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  • DCCLXVII. - Merde.

    Objectivement, clairement, j’ai trop bu. Ceci est à dire avec la satisfaction un peu déclamatoire du type qui pense avoir outrepassé les franges de la civilisation, et s’être enfoncé dans un au-delà qui mélange la perversion et un aspect supérieur. Non, j’ai simplement trop bu. Pour tout dire, malgré la douche froide et la demi-heure je pense à somnoler tête contre la porte du palier, la main tâtonnant vaguement juste pour faire bien pendant que le front au bois je mourrais d’envie de me coucher sur la moquette. Avec cette délicieuse frayeur que la voisine demain me surprenne, alors qu’elle bosse chez le client qui m’occupe tout le temps ces dernières semaines.

     

    J’ai envie de tanguer, de poser ma tête sur les bras où que je sois. J’ai préféré pisser, là où la concierge quasi tous les matins pose son seau. Franchement je ne pouvais aller plus loin. Je me suis contenté de jeter la mallette contre une margelle de trottoir, de baisser la glissière, et de traîner les quelques millièmes de secondes pour sortir de la fermeture éclair ce qui m’a servi à jouer au clochard céleste. Et n’a pas d’autre utilité. J’avais écris « pisser superbement », mais à y bien penser il n’y a rien de superbe à ce qu’un ivrogne dans l’affolement sorte sa bitte pour pisser contre le premier mur où il se dit qu’il ne risque qu’à moitié de se payer la honte.

     

    Dans le dernier bar j’étais le seul crétin en costume-cravate. La mallette de ma servitude pesant lourdement contre un mollet, gênant mes passages. Jusquà ce serveur qui sert de racolage au Raid, tous muscles dehors sur son boxer de petite bitte hyper protéinée, qui cogne et bourre pour montrer qu’il passe entre les tapettes, éventuellement récupère des verres. Le meilleur moment dans ce bar est lorsqu’on en sort, frottant au granit du trottoir ses semelles pleines de verre brisée, se régalant d’être soûl. D’avoir été soûl entre ces regards inquiets.

     

    Pourtant Dieu sait que j’eusse aimé en baiser certains. Non. Bordel j’en aurais bien baisé certains. Pas tant que ça en fait. Horreur de la promiscuité.

     

    Celui qui m’a prodigieusement peloté les épaules en passant, genre excuse-moi je passe mais j’aimerais bien que tu te retournes n’a pas daigné me montrer à quoi il ressemblait. Tant pis. J’ai déjà envoyé chier Steve aujourd’hui, il ne faut pas me demander d’être courageux deux fois. Steve je l’avais fréquenté cet hiver, enfin, l’hiver passé. Il avait brusquement disparu, comme tous, sans rien sans nouvelle. Il a tenté dix mois après de m’envoyer ces méls supérieurs de l’être persuadé qu’on garde son adresse dans son téléphone, et que dans tous les cas on reconnaîtra son style sans qu’il signe. Sauf qu’il est hors de question qu’on reconnaisse son style sans qu’il admette de signer. Qu’il y reste avec ses méls lamentables me traitant de type endurant et cochon, comme si j’avais envie de recevoir ça. Crétin. Fat.

     

    Je me souviens de détails. Je me souviens de ces deux adolescents tout juste pubères (cliché), s’embrassant à côté de leurs copines de collège, clairement hétéro, mais qui jouent aux gouines. Ca embuera leurs yeux lorsqu’elles torcheront leurs chiards. Eux parfois se caressent le bras. Je les trouve laids, mais ce geste de se caresser l’angle du coude me fait crever d’envie.

     

    Je me souviens aussi de ce type dans le métro, qui pour montrer du doigt un détail du plan accroché au chambranle de la voiture fout limite son bras dans la gueule de son voisin, tout aussi bourré que moi à le voir agir. Enfin, je ne sais pas. Clairement, je me suis endormi. Je me demande même comment j’ai pu ne pas me casser la gueule dans la rue.

     

    Ma vie est une belle merde sans aucun approfondissement. Si au moins j’étais parvenu à me faire une belle foire. Même pas. Toujours cet état d’indécision, d’insatisfaction, qui me mène au malheur gris.

  • DCCLXVI. - Juvénal.

    J'allais au ciné, tout pelucheux encore des séances d'immersion à la Mosquée. Pour aller au cinéma voir Humpday à une heure où on sort de la Mosquée, il faut aller aux Halles, et longer l'escalier devant le commissariat. Une sorte d'officine de la maison Poulaga, où l'on se serre au sortir du RER, en mâchant le ramebeurgueur prêt-à-porter.

    Derrière une voiture on voyait la tête d'un mioche de 14-16 ans, un brin affolé, un brin inquiet, aux regards doux et aux longs cils de biche qui pointe le museau à l'orée du bois, se demandant si sous les odeurs de truffe noire du Périgord ne remonte pas les relents anisés d'un chasseur boum-boum, pétaudière en avant et chiens au cul qui frétillent en songeant au carnage à venir, curée à chaud et couilles dressées vers les cieux pendant que la bête vagissante est éventrée vive et pleure ses dernières larmes sur l'humus palpitant de sang, ou le fumet avorté d'une usine quelconque dévideuse d'atmosphère où elle tricote (l'usine) les mols filins de la mort et du cancer en filets lancinant qui écharpent les essaims d'abeilles, tombant en mouches putrescentes sur les horizons de la campagne.

    En fait à ce moment je ne faisais pas du Desproges et je me contentais de regarder ce beau p'tit ado qui d'ici quelques années fera des ravages dans les culottes des filles. Une chose pas trop sortie de l'enfance encore, on sent que Maman l'aime bien et qu'elle meurt d'inquiétude à chaque fois qu'il sort.

    Le prenant par les menottes, la fliquette lui glissa une tonfa sous les aisselles et le poussa dans le fourgon. Vroum.

    Des menottes à un gamin. Qui custodiet ipsos custodes ?

  • DCCLXV. - Au bord du gouffre c'est là qu'on sent le mieux le sol.

    Affligeant de se dire qu'à l'orée de la trentaine on n'a plus grand'chose à raconter, et qu'aux questions "quoi de neuf" on répond systématiquement par rien. On se lève plus tôt le matin, on se couche plus tôt le soir, et l'on cuisine moins puisqu'on cuisine pour soi. À se demander de quelle orée on approche, si c'est pour retourner dans le bois.

  • DCCLXIV. - Laver les draps.

    C'était un amant vieux d'un an, que les dernières photos sur les sites où l'on s'expose en espérant un peu trop et en n'attendant pas grand'chose avait rappelé à mon bon souvenir. Il n'avait pas beaucoup changé ; il a voulu que je le peigne entièrement en bleu, aussi.

    Je l'ai baisé hurlant sur les draps qui s'assombrissaient de bleu.

    Mh.

    Faudra que j'invente des histoires plus crédibles.

  • DCCLXIII. - Petit con.

    Je mentirais si je disais que je n'ai pas eu un petit moment de satisfaction quand j'ai vu la banquière commencer à s'inquiéter parce que je lui parlais de chargement, d'Euribor un an, de forward, de structuré et de participation aux bénéfices. Et quand elle s'est levée brusquement pour aller chercher le directeur de l'agence.

    Ayé, je suis un V.I.P. chez mon banquier. Objectif atteint.

  • DCCLXII. - Liste de lectures de la semaine.

    Cette semaine, je me suis mis aux textes brefs.

    i. Les Dollars des sables, de Jean-Noël Pancrazi. Ecriture précieuse sur le thème de l'occidental qui s'essaie aux amours impossibles et nécessairement tarifés auprès de prestataires occasionnels et pères de famille, nécessairement dans les pays pauvres. Ici, la République Dominicaine. Sorti d'une page ou deux où le narrateur imagine l'un de ses chéris mourant dans la barcasse supposée l'amener en fraude dans un pays de Cocagne, j'ai trouvé tout cela bien long et bien besogneux. Peut-être ces amours-ci sont-ils d'une sensibilité qui n'est plus la mienne, et parle plus à des quinquagénaires, qui se souviennent encore des années de sanisette et de frôlements obscurs. Mais bon. Pour avoir lu des nouvelles similaires (de Elroy ?) il y a un an, avec des histoires d'amour en Crète, je trouve que cela fait resucée, sans grand intérêt quant au style...

    ii. Silbermann, de Jacques de Lacretelle. Je sais bien que des gens plus cultivés que moi ont lu Silbermann tout petiots. Ben moi non. J'ai un grand manque à la culture, j'essaie de le rattraper tant que faire se peut. Qu'en dire ? Franchement, bon livre, on accroche. Style qui sent la communale peut-être ou plutôt forme de style si propre aux années 20-40 de ces écrivains qui savent écrire et décrire les errances de la pensée et les indécisions sociales. Mais pour un roman de 1922, l'analyse des mouvements antisémites français, de ces mouvances des Ligues, de la bonne pensée si française face à l'ennemi intérieur est vraiment très très bien vu. Et les quelques pages d'adoration à la lecture, aux bibliothèques et aux auteurs valent l'arrêt.

    iii. Le Livre de sable, de Jorge Luis Borges. Je n'avais jamais lu de Borges, c'est le premier, donc ; un autre attend sagement dans un coin. Mon avis pour l'instant reste dubitatif. Peut-être n'avais-je pas entièrement la tête à ce livre quand je m'y attardais. Sorti d'une nouvelle qui faisait très à la manière de Lovecraft, je n'ai trop su qu'en penser. On sent comme une lourdeur, une certaine ambiance, comme si on lisait du Gabriel Garcia Marquez à travers trois vitres fumées. Elle nous échappe malgré tout, certainement à cause des reflets. Certaines histoires m'ont laissé avec une question en tête : "Bon, et alors ?". Comme si quelque chose m'avait écvhappé, de loin. J'attends le prochain Borges, pour m'arrêter.

    iv. Firmin, de Sam Savage. Malgré la réclame faite autour dans tout le métro, on sort du livre avec l'impression que c'est moins Firmin, ce rat qui sait lire et vivote dans les plafonds d'un libraire d'une banlieue en pleine rénovation architecturale, que l'auteur, qui a une écriture trouducultoire, pleine de poncifs, de lourdeurs et de fatuité. Ca se veut comme une ode à la lecture, un hymne d'amour aux grignotages de pages, et en fin de compte l'incipit foire lamentablement. Ca pourrait être un exercice de style, en fin de compte ça traîne. Le seul moment qui importe et emporte est celui où Firmin quitte la bibliothèque pour le bouge d'une sorte de clochard céleste, où l'on parle moins de livres que de pinard et de poussière. C'est révélateur pour l'ensemble du livre.

  • DCCLX. - Ce soir qu'on ne me dérange pas.

    Ce soir j'ai la gorge qui se vide à coup de toux. Mes sinus sont morts, ils nagent peut-être encore dans la mousse restant au fond de la baignoire que j'ai inondée d'une longue douche, fenêtre ouverte. De l'air, de l'air. Je préfère me geler mais sentir du vent, de la brise, un peu encore de rideaux qui se lèvent dans cet automne qui entame une charge sur les derniers carrés avec les roulements de tambour de la pluie. Oooh, du vent. A peine, juste sentir le vent qui soulève quelque chose, dans l'immobilité des navigations nocturnes.

    Ce soir qu'on ne me dérange pas. Je meurs devant la télé, contre une bouteille de pinot. Je meurs, je m'inonde d'aspirine, et regarde des histoires de meurtre à l'écran. Je veux être seul et dormir anonyme devant l'écran, l'alcool monte. Qu'on ne me dérange pas, j'ai juste besoin de la nuit qui continue de s'épaissir dehors, de deviner les étoiles aux fenêtres qui meurent, silhouettées des fumeurs en sursis avant qu'ils se couchent.

    De toute manière, personne ne me dérangera.