28.03.2009

DCCXXXII. - Les Veilleurs.

La semaine était rude, et le soir tombait. L'Auteur, ayant d'un pas presque cadencé avancé à l'ombre des tours qui s'illuminaient, venait tout juste de se carrer contre le velours rouge sang d'un cinéma qu'il ne connaissait pas encore - mais au vu de la boutique dévédé, ornée d'un Marchand de Venise avec Pacino à cinq euros, il se disait déjà qu'il y retournerait souvent. Le film s'annonçait bien, en tout cas l'Auteur cherchait un petit film avec des épées ou des capes pour se changer les idées : pas du compliqué, pas du Tokyo Sonata, ce sera pour le ouiquennede.

Se délectant d'avance du navet boum-boum qui allait bientôt flatter ses cernes, l'Auteur feuilletait un magazine quelconque (Peter Doherty, son chapeau, son cheveux, ses cernes), laissant la salle s'emplir : quelques parisiens, leurs foulards, leurs cernes. Les réclames sont toujours propices à l'un ou l'autre regard en biais, tant pour se prémunir contre les voisins envahisseurs (toujours garder une place libre à côté pour faire chier les couples et s'y étaler en cours de route) que pour noter, d'un hochement de menton, ceux dont on sait que...

Loupiottes qui baissent, toux : le film commence. J'ai cru m'être trompé. Une minute passe. Je me redresse dans mon fauteuil, zieux grands zouverts.

Mais je suis chez Bouvard et Pécuchet ou quoi ?

Nixon à son cinquième mandat en 1985, Kissinger toujours grasseyant son anglais... un univers où la violence est bâtarde, où l'on se bat comme on se bat dans la rue, maladroitement (même quand il s'agit de flics attaquant un appart), des trentenaires paumés qui n'arrivent à bander que lorsqu'ils portent des jarretières de cuir et qu'ils jouent à Batman. Un univers où tout n'est que peur, peur insidieuse d'un extérieur, avec le crabe interne : le cancer, qui détruit moins des vies que des hommes, quand il est montré à la télé.

Les personnages de comics poussés à leur extrême : des monstres qui brûlent le Viêtnam, qui écrasent les enfants, disloquent les corps comme des pâtés infectes - qui se battent contre les commies.

Des adultes lâches, vaguement fascinés par leur jeunesse, qui s'offrent les escapades qu'ils peuvent mais se recoiffent lorsqu'on sonne à la porte.. Peut-être encore idéalistes, prêts à sauver des gamins d'un immeuble en flammes d'une façon sûrement brouillonne mais surtout parce que c'est drôle et que ça agite les cheveux... Des adultes tellement idéalistes qu'en fin de compte ils acceptent avec le vieillissement les solutions les plus ignobles, les crimes et les disparitions de témoins gênants pour peu qu'ils n'aient pas les mains salies (sauf si c'est pour réparer le moteur de la mécanique).

Et dans ce monde banal il y a un gamin têtu, obstiné et parano qui s'appelle Rorschach.

J'ignorais que Flaubert savait écrire des scénars. Chapeau, monsieur.

Le film Watchmen est réalisé par Zack Snyder et date de 2009.

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