22.01.2009
DCCXIV. - Un autre conte moderne.
Très cher ami, vous excuserez, je pense, les méthodes que j’ai pu employer. J’espère que vous n’en avez pas trop souffert – quoi que, comme vous le pensez, que vous n’ayez pas un peu dommage serait, comment dire, un peu contraire au but de l’opération.
Comme vous avez pu le constater, vous êtes sous une planche de bois, que perce un trou de métal, dans lequel il faut bien le dire, votre tête a été insérée par le bas. Je vous passe les détails mécaniques, car c’est bien simple : votre crâne est coincé par une espèce d’écrou quelconque que j’y ai installé, de sorte que vous ne pouvez rien faire – ni entrer, ni sortir, ni tourner la tête. Vous êtes en quelque sorte immobilisé.
Je me doute que la position soit un brin inconfortable pour vous – tenez, je pose sous vos pieds un tabouret pour que vous ne soyez pas sans arrêt déconcentré à faire des pointes, d’autant que cela abîme votre cuir chevelu.
Bien. Donc, je vous disais que vous aviez la tête coincée. Allons, pas de gémissement, vous aurez bien le temps ensuite. Voici la suite des opérations, si vous le voulez bien.
Imaginez donc que votre crâne dépasse de l’autre côté de cette planche qui vous couvre comme un sombrero. Ce couteau à pain que je vous présente me permettra de l’autre côté de couper la peau qui couvre votre tête, sans être gêné en aucune façon par les cheveux. J’avoue ne pas comprendre cette manie que l’on peut avoir à porter les cheveux si longs, d’ailleurs, cela est si gênant pour cette opération. J’imagine que vous vous trouvez ici pour cette seule raison ; après tout, elle peut être valable, ne trouvez-vous pas ?
Je vous assure que je ferai de mon mieux pour que le sang ne salisse pas trop la table lorsque j’ôterai votre cuir chevelu. Avec le temps, j’ai acquis une certaine expérience, savez-vous, mais il suffit d’une veine mal placée et l’on tache tout. Un malheur est si vite arrivé.
Allons, ne fermez pas les yeux ! Je tiens tout particulièrement à ce que vous n’ignoriez rien, c’est la moindre des choses ! J’ai ma conscience !
Voyez – cet instrument assez étrange est une variation intéressante du trépan, qui me permettra en quelque tours, d’ouvrir votre crâne comme l’on décapsule une boîte de conserve. Un rien de crissement, certes, parfois le son de la lame d’acier sur l’os n’est pas toujours confortable. Ça rappelle l’ongle sur l’ardoise, vous vous souvenez. Brrrrr. Rien que d’y penser… Mais voilà, hop, et votre bol d’os partira sur un plateau, renversé, on y verse les meilleurs soupes au pois.
Je ne suis pas un tortionnaire : je ne vous ai pas attaché les mains, vous aurez tout le loisir de battre le dessous de la table – n’hésitez pas, je tiens tout particulièrement à ce que vous soyez à votre aise. Les ongles, au plus extrême instant, ont une capacité à tracer des arabesques du plus grand intérêt. Il est dommage que certains parfois aient leur ongle qui s’y arrache, c’est toujours un peu décevant. Si à un moment vous vous évanouissez de douleur ou d’effroi, je n’hésiterai pas à stopper l’opération jusqu’à ce que vous vous réveilliez. Il ne faut surtout pas que vous en perdiez une miette.
Quant à cette cuiller d’argent et de vermeil, que j’ai achetée au Mont Saint-Michel (regardez, on détaille très bien l’église sur la miniature peinte au sommet), je pense qu’il vous est évident que je m’en servirai pour déguster morceau à morceau votre cervelle succulente, pendant que vous hurlerez de terreur et d’effroi insensé.
Je vous laisse, au revoir !
22:55 Publié dans Oeuvrettes au cours du temps | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note


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