29.06.2009
DCCLVIII. - Le vélo au coin de la rue.
23:57 Publié dans Toute référence à Julien Gracq n'est que du hasard | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
27.06.2009
DCCLVII. - Moment midinette.
Grégoire, Toi + Moi.
21:30 Publié dans Toute référence à Julien Gracq n'est que du hasard | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
DCCLVI. - Ce soir le dahu est tout mniourf.
Lily Allen, Fuck You Very Much.
Histoire de changer je suis encore tombé par hasard sur la Tatapride. J'étais parti acheter du papier, et je me disais que pour aller ensuite m'offrir une plante verte je n'avais qu'à marcher tranquillement jusqu'à Bastille, prendre la 5 jusqu'au quai de la gare.
Le long de la rue du roi de Sicile, je repérais les drapeaux, plus nombreux qu'à l'accoutumée. Juin était beau, et les adolescents tapissaient les devantures de glaciers avec leurs jeans blancs trop courts. Lentement la foule se faisait plus dense, gorgée lentement d'hommes, de choses indescriptibles et des torses nus usuels. Un peu plus de bonnes soeurs que d'habitude, peut-être.
Je pense que la parade arrivait juste à la Bastille, ce qui n'empêchait pas les matelas de CRS, mantés-religiosés comme des insectes, d'en filtrer tous les bords. Impossible de marcher tranquillement jusqu'au fleuve, un bras de tonfa m'en coupait la route.
Cette année, quelque chose de la ferveur locale m'échappait. En général, me retrouver aussi près d'une telle palanquée de garçons et de torses suffit à m'exciter, à me faire participer à l'excitation d'une façon. À me rendre presque fier. Là, ni honte ni fierté, je me contentais de traverser la place en zig-zag. Je me disais que ça me semblait bien loin, toute cette nécessité de l'exhibition (et pourtant).
Bref, de retour, j'ai la vague à l'âme, un peu de remord et de nostalgie. En plus, comme cette nuit le foutre va couler à n'en plus finir, moi, je me sens seul.
Pouf, pouf.
Lily Allen, Fuck You Very Much.
21:11 Publié dans Toute référence à Julien Gracq n'est que du hasard | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note
23.06.2009
DCCLV. - Constat.
Ce soir, le dahu se sent seul.
22:02 Publié dans Toute référence à Julien Gracq n'est que du hasard | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
21.06.2009
DCCLIV. - Chambres intimes, suite.

Chambres intimes - La pause (Morgan)
Huile sur toile, 50 x 70.
(au passage il faudra qu'on m'explique pourquoi les appareils photos, de près, transforment des droites en courbes)
18:49 Publié dans Oeuvrettes au cours du temps | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
DCCLIII. - Cruising bars.
On appellera cet ancien voisin G*** pour préserver son anonymat, ce qui le préserve de peu de choses de toutes manières. Depuis nos longues années de célibat, G*** est devenu un compère en assassinat de saucissons, de tartiflettes et autres litrons complets de limoncello. G***, comme moi, a des défauts, que depuis quelques temps nous allons comparer (au lieu de les soigner) dans des bars "centraux". De cuites en cuites, nos petites âmes terrorisées ont fini de camper dans un seul café, pour progressivement aller de chaland en chaland, comme des marins de port en port.
Notre cabotage ces derniers mois nous a conduit de plus en plus loin. Mon foie en sait quelque chose ; c'est devenu régulier, constant. Je crains en avoir déjà dit quelques mots, ici. Nous en étions au stade où nous testions plusieurs bars, toujours centraux. De plus en plus de néons, de plus en plus d'oscilloscopes et de pénombres interlopes au rythmes des musiques saccadées et vibrantes. Et de rues que l'on passe, sous le ciel de juin, de portes qui s'entrouvrent aux portes dégueulantes de fumeurs.
Nous avons continué, droit au sud. Nous sommes conquistadores. Cela faisait longtemps que G*** cherchait la voie du Sud, celle qui tournait l'Afrique. Et voici : il y a quelques semaines de ça, amoché par l'alcool, il m'avait traîné jusqu'au Cap de Bonne-Espérance. J'ai frisé la mutinerie plusieurs fois. Y entrer a été une vraie cale humide. Un bain de dégrisement majeur. On ne fait pas mieux qu'en tombant autant en pleine mer, lourde de sel et de coups, où l'on se prend la quille et le quillon du gouvernail. Mais en un sens on se sent vivant. On vomit tout ce qu'on peut, on cherche l'air, on n'a qu'une envie - s'enfuir.
Ce soir, nous avons voulu battre Cabral et Gama. Nous sommes partis. Nous avons bu, peut-être. Sûrement - quoi que, pas tant que cela. Et voici : nous avons mouillé au dépôt de Calicut. Acmé pour G***, cela faisait si longtemps qu'il en parlait. Là-bas, dit-on, la moukhère est frivole et le thé léger pour le corps et l'âme ; là-bas, l'alcool coule comme du sperme en bacchanale, et les danseurs sont gironds. Ce serait l'orgie, celle promise par les Dieux, et les épices n'y manqueraient pas, ce qui est plus précieux encore.
En fait, ce dépôt-ci n'est jamais qu'un entrepot de chantier... quelques fort des halles gastrophores se sont devêtus, ne gardant qu'un cache-sexe d'où débordent des poils, posant sur leur ventre une sacoche contenant leurs papiers et leur bourse. Beaucoup d'entres eux attendent, assis. D'autres marchent ; on marche beaucoup, ici. On ne fait que ça. De loin en loin, il y a des recoins, des creux et des trous dans les murs. Des fonds de cale que des tentures de chantier masquent, où l'on avance à tâtons dans les odeurs. Ca sent la caque et le hareng. Il y a des attroupements, des moments de presse silencieuse.
D'autres ouvriers se reposent, accroupis, dans les recoins. Souvent, une de leurs mains est entre leur cuisse, et l'autre frotte les replis de leur ventre, sous le téton. Dans l'attente.
De ces quatre nouveaux forçats qui marchent aussi, par couples. Deux d'entre eux portent des combinaisons étroites pour leur âge, et s'emparent de la scène. Les deux autres cherchent plus directement à se mêler. Ils parlent fort, un peu de façon qu'ils estiment provocante - mais parler dans ce silence constant, c'est la vraie provocation, qui paraît un peu comme une insulte. Choquant, en tout cas. Dans une pièce un lit de sangles et de cuir a des chaînes qui cliquettent un peu dans le noir épais quand je les touche, briquet levé.
Parfois l'un des esclaves me regarde, le visage de masque, l'oeil inquiet. Je ne sais que faire, j'ai l'impression qu'il mendie - qu'il m'arrachera ce qu'il peut dès que mes yeux le regarderont trop. Son regard en somme est pitié. Il voudrait beaucoup de moi, mais n'espère pas que quoi que ce soit l'engage. Juste prendre, avoir. Sans rien. Ceux qui attirent mon regard ne le font, me semble-t-il, que parce qu'ils me ressemblent un peu. Comme par communauté d'inquiétude, guère plus.
La lumière noire irise les fils de mon ticheurte de poils blancs. Je marche, aussi, tétant la bière, suivant G***. On se demande ce qu'on fout là. Calicut n'est qu'un foutu bordel qui sent la merde.
05:00 Publié dans Toute référence à Julien Gracq n'est que du hasard | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
20.06.2009
DCCLII. - Un an plus tard.
Après un an, voici. Se revoir dans un bar, regarder un peu trop ses yeux verts. Boire de la Guinness que le patron apporte en tutoyant. Le regarder fumer, en frissonnant dans le vent frais de juin. Se demander pourquoi on est si distant. Il le dira à un moment : il relisait une de tes lettres, c'est bien écrit, y'a pas à dire, mais on se demande des fois si tu te lâches.
Non, je ne me lâche pas. Je suis sur la défensive. D'ailleurs, je le sais, je parle beaucoup de travail : indice. Et puis depuis un an, le temps, les envies - et aussi le souvenir de ce qui est arrivé. Comment.
Il resserre le col de son blouson sur son collier, qui reste le même. Une simple plaque de métal argenté.
Au métro, j'ai envie de mordre sa lèvre. Nous nous regardons. Je m'imagine un flottement, avant de partir de mon côté. Je m'imagine. Forcément.
J'ai été distant.
02:28 Publié dans Toute référence à Julien Gracq n'est que du hasard | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
17.06.2009
DCCLI. - César lui-même en parlait...
(et je m'en aperçois au cours de mes (re)lectures, quand César, franchissant le Rhin pour aller taquiner le Teuton en l'an 53, se mit à décrire la faune et la flore locale, pour faire du son et lumière vu le peu de succès de sa promenade de santé)
"Il y a aussi les animaux qu'on appelle élans. Ils ressemblent aux chèvres et ont même variété de pelage. Leur taille est un peu supérieure, leurs cornes sont tronquées et ils ont des jambes sans articulations : ils ne se couchent pas pour dormir, et, si quelque accident les fait tomber, ils ne peuvent se mettre debout ni même se soulever. Les arbres leur servent de lits : il s'y appuient et c'est ainsi, simplement un peu penchés, qu'ils dorment.
"Quand, en suivant leurs traces, les chasseurs ont découvert leur retraite habituelle, ils déracinent ou coupent au ras du sol tous les arbres du lieu, en prenant soin toutefois qu'ils se tiennent encore debout et gardent leur aspect ordinaire. Lorsque les élans viennent s'y accoter comme à leur habitude, les arbres s'abattent sous leur poids, et ils tombent avec eux."
Jules César, La guerre des Gaules, VI, 27.
... du dahu !
E je dirai même que César décrit une variété assez rare, le dahutus camporum dextro-levogyrus.
23:52 Publié dans Ut pictura poiesis et tout ça quoi. | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
14.06.2009
DCCL. - Impressions.
i. Des chaussures usées rangées sur un banc, dans la rue. Il y en a trois paires : des baskets, des écrase-merde et des escarpins. Au retour, il n'y en aura plus que deux paires, les escarpins auront été pris par un passant, qui a pourtant redisposé autrement les chaussures.
ii. Dans le métro, un enfant au ticheurte remonté par une épée de plastique. Il se met entre deux voitures, là où il y a des soufflets de caoutchoux, pour tanguer au galop de son cheval. Son bras peine à sortir l'arme de son fourreau, tant elle est grande. Il raidit le coude, son cheval se cabre. Voilà, l'épée est au clair. Les quillons brillent d'or à son poing couvert par les fronces de son pull trop grand, qui lui font un gant d'escrimeur. On est déjà à Vincennes, il n'a plus qu'à prendre le château. Àaaaaaa l'attaque !!! Les parents derrière doivent tirer la tortue et le bélier dans une poussette.
iii. J'entre. Il est assis, à un angle. Il a la beauté impériale de Pharaon. Au bout d'une station, je le vois. Il me regarde, détourne la tête. Je regarde le mur derrière lui, à l'autre bout du quai. Ses yeux coulissent à leur tour vers moi. Je n'ai pas lu Proust, donc je ne sais pas ce que fait Charlus avec Jupien. Pourtant il y a certainement de cela, dans nos regards qui s'évitent, se frôlent, se retouchent, se rivent. Se rivent. Se rivent. Nous replongeons, moi dans mon magazine, lui dans son écran de téléphone. La beauté d'un pharaon. Je lève les yeux. Il est là à me regarder. C'est sa station. Il part.
iv. Nous aurons passé un après-midi ou presque, assoupis l'un dans l'autre. Je crois que j'ai beaucoup hurlé.
23:47 Publié dans Ut pictura poiesis et tout ça quoi. | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
07.06.2009
DCCXLIX. - La seconde backroom.
Ni la Fnac, ni Gibert (jeune ou vieux), ni Shakespeare And Co, ni quoi que ce soit - encore moins les revendeurs louches qui entrouvrent leur duffle-coat d'un regard soupçonneux aux pieds du Palais de Justice. Les libraires n'ont pas The Mouse That Roared. Cela augmente mon désir de le lire, bien sûr. Il ne restera donc que Smith, et j'en doute : allez trouver un best-seller de 1955, même adapté avec Peter Sellers, tant qu'il parle de choses insouciantes. Tentez seulement de dégoter un Pratchett : vous en aurez l'intégralité, sous tous les formats d'illustration possible ; tentez de trouver un livre qui ne s'en éloigne que de peu, si ce n'est par l'âge et l'ancienneté : vous pouvez toujours tenter de passer la frontière d'Andorre avec plus de quatre cartouches de tabac. Il faudra donc attendre - cela a marché l'an passé avec Tous à Zanzibar. Cette année peut-être, à force de harceler les libraires, The Mouse That Roared sera-t-il réédité avec une frénésie pantelante.
J'ai donc noyé cela dans... j'ai donc noyé cela. Je crois que nous avons commencé par le Carré, avec bien un litre de bière chacun. C'était Happy Hour, il convenait de fêter pour satisfaire les dieux chtoniens la victoire de Perpignan. Nous l'avons même fêtée avec un peu d'avance, cette victoire. De toute manière, il y a toujours des victoires à fêter : à défaut de celle de sa propre survie, il suffisait de voir les supporters dans les rues durant l'après-midi. Je ne sais trop ce que Perpignan a gagné en fait : au vu des bérets, je dirais que c'est du rugby, peut-être du vélo. Qu'importe, cela a rendu des cafetiers heureux.
Puis nous avons tangué, déjà le foie brûlant, jusqu'à la Chaise au Plafond, afin de faire semblant d'humecter nos tatins de tomates confites et nos rouelles d'agneau aux herbes, posées sur des chips fraîches et de la purée de céleri d'un dernier reste de Cahors au goût étrange de menthe et de persil. Mes morceaux de viande étaient percés d'un cure-dent, pour les tenir sur le grill durant qu'ils rosissaient. Qui s'en occupe ? Moi, car ce n'est pas désagréable de voir ces escargots de chair ourlée d'un filet de graisse (ou de peau) fumer à peine sous les craquelis de gros sel dans une assiette trop large pour la table de bistro.
Je crois qu'ensuite... ah, diantre, oui, le Raidd. Youpi. Cela faisait tellement longtemps qu'il en parlait. Du monde, du monde, du monde : on y est serré comme caque en hareng, et tout le monde s'y emmerde. Le serveur s'y repère à ses six heures de bodybuilding quotidien, et à son absence de ticheurte. Le sol pègue sa race, et dans une baie vitrée ridicule, où l'on entre par une porte de collège à la poignée de plastique épais et rond, un serveur de corvée ira se badigeonner de mousse, arrosant parfois la vitre afin d'en ôter la buée. Il est sans conviction ; sans trop de doute, il est hétéro, et jamais il ne parlera à sa copine qui l'attend au chaud devant le dernier feuilleton du samedi ce qu'il doit faire tous les ouiquennedes. Un peu d'astiquage par-ci, cela n'empêchera pas le sol de péguer convenablement tant la bière s'y est répandue, épaisse, gluante. Il doit y avoir du frémissement dans les ampoules rectales, tant les verres se brisent tandis que l'Adonis protéinés ramone à l'intérieur de son slip de bain estampillé au blason du bar. Peut-être n'y en a-t-il qu'un seul, et que de prestation en prestation les serveurs se le refilent-ils.
Je crois qu'au Freedj nous n'avons fait que passer. Trop de monde, plafond trop bas. Le principe est de s'y battre pour avancer, et d'y être le plus serré envisageable, afin de tâter au maximum : ooops, pardon, oooops, excusez-moi, et palotage de fessiers tendus dans les jock-straps de circonstance. De l'air.
Et voici : ma première fois à l'Open. Tant qu'à faire, et c'est la première porte à côté. Pas de Guiness dans les bars de ce quartier, et je ne sais plus si je bois de la Desperado ou de la Corona. Qu'importe. Tant que ce n'est pas de la pression du tout-venant. Ici, les cheveux déteints côtoient les vieilles chemises entrebaillées. Je ne suis ni l'un ni l'autre, je suis la graisse jeune sous un chapeau, qui sort le cigare. Voici quinze jours que j'en avais envie, le voici à mes lèvres : le Romeo Y Julietta, n°2, au goût âcre et limpide, que je respire par courtes bouffées. Cela fait plouc, je sais que parfois l'on me regarde. Tant pis. La rue m'est interdite par une courroie de tissu rouge, qui resserre le troupeau entre le mur et elle. Des corps nous longent, des corps nous frôlent. Nombre d'entre eux ont la nuque raide, et le coude plié. Un quadragénaire - peut-être un quinquagénaire, que sais-je, les crèmes sont miraculeuses - essaie de tailler une bavette avant autre chose à mon camarade de beuverie. Je laisse faire. Je fume. Je suis celui qu'on ignore, le gros con imbu au cigare. Celui qui est égoïste : le cigare, ça ne se partage pas. Le cigare, ça ne peut pas se demander comme une clope, et encore moins on demande du feu pour allumer sous la nuit des étoiles dans les yeux. Le cigare, c'est l'isolement, le repli lointain, presque souverain. Non je n'attends pas ; et mon foie, lui, n'attend que de pouvoir vomir. Le cigare prend des notes poivrées, légèrement mentholées : sa fin approche.
La nuit aussi s'étire, et l'air enfin lentement s'échauffe sous la lune moribonde. Des couples d'un soir partent, appelés par le dernier RER. Ils laissent entre eux, marchant, la gêne de savoir qu'on les regarde, et que dans la meute qui fait semblant de les ignorer se trouve peut-être l'un de leurs futurs amants, qui pourraient leur en tenir rigueur. L'un d'entre eux a été l'un de mes amants. Il m'embrasse au passage, et part. Il a minci, depuis la dernière fois où nous avons couché ensemble. Cela lui va mieux.
J'écrase le cigare sous mon pied. Les feuilles de tabac, que la semelle brunit encore, s'épandent un peu, comme une annonce de l'automne. Parfois, quand je change de jambe d'appui, sous ma semelle je sens l'épaisseur du mégot.
Nous partons. Nous avons lui et moi terriblement mal au foie. Je suis parfois obligé de m'arrêter pour respirer. Le trottoir, après tout, serait une solution.
Je ne sais comment je suis venu ici. Nous avons simplement tourné à droite, au lieu d'aller au métro. Il sonne, et nous entrons. La porte est métallisée, munie de grilles et de judas. Cela pourrait être un entrepôt. Je me débarasse de ma veste, mais je garde mon chapeau, comme un dernier rempart de la décence. L'endroit est glauque et pue la merde. Parfois, il y a des ahanements, des clapotis de chair. Je crois voir quelques bites turgescentes, brandies comme des poutrelles douloureuses. L'un d'entre eux porte un cock-ring, comme pour certifier qu'on est bien là, et pas ailleurs. Un peu comme un timbre fiscal sur un relevé d'impôt. En plus la bière est tiédasse, comme si je m'étais glissé dans des draps déjà utilisés. Je n'en peux plus, je pisse longuement comme un cheval à la poste. Aucun d'entre eux ne cherchera à reluquer ; je pense que je ne fais pas là, que quelque chose me bloque entièrement. Me dégoûte.
Je dégrise.
Tout l'alcool et l'eau se concentre dans ma vessie. Des êtres dont je ne devine qu'à peine les corps tanguent, glissent. Des essaims se forment là où il y a des bruits, tandis que d'autres besogneusement pompent leur bière de retape au verre devant un vieux tube cathodique aux pornos tressautants. Veni, vedi, non vici. Treize euros, ça fait cher la pissotière. Dans la nuit, je fredonnerai du Mozart, pour survivre à ça.
Ce matin, nous nous étions réveillés l'un dans l'autre, tout comme nous avions dormi.
04:43 Publié dans Toute référence à Julien Gracq n'est que du hasard | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note

