20.12.2008

DCCVII. - En errant, en se levant.

C'est là encore un nouveau quartier, à peine plus nouveau que le mien désormais. Il était pour moi longtemps un quartier où je marchais, assez vite, faisant attention de n'y pas croiser les regards toujours surprenants. Mi-terreur d'être vu, mi-espoir d'être inexorablement attendu.

Ce matin, il faisait doux, je ne suis descendu qu'en chemise frippée, à cette boulangerie où l'on faisait souvent la queue, quand il m'arrivait de passer devant. Dans la rangée d'hommes qui venaient chercher leur pain tranché, je me frottais les cheveux, yeux froncés, face au miroir.

Me tournant, je faillis me trouver contre une joue - tant on est serré, évidemment.

Le garçon avait une couronne de papier sur les cheveux, et de la farine au bout des doigts. Peut-être parce que je me contentais de lui dire bonjour, ou que je le laissais enfin se plaindre de la longueur de sa journée, sans lui demander un pain tranché avec le ton sec et un peu inquiet de celui qui espère toujours se faire séduire fissa, il rajouta un croissant aux amandes dans le sac. Parfois, ce genre d'attentions compte plus qu'un physique de façade.

Lentement ce quartier prend un aspect humain que je ne lui donnais pas. Je devine un peu mieux, désormais, les hommes qui se contentent de fumer, accotés à un lampadaire, tranquillement - et ceux qui marchent, subrepticement, comme si ailleurs toujours il y aurait du mieux.

En rentrant, dans sa cour je croisais Jeanne, qui sortait son chien.

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