ils ne s'inquiètent pas des nuages."

    C'est une jolie phrase, pompeuse, que j'ai pensée en passant le long d'un homme qui regardait en l'air, au sommet de quelques marches. Je devrais noter plus souvent ces phrases inutiles, un brin sentencieuses, un brin poétiques, qui me viennent parfois. J'y songe souvent, me promettant bien de les intégrer va savoir où. Parfois, j'y arrive, parfois, je sors toute une note dans l'Almanach juste pour la phrase qui y traînera, j'avoue, souvent, j'oublie.

    Tout cela parce que je philosophais sur mon canapé et sur mes hommes. Ce qui fait un peu Barbara, mais ce qui fait liste aussi, qu'y puis-je. Je n'en étais pas à les compter (ça, je le fais aux soirs mornes où j'essaie de me rassurer), j'en étais à y songer, à y rêvasser. Dans un grand élan comparatif, je me disais que j'avais eu de la chance, non sur la quantité (le moindre bambin de vingt ans d'âge a maintenant plus de conquêtes au compteur en une année que moi en une dizaine d'années d'activité sentimentale et sexuelle, et de toute manière le plus ardent hétéro en aura toujours moins, malgré ses vantardises), mais sur la qualité. À l'internationale du sexe, j'ai beaucoup aimé le genre humain ; mais j'ai eu cette chance de désirer des garçons d'une beauté inouïe, et parfois d'en être désiré en retour.

    Je ne sais si cela est dû à l'image de trentenaire bedonnant qui est la mienne, ou simplement à la plus grande confiance (ou du moins, la plus large placidité relativiste) que donnent l'expérience et le temps accumulés aux bas des montagnes où ils dévalent, mais en vérité, je vous le dis, depuis deux ans que j'approchais de la trentaine, je plaisais plus à ceux qui me plaisent. Magnifique merveille.

    Évidemment, l'attachement que j'ai pu avoir pour tel dont je fus l'amant s'est magnifié par le fait que lui aussi me désirait, était tendre, gentil - humain - et bourré d'hormones (bien sûr). Ce doit être rare, dans les circonvolutions cognitives, que l'on continue d'espérer être sympathique celui avec lequel en fin de compte on n'a jamais fait que frotter le corps, dans une rage égoïste et peu causante (et j'ai l'impression, Lecteur hétéronormé, que tu n'as pas idée de combien le sexe est facile sans sentiment et sans pour autant que l'on tombe dans ces travers de tombeur de mariage qui tronche la cousine Berthe aux chiottes, ce qui a dû être ta grande victoire certainement, simplement pour le sexe et le corps, simplement aussi pour la tendresse - ou parfois, pour se vider les couilles : on dit ça, chez les pédales). Il y en a eu, aussi, trop. Pas tant que ça sur les dernières années : mes hommes, combien j'ai pu vous désirer. C'est dommage pour nombre d'entre nous que nous nous soyons séparés, nous n'avions pourtant que de la tendresse l'un pour l'autre, rien de plus. Ce doit être dur à entendre, peut-être, pour l'hétéro de base ou pas - ou peut-être suis-je trop pédécentré dans mon propos, ici : qu'on puisse fort niquer/forniquer, s'apprécier tendrement, et disparaître ainsi si rapidement.

    Bref, voilà ce que je pensais sur mon canapé, dans les relents de crème aux œufs, et je n'étais pas vraiment content de moi. Réjoui, plutôt, de la chance que j'ai pu avoir jusqu'à présent, malgré mon célibat si pesant. J'ai bien en tête que je me contente d'ahaner au rebord du rocher, mains crispées encore aux crevasses, m'imaginant que le rebord au-dessus de moi est le sommet (que nenni).

    Au passage je voulais caser des petites phrases, elles l'ont été. M'en vais au cinéma, vous laissant méditer sur ces derniers éléments : je me surprends à regarder une émission sans intérêt juste pour tripper sur l'acteur/agent immobilier Stéphane Plaza, et je taquinerais volontiers Fred Boisnard, le guitariste du groupe Archimède. Autant finir ces hautes pensées de pédale sur des propos de tapette.

  • DCCXLI. - Lettre d'un non-lecteur.

    Un jour où je rentrerai avant 22h (aujourd'hui, j'ai poussé l'huis du logis à 23h27 précises, harassé, un brin titubant, le quart de tarte poireau-lardon maison  qui lentement bruni au frigo ayant permis de relever un peu le niveau de l'encéphalogramme par son excédent de sel - ses temps-ci, je sale un peu trop mes mets les rares fois où je cuisine, c'est étrange), il faudra que je m'interroge plus avant sur Prosper Dugommier.

    Prosper Dugommier est masseur de scroti frippés (artisanat rare mais précieux s'il en est) et a laissé non seulement des commentaires sur l'Almanach, mais m'a envoyé une carte de voeux pour mes trente ans (avec un retard accusé, mais du scrotum au cerveau il y a du temps de communication).

    Le problème est qu'avec l'écriture j'ai trois candidats possibles, et deux que m'inspirent le pseudonyme et ma mémoire de futur quadragénaire défaillant, aux phantasmes plus rapides et délirants que les circonvolutions de mon pallidum aux moments bouillonnants de mon putamen, lorsque le noyau caudé vrombrit comme une guêpe pilonnant les stores vénitiens d'une cuisine provençale en plein été).

    Diantre, cela ne va pas être facile facile. J'adore. Au moment où je me serai fixé un tantinet l'esprit, qu'il craigne, le Dugommier putatif : ça va sonner au retour du boulot. À 23h27. Pétantes.

  • DCCXL. - Lettre d'un Lecteur.

    Lors d'un échange avec un Lecteur (qu'il me pardonne s'il se reconnaît - et s'il ne souhaite pas être évoqué ici, qu'il le dise, on changera la citation pour la formulation).

    "[...] tu sembles être l'archétype du mec normal, du moins à mes yeux. Enfin pas normal j'entends sain. Tu as des passions, tu lis, tu dessines, tu penses, tu aimes, tu écris, ni trop bohème ni trop sérieux etc. Enfin le genre de mec dont la personnalité sert de modèle pour faire office de "petit copain parfait" dans les films et les séries (et je ne parle pas du cliché du petit copain parfait).

    Et d'une part en te lisant ça m'a renvoyé à ce que je suis en comparaison et la comparaison n'est pas très flatteuse à mon égard dirons nous.

    Et ensuite quand bien même je croiserai quelqu'un dans ton genre, jamais je ne serai susceptible de l'intéresser pour autre chose qu'un coup d'un soir, et c'est assez démoralisant de se dire qu'on est littéralement incapable d'intéresser les gens intéressants, faute de pouvoir leur parler de choses qui les passionne parce qu'on est soi même dépourvu de passions.
    [...]"

    Oulah.

    On va remettre les choses dans l'ordre.

    Déjà, en ce qui concerne la lecture, on recommandera à l'attention du Lecteur ce magnifique article qui date d'il y a quelques années de ça déjà et rappelle combien il ne faut surtout pas me faire confiance quand j'écris quoi que ce soit. Dans un sens ou l'autre, d'ailleurs. Des fois je dis vraiment la vérité ou je l'enjolive, des fois j'affabule carrément, et je suis le seul à savoir ce qu'il en est je pense.

    Sur mes activités, je pense que quelqu'un qui me regarderait (ou regarderait mon emploi du temps) serait désespéré d'une part par le temps que prend le travail (au moins 50h par semaine, ces derniers temps on est plutôt à 55-60) et par conséquence le champ laissé à la liberté : nul en semaine, si bien que je me contente de buller sur le  net en matant tout ce qui passe. Réduit en ouiquennede, car j'ai peu de courage et peu d'amis avec lesquels sortir. Souvent, je dors, je traîne ; depuis quelques temps je ne sors presque plus, me contentant d'alterner le ouèbe, des films et des livres au plus haut de la forme.

    Mon rôle de gendre idéal et de petit copain parfait est tellement bien accompli que je n'ai jamais eu d'histoire qui ait duré plus de neuf mois, et d'histoire qui ait duré plus d'un mois il n'y en a que deux - sans compter ce célibat forcené dans lequel je vis depuis des années. Je suis spécialisé dans les coups d'un soir (simples ou multiples) dans la mesure où certes il arrive que mon profil séduise ou intéresse, mais ce n'est jamais très long : une fois que les garçons ont vu ce qu'il en ressortait (en fin de compte, un garçon paresseux, velléitaire, collant, casanier, obsédé et goïste), ils me gardent comme ami lointain mais ça ne va jamais plus loin par la suite. Vous êtes très nombreux à m'apprécier, mais vous êtes aussi très nombreux à ne pas me rappeler, même après le deuxième SMS. Je vous rassure, moi aussi je suis littéralement incapable d'intéresser les gens intéressants.

    Tiens je vais sortir l'alcool de menthe maison pour fêter ça.

  • DCCLXXXIX. - Un p'tit revival Mistinguett et Piaf ce soir...

     




    Mistinguett, Je cherche un millionnaire, 1937.





    Mistinguett, Mon homme,
    A. Willemetz, J. Charles et M. Yvain, 1920.





    Mistinguett, Il m'a vu nue.





    Mistinguett, J'suis nature.





    Edith Piaf, Mon dieu,
    M. Vaucaire et C. Dumont, 1960.




    Edith Piaf, Padam, Padam.

     

    Note à benêt : Si je n'affiche pas l'auteur des paroles et de la musique, ni la date de création, c'est tout simplement que je ne les ai pas trouvés...
  • DCCLXXXVIII. - Rédactions d'enfance et d'adolescence : sixième.

    Rédaction du 19.06.91.

    Sujet : Sur la base de l'extrait étudié de L'Oiseau Bleu, de Maurice Maeterlinck, racontez la première rencontre entre Tyltyl, Mytyl et Matyl, leur futur frère. Expliquez comment ils découvrent qui ils sont.

    Très bon devoir, très travaillé et qui respecte parfaitement les consignes. 18/20.

    L'enfant s'approcha d'eux. Il était jeune, imberbe, solide. Dès qu'il pliait les bras, on voyait ses muscles se gonfler comme des ballons. Sa poitrine était développée, son visage était pâle, preuve de la tranquillité du sang. Un pagne était jeté sur ses reins, s'arrondissant sur ses jambes solides. On aurait dis (1) une (2) statue d'un héros des temps Gréco-Romains.

    Quand il fut à deux pas de Tyltyl et Mytyl, il étendit la main, comme un salut, puis demanda d'un ton autoritaire :

    "Qui êtes-vous ? Que voulez-vous ?

    - Nous cherchons l'Oiseau Bleu, fils du Phénix, qui nous permettrait de guérir notre voisine qui est atteinte d'une maladie incurable", lui répondit Mytyl.

    Le visage incrédule, l'enfant les regarda tour à tour puis se mit à rire :

    "L'Oiseau Bleu... mrph... Ah ! Ah ! Ah ! Mais il n'existe pas ! Ah ! Ah ! Ce ne sont que des contes ! Et les contes, ça ne dit pas la vérité !"

    Tyltyl se mit à rougir comme une écrevisse.

    "Alors, toi aussi, tu n'est (3) qu'un conte ! Et si les contes sont des mensonges, tu n'existe (4) pas !"

    En hoquetant, couché par terre, tordu de rire, l'enfant leur expliqua posément (5) :

    "L'Oiseau Bleu n'existe pas. Ca, c'est sûr. Mais, par contre, il y a le Serpent rouge qui peut guérir votre voisine. Il habite sur les Montagne sLevantezs du Couchant qui se trouvent au Nord-ouest du Sud. Là, je ne mens pas. Je le jure sur mon futur honneur, foi de prochain fils de Myltyl Maeterlinck, sur mon futur nom, Matyl.

    Myltyl eu (6) une grande lueur (7). Il avait compris ! Sans défaillir, il glissa à l'oreille de Tyltyl :

    "Tyltyl... heu... je crois que cette personne sera notre frère.

    - Hein ! Quoi ! Tu divague (8), frère (9).

    - Non."

    Ils n'en revenaient pas. Ce serait leur frère, cet enfant solide et beau, digne réplique d'un dieu romain, qui se tenait devant eux...


    Notes de l'enseignant.
    (1) Dit.
    (2) La.
    (3) Es.
    (4) Existes.
    (5) Un peu excessif.
    (6) Eut.
    (7) Mal dit.
    (8) Divagues.
    (9) Familier.

  • DCCLXXXVII. - Rédactions d'enfance et d'adolescence : sixième.

    Rédaction du 29.05.91

    Sujet : À l'aube du sixième jour, c'est le chat qui s'adresse à Dieu. Imaginez ce qu'il va lui demander, en tenant compte du caractère de cet animal.

    Bon devoir, riche et soigné, qui, malgré de petites maladresses, met très bien en scène les deux personnages. 15/20.

    Attention, vous êtes prêts ? Bon. Direction le Ciel. Nous voici dans l'atelier de Dieu le Père. Mais.. quel anomal crée-t-il ? Un museau, deux oreilles pointues, des opales comme yeux... mais bien sûr ! C'est le Chat ! (1)

    Dès que celui-ci fut créé, notre aristocrate ronronna :

    "Créateur et Bienfaiteur, je te remercie, mais, comment devrais-je vivre sur terre ?

    - Tu mangeras, tu boiras, tu croîtras."

    Le Chat miaula de déception.

    "Tout ceci est fort bien, mais je n'aurais ni bâtisse pour m'abriter, ni feu pour me réchauffer, ni coussin où me coucher, ni homme pour me donner à manger. Encore moins de chien pour m'amuser. (2)

    En étouffant d'indignation, le Bon Dieu gronda :

    "Quoi ! Toi, aristocrate, maître de toutes choses après moi, tu veux tout cela ! Tu ne comprend (3) donc pas que tu est (4) mon chef-d'oeuvre et que si je créais tout cela, tu servirais quelqu'un, c'est sûr !"

    Tranquillement, le Chat expliqua :

    "Au lieu de t'énerver, écoute moi (5). Sans cela, je risque de disparaître ! Tu sais bien que j'ai besoin de confort, de laquais. Je suis comte, tout de même !

    - D'accord, mais il ne faut pas exagérer. Tu sais bien que tu est (6) mortel, et si j'ai ouvert un Paradis, ce n'ai (7) pour acceuillir (8) des âmes aussi exigeantes que la tienne. Il ne faudra pas s'étonner si Saint Pierre voudra (9) des congés payés. Car si ça continue, toute ta race se trouvera là-bas. (10) "

    Le Chat commença à s'éloigner tristement. Puis, il revient, regardant le Seigneur d'une façon toute particulière :

    "Et si, à la place, tu me donnais le pouvoir de vivre comme je le souhaite, c'est-à-dire sauvagement, ainsi j'attendrais le moment où tout ce que je t'ai demandé apparaîtrai (11) sur terre ?"

    Le visage rayonnant de joie (comme si son auréole ne lui aurait (12) pas suffit), Dieu dit :

    "Mais oui, la voilà, l'idée ! Félicitation, mon garçon. Tu mériterai (13) le prix Nobel d'intelligence."

    Puis soupirant :

    "Ci (14) je l'avais (15) créé !"

    Puis, le prenant par les pattes, il l'entraîna dans une valse interminable qui durat (16) bien deux jours (17).

    "Mais, sans vouloir te vexer, Chat, je voudrais te demander comment tu as fait pour trouver une si bonne idée ?

    - Oh, c'est simple, il m'a suffit de regarder ton emploit (18) du temps, et j'ai remarqué que tu devais créé (19) l'homme demain."

    Notes de l'enseignant.
    (1) Bonne idée.
    (2) Oui.
    (3) Comprends.
    (4) Es.
    (5) Tiret.
    (6) Es.
    (7) Est.
    (8) Accueillir.
    (9) Présent.
    (10) Pas très clair.
    (11) Apparaîtrait.
    (12) Avait.
    (13) Mériterais.
    (14) Si.
    (15) Déjà.
    (16) Dura.
    (17) Evite les exagérations.
    (18) Emploi.
    (19) Créer.

  • DCCLXXXVI. - Les bocks de bière.

    Je me demande quand les majors en viendront à protéger les cds, pour qu'on ne puisse pas aussi les lire sur les chaînes hifi. Après tout, ce serait la suite logique du blocage des pcs, et ça ferait de jolis bocks de bière iridescents.

  • DCCLXXXV. - Avec une journée de retard.

    Je me demande comment au milieu d'une conversation sur l'article 44 de la Directive européenne relative à la réforme de la valorisation de la solvabilité des entreprises d'assurance j'en suis venu à faire un exposé sur le long bow anglais, la bataille d'Azincourt, l'avantage technologique, le gladius, la technique de combat au sein des manipules aux derniers siècles de la République romaine et la bataille de la Falaise rouge.

    Je pense qu'il faut opérer rapidement. Par ablation de la tête par exemple.

  • DCCLXXXIV. - Rédactions d'enfance et d'adolescence : sixième

    Rédaction - avril 91.

    Sujet.
    Réaliser la ouverture, en trois parties, d'un livre imaginaire. Doivent figurer :

    1. Sur la première page de couverture :

    */ Une illustration originale (noir et blanc ou couleur, dessin, photographie, etc.)
    */ Le titre du livre imaginaire
    */ Le nom de l'auteur imaginaire

    2. Sur la quatrième de couverture :

    Un court texte, de 10 à 20 lignes, destiné à inciter à la lecture de l'ouvrage : résumé, extrait, etc. Ce texte comprendra obligatoirement l'une des sept listes de mots suivantes dans son intégralité :
    */ Mardi - folie - érythrine - globe
    */ Fromage - fenêtre - psyché - affection
    */ Apprenti - maladie - chemin - bruisser
    */ Futur - arsenic - futile - cloche
    */ Palissade - accordéon - bar - affiche
    */ Sous-marin - désert - pivoine - courir
    */ Grimoire - fakir - palanquin - rose des salbes

    À réaliser sur chemise en carton souple divisée en trois non pliée.

    Pas de note ni d'évaluation.


  • DCCLXXXIII. - Rédactions d'enfance et d'adolescence : sixième

    Rédaction du 25.10.79

    N.B. Je note que sur le papier j'avais mis ma date de naissance : je pense qu'il s'agit plutôt du 25.10.90, mais rien n'est moins sûr, vu le style, qui ressemble plus à celui que j'avais en deuxième partie d'année de sixième, époque où je passais des samedi après-midi à faire des recherches dans le Bescherelle et l'encyclopédie de mon grand-père pour vérifier les détails.

    Sujet. Racontez la suite de l'histoire de Patachou, comme si vous étiez Tristan Derème, l'onle de Patachou, en imaginant que l'enfant, au cours de la visite du château, s'attend à trouver la Belle au bois dormant. Il vous pose, à vous, son oncle, plusieurs questions imprécises, ambiguës, qui laissent peu à peu deviner son erreur. À la fin, il explique la confusion qu'il a faite.

    Excellent devoir, riche, travaillé, intéressant. Tu as tiré un excellent parti de ce sujet difficile. 19/20.


    "Le prince épousa la Belle au bois dormant et ils eurent beaucoup d'enfants."

    Je venais de finir mon histoire. J'annonçai à Patachou, mon neveu, que nous allions visiter le château de Chambord. Comme nous étions à Maslives, à une demi-journée de marche, je décidais (1) que nous y irions à pied.

    Le lendemain, après quatre bonnes heures de marche, nous arrivions enfin à Chambord qui dessinait dans le ciel ses drapeaux et ses tourelles fines et luxueuses. Patachou, voyant le superbe bois qui entourait le palais (2) me demanda :

    "C'est ici ? C'est vraiment ici ?

    - Mais oui, mon enfant, c'est ici."

    Nous entrâmes dans le château. L'intérieur était magnifique : des fresques dessinaient les personnages de l'Antiquité, des statues nous regardaient de leur doux regards ou d'autres étendaient le bras d'un geste protecteur. Les voûtes s'élançaient, gaillardes et magnifiques, vers le ciel, les murs blanchis répercutaient la lumière d'une incroyable clarté, et les peintures faisaient des taches sombres sur tout cet assemblage, véritable défi pour les lois de la pesanteur (3) . Que n'eus-je (4) donné, moi, pauvre poète, pour habiter dans la demeure des Rois de France !

    Pendant que je racontais à mon neveu l'histoire de chaque pièce, lui, regardait partout d'un air émerveillé et attentif. Il n'arrêtait pas de se poser des questions de plus en plus confuses :

    "Où est-elle ? va-t-on enfin y arriver ?"

    Nous montâmes le grand escalier, entrâmes dans la salle des gardes où des piquiers suisses de cire étaient rangés en haie, l'hallebarde (5) sur l'épaule et regardant le passé de leur mieux (6). Patachou ne fit qu'y passer, (7) il se rua dans la pièce suivante en criant :

    "Vite, tonton (8) ! Dépêche-toi ! Je veux la voir tout de suite ! Tu crois qu'elle sera blonde ?"

    Nous passâmes ainsi en trombe dans les chambres suivantes, sans daigner voir les gentilshommes embrassant, dansant ou parlant avec leurs dames ; nous ne saluâmes même pas de la tête Charles VIII et Anne de Bretagne qui, entourés d'une foule de courtisans impassibles, se mariaient (9) . Patachou me demanda d'un air anxieux :

    "Tu sais, tonton (10) , je m'inquiète, car au bout de cent ans, ça se peut qu'elle soit laide comme une sorcière !"

    Nous entrâmes dans la chambre à coucher de Sa Majesté le Roi. Il fonçat (11) vers le lit à baldaquin, (12) qui était recouvert de pourpre et d'or. Il arracha les draps, fouyant (13) partout, ne trouvant rien - à (14) si ! une bonne fessée du gardien. À la sortie, me tenant d'une main et tenant de l'autre son derrière rougit (15) par la punition, il me dit d'un ton pleurnichard et coléreux :

    "Tu sais (16) tonton (17) , je crois que tu t'ai (18) moqué de moi. Je croyais que tu m'emmenais voir la Belle au bois dormant et que je la révayerait (19) , et puis ensuite tout le monde vivrait, alors elle m'aurait offert de la pâte à chou en remerciement (20) ."

    Notes de l'enseignant.
    (1) Temps.
    (2) Virgule.
    (3) Très bien.
    (4) que n'eussé-je.
    (5) la hallebarde
    (6) Bien.
    (7) Point-virgule.
    (8) Non !
    (9) Bien.
    (10) Mal dit.
    (11) Mal dit.
    (12) Pas de virgule.
    (13) Fouillant.
    (14) Ah.
    (15) Rougi.
    (16) Virgule.
    (17) Mal dit.
    (18) es.
    (19) !!!
    (20) Idée intéressante pour la conclusion.


  • DCCLXXXII. - Rédactions d'enfance et d'adolescence : sixième

    Rédaction du 27.03.91

    Sujet : Imaginez un récit à chute. L'histoire que vous racontez devra être prise dans la vie quotidienne et être différente de celles qui ont été proposées comme exemples en classe.

    Hum ! Ce n'est pas très moral, ton histoire - sauf à la fin ! Enfin, il n'était pas interdit d'être coquin, dans ce sujet... ! Et de toute façon, c'est très bien raconté, dans un style très soigné ! Consignes suivies. 18/20.

    Quand j'entrais (1) à l'école primaire, je n'eus vraiment pas de chance. Je reçus comme (2) maîtresse Mademoiselle Aszbenazy, directrice et terreur des enfants. Elle avait un front plat, fuyant, des yeux globuleux, un nez en bec d'aigle, des lèvres flasques, un chignon sur la tête et des doigts crochus qui n'avaient pas vus le coupe-ongle (3) depuis un siècle - au moins.

    Un jour, dans la cour de récréation, Marius, qui était mon meilleur ami, m'apostropha en ces termes :

    "Té ! César ! Dans un mois ce sera Mardi-Gras. Et si on faisait une blague à Aszbenazy ?"

    L'idée me parut excellente et j'acceptais tous (4) de suite.

    Nous conquîmes tous (5) le monde à notre projet et nous créâmes l'ABMA (Association de la Blaque pour Mademoiselle Aszbenazy). Pendant un long mois, nous cherchâmes des farces, mais toutes devaient certainement rater car soit il fallait des allumettes soit c'était trop cher.

    À force de chercher, nous ressemblions tous à la maîtresse. Enfin, le 11 février, Victorien arriva dans la cour en courant. Nous frémîmes de peur car nous craignions que la directrice ait tous (6) découvert. Mais... je rêvais ? Mais non ! Oui, il avait l'idée, oui, elle était praticable, oui elle ne coûtait rien ! Il suffisait d'apporter une lime et des boules puantes !

    Le 12 février, jour de Mardi-Gras, tout était prêt : le pied de la chaise avait été limé, les boules posées. Il ne nous restait lus qu'à attendre. Mademoiselle Aszbenazy arriva. Mais... elle était enrhumée. En vitesse, Marius enleva les fragiles sphères de verres (7) qui était sous le bureau de l'enseignante car ne nous voulions pas en supporter l'odeur alors que notre ennemi ne le pouvais (8) pas (9) . La journée passat (10) . Orthographe, math, histoire... s'égrennaient (11) sous la voix monocorde du professeur - sans qu'elle s'asseyat (12) pour autant ! Les coeurs palpitaient, les bouches écumaient. Elle s'approcha de la chaise. Les yeux lançaient de désespérées suppliques (13) . Elle tira la chaise. Les cerveaux priaient intérieurement. Elle s'assit. Vlan ! D'un seul coup ! Et... resta assise.

    Notes de l'enseignant.
    (1) Temps.
    (2) Mal dit.
    (3) Temps.
    (4) Tout.
    (5) Tout.
    (6) Tout.
    (7) Verre.
    (8) Pouvait.
    (9) Pas très clair.
    (10) Temps.
    (11) Orthographe.
    (12) S'assît.
    (13) des suppliques désespérées.

  • DCCLXXXI. - Liste de lectures.

    i. Petit Déjeuner chez Tiffany et autres nouvelles, de Truman Capote. Ce n’est pas le premier livre de Capote que je lis ; j’avoue que mon jugement reste encore suspendu : j’ai un peu l’impression qu’il ya quelque chose dans son écriture qui est suspendu, justement, comme on abouti. Ou comme si à chaque fois Capote avait entendu quelque chose et l’avait figé, derrière une glace, sans que je le comprenne. Dans cette histoire de midinette dont les aspects troublent progressivement la vie tranquille de son voisin (narrateur étrangement indifférent au charme de Holly) jusqu’au moment où ce qui l’entoure de présent devient prégnant et surgisse comme un fond qui remonte à la surface, on voit la trace du souvenir : le narrateur se souvient, le narrateur se rappelle. Mais à quoi bon ? Peut-être est-ce mon fait, aussi : je n’anticipais que ce n’était qu’une nouvelle, et je croyais que celle qui suivait était le deuxième chapitre du Petit Déjeuner, un peu comme si du souvenir on allait verser dans le retour de Holly. Que nenni : le petit déjeuner se finissait, on passait à l’histoire suivante. D’où rupture, rappel à la réalité, sentiment d’avoir été dupé par ses propres attentes – et à y bien réfléchir le Lecteur fait certainement ce défaut d’attendre d’un livre, et du coup de lui en vouloir de n’avoir pas répondu à ses attentes. Eu. Damned. Mais bon, eu… Est-ce que se faire avoir par Capote vaut le coup, tant que son écriture ne m’emballe pas plus que cela. Ah, si, la nouvelle Un Souvenir de Noël, avec sa nostalgie et sa description de cette petite vieille grand-mère enfantine. Oui, tout est poli chez Capote, recherché. Trop, peut-être, pour moi, qui le lit dans le métro.


    ii. Lexique des règles typographiques en usage à l’Imprimerie nationale. Parlons sérieux, après l’ironie douce-amère de M. Capote. Voilà un petit fascicule que j’avais envie de m’offrir depuis un temps – depuis que j’avais lu et relu les articles sur Wikipédia et sur la typographie ou l’histoire de l’imprimerie. Encore de ces sujets que je compulsais gravement, petit, les deux tomes du Larousse 1934 de mon grand-père me faisant des traces sur les cuisses. Bref. Les règles de typographie : la bible de Gutenberg et de ses fils, en somme. J’ai failli forcer tous mes assistants à l’acheter, et j’y parviendrai, n’était leur incurie crasse à reconnaître leurs erreurs magistrales en terme de pagination, contre laquelle je me bats régulièrement dès qu’il s’agit de rendre un rapport ou un petit memorandum. C’est que Charles-Édouard n’entrave pas le principe de la justification de la casse à gauche et à droite, tandis que Philippe-Ernest ne conçoit pas l’uniformisation des titres. Si le Lexique ne se trouve pas chez tous les bons libraires (ils n’existent plus, ma brave dame), celui-ci doit pourtant se trouver dans toutes les bibliothèques, bonnes ou pas. Enfin j’ai pu comprendre la numérotation des arrondissements et des armées dans les livres d’Histoire, éclaircir les titres d’ouvrages et l’art de la ponctuation et des choses aussi simples que l’agencement d’un paragraphe. Cela semblerait bourrin, dubitatif et peu miséricordieux Lecteur, si je ne pouvais affirmer que la moindre de tes lettres (et je ne parle pas de tes textos) contient à elle seule de quoi faire mourir le premier ouvrier typographe venu. Conclusion : ça s’achète, ça se lit et on me fait pas chier. Surtout pour une dizaine d’euros.


    iii. La République, 1880-1932, de Maurice Agulhon. Diantre, que cela fait du bien de se rappeler sa vert jeunesse, non celle où j’errais parmi les chevau-légers à l’Assemblée que régissait ce petit Monsieur Thiers (homme qui non seulement nous a laissé après les massacres de ..la Commune.. une République, ce qui montre malgré tout une certaine notion pratique du goût, ce que ne confirmerait cependant pas l’hétéroclite de sa collection qu’il légua au Louvre et qu’on peut voir dans le pavillon des objets d’art, à l’exception, trouvé-je, d’un saint Sébastien d’ivoire un brin tourmenté pour pas dire exhibitionniste, mais dont la finesse de travail – notamment au niveau des mains – et un prouesse technique admirable que seul l’ivoire permet), mais où j’étudiais les arcanes de ..la Troisième.. (pas ..la Guerre.. punique, incultes ignares, mais ..la République.., celle qui commença pour devenir une monarchie et s’essouffla dans les chrysanthèmes d’Albert Lebrun) dans l’optique inespérée et lamentablement ratée d’entrer à Ulm (non, dégénérés cérébraux primesautiers, pas la victoire napoléonienne ou la ville, il s’agit d’une métonymie désignant par la rue parisienne l’école normale supérieure, celle où l’on trouve des barbus et des livres vénérables narrant le quotidien d’abbayes du XVII° dans la bibliothèque ainsi qu’une édition assez intéressante des Fleurs du mal que j’eusse volontiers chouravé si la honte ou la peur du gendarme ne m’avait pas retenu dans mes ébats), bref ce livre fait du bien. D’autant plus qu’Agulhon a la parenthèse intéressante – j’ai tout particulièrement apprécié sa comparaison entre Herriot et Laval, fondée sur le port de la moustache et la coupe des cheveux, entièrement éclairante sur le caractère des personnages quoi qu’on dise et blague mise à part – et qu’il a cette intelligence admirable de cesser son premier tome non pas avec ....la Grande.. Guerre.., mais au tournant du Mur d’argent et des changements dans les équipes dirigeantes lors des années trente. Foutriquet et palsambleu, pourquoi ne l’ai-je pas lu il y a dix ans de cela ? Peut-être eussé-je compris alors ce magnifique sujet, que je soumets à votre sagacité, Lecteur : « ....La Troisième.. République.. et l’arbitrage des intérêts particuliers. » - sujet de l’année 1999, auquel je n’ai toujours rien compris. Intérêts privés, encore. Mais intérêts particuliers !


    iv. Comme un roman, de Daniel Pennac. C’est bien le seul Pennac que j’ai lu à ce jour, bordel de nom de moi. Il conviendra que je m’essaie aux messieurs Malaussène. Ici il s’agit d’un essai, où l’on essaie d’être intelligent pour discuter de l’art de lire et des droits du lecteur. Rien de bien original, d’autant plus que le plan glisse subrepticement de l’apprentissage de la lecture et du goût de la lecture durant l’enfance et l’adolescence à la responsabilité professorale pour s’achever sur les droits du lecteur. Cependant c’est bien écrit, agréable – ça se parcourt en un jour dans le métro – et les idées si elles ne sont pas révolutionnaires sont au moins plaisantes. A retenir cependant le résumé de Guerre et Paix (« c’est l’histoire d’une femme qui aime un homme et en épouse un troisième », magistral !) et la scène du prof qui lit le début du Parfum à sa classe : qui n’a pas eu envie d’avoir un prof comme ça ? Un brin démago comme thématique, mais c’est vrai que…


    v. La Nausée, de Jean-Paul Sartre. Ayé, j’ai lu du Sartre. Ô miracle. Ce n’est pas aussi mauvais que je me l’imaginais : forcé de m’entendre seriner qu’il fallait ab-so-lu-ment avoir lu Saaaaartre adolescent, je suis sujet à des chocs anaphylactiques dès qu’on me parle de bidon de ferraille à Boulogne-Billancourt. Cependant, j’aurais un avis mitigé sur l’affaire Roquentin. Le début n’est pas inintéressant ; la description mezza voce de cet univers un peu miteux des bars où l’on sent le costume élimé et crasseux au coude, les odeurs de rôti pas très frais et les relents des toilettes, donne envie. Les passages sur la nausée, avec cette majuscule nauséabonde pour pas dire complètement cuistre, laissent sur la faim, surtout lorsqu’on a lu William Styron et son autrement plus percutant (et court !) Face aux ténèbres. Les délires philosophiques lâchés comme une fiente de poule sur un œuf lassent un tantinet – il ya d’autres moyens de déclarer la notion de nausée, de dégoût, de tædium vitæ et tutti quanti (pensez à Bartleby, zut !). Les scènes finales avec ce pauvre autodidacte (le grand discours avec l’autodidacte supposé être là pour supporter les quatre vérités de Roquentin et faire face au dégoût de la vie – Le Loup des mers est déjà passé par là, merci – et la découverte de l’homosexualité dans la bibliothèque) alourdissent plus le tout qu’autre chose. Bref, j’ai eu l’impression de lire un collage de romans déjà lus, sans grande nouveauté. Y’a du bon, mais faut revoir la copie et couper là-dedans.


    vi. Malatesta, de Henri de Montherlant. Vu qu’au moment où j’écris ce paragraphe je viens de finir de revoir la seconde saison de Rome, avec ce moment un tantinet glorieux du triomphe de César Auguste sur l’Égypte et cette Déjanire, cette Phrynée, cette débauchée de Cléopâtre et le non moins félon et traître aux mœurs romaines de Marc-Antoine, vous m’excuserez d’être un tantinet lyrique sur les bords. D’autant plus que Malatesta, quand on y regarde, est baigné de cette culture. C’est un soudard, un reître accroché à ses trois villages de Rimini et à son bout de mer, qui s’emporte pour un rien et veut d’un moment à l’autre, pour une vétille, aller à Rome et poignarder le pape de sa main. Un cœur d’enfant dans la maniaquerie d’un condottiere, cultivé cependant et d’esprit fin. Un vrai paradoxe, ce Sigismond-là. Je l’ai bien aimé, en un sens – le type qui cherche toujours et pour lequel rien ne se passe comme il le souhaite : il veut tuer le Pape, chevauche des nuits et des jours pour parvenir devant la mule du Pape déterminé et les yeux injectés de sang et finalement s’écrouler en larmes en demandant pardon de son intention. Son astre alors s’incline sur les cieux, et le Pape lui ayant offert une retraite dorée pour le maintenir mieux sous contrôle, il décline lentement. Et s’il revient en vacances à Rimini, auprès de ses terres et de sa chapelle, c’est pour mourir empoisonné. Magnifiquement tragique, désespérément ridicule. Médiéval imbibé d’antiquité en mosaïque mal digérée. Bref, ce Malatesta je m’y suis un brin reconnu, et c’est mal de s’identifier aux personnages, c’est une chose à ne jamais faire, pour apprécier un livre. S’identifier aux personnages, c’est le crime de bovarisme. Et il n’y a rien de plus risible que le bovarisme, ah ah ah. C’est tellement simple et de bon ton en un sens de rire de la vieille Emma, et après tout elle l’a bien cherché, non ? Je dirais même que ça sent un tantinet le sentimentalisme bon marché, le roman de quai de gare, les SAS et autres de Villiers. Et ceux qui se gobergent des excellentissimes ouvrages de madame Angot, qui ne raconte en rien des bassesses sentimentales mais les avatars d’une femme dérangée selon une plume à faire frémir Virgile et Homère, conspuant l’inutilité servile de ces romains prescrits à la chaîne dans les librairies du métro et non dans les boudoirs germanopratins, où l’on baise le médecin aux yeux bleus plutôt que le Bruno hip-hoppeur sarkozyste, ont certainement raison. Cela va se soi.


    vii. Plaisir d’humour, de Alphonse Allais. Ce sont des choses amusantes ou plutôt souriantes que les textes d’Allais. En entendre autant parler par les Papous dans la tête à l’époque où je me levais tôt le dimanche pour repasser le stock de chemises hebdomadaires donne envie toujours d’en prendre un peu lorsqu’on en trouve chez son bouquiniste préféré (un havre de luxure, où le problème est de s’arrêter de creuser lorsqu’on tombe sur un filon, et l’on quitte la queue devant la caisse en voyant un stock de Jules Verne dépasser d’une caisse, pour revenir les bras chargés d’une deuxième pile de poches et qu’en plus en me voyant désespéré le patron des fois me fait un ou deux bouquins à 50 cents, ce qui me laisse accroire que je pourrais négocier sans problème aucun des achats de Kalachnikov dans un souk à Téhéran), ce que je fis donc. Pour être honnête, je n’en ai pas gardé un souvenir particulier. C’est un peu comme ces gâteaux que l’on mange et dont on ne se souvient pas du goût (les gâteaux américains, avec leur sorte de mousse légère qui a toujours le même goût, quelle qu’en soit la couleur). J’ai dû le reprendre sur le bureau où les livres non encore racontés poirautent à côté du PC et le feuilleter pour que quelques histoires m’en reviennent à l’esprit. C’est dire. Bref, c’est léger, doucement drôle et incongru, mais pas à la hauteur des espérances que je lui avais confiées. Sauf une, peut-être, vraiment tragique, vraiment marquante : Lex. L’histoire d’une mère dont le bambin est atrocement malade et que seul des bains d’eau de mer peuvent guérir ; sauf qu’un pandore, pour des raisons légales obscures, interdit à la désespérée de puiser quelques seaux dans le vaste océan – jusqu’à ce que folle de douleur elle coure en portant son enfant mort, entrant en furie dans la mer.


    viii. La Reine morte, de Henri de Montherlant. Ah mais diantre, pourquoi ne nous parle-t-on pas de Montherlant à l’école plutôt que de nous seriner mille et mille fois avec Racine et Corneille ? Certes, je ne doute pas que Racine et Corneille n’auraient rien été sans Montherlant, ou l’inverse, mais c’est vraiment dommage qu’on l’oublie autant. Son roi du Portugal est une crevure magnifique. Son prince héritier un niais décati, lâche, imbécile, qui prend à peine un sursaut de grandeur et de majesté lorsqu’il ne court plus de danger. On n’est plus chez le Cid et ses stances délirantes, on n’est plus dans les colères séniles de vieillards pathétiques qui entraînent l’univers dans le carnage et le chaos pour des histoires de soufflets de lauriers gagnés dans les vertes années sans rage ni désespoir. Là, on est dans un palais sombre, où le cadavre est bien là et pue vraiment. Où les squelettes ne sont pas dans les placards mais traînés à pourrir pour qu’on leur pose sur leur crâne dégarni les couronnes qu’ils n’ont pas eu de leur vivant. Il s’agit de raison politique, de noirceur et de cruauté, de cette vraie violence qui s’impose sur les autres pour des raisons de calcul. Ah, quel salopard, ce Ferrante ! Mais quel salopard ! Parfois il semble se laisser fléchir, vaguement attendrir, par les soubresauts de l’agnelle Inès qu’il tient sous son couteau, et qui fait l’innocente mais ne l’est pas tant que ça lorsqu’on y regarde un peu. Elle aussi joue. Elle aussi a une forme de cruauté, avec ses grands yeux clairs qui essaient d’amadouer le monstre avec son petit ventre rond. Salope. Une vraie traînée en plus, de celles qui se donnent dans les mariages morganatiques, de celles qui espèrent que leur ventre sera leur pouvoir, en un sens. Mais moins tragique, car plus lucide et plus ouverte au monde que l’autre connasse d’Infante, une sale gamine pourrie-gâtée jusqu’aux dents, geignarde, criarde, réclameuse et en fin de compte tout aussi élégante qu’une harengère des Halles. C’est vraiment un univers sombre, que je vois tout juste troublé par les lampions de quelques chandelles, avec des recoins de fenêtre creusés dans des murailles épaisses de plusieurs mètres. Ah que ça pue ! Ah, que c’est bien !


    ix. La Conjuration des imbéciles, de John Kennedy Toole. J’avoue que c’est une relecture. Je suis donc enclin, pour la partie commentaire, à vous renvoyer à l’article de juillet 2004 qui y fait référence (je vous souhaite bien du courage, les versions archivées de mes almanachs s’arrêtent à décembre 2005), si vous le trouvez, vous. Je ne pense pas que mon jugement ait beaucoup changé depuis, dans la mesure où (1) ça reste un chef-d’œuvre monumental d’écriture, de style, de drôlerie noirâtre et clownesque et (2) je le relis. Vous pourrez noter, Lecteur, qu’au vu de la pile de livres qu’il me reste à lire – entre la vingtaine que j’ai achetés et qui n’ont pas encore été ouverts et l’infinité dont je n’ai pas encore conçu l’existence – la simple relecture d’un livre montre la considération que je lui accorde et le plaisir que j’ai à le fréquenter. C’est un peu comme les amants, en somme : c’est agréable de les renouveler pour découvrir les joies de nouveaux corps et de nouvelles formes, mais ce n’est pas messéant au contraire de revenir vers quelques amitiés pour se lover contre elles le soir sur le canapé, et les embrasser plus tendrement. Quoi, vous ne l’avez pas lu ? Vous ne savez même pas ce que c’est ? Vous êtes impardonnable, et vous méritez qu’on vous fouette les parties honteuses jusqu’à l’évanouissement.

     

    x. Nos Voisins du dessous, chroniques australiennes, de Bill Bryson. Ce n’est pas un roman, ce sont plutôt des chroniques de quelques voyages faits par Bill Bryson en Australie, ce pays étrange perdu là-bas, tellement perdu qu’on ne sait pas grand-chose de lui sorti du fait que sa capitale n’est pas Sidney et qu’à Sidney on fait du surf et de l’opéra. C’est une somme de connaissances ludiques et inutiles, comme l’histoire de cette expédition qui un jour du XIX° siècle est partie de Sidney pour tenter de traverser les montagnes et qui était si longue qu’elle mit deux jours à défiler entièrement aux portes de la ville ; ils avaient pris de tout : des meubles, des moustiquaires, des canapés et des divans, même du rhum pour mettre dans le café, bref tout ce qu’il faut pour être un homme civilisé dans les lieux les plus terrifiants et les plus durs de la planète… s’ils avaient pensé à prendre de l’eau et de la bouffe. Sont vraiment bizarres les explorateurs australiens. De toute manière ça a l’air d’être un pays invraisemblable, où l’on se perd pour des riens, mais où l’on voit aussi jaillir en titubant un mec hilare, portant une pépite de 40kgs qu’il a trouvée comme ça, posée sur le sol. Un pays fait de miraculeux micro-climats et profondément, entièrement dangereux jusqu’à la moelle, où la moindre araignée a suffisamment de venin pour buter toute la population d’une petite ville à elle seule. Charmantes bébêtes. Je crois que ça m’a donné des idées pour mes prochaines vacances. Reste plus qu’à trouver quelqu’un qui veut faire de la voiture avec moi à l’autre bout du globe.

     

    xi. Larousse universel en deux volumes, A-K, édition de 1922. Cela doit faire étrange au Lecteur de voir cet ouvrage trôner ici. Il a son importance cependant : c’est l’encyclopédie de mon grand-père, et c’est là-dedans entre autres que j’ai appris à lire. Je ne vous raconte pas les après-midi d’enfance avec ce volume (et son petit frère, L-Z, mais je l’ai pas encore récupéré) qui me sciait les cuisses et à le parcourir. C’est une encyclopédie ancien format, de celles qui mélangent les noms communs et les noms propres, avec plein de gravures partout. Il y a des planches de reproductions de toiles célèbres, en noir et blanc mais en photo (imaginez ! en 1922 !), qui sont à la base de mes connaissances de peinture. Il y a même des partitions, lorsqu’on se demande comment se chante l’Internationale ou l’hymne américain (avec, chose admirable, le texte sous les notes… en français), des détails pratiques… une somme comme on en imagine plus, et des informations qu’on ne trouve plus. Il y a aussi un parti pris troublant parfois. Par exemple, l’article Grande Guerre : « La cause de cette guerre a été l’ambition de l’Allemagne, qui, en réclamant sa « place au soleil », entendait asseoir sa domination sur tout le globe terrestre… ». Tant pis. Ce n’est pas ailleurs que je trouverai un portrait du général Dragomirov. Ou, tout simplement, coincé à sécher entre les pages, une fleur de pensée posée là par mon grand-père. Régulièrement il en mettait dans les lettres qu’il nous envoyait.

  • DCCLXXX. - J'ai du retard.

    Le Lecteur aura remarqué que l'Auteur a sacrément du retard dans la Narration. Pas plus que l'Etat français dans le règlement de sa dette, mais c'est tout comme. L'Auteur devrait envisager de parler d'une dizaine de livres lus sans compter les bédés et les petits enfants, de quelques litres de bière, d'un peu moins de vin, de ce qu'il arrive aux rideaux dans les salles à manger néerlandaises et du sort des bracelets de caoutchouc qu'on distribue aux entrées des soirées privées pour cadres à Myrtille, du Titien et de ses frottis magnifiques et de la comparaison regrettable qu'on pourrait faire avec Tintoret, de ses yeux, du Rijsk Museum qu'il n'a pas vu, de la Mer du Nord qu'il a vu, des messages qu'il ne reçoit pas, du temps qu'il fait, de la merveille des yeux rougis par la chirurgie, des cimetières de lunettes et d'autres choses encore comme les barbus dans les bars, l'art de dormir avec des lunettes, le soin que l'on peut avoir à faire pousser des Mickey au coin des slides dans les banlieues obscures qui s'assoupissent le long des voies rapides au son de la climatisation pendant que les relents d'égout se marient au fragances de viande cuite issues de la cantine qui ont marqué la chemise d'un relent putride et un tantinet caramélisé.

    De toute manière, le Lecteur n'est pas con, et sait à la longue que sur tout ce teasing j'en décrirai in fine à peine la moitié, ores donc...