14.06.2009
DCCL. - Impressions.
i. Des chaussures usées rangées sur un banc, dans la rue. Il y en a trois paires : des baskets, des écrase-merde et des escarpins. Au retour, il n'y en aura plus que deux paires, les escarpins auront été pris par un passant, qui a pourtant redisposé autrement les chaussures.
ii. Dans le métro, un enfant au ticheurte remonté par une épée de plastique. Il se met entre deux voitures, là où il y a des soufflets de caoutchoux, pour tanguer au galop de son cheval. Son bras peine à sortir l'arme de son fourreau, tant elle est grande. Il raidit le coude, son cheval se cabre. Voilà, l'épée est au clair. Les quillons brillent d'or à son poing couvert par les fronces de son pull trop grand, qui lui font un gant d'escrimeur. On est déjà à Vincennes, il n'a plus qu'à prendre le château. Àaaaaaa l'attaque !!! Les parents derrière doivent tirer la tortue et le bélier dans une poussette.
iii. J'entre. Il est assis, à un angle. Il a la beauté impériale de Pharaon. Au bout d'une station, je le vois. Il me regarde, détourne la tête. Je regarde le mur derrière lui, à l'autre bout du quai. Ses yeux coulissent à leur tour vers moi. Je n'ai pas lu Proust, donc je ne sais pas ce que fait Charlus avec Jupien. Pourtant il y a certainement de cela, dans nos regards qui s'évitent, se frôlent, se retouchent, se rivent. Se rivent. Se rivent. Nous replongeons, moi dans mon magazine, lui dans son écran de téléphone. La beauté d'un pharaon. Je lève les yeux. Il est là à me regarder. C'est sa station. Il part.
iv. Nous aurons passé un après-midi ou presque, assoupis l'un dans l'autre. Je crois que j'ai beaucoup hurlé.
23:47 Publié dans Ut pictura poiesis et tout ça quoi. | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note


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