08.05.2009
DCCXLIII. - Au balcon, au tison.
J'étais sur le balcon, profitant de la douceur de l'après-midi pour travailler - efflorescence du soleil glissé dans la rue, arbre se balançant doucement au rythme d'une brise évanescente. Le cours se prépare lentement : il n'est pas aisé de résumer en deux heures pour de futurs hauts fonctionnaires plusieurs années de travail.
Un ordinateur, une chaise et une table de fer forgé, du thé, un gâteau au raisin... Il faut juste parfois un peu cligner des yeux quand les arbres bougent, ne pas trop regarder dans la rue pour rêvasser.
Des gens, des couples, des vieux - des voisins.
Devant le balcon, sur le trottoir il y a un magnolia en pot, apporté par les jardiniers avec les premiers jours de printemps. Quelques feuilles sont jaunies, encore aux branches.
Dans un pantalon de vieux velours qui lui flotte autour des jambes, trop court pourtant, un vieillard avance. Courbé dans sa veste de coton beige, il porte avec embaras une musette de cuir à la sangle effilochée. Son pas rippe à chaque fois, comme si ses chaussures bloquaient sur le goudron du trottoir. C'est une petite chose hésitante, tenue à peine par ses vêtements qui sont pourtant prêts à s'effondrer, s'envoler, dès qu'ils sont tout juste gonflés par le vent.
Il s'arrête devant le magnolia, et le regarde, une main tremblante posée sur les planches de bois. Hoche du menton, bouche fermée. Il redresse la sangle de sa musette, qui boursouffle sa veste. Il regarde attentivement dans l'arbre, comme pour en observer les noeuds et l'écorce. Il caresse du doigt une feuille, pendant que ses cheveux blancs se soulèvent légèrement sous la brise. Puis il s'agrippe au rebord et je le vois se pencher pour tirer une feuille jaune. La branche se plie doucement, et lâche et remonte quand la feuille lui reste dans la main.
Il la jette à terre, se repenche et reprend une autre feuille jaune. Se tirant sans cesse à la palissade de bois, à petits pas il fera tout le tour de l'arbre, ôtant petit à petit les feuilles. La dernière sera posée sur la terre, où il la tapotera du plat de la main.
Il rehisse la sangle de la musette, redescendue pendant qu'il faisait le tour du magnolia. De nouveau sa veste beige est tirée vers le haut. Il regarde l'arbre, hoche à nouveau la tête en surveillant la rue. Puis il va s'accrocher au poteau suivant pour continuer sa promenade.
J'ai fini mon thé.
20:24 Publié dans Toute référence à Julien Gracq n'est que du hasard | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note


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