28.12.2008
DCCIX. - Liste de lectures.
i. Le Meunier hurlant, de Arto Paasilinna. Comme toujours, il s'agit de l'un de ces livres de Paasilinna qui donne envie d'aller couper du bois en Finlande (à défaut de chevaucher dans les verts hauts-plateaux islandais), et de surveiller le soleil de minuit, vers juin, pour les quelques heures où il se cache derrière l'horizon, pour voir s'il ne laisse pas deviner le rayon vert - d'ailleurs, pourquoi pas la Finlande, pour mes prochaines expéditions bobo ? Pour autant, c'est un Paasilinna étrange : il se finit presque mal - il se finit étrangement, en déliquescence, en surprise, en silence, en légende en somme - ce qui surprend pour un écrivain toujours si ancré dans la réalité, si proche du bois, des varlopes et des chasses à ski.
Gunnar Hutunen est un meunier qui a décidé de s'installer dans un village près de la rivière de la Bouche, après les guerres finno-russes des années quarante. Il achète un vieux moulin délabré, le retape plus ou moins, et essaie de s'inserrer dans la communauté. C'est un homme entreprenant, bûcheur, bosseur, un peu rustre et maigre - bref, un personnage de Paasilinna.
Mais Gunnar a un problème : quand il est content, quand il est triste - bref, quand il a une émotion un tantinet forte, il l'exprime en hurlant. Sans compter qu'il est assez bon pour imiter les villageois façon animaux. Ce qui parfois peut déranger, voire être de moins en moins apprécié... sauf, à la rigueur, par la conseillère rurale Sanelma Käyrämö.
Si vous aimez crapahuter dans les marais en portant des alambics pas très légaux, ou chier sur des planches au-dessus de rivière, si vous aimez les montagnes avec des loups et les boîtes postales faites de cartons posés en pleine forêt, ce livre est fait pour vous...
ii. Polichinelle, de Pierric Bailly. Ce livre était ma concession à la rentrée littéraire, suite à recommandation de journaux divers sans compter les quelques magazines qu'il m'arrivait d'acheter pour animer les soirées festives du Boeing entre Athènes et Paris.
Tout ce que je peux dire, c'est qu'il y a quelque chose qui m'a échappé dans ce livre. Pour pas dire tout.
À tout le moins ai-je compris que cela se passait parmi une bande de jeunes, pas loin de Lons-le-Saunier, durant l'été : l'ennui mortel d'ados qui trippent, hip-hoppent et détruisent tout ce qui passent à portée de main afin que ça ne leur échappe pas, ou peut-être dans l'espoir d'une punition qui donnerait justification à leur existence. Il y a de la débilité, dans ces corps, du mariage cousine-cousin sur plusieurs générations, des coups qui se perdent jamais et beaucoup de piscines qui servent de dépotoir à télé.
Mais il y a aussi une succession d'images dont on se demande ce qu'elles font dans un roman - le poétiser ? À quoi servent ces tulipes, et cette image du bus dans le champ ? Pourquoi toutes ces histoires qui ne commencent même pas, d'autres qui s'achèvent tout juste - si ce n'est peut-être pour donner le sentiment d'une impermanence continue, d'une insatisfaction qui n'arrive même pas à prendre conscience, à s'exprimer ? D'un ennui total, dont le prurit n'est calmé parfois que par une violence puérile ?
iii. La chasse au tatou dans la pampa argentine, de Jean-Bernard Pouy. C'est une succession de nouvelles assez brèves de M. Pouy que cet ouvrage. De la belle facture, comme toujours, où l'on voit un duo de papis dézinguer des décanilleurs de lapins provençaux, un trio de broques tenter de dévaliser une banque en ignorant ce qu'il arrive aux tatous dans la pampa, un mono de caissière d'autoroute qui se met à couper un canon de fusil avec une scie de ménage, un chien qui en a marre de fureter sous les canapés du métro et Dieu qui n'en peut plus de conduire son bus. Faut aimer l'humour noir, les enfants, format encre de Chine concentrée.
iv. Histoire d'Alexandre, Quinte-Curce. 'videmment, on n'est pas plus dans un univers policé avec le Macédonien qu'a mis les Perses à genoux et à Gaucamèles. Le livre n'est pas entier, la faute à ces barbares qui se sont vengés qu'on leur apprenne la civilisation en paumant nombre de nos ouvrages à nous qu'on a écrit avec nos calames persos. On sent pourtant que Quinte-Curce a un rapport zarbi à l'Alexandre le Grand.
C'est un être impétueux, couvert par la chance, la fortune et le destin plus assurément que par n'importe quel contrat d'assurance. C'est un être courageux, noble, digne des plus grands héros - c'est aussi un ordonnateur, un bâtisseur de villes. Mais c'est aussi un tyran, un type emporté, qui picole grave, force à se prosterner devant ses petons divins le tout-venant et transperce ses amis à coups de javelot quand ça lui chante sans compter qu'il a un goût douteux pour les mésalliances et la polygamie.
Franchement, la mort de Perdicas a quelque chose de monstrueux. D'inexplicable. On a envie de prendre Alexandre par le col de la cuirasse et de lui envoyer un bon paquet d'allers-retours rien que pour lui apprendre la vraie vie, la dignité. Bordel, quand on a eu Aristote comme prof, on fait pas ça !!!
23:57 Publié dans Listes de lecture | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note


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