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  • DCCLXIII. -Revoir M***.

    Tu me manques. Tu m'as manqué. Tu m'as terriblement manqué. C'est con, je peux pas dire grand'chose d'autre. Ça fait quoi, un an qu'on ne s'est pas vu ? Ou trois semaines ? Les deux : de toute manière, le temps dans ces cas semble incompressible. Avoir la même durée, toujours profondément lente dans l'attente. Nous nous sommes revus trois fois cette année, et c'était il y a quoi, moins d'un mois. Depuis notre séparation l'été passé, c'est vrai que j'ai trouvé plein de garçons, plein de moments. Toi aussi peut-être. Sûrement, tu m'en as raconté. Qu'importe. Je m'en fous. Je constate simplement que la simple évocation de toi me fait petit garçon. Qu'à te voir je ne sais plus où me mettre, et que j'ai entièrement envie que tout te soit facile. J'ai envie de me blottir contre toi, de m'isoler avec toi, de sentir tes lèvres, tes bras. C'est possessif, c'est obsessionnel. Mais voici : je n'y peux rien, tu me renverses. J'ai beau jouer au grand, me dire que tu ne réapparais que pour de nouveau repartir, être loin et ensuite un miracle, je n'ai qu'une envie, c'est être à côté de toi. Nous ne nous ressemblons pas, il y a peu de chances de quoi que ce soit encore. Mais j'ai si envie que tu sois là.

     

     

  • DCCLXII. - Et voici que mon lustre est enfin fini !

    Lustre : cuivre, plastique, cartons, peintures diverses, composants électriques.

    Dimensions (approximatives) : longueur 100 cm, largeur 100 cm, hauteur 50 cm.

    Conception : l'auteur de ce blog - Mise en oeuvre : Messire Gauvain.

     

     

  • DCCLXI. - Que ceux qui ont un oeil...

    Que ceux qui ont un oeil, parfois, dans le métro parisien, rentrant du travail exténués à dormir en réunion, lèvent le regard de leur livre pour l'affiche de Brüno.

    On y voit Sacha Baron Cohen, posture bonne pour la une de Têtu ou d'une soirée au Queen, couché dans des fleurs (des mimosas ?) qui lui font cache-sexe. Une main manucurée sur la poitrine, l'autre sous le casque de chantier assorti, il nous sourit, parfait.

    Il n'a ni aréole ni nombril. C'est beau, les logiciels de retouche !

  • DCCLIX. - La Poste moderne.

    Cela faisait quelques temps que je n'avais pas eu à passer par une poste. Ou plutôt : j'étais parvenu régulièrement à n'avoir pas à y chercher qu'un paquet de timbres (irrégulièrement) ou un recommandé (trois fois par an : Pâques, Noël, octobre). Cette fois-ci, c'était mon tour d'aller y poser un recommandé. Il y a des circonstances de la vie où il faut bien passer par ça, ce qui montre son courage.

    J'avais déjà, la dernière fois, mis du temps à comprendre qu'il n'y avait plus de boîtes aux lettres dans le bâtiment : elles sont désormais designées une bonne centaine de mètres sur la gauche, le long de l'avenue. Normal, après tout, que les facteurs ne cherchent pas à récupérer le courrier au plus près de leurs locaux. Ca leur permet de marcher à la fraîche, et de se muscler un peu.

    La poste était depuis quelques temps en travaux. Je ne sais si elle a été inaugurée en fanfare, avec discours du maire et odeurs de peinture fraîche sur les toasts aux oeufs de lump. Je pénétrais donc le sas avec la même indécence insouciante que celle avec laquelle on entre dans une vierge.

    La porte coulissa avec l'inévitable chuintement sucré qui permet de donner sur des espaces carrelés où chuinte la musique d'ambiance de circonstance. Des dallages blancs à n'en plus finir, plus de guichets : des présentoirs à gogo, des avalanches de promotions, que l'on veuille envoyer ses cartes postales au Niger avec photo de chats de toutes les races et chansons intégrées, aux multiples variations du colis matelassé qui se livrerait toujours en moins de 24h - tant que la distance de transport est inférieure à 10 mètres, voir règlement général annexé aux conditions précisées dans le formulaire.

    Bref, j'étais paumé.

    Derrière le déferlement de promotions qui m'attendaient avec le même regard que les hyènes le lion moribond, je repérais un panneau électrique avec un chiffre, comme on en voit dans les salles d'attente des hôpitaux et de la sécurité sociale. Dessous étaient les guichets. Un peu benet, je cherchais la petite boîte rouge, qui devait si bien ressembler à celle qu'on trouvait chez le boucher quand j'étais petit. Ou même à la sécurité sociale quand j'étais étudiant. Nenni et calembredaine : planqué dans un autre coin, assez loin de l'orée du guichet salvateur (je suppose donc à l'orée de la file d'attente qui devait serpenter en moyenne jusque là), il y avait une espèce de machine de vote électronique avec deux boutons : retrait d'argent ou dépôt.

    Problématique quand on veut envoyer un recommandé.

    Je me disais que j'allais jouer le tout pour le tout, profiter de l'aura du costume-cravate (qui fonctionne régulièrement, notamment lors des contrôles dans le métro) et alpaguer une guichetière dès que la place se libèrerait. Hop, je constitue la file d'attente à moi seul.

    C'est à ce moment précis où j'arrête de bouger qu'une dame portant une petite carte plastifiée m'apprenant qu'elle s'appelait "Bonjour Constance" me prend par le bras, s'enquiérant de ce que je fais là. C'est vrai que dans le hall vide j'étais bien le seul à ne pas marcher. Le monde avait dû bouger pas mal, depuis la dernière fois où j'avais affronté quelque chose qui approxime un tant soit peu de l'organisme public : maintenant, il fallait bouger sans cesse pour survivre, un peu comme les requins.

    Un recommandé, lui marmonné-je, un tantinet surpris. Ah non, ce n'est pas là, monsieur. Hein ? Oui, c'est d'abord là (bout de la salle), puis ensuite là (autre angle du hall), là (extrémité de la chapelle Sixtine) et finalement ici (pointe du Raz). J'y comprends rien, à ce stade matinal où le café m'attend encore à la machine du boulot je me contente de moutondepanurger. Direction 1.

    La direction 1 représente une machine où il faut poser son courrier. Je ne m'étais jamais aperçu que ça faisait aussi accusé de réception, ce truc. Bon. J'ai le choix entre trois types de recommandés, R1 à R4. Où est passé R3, je l'ignore. Le prix monte de l'un à l'autre, mais va savoir ce qui différencie les services... Bref moment de panique, on tape au hasard,  et le prix s'affiche. Merde, il faut payer en espèces, et de format sonnant et trébuchant.

    Direction 2, donc de l'autre côté du hangar à avions, où une autre machine me promet que si elle mange mes billets de 10, elle me fournira plein de monnaie. Qui tombe à grands fracas de pièces de 10 et 20 centimes, avec ça si le vent se lève je resterai collé au sol par le portefeuille.

    Re-direction 2, et une vignette autocollante moche et bleu vomi tombe. On est loin de la Semeuse lignée 15 centimes.

    C'est là que se commet la fatale erreur : j'ai payé le frais de timbre, je me dis que maintenant je peux expédier les formalités d'adresse au guichet, un truc comme ça : retour dans la zone file.

    Rien ne se passe durant cinq secondes, jusqu'au moment où de l'autre bout du vélodrome Bonjour Constance me tance :

    "Monsieur, qu'est-ce que vous faites là !"

    Là, j'avoue que je craque. De loin je préfère poireauter dans une queue à bouquiner que valdinguer d'un bout à l'autre de cette pièce où on mettrait le CNIT et Versailles pour passer d'automates en automates comme on remplit les petites cases de la déclaration d'impôt.

    "Mais qu'est-ce que vous voulez que je fasse maintenant, hein ?"

    Campé en plein milieu, mains écartées, un peu de trémolo dans la voix, un sérieux énervement ailleurs.

    Bonjour Constance me fonce dessus comme Hippolyte et toutes les amazones, en formation Walkyrie. "Mais, Monsieur, venez, je vous donne le formulaire à remplir !"

    Elle me tend le formulaire - le papier qu'on remplissait avant rapidos au guichet, en me disant posément, comme à un enfant : vous remplissez où c'est écrit destinataire en mettant le nom de la personne à laquelle vous l'envoyez, et votre adresse avec le code postal et le numéro de rue là où c'est marqué expéditeur, vous trompez pas.

    La tablette pour écrire est au niveau de mes cuisses : c'est pas penché qu'on peut écrire, mais à genoux. Au stade d'humiliation où j'en suis... Dieu merci, pour m'éviter de me fourvoyer, Bonjour Constance me surveille. C'est tout juste si je ne l'entends pas tapoter ses doigts avec une règle.

    Fini... ou presque : Bonjour Constance m'entraîne vers une autre tablette, située à l'entrée : elle me prend le formulaire, la lettre, tamponne. Et elle me congédie du bout des doigts.

    Sortant je me suis dit que je devenais vieux.