23.01.2009
DCCXV. - Liste de lectures.
i. La Femme en vert, de Arnaldur Indridason. C'est dans un jardin aux limites de Reykjavik que l'on trouve un bébé en train de mâchouiller un drôle d'objet, qui ressemble un tantinet à une côté d'os. Plus tard, dans les fondations que l'on creuse pour une maison du nouveau quartier, un squelette est trouvé. Bizarrement couché.
Le commissaire Erlendur et ses pulls improbables dirige les fouilles. Mais, se promenant à la fraîche près d'un bouquet de groseillers, il sent son pied buter contre une petite pierre... qui sera le doigt d'un squelette, enterré main en l'air comme s'il se débattait pendant qu'on jetait la terre sur lui.
Bref, deux squelettes pas très nets, vieux d'un bon demi-siècle, peut-être trois, et voilà Erlendur avec encore une enquête improbable sur les bras.
L'histoire commence très fort, on entend le vent froid de l'Islande et la neige épaisse de l'hiver entre les vrombrissements de quelque chose qui sent un peu la guerre, aussi, les réservoirs de gaz de fin du monde et la faim terrible d'enfants qu'on perd dans la neige.
Dommage que la fin, comme écrite à la va-vite, oublie de résoudre toute l'affaire, et laisse de l'improbable à une histoire qui partait si bien ficelée : on a encore un mort sur les bras, et on ne sait pas qu'en faire, sans que ni le narrateur ni Erlendur ne s'en occupent : y'a souci, je dis.
"Il remarqua qu'il s'agissait d'un os humain dès qu'il l'enleva des mains de l'enfant qui le mâchouillait, assis par terre."
ii. Le Livre des darons sacrés ou La Bible en Argot, de Pierre Devaux. Le genre de livre improbable, qu'on ne trouve jamais que par hasard et fortune, chez un bouquiniste. Imaginez simplement que le Vénéré Daron, parce qu'il voudrait bien rigoler à plusieurs et partager l'oignon croquignolet, se mette à créer de ses paluches formidables le premier Miroton... et c'est là que commencèrent tous les blèmes, de Noé contraint de se faire une barcasse des plus olpiches, Holopherne renquillé à Béthulie par cette grosse cochonne de Judith, Jonas en pitaine de baleine contraint d'avaler du jus de parapluie, la coquinasse reine Esther qui se fait piler le marcotin par Assuérus, sans compter Joseph refilé à Putiphar par ses frangins, bref toute la lerhistoidu pas ligodu du trêpe d'Israël. Une petite merveille, à vous faire danser les valseuses et donner des louises de contentement.
"Au commencement, notre Vénéré Daron goupilla la Terre et les Cieux. À l'époque, la Terre, qui se baguenaudait tristrement dans les Ténèbres, épousait pas encore c'te belle rondeur qui, par la suite, créa tant d'emmouscaillures à c'te pauvre Galilée, l'inventeur de l'étourdissement."
iii. Contre-enquête sur la mort d'Emma Bovary, de Philippe Doumenc. Emma va mal : elle se meurt. Charles est à son chevet, affolé ; ses talents, conjugués à ceux de Homay, ont plus nui à son état que combattu le mal. On appelle le curé, qui maugrée, face à ce qui ressemble fort à un suicide. On va jusqu'à Rouen chercher deux sommités médicales : elles arrivent, tard dans la nuit - rien n'y fait. Si ce n'est que le docteur Canivet, se penchant sur la jeune femme, entend ses dernières paroles : "Assassinée, pas suicidée".
Il en faut pour qu'on envoie de Rouen deux souliers à clou pour élucider le mystère. Car la jeune femme avait beaucoup de relations, un peu trop pour une si jeune personne, dans un village où tout se sait. Elle trompait son mari, elle avait des amants... Non loin du village il y a le "château" de Rodolphe, un cynique libertin, sans compter que le pharmacien, à trop se mêler de la vie des autres, semble bien concupiscent. Ni le mari cocu.
Bref, l'enquête dans la campagne normande ne s'avère pas facile...
"Après cette folle journée de la veille passée à courir dans la neige et la boue, après ces supplications vaines, ces menaces, ces refus grossiers auxquels elle s'était heurtée, elle avait enfin compris qu'elle était vaincue."
iv. RN 86, de Jean-Bernard Pouy. Lucie est partie faire un stage, Lucie est revenue. Lucie est repartie faire un stage, Lucie n'est pas revenue tout de suite. Il lui a fallu un bon mois. Et, un mois plus tard, sa voiture fonce sur un camion, comme perdant le contrôle. Léonard, son mari, ne comprend pas. Est complètement perdu. Perdu de douleur, perdu d'incompréhension.
Alors il reprend la RN 86 du stage pour essayer de comprendre. Un peu comme un deuil. Un peu comme une enquête. Non loin du pont du Gard, entre une officine de gendarmes qui regardent avec mépris ce quadra jouant à Colombo, et un écrivain obèse qui siphonne tout ce qui passe, pourvu que ce soit bon.
"On a les madeleines qu'on mérite."
v. Physiologie du goût, de Jean-Anthelme Brillat-Savarin. Il fallait bien que l'on passât par ce monument de la gastronomie. C'est quelque chose d'étrange, que ces Méditations de Brillat-Savarin, ce livre fondateur en toutes choses, admiré par MM. Alexandre Dumas et Roland Barthes themselves. C'est un mélange de textes pontifiants, de déclamations et de verbiages, de textes de chasse sans grand intérêt littéraire, et d'impertinence, d'humour, de dérision - on ne peut croire que la description du professeur assis à son fauteuil, digérant, soit sérieux. Mais il y a aussi ces grandes sentences qui n'inventent rien, si ce n'est d'énoncer des vérités millénaires (chose qui élève peut-être, en un sens, Brillat-Savarin au rang des moralistes).
Il y a des fulgurances chez Brillat-Savarin, il y a cette volonté de transformer les plaisirs de la table une science, des anecdotes savoureuses, et cette fabuleuse recette de l'omelette au thon, que j'ai bien envie d'essayer, sans compter voir un jour l'effet des plats d'anguille.
"I. L'univers n'est rien que par la vie, et tout ce qui vit se nourrit.
II. Les animaux se repaissent ; l'homme mange ; l'homme d'esprit seul sait manger."
23:11 Publié dans Listes de lecture | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note


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