29.08.2009
DCCLXVII. - Liste de lecture de l'été.
I. LECTURES
Pour ceux que cela intéresse, les lectures de l'été.
i. Relation commentée de la guerre des Gaules, de Jules César.
"La Gaule est divisée en trois parties..."
ii. La mauvaise vie, suite..., de Frédéric Mitterrand.
Je précise que j'ai commencé ce livre avant que Frédéric Mitterrand ne soit nommé ministre, c'est dire le retard dans mes listes de lecture. Sorti de son style, qui est très bon, cela fait plus name-dropping qu'impression cannoise. Cependant, des pages sont pas mal écrites. Je suppose que Proust faisait de même.
iii. Perte et fracas, de Jonathan Tropper.
Bon petit livre de détente, mais de là à y trouver une citation...
iv. Excusez les fautes du copiste, de Grégoire Polet.
Bof. Mais vu que c'est A*** qui me l'a filé, dans l'un de ses sacs plastiques miraculeux, et que c'est carrément édité chez la NRF...
v. Méridien de sang, Cormac McCarthy.
"C'est vrai que les Saintes Ecritures cosidèrent la guerre comme un mal. N'empêche que c'est plein de sang et d'histoires de guerre dans la Bible."Peu importe ce que les hommes pensent de la guerre, dit le juge; La guerre est éternelle. Autant demander aux hommes ce qu'ils pensent des pierres. Il y a toujours eu la guerre ici-bas. Avant que l'homme existe la guerre l'attendait. Le métier suprême attendait son suprême praticien. Il en a toujours été et il en sera toujours ainsi. Ainsi et pas autrement."
vi. La vie sexuelle à Rome, de Géraldine Puccini-Delbey.
Je ne vais pas vous faire un cours sur la sexualité romaine, regrettée et pleurée hélas, d'autant plus que cet ouvrage reprend beaucoup de la thèse L'érotisme masculin dans la Rome antique, de Thierry Eloi et Florence Dupont, déjà citée quelque part dans cet almanach.
vii. A Year in the Merde, de Stephen Clarke.
"The only difficulty with beign tough on everyone was that they were all so damned polite, almost ritually s. Marc and Bernard always shook my hand the first time they saw me in the day. They all say "Bonjour" every morning, and asked if "ça va", and when we parted, they wished me "bonne journée" - have a nice day - or if it was the afternoon, "bonne après-midi", or if it was later, "bonne fin d'après-midi" - have a nice rest-of-the-afternoon. If we met forst the first time after about 5pm, they said "bonsoir" instead of "bonjour". And if one or other of us was on our way home, we separated with "bonne soirée" - have a good evening. This was without all the "bon week-end" stuff on Fridays, and Monday's "bonne semaine" (have a good week). It was Oriental in its complexity."
viii. Baudolino, de Umberto Eco.
"Prends alors un flacon vide, immerge-le dans l'eau, le col en bas. L'eau n'entre pas, parce qu'il y a l'air. Suce l'air du flacon, ferme-le avec un doigt pour qu'il n'en pénètre plus, immerge-le dans l'eau, ôte ton doigt, l'eau entrera là où tu as créé du vide.
"- L'eau monte parce que la nature agit de sorte que ne se crée par le vide. Le vide est contre nature, étant contre nature il ne peut exister dans la nature.
"- Mais tandis que l'eau monte, elle ne le fait pas d'un coup, qu'y a-t-il dans la partie du flacon qui n'est pas encore remplie, vu que tu y as ôté l'air ?
"- Quand tu suces l'air, tu n'élimines que l'air froid qui se meut lentement, mais tu y laisses une partie d'air chaud, qui va vite. L'eau entre et fait aussitôt fuir l'air chaud.
"- Maintenant, reprends ce flacon plein d'air..."
ix. La Rôtisserie de la reine Pédauque, d'Anatole France.
Décevant, tout de même... moi qui m'attendait à une grande pantalonnade, et qui me retrouvait face à une resucée des romans de formation du Grand Siècle...
"Pour moi, dit l'abbé, d'accord avec les docteurs les plus subtils, j'approuve la conduite de cette sainte [Marie l'Egyptienne]. Elle est une leçon aux honnêtes femmes, qui s'obstinent avec trop de superbe dans leur altière vertu. [...] Sainte Marie l'Egyptienne en jugeait mieux. Bien que jolie et faite à ravir, elle estima qu'il y aurait trop de superbe à s'arrêter dans son saint pélerinage pour une chose indifférente en soi et qui n'est qu'un endroit à mortifier, loin d'être un joyau précieux. Elle le mortifia, madame, et elle entra de la sorte, par une admirable humilité, dans la voie de la pénitence où elle accomplit des travaux merveilleux.
"- Monsieur l'abbé, dit ma mère, je ne vous entends point. Vous êtes trop savant pour moi.
"- Cette grande sainte, dit frère Ange, est peinte au naturel dans la chapelle de mon couvent, et tout son corps est couvert, par la grâce de Dieu, de poils longs et épais. On en a tiré des portraits dont je vous apporterai un tout béni, ma bonne dame.
"Ma mère attendrie lui passa la soupière sur le dos du maître. Et le bon frère, assis dans la cendre, se trempa la barbe en silence dans le bouillon aromatique."
x. Le Pont de la rivière Kwaï, de Pierre Boule.
"En paix avec sa conscience, avec l'Univers et avec son Dieu, les plus clairs que le ciel des tropiques après un orage, goûtant par tous les pores de sa peau rouge la satisfaction du repos bien gagné que s'accorde le bon artisan après un travail difficile, fier d'avoir surmonté les obstacles à force de courage et de persévérance, orgueilleux de l'oeuvre accomplie par lui-même et par ses soldats dans ce coin de Thaïlande qui lui semble maintenant presque annexé, le coeur léger à la pensée d'avoir été digne de ses ancêtres et d'avoir ajouté un épisode peu commun aux légendes occidentales des bâtisseurs d'empires, fermement convaincu que personne n'aurait pu faire beaucoup mieux que lui, retranché dans sa certitude de la supériorité dans tous les domaines des hommes de sa race, heureux d'en avoir fait en six mois une éclatante démonstration, gonflé de cette joie qui paie toutes les peines du chef lorsque le résultat triomphant se dresse à portée de la main, savourant à petites gorgées le vin de la victoire, pénétré de la qualité de l'ouvrage, désireux de mesurer une dernière fois, seul, avant l'apothéose, toutes les perfections accumulées par le labeur et l'intelligence et aussi de passer une ultime inspection, le colonel Nicholson s'avançait à pas majestueux sur le pont de la rivière Kwaï."
xi. La Conspiration des milliardaires, de Gustave Le Rouge.
Pas particulièrement intéressant, franchouillard à mort, et pompeur de Jules Verne à outremort (Les Cinq cent millions de la Bégum on me la fait pas à moi !). Pourtant, l'idée de base était marrante : des milliardaires américains qui veulent au XIX° siècle favoriser la croissance de leur belle nation en réduisant par plein d'armes infectes la vieille et civilisée Europe.
"Bien souvent, le reporter américain devance la police, et découvre avant elle l'assassin, dont son journal publiera le lendemain le portrait, la biographie et l'interview sensationnels.
"A-t-il découvert quelque chose ? Le reporter se précipite au télégraphe.
"Il l'accapare. Et l'histoire est bien connue de cet enragé qui, froidement, un jour, se mit, pour garder la première place, à télégraphie des versets de la Bible, à raison de dix dollars le mot, pendant que ses concurrents se morfondaient.
"Un crime, un suicide viennent-ils d'avoir lieu ?
"Jouant des coudes, et criant bien haut qu'il est médecin, un homme fend la foule des curieux, maintenue par des policemen.
"Il se faufile, s'introduit auprès de la victime, console les parents éplorés, examine sérieusement la blessure, tout en inspectant soigneusement les lieux, questionne sans relâche, puis tout à coup, sous un prétexte quelconque, disparaît.
"Il a son information.
"C'était un reporter."
xii. Les Chouans, de Honoré de Balzac.
Tellement inintéressant que je n'y ai même pas trouvé de quoi faire une citation. C'est un sous-Quatre-Vingt-Treize au pays des Bretons, ou un Dune sous la guillotine.
xiii. William Conrad, de Pierre Boulle
"Tous les peuples libres ont du goût pour les "conférences". Les nègres d'Afrique, les Chinois, les Français et les Anglais en sont particulièrement friands. Mais l'esprit anglo-saxon attache au mot une signification presque opposée à celle qui lui est attribuée par les races barbares. Les différences sont profondes. Dans une "conférence" entre gentlemen, les idées sont REELLEMENT examinées. Chacun des participants est prié A SON TOUR d'exprimer librement son opinion. - Une conférence réunit rarement plus d'une dizaine d'individus. - Les auditeurs essaient VRAIMENT de suivre la pensée de l'orateur, en faisant abstraction de leurs propres sentiments, et s'efforcent de COMPRENDRE son "point". Des silences réfléchis remplissent l'intervalle entre chaque allocution. Quand tout le monde a parlé, une décision est prise, celle précisément qui s'est révélée dans la discussion comme la plus utile."
xiv. What is Orthodoxy ? A Short Explanation of the Essence of Orthodoxy and of the Differences between the Churches, de Peter A. Botsis.
"[...] we can easily understand why the Church rejected all those who tried to falsify or refused to accept the truth of the Curch, those who tried to add or to omit something from the Church, which is Christ Himself. The Church rejected them as heretics not because she lacked love for men but, on the contrary, because of excessive love for them, for outside the Church, far off the truth, ther is no salvation.The Church cannot compromise or sacrifice the truth and the orthorodx faith, because she will lose her identity and catholicity."
xv. Le Colosse de Maroussi, de Henry Miller.
"Voici donc Agamemnon et son épouse. Que préférez-vous ? Le menu ou un festin en règle, un gueuleton de roi, comme qui dirait ? Où est la carte des vins ? Un bon vin frais serait de rigueur, en attendant. Katsimbalis claque les lèvres, il a la dalle sèche. Nous nous laissons choir sur la pelouse, et Agamemnon nous apporte le livre d'un archéologue anglais, édition de luxe. C'est ce qui sert de hors-d'oevure, apparemment au salaud de touriste anglais. Le livre pue l'érudition ; on y parle de strates supérieures et inférieures, d'ornements pectoraux, d'os de poulet et de reliques tombales. Je le jette de côté dès qu'Agamemnon a tourné le dos. C'est un tendre, cet Agamemnon, presque un diplomate par la force de l'habitude. Sa femme a l'allure d'une bonne cuisinière. Katsimbalis pique un somme sous un gros arbre. Un petit groupe d'Allemands, mangeurs de choucroute déguisés en êtres humains, sont assis à une table sous un autre arbre. ils ont l'air affreusement savant et répugnant : enflés qu'ils sont comme des crapauds."
xvi. Le Roi des aulnes, de Michel Tournier.
"Un soir qu'il s'attardait dans l'ombre dorée de l'écurie où flottait l'odeur sucrée du purin, en regardant les croupes luisantes onduler de stalle en stalle, il vit la queue de Barbe-Bleue se dresser, légèrement de biais, en sa racine, découvrant l'anus, bien maronné, petit, saillant, dur, hermétiquement fermé et plissé en son centre, comme une bourse à coulants. Et aussitôt la bourse s'extériorisa, avec la vitesse d'un bouton de rose filmé en accéléré, se retourna comme un gant, déployant au-dehors une corolle humide, du centre de laquelle il vit éclore des balles de crottin toutes neuves, admirablement moulées et vernissées, qui roulèrent une à une dans la paille sans se briser."
xvii. Au guet !, de Terry Pratchett.
"Les livres gauchissent le temps et l'espace. Une des raisons pour lesquelles les bouquinistes, dans les petites boutiques exigües et pleins de recoins dont on a déjà parlé, ont toujours l'air de tomber du ciel, c'est que nombre d'entre eux débaruent effectivement d'ailleurs, qu'ils se sont égarés chez nous après avoir pris un mauvais embranchement dans leurs propres librairies, sur des mondes où l'on estime de bon ton pour la profession l'habitude de porter en permanence des pantoufles et d'ouvrir à la clientèle uniquement quand on en a envie."
xviii. Η Καινη Διαθικη.
Bon, j'avoue que je n'ai pas lu. Mais ça a tout de même de la gueule maintenant d'avoir le Nouveau Testament orthodoxe en grec dans sa bibliothèque, tout droit venu du monastère où Sainte Pélagie eut la révélation de la cachette de l'icône miraculeuse de Tinos.
II. CINEMATURES
Pour ceux qui seraient inconsidérément intéressés, les films de la semaine :
i. Inglorious Basterds, de Quentin Tarentino. Splendide, mais on se demande si Tarentino ne commence pas à vouloir faire à tout prix du Tarentino.
ii. Number 9, de Shane Acker. Histoire cucul, images splendides.
iii. Là-Haut, de Pete Docter et Bob Peterson, encore le couple du vieux grincheux et du jeune frais et innocent, mais pourtant..
iv. Brüno, de Larry Charles. OVNI qu'on ne sait juger, et pourtant j'y ai ri.
v. Les Derniers jours du monde, de Jean-Marie et Arnaud Larrieu. Une bonne merde parisienne trop longue de deux heures trente.
vi. Little New York, de James de Monaco. Aaaah bah en voilà un petit film de mafiosi sympathique !
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