17.12.2008

DCCV. - En mangeant, en s’asseyant.

Certes, je suis loin. Je découvre, de nouveau, immobile, une ville, et chez moi. Je ne suis plus ces temps-ci toujours partout, entre des avions et des fuseaux horaires - et, voici : chercher à revivre par le net s'est délité.

Il y aurait des choses à raconter, si on voulait. Ceci, ceci, et puis cela.

Telle chose sur le travail, telle autre sur les livres, telle enfin sur les restaurants où l'on attend, mi-impatient, mi-inquiet, sur un verre de muscat aux âges vénérables. Telle sur les après-midi à cuisiner pour qu'au soir seulement l'on s'assied, et mange, moi débordé, les recettes rapportées d'Algérie posées sur une table trop étroite pour tous. Telle sur les quelques tomates jetées à la va-vite dans un bain d'échalote, parmi une cuisine qui ne m'est pas vraiment connue. Telle sur les moments de colère extrême et contenue, qui se délite par une parole, un épanchement, un geste. Telle chose sur les frissons délicieux au froid terrible de l'hiver, quand la respiration se gèle et que le souffle hoquette, piqué de givre. Telle autre sur les cadenas sciés en pleine journée, en pleine rue, en surveillant l'arrivée des condés. Telle autre sur des chiens qui se mettent à m'aimer, des amis qui pour cacher leur timidité s'empressent de faire du vin chaud sur mes fourneaux.

Vivre : je suis mortel, il me reste déjà peu. Tout passera, tout se détruira.

Ce matin, à 6h il faisait encore le froid grinçant de la nuit, celui qui fige lorsqu'on s'ôte au sommeil. En sortant du square, je me trouvais face à ce long mur d'abbaye qui est en plein centre de la ville, normalement si habillé de chaises et de serveurs. Au pied d'un lampadaire à la lumière précise, il y avait une poubelle et un vélo, posant pour l'éternité. Un peu plus loin, on sentait le ronflement d'un taxi, sur la place aux lumières vertes et jaunes.

Rentré chez moi, ôtant la cravate, j'écoutais Starring Partner.

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