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  • DCCXL. - Mai 2008 - avril 2009 : la vie d'une toile.

     

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    20 mai 2008


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    21 mai 2008


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    25 mai 2008


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    11 août 2008


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    27 avril 2009

    Chambres intimes - La sieste
    Huile sur toile, 50 x 70cm.

     

  • DCCXXXIX. Erreur de destinataire.

    Ce n'est pas au premier réflexe de sourire qu'il est dur de résister, lorsqu'on reçoit par erreur un sms souhaitant la bonne nuit, comme à une personne aimée. C'est à la douce rancoeur jalouse.

    Je n'ai pas reçu ce message ; je n'en recevrai pas.

  • DCCXXXVIII. - En fermant les yeux.

    Est-ce un début d'alcoolisme, que de ne plus pouvoir de fatigue monter des oeufs en neige avec une fourchette ?

  • DCCXXXVII. - Le printemps.

    Je n'ai pas vu l'hiver, je n'ai pas vu l'automne. J'ai presque envie

    de froidure, et de longs manteaux de pluie. Donnez-moi le soir.

    Donnez-moi les nuits. Que je m'y réfugie - et que j'oublie la mort.

  • DCCXXXVI. - En rentrant du Marais.

    Une petite boule de polystyrène court devant mes pieds, poussée certainement par une brise qui n'existe qu'au sol. Je marche vers le métro, main aux poches, chapeau sur la nuque - nous sommes samedi soir.

    Ma vie est un moment infect, consacré au service d'une force qui me dépasse, et se nourrit de son propre sang. Elle semble mourir, abattue par ses propres efforts alors qu'à nouveau elle se jetait contre le mur. Non, elle ne l'est pas : de nouveau elle se mordra le bras, s'arrachant sa chair de ses dents avides, pour de nouveau assouvir son estomac épais. Et se ruant encore sur le mur elle le souillera des dents qu'elle s'est arrachées. Et pourtant...

    ... je voudrais dire la grâce lucide des matins lumineux, où le soleil rase les pierres des bâtiments, y traçant les rectangles nets de l'ombre et de la lumière. L'air est alors pur, d'une pureté qui rend les matins poudreux, et les cieux lourds et bas comme le reste d'une illusion : puérile, imparfaite, oubliée. On marche d'un pas plus élastique, on rallonge son trajet d'une ou deux stations de métro, profitant de l'air frais, s'en étouffant en mâchant un pain viennois parsemé de chocolat. Des miettes grasses parfois me restent au coin des lèvres, je les essuie d'un doigt.

    ... je voudrais dire ces silences attendris du 62 quand dans un berceau que pousse une mère au cheveux défaits, secs et plats, somnole un monstre de quelques mois, dont les poings se serrent pour boxer un monde prêt à le dévorer.

    ... je voudrais dire cette nonne qui m'a frôlé tout à l'heure, se rendant à l'office de Saint Gervais; et qui chantonnait pour elle, coiffe baissée, Dominique-nique-nique.

    ... je voudrais dire ce petit couple hier soir, près des guichets du RER à Châtelet. Ils se sont embrassés d'un simple baiser, de celui qui sait que c'est juste pour un instant - à tout à l'heure - et sont partis, chacun rajustant sa cravate.

    ... je voudrais dire cet enfoncement profond d'un matin, quand plusieurs minutes avant le réveil mes yeux ouverts m'ont montré un plafond qui s'éloignait, avec l'impression de chute immobile, l'enfermement dans un cachot de coton et les bras non-levés qui en l'air continuaient de griffer une paroi inexistante. Je tombais dans mon lit et ma tête restait dans les coussins.

    ... je voudrais dire le plaisir retrouvé du vol de temps, ce matin, feuilletant un pavé avec un bol de thé. À la fenêtre d'en face, qu'on voit mieux par le balcon ouvert sur l'air frais du printemps, un homme de mon âge, en maillot de corps, fumait. Il était mal rasé, et se passait le pouce sur les lèvres, pour y répandre le goût du tabac.

    ... je voudrais dire ce garçon un peu nerveux qui fume rapidement à l'encoignure d'une porte. Il porte souvent sa clope aux lèvres, pour souffler la fumée d'un jet rapide, serrant l'autre main dans son pantalon étroit. Une mèche de cheveux lui masque les yeux, descendant jusqu'à son nez retroussé, qu'il lève pour voir si la porte va s'ouvrir. Il est là régulièrement, vers 8h30, et il fume, comme en cachette des adultes. D'une beauté souveraine.

    ... je voudrais dire cette nouvelle voisine, toute voilée, gantée, qui parfois ouvre les carreaux pour voir si les amours de sa vie, sa raison d'être, apparaissent vraiment au coin de la rue, cartable au dos. D'autres fois moins dangereuses pour son coeur, certainement celles où ni l'horloge ni ses passions ne la contraignent, elle ouvre de nouveau la fenêtre pour y fumer, chassant les odeurs de sa main noircie de soie.

    ... je voudrais dire l'église aux portes grandes ouvertes pour les Rameaux, et ces vieilles bossues clopinant, tenant du buis en stock suffisamment large pour résister à toutes les malédictions d'une année.

    ... je voudrais dire le sentiment de plus en plus prégnant de ma mort qui m'environne, des os flétris et découpés par la terre, et de l'acceptation que j'en ai aussi.

    Au ciel, la lune est déjà en son premier quartier. Ce doit faire treize jours que je ne l'ai pas regardée.