Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

  • DCCLXXIX. - Vantardise.

    Situation : un centre de conférence quelque part dans la banlieue d'Amsterdam, sans les marins qui boivent, avec une mer du Nord dont les tankers dessinent de charmants festons à l'horizon des hôtels 5 étoiles. Des cadres sont dans une salle, et doivent faire un jeu de rôle : un observateur, un conseillant, et un conseillé qui vient exposer un problème et espérer des solutions, des suggestions. Le sujet est libre, on parle souvent de problèmes professionnels. De toute manière, l'important est d'étudier l'interaction plus que le contenu même de la conversation.

    Je crois que ma conseillère a ouvert de très grands yeux quand je lui ai dit que je vivais un drame familial, dont elle avait peut-être entendu parler dans les journaux. Une histoire très triste, liée à la mort de mon père lors d'une sieste, et du mariage qui a suivi ensuite entre ma mère et mon oncle. Ce qui faisait que mon oncle héritait de la couronne. Je savais pas trop quoi en penser, mais mon meilleur pote, Horace, me prétend que c'est pas une mort naturelle.

    Silence terrifié en face. Et dire qu'au début je comptais lui sortir le Roi Lear.

  • DCCLXXVII. - Aux croisées des chemins.

    Nous avions bu un verre avec celui-ci il y a combien d'année. Alors, il finissait une thèse, et c'était aussi une fin d'été. Nous avions bu ce verre pas loin d'Odéon, dans une rue pavée. Il faisait presque frais, je crois, dans cette fin d'été. Les tables étaient de guingois sur les pavés, je brossais du revers de la main des miettes de cacahouètes sur le métal de la table. Pour dissimuler ma gêne sûrement. Je me souviens avoir noté la cicatrice de l'anneau à l'oreille, et le point de beauté, assez épais, sous l'origine de la lèvre, un peu à gauche. Il avait des paupières épaisses qui lui donnaient un air doux. son blog à l'époque m'avait touché, c'est ce qui avait été à l'origine des échanges. Il y parlait de ses débuts plein de gêne, et de leur cicatrice. Il marchait dans la rue, avec quelqu'un, pelotonnant le froid du col dans sa main.

    Nous n'avons jamais bu de verre. Je lis ses très rares articles, écris d'une plume qui m'est très-précieuse. Je sais de lui qu'il joue parfois du violoncelle, et qu'il est beaucoup dilettante. Il semble avoir la beauté qu'avaient les pharaons aux hautes pommettes. Il était ce soir à la devanture d'un bar, fumant avec une amie. Il est plus petit que ce que j'imaginais : il fait ma taille.

  • DCCLXXVI. - À un corps de la gloire.

    J'apprécie beaucoup ce chanteur : ses textes sont d'une grande poésie, sa musique est plutôt d'un arrangement original ; je le trouve très beau, en plus, ce qui n'ôte rien.

    À l'avoir vu sur scène encore récemment, je me demandais toujours s'il en était. Enfin, ceci est un artifice rhétorique, dans la mesure où l'expérience finassière et la recherche pavlovienne des indices du tout venant exercée à son égard n'infirmaient déjà pas l'hypothèse.

    Je viens de coucher avec l'un de ses ex : j'ai ma réponse.

    Cependant, je me demande ce qui est le plus lamentable : plastronner ainsi, comme ceux qui clament tout content qu'ils ont croisé la belle-soeur du cousin de telle célébrité, me vanter d'avoir encore connu des bras, ou en fin de compte parler sur la place publique de ce qui relève de l'intime d'une personne (publique ou pas).

    Révélation : il ne s'agit pas de Johnny Halliday.

  • DCCLXXV. - Rédactions d'enfance et d'adolescence : sixième.

    Rédaction du 13.09.1991 - 6e2.

    Sujet : Imaginez la suite du texte Cadeau d'anniversaire de Léon Tolstoï. Commencez votre rédaction à "J'en trouvais une rédigée en russe et qui me charma". Finissez votre devoir par la phrase "Enfin prêt, mon cadeau à la main, j'entrai, en compagnie de Volodia et de Karl Ivanovitch, dans le salon où nous attendaient mon père et ma grand-mère." Attention : la mise au point du  cadeau (poème... ou autre !) doit occuper l'essentiel du devoir. Ne pas tourner la difficulté par des péripéties inutiles.

    Ton enthousiasme t'emporte parfois un peu loin... mais enfin, il y a aussi les bons côtés de la chose... Du reste, tu traites exactement le sujet. De bonnes idées. Attention, tout de même : souvent, on trouve des passés simples du premier groupe en "-is" !!! 16/20.

    J'en trouvais une, rédigée en russe et qui me charma. Mais, malheureusement pour moi, cette poésie qui me plaisait tant, parlait du monde et non de ma chère grand-mère. Contrairement à mon désir, les Muses ne vinrent pas encore à mon secours. Voudrait-il (1) bien que je la modifie ? Oui, il le fallait, isnon monsieur mon père serait vraiment déçu de(2) moi. Mais j'eus beau me fouiller le crâne(3) - comme disait feu monsieur mon grand-père(4) - je ne trouvis(5) rien qui put(6) la modifier, malheureusement.

    Cette nuit(7), alors que le monde dormait, je fis un tel bond que je touchais le plafond(8). Oui, je tenais l'idée prodige ! De la nuit, je ne us dormir, tellement j'étais heureux. J'allais tout simplement et purement changer les sujets de la poésie par "Ô ma grand-mère, Vous, Ô mieux-aimée...". Puis, je pensais à l'étonnement des miens qui croiront(9) que je l'aurais faite moi-même - sauf Karl Ivanovitch qui, peut-être, reconnaîtrait une de ses poésies - mais il se tiendrat(10) coi, je lui ferait (11)promettre le silence.

    Le lendemain, j'en fis un brouillon, puis un autre, encore un autre, jusqu'à ce que je trouvis(12) la véritable, la bonne poésie. Je fis corriger par mon précepteur les fautes de grammaire. Je peux vous affirmer qu'il ne reconnaissait même pas sa poésie et qu'il était vraiment étonné de(13) moi ! Puis il me donna quelques conseils. Je courus à ma chambre, (14)sans bousculer une ou deux femmes de chambre et je me mis à réécrire la poésie sur un autre brouillon, sans faire de ratures. Enfin, je la recopiait(15) sur une belle feuille pour les lettres(16), toute blanche.

    Qu'en j'eus finis, je fis un cadre qui entourait ma poésie. Et, à l'extérieur de ce cadre, je mis des oiseaux, des arbres, des fleurs, des chevaux... encore mieux les uns que les autres(17). Puis, tout en haut, à l'endroit le plus voyant(18), je dessinais(19) le visage de ma chère et vénérée grand-mère, toute souriante. Voyant qu'il restait encore de la place, je rajoutis(20) le mien, celui de Volodia, à vrai dire celui de toute la famille. Moi-même, j'hésitais à dire lequel des visages, le dessin ou le vrai, était le plus vivant. Enfin prêt, mon cadeau à la main, j'entrai, en compagnie de Volodia et de Karl Ivanovitch, dans le salon où nous attendaient monsieur(21) mon père et madame (21)ma grand-mère.


    Notes de l'enseignant.
    (1) Mal dit.
    (2) par.
    (3) Très mal dit.
    (4) Non ! Le grand-père de Nicolas ne parlait sans doute pas ainsi.
    (5) Trouvais.
    (6) Subjonctif.
    (7) -là.
    (8) Excessif.
    (9) Croiraient.
    (10) Tiendrait.
    (11) Ferais.
    (12) Encore !
    (13) Par.
    (14) Non.
    (15) Recopiais.
    (16) Mal dit.
    (17) Mal dit.
    (18) Mal dit.
    (19) Temps.
    (20) Oh !!!
    (21) Non. C'est trop.

  • DCCLXXIV. - Rédactions d'enfance et d'adolescence : sixième.

    Rédaction du 16.01.1991 - 6e2.

    Sujet : À la manière de Samivel, racontez une courte aventure analogue à celle du petit caillou, en personnifiant (discrètement !) un petit objet : élément de la nature (fleur, feuille morte, etc.) ou objet fabriqué (pièce de monnaie, clé, bonbons, gomme, bouton, etc.)

    Quelques fautes et maladresses mais dans l'ensemble, c'est très positif, avec un style soigné, une recherche intéressante des substituts et de bonnes idées pour donner de la vie au "personnage". 15/20.

    Le jour suivant, le stylo se retrouvat(1) dans un endroit chaud, trop chaud, même. Pouvais-t-on(2) lui expliquer ? Hier encore, il était bien à l'aise dans son emballage plastique, puis il avait sentis(3) qu'"on" le soulevait. Et maintenant, il se retrouvait dans ce Sahara(4) ! Heureusement pour lui, il commença à s'habituer à la(5) chaleur de ce(6) sauna.  Tout à coup, il sentit qu'"on" le hissait de terre. Qu'allait-il encore lui arriver ? Et pendant un temps qui lui semblit(7) être des siècles, il fut trimbaler, cahoter(8)... C'était vraiment angoissant ! Le pauvre se cogna a(9) une gomme qui lui fit une grande éraflure au flanc, puis ce fut le tour d'un ciseau(10) qui lui coupa le doigt. Cette fois-ci, "on" le pinça à la taille, (11) l'enleva de la trousse où il était, enfin "on" lui fit avaler un produit noir, visqueux(12) et dégoûtant(13). Le stylo était vraiment désespéré et indigné. C'était donc ça la vie fantastique qu'on lui avait promise ? Eh bien ! S'il l'aurait pus(14), il aurait crier(15) de haut de son capuchon cette injustice(16) ! Puis cette fois-ci, "on" appuya son nez contre une page et le força à rejeter tout le médicament. après des éternitées(17) de cette atroce souffrance, l'écrivain(18) entendit un hurlement strident. C'était la sonnerie à qui on avait donné un direct du point(19) sur le bas du dos. Le stylo, harassé, fut rejeté dans la trousse. Puis il fut encore malmené, torturé jusqu'aux os(20). Le soir, il s'endormit d'un sommeil profond et réparateur sans avoir pus(21) répondre à ses questions(22). Et surtout qui était ce "on" ?


    Notes de l'enseignant.
    (1) Faute.
    (2) Faute.
    (3) Faute.
    (4) Bien.
    (5) Cette.
    (6) Sans "ce".
    (7) semblait.
    (8) Participe passé.
    (9) à.
    (10) Mal dit.
    (11) "on".
    (12) Bonne idée.
    (13) Mal dit.
    (14) l'avait pu.
    (15) Participe passé.
    (16) Amusant.
    (17) Mal dit.
    (18) Amusant.
    (19) Poing.
    (20) Mal dit.
    (21) Pu.
    (22) Mal dit = "aux questions qu'il se posait".

  • DCCLXXIII. - Rédactions d'enfance et d'adolescence : sixième.

    Rédaction du 19.12.1990 - 6e2.

    Sujet : Imaginez un autre Conte du chat perché, tel que M. Aymé aurait pu l'écrire, mais plus court (2 pages à 21/2 pages maximum).

    Que de dialogues... Enfin, heureusement, ils sont bien ponctués et vivants. Le reste est intéressant aussi, avec une petite réserve tout de même : tu n'expliques pas vraiment quel est le "déséquilibre", où réside le danger. 15/20.

    Les parents, après avoir mis leurs habits du dimanche, répétèrent aux fillettes :

    "Nous ne pouvons pas vous emmener au mariage de la tante Mélina, la couche de neige est trop épaisse, alors profitez-en pour être gentilles, une fois ! Et surtout, n'allez pas dehors, sinon..."

    Les parents partis, les fillettes proposèrent de jouer au loto, à la balle fondue, etc. Quand elles virent le loup qui s'amusait bien, lui ! à se vautrer dans la neige(1). Alors, Marinette dit :

    "Pourquoi ne pas jouer au Père Noël ?

    - Oh oui ! Sortons vite !"

    Et elles sortirent en vitesse, s'habillant(2) chaudement, s'enfonçant dans la neige jusqu'aux genoux, s'amusant comme des folles :

    "Loup, tu seras l'enfant, Delphine, le Père Noël et moi, la maman.

    - Pourquoi pas, répondit le "fils"."

    Puis ce fut au tour du chat :

    "Toi, Alphonse, tu seras l'invité.

    - Mh...

    - Et toi, cochon, tu seras le père...

    - Quel jeu idiot !, répondit celui-ci.

    - ... à moins que tu ne veux(3) pas avoir de cadeaux.

    - Des cadeaux ! Où ça ? Vite, vite, sortons !"

    Et elles jouèrent ainsi jusqu'au soir, sans voir l'heure passée(4).

    Les petites, voyant les parents arriver, s'alarmèrent tout de suite. Mais le chat intervint :

    "Delphine, Marinette, vous allez rentrer dans la maison, puis voys nettoyerez(5) le sol.

    - Mais les traces dans la neige...

    - Pas de mai(6) ! Et faites ce que je vous dit(7) !

    - Bon..."

    Les parents arrivèrent et les fillettes, tremblantes, d'un ton peiné(8), leur demandèrent :

    "Comment vas(9) l'oncle Alfred ? Vous l'avez vus(10), j'espère ! Et tante Mélina ? Comment est son mari ?

    - Nous vous le dirons après être aller(11) voir comment vont les bêtes.

    - Mais vous êtes fatigués, aller(12) donc vous reposez(13).

    - C'est vrai, nous n'y avons pas pensé."

    Et ils se dirigèrent vers leur chambre.

    "D'abord, enlevez vos capes et vos sabots, sinon vous allez salir la maison.

    - En effet, vous avez raison."

    Après avoir quitté leurs vêtements mouillés, les parents allèrent se coucher. Bientôt, on entendit leurs ronflements à travers la cloison, au grand soulagement des fillettes. Puis, elles aussi, elles montèrent se coucher dans leur chambre, épuisées par cette journée.

    Le lendemain, les petites remarquèrent qu'il avait neigé. Ouf ! Plus tard, elles demandèrent au chat comment il savait qu'il allait tomber autant de neige. Ce malin leur répondit avec un sourire rusé et un clin d'oeil :

    "Ca, c'est mon secret, les petites !"



    Notes de l'enseignant.
    (1) Mal exprimé : pas de principale.
    (2) Après s'être habillées...
    (3) Subjonctif.
    (4) Il manque une ou deux phrases de transition.
    (5) Faute.
    (6) ?
    (7) Faute.
    (8) Mal dit.
    (9) Faute.
    (10) Faute.
    (11) Faute.
    (12) Faute.
    (13) Faute.

  • DCCLXXII. - L'arche d'alliance.

    Il est venu cette fois, sans que nous nous croisions dans la rue. Il avait un peu de temps - il m'a téléphoné, pour dire qu'il passait. Juste quelques mots, extrêmement factuels, mélange de certitude et d'attente. De connaissance, peut-être, déjà de ce que nous pourrions être, quelque part entre les codes et les attentes. J'espère. Si j'attends ou espère quelque chose, de toute manière, je ne vois pas grand'chose d'autre - si ce n'est se trouver parfois, comme cela.

    Il ne connaît pas encore le code - je suis descendu lui ouvrir, il pressait la grille de son épaule, fumant pour attendre. Il avait un trench-coat beige, qu'il avait fermé sous le noeud de la ceinture. Il m'a embrassé en bas.

    Il a bu de l'eau, comme les dernières fois. Il m'a parlé de lui, de son couple. Parfois sa main jouait avec son alliance, la sortant et la remettant sur son doigt.

    Nous nous sommes embrassés.

    Plus tard, nous sommes allés dans la chambre.

    Plus tard, il a dit qu'il ne se sentait pas bien. Il tremblait. Qu'il avait besoin d'air. Il fait des crises d'angoisse - il la sentait venir.

    Je lui ai donné l'un des peignoirs, il est sorti fumer sur le balcon. Son doigt tremblait sur la lèvre, tenant la clope. Au balcon de gauche, une voisine arrosait ses plantes. Il m'a laissé le prendre dans mes bras et lui baiser la nuque. Il trouvait mon peignoir chaud, il m'a remercié. Je crois que c'est à ce moment que je l'ai aimé.

    Bien évidemment pendant qu'il se rhabillait j'ai fait l'idiotie de lui dire de revenir quand il voulait, pas forcément que pour le lit.

  • DCCLXXI. - Rédactions d'enfance et d'adolescence : sixième.

    Rédaction du 21.11.1990 - 6e2.
    Sujet : Comme il est arrivé au petit Eyssette, on t'a annoncé un événement important pour toi, mais, à l'inversede ce que tu as lu dans Un triste départ, c'est un événement heureux, une bonne nouvelle, que l'on t'apprend. Raconte, en t'inspirant très librement du récit d'Alphonse Daudet, et sans raconter l'événement lui-même.

    Ce n'est pas mal du tout. Tu suis les consignes, c'est que tu aies suivi pas à pas Alphonse Daudet, à plusieurs reprises - même quand c'était très déconseillé : "ce fut un coup" - ne peut aller que quand c'en est un, etc. Attention, aussi, aux répétitions : ce n'est pas un bon enchaînement ! 13/20.

    Un soir, à souper(1), ma mère me demanda : "Veux-tu un perroquet à Noël ?" Je me levis(2) d'un bond et m'écriais(3) : "Je vais vraiment en avoir un ?"

    Ce fut un coup(4) vraiment fort. La terre aurais(5) explosé que je ne m'en serai(6) pas rendu compte ! J'aurais un perroquet ! Eh bien ! J'étais vraiment heureux !

    Dès lors, quand on disait perroquet, Noël, cadeaux... je ne pouvais m'empêcher de rire. Quand mes camarades me racontais(7) qu'ils allaient avoir des vélos, je ne pouvais que sourire.

    Pendant un mois, tandis que l'on préparait Noël, j'aidais decis et delà(8), pensant à ce fameux perroquet. Ma mère, elle, s'agitait et s'inquiétait du menu du réveillon. Mon père préparait la table. Moi, je ne pouvais plus jouer, je lisais, couché sur mon lit, tous(9) au sujet des perroquets. Deux semaines plus tard, je pouvais dire tous les genres, les classes, les distinctions à leur sujet. J'étais fin prêt.

    Je me demandais où j'allais le mettre. Vais-je le mettre(10) près de la fenêtre ?

    Les jours passèrent, les uns après les autres, les semaines après les mois. Enfin ! Ce fut la veille de Noël. Nous allâmes à la messe de minuit. Après celle-ci et(11) avoir dit "bonne nuit" à tout le monde, j'allais(12) me coucher. Puis je me demandais(13) : "Comment va-t-il être ? Ca va être un corsaire... corsaire." Je m'endormis, pensant toujours à mon corsaire(15).


    Notes de l'enseignant.
    (1) Ne copie pas Alph. Daudet !
    (2) levais
    (3) écriai
    (4) Ne copie pas Alph. Daudet !
    (5) aurait.
    (6) serais.
    (7) racontaient.
    (8) de ci, de là.
    (9) mal dit.
    (10) Répétition !
    (11) après.
    (12) Temps !
    (13) Temps !!
    (14) Ce n'est pas un substitut, si tu te répètes ! C'est justement contre cela que nous luttons !

  • DCCLXX. - Rédactions d'enfance et d'adolescence : sixième.

    Rédaction du 17.10.1990 - 6e2.
    Très bon devoir, soigné et vivant. Plusieurs idées intéressantes. 17/20.


    Nous sommes déjà hors de la voiture. Après avoir admiré le site, nous choisissons un coin d'ombre. Pendant que Papa sort les affaires de la voiture, Pierre et moi aidons Maman à déplier le grand drap promu au grade de nappe(1). Ensuite, nous y posons sandwiches, gâteaux, boissons...

    Et enfin c'est le repas. Nous nous régalons de sandwiches(2) cornichons-fromage, pendant que mon frère se jette sur les gâteaux. Pour le dessert, Maman nous donne l'occasion d'avoir une agréable surprise : elle avait emporté des glaces ! Nous nous régalons incroyablement dans ce pique-nique !

    Après, Papa et Maman se reposent et se promènent. Aloors, nous nous amusons tellement que nous nous tenons les côtes de rire. Nous jouons aux indiens, puis nous dans les arbres en vue d'y installer une cabane. Puis(3) nous faisons des barrages, écluses, moulins...

    Ce fut un "Allez on rentre", accueillit(4) par un "déjà ?" qui nous arrache de ces jeux(5).

    Ensuite, nous rangeons les affaires et nettoyons tout. Puis nous chargeons tristement les bagages. Nous partons de ce lieu féérique en essuyant une larme. Pour finir, nous pensons à cette merveilleuse journée passée dans la nature. Enfin, nous voici arrivés à la maison.

    Le soir arrivé, en me couchant, je passe en revue toute cette journée que je n'oublierai jamais. Puis je m'endors, dans une nuit qui mène à l'école, emporté par un grand oiseau blanc vers les forêts du Mont Pilat(6).


    Notes de l'enseignant
    (1) Bien.
    (2) Répétition.
    (3) Répétition.
    (4) Accueilli.
    (5) Bien.
    (6) Très bien.

  • DCCLXIX. - Rédactions d'enfance et d'adolescence : sixième.

    Rédaction du 21.09.1990 - 6e2.
    Quelques maladresses, mais enfin, le sujet est traité avec vie. 12/20.


    Le moment qui m'a le plus émus(1) fut quand je sus que je saurais(2) en 6e2 avec tous ceux que j'avais connus en primaire(3). Je trouvais le Collège sympathique alors que la veille au soir je m'étais inquiété. Au début, quand Mr(4) Henry m'a(5) donné l'emploi du temps, je le croyais trop dur et chargé alors que maintenant je le trouve très bien . Le moment qui m'a donc le plus émut(6) fut quand Mr(7) Héritier, le proviseur, et Mr(8) Baron, l'adjoint, firent à quand(9) on nous a donné l'emploi du temps.


    Notes de l'enseignant.
    (1) ému
    (2) serais
    (3) mal dit
    (4) M.
    (5) nous a
    (6) ému
    (7) M.
    (8) M.
    (9) très mal dit

     

  • DCCLXVIII. - La fidélité extraconjugale et autres petites choses notées dans ma tête.

    La foule souvent me fait peur, ou plutôt : me rend mal à l’aise. Trop de monde dont je ne fais pas partie, surtout lorsqu’il s’agit d’événements. Je me sens comme dépossédé du lieu, devenu conglomérat d’hommes qui se poussent et se repoussent, dans les longues allées de foule marchante. Fatigue – et je pars, regrettant bien sûr de ne pas oser en profiter, me maudissant même de n’en pas profiter plus. Me disant bien profondément que je suis en train de louper quelque chose. Mais voici : c’est plus fort que moi. Peut-être est-ce que ma voix ne porte pas, et qu’elle ne passe pas dans la foule. J’ai l’impression de me jouer, de me hurler, lorsqu’il faut parler à plus de trois.


    Dans la foule souvent je me protège. Je n’ai pas l’élégance de la cigarette. J’ai le refuge du livre, que je brandis sous mes yeux de myope, le dos droit dans les files d’attente. Je crois que j’aime cet isolement de la lecture, éminemment solitaire, signal de mon isolement (voulu/supporté) dans les allées des cinémas et les queues des concerts. Samedi, j’allais à l’un d’entre eux – le premier depuis longtemps – vers Pigalle et Anvers. La foule se longeait au mur, pleine d’hommes de mon âge, habillés peut-être comme moi. Eux s’emmitouflaient déjà dans les chèches de l’hiver, pincés du doigt sous le menton pour les faire bouffer frileusement autour du plaisir du regard en coin. J’avais mis une de ces vestes qui me font croire que je descends de cheval. Entre eux, il y avait des filles, qui les accompagnaient parce que les chanteurs québécois c’est toujours mignon. J’ai longtemps regardé l’un d’entre eux plus tard, assis sur la banquette en bois de la salle ; il m’a peut-être un peu aperçu. Je crois.


    Plus tôt, certains d’entre eux marchaient devant moi sur le boulevard. Ils étaient grands, tour à tour chacun me rappelait d’une certaine façon E***. Ma mémoire s’effile aux coutures des vestes ces temps-ci, et s’accroche aux moindres choses, tant elle me pèse. Celui de droite avait sa main qui ne poussait pas, mais suivait à plat le dos de son amant, à quelques centimètres écartée de la colonne vertébrale. Comme une ombre aimante aux passages des rues. Je l’ai beaucoup aimé pour cela. Cette protection douce et attentive, qui n’effleure pas mais se sent cependant, dans les humbles aléas de la chaleur et du soir.


    Je pensais tout à l’heure, rentrant sous la nuit, qu’il y avait un garde-manger, de ces vieux garde-mangers aux verres polis, un peu biseautés et piteux, des années trente, avec une ou deux incrustations dans la glace qui imitent des plantes légèrement raidies par la stylisation. Dans celui-ci, il y avait quelques pots de confiture pour moi, l’un plein d’air et un peu amer, l’autre rond et trop vite avalé. J’ai fini le garde-manger, et régulièrement je rouvre les portes pour vérifier s’il n’y a pas d’autres plats pour moi. Mais il reste vide, rempli d’un air un peu pourri de bois. Sur l’une des planches, il y a les marques noircies des deux pots. Je regrette leur goût, et j’en ai régulièrement la nostalgie.


    Je crois que j’en suis à une époque de regrets. Je repense, je relis. J’ai eu envie de relire Montaigne, puis je me suis dit que je n’y comprendrais guère plus que la dernière fois. Que tout ce que j’en tirerais, ce serait de me mettre à imiter son style de nouveau. Alors, je ne l’ai pas fait. J’ai souvent sommeil, comme pour m’éteindre et espérer qu’il y aura un dos contre mon ventre. Je crois que je ne pense à ça quand je ne fais pas de cauchemars.


    Celui-ci était doux et beau, des garçons qu’ensuite je prends toujours contre moi l’espace d’un instant, espérant qu’ils voudront se laisser somnoler contre mon ventre. Il s’était laisser faire, surveillant pourtant l’heure, sa peau sentait la cigarette et la sueur. De ces parfums de tabac que j’aime, qui sont ronds et donnent envie de rester au lit pour le sentir dans ses cheveux. Légèrement chocolaté. Il devait se laver avec de l’argan, je pense. J’aimerais le revoir. Cela me surprendrait. J’ai désiré que l’alliance qu’il avait au doigt soit la nôtre.


    Hier sur les remparts de Provins un enfant m’a pris un instant pour son père ; je l’ai laissé faire.