22.11.2008
DCC. - En rentrant, en m'asseyant.
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Descente de l’avion, j’allume le portable, pour savoir combien de chasseurs de têtes ont voulu me proposer durant la semaine une opportunité professionnelle – j’ai la chance, ces temps, d’être dans un métier où l’on embauche autant que faire se peut. Bien sûr, il y en a quelques-uns.
« Bonjour, vous avez quatre nouveaux messages. […] Mardi 18 novembre, à 17h57 : Et bien bonsoir, monsieur Xanadu, monsieur… ce n’est pas la peine de me rappeler, je voulais savoir si tu étais heureux. Bien, tu es à l’étranger, j’essaierai de te rappeler la semaine prochaine. Allez, au revoir. »
Je me demande ce que c’est, que de vouloir savoir si je suis heureux. A l’écouter, ce message, j’avais l’impression d’être un malade déterminé, un inconnu du bonheur – pour lequel ces instants sont quelques choses comme la balle que le maître lance à son chien, fou d’amour, et qui jamais ne la rattrape.
Pas de signature, je n’ai pas reconnu la voix.
- 2 -
Puis j’ai pensé à A***, dont la voix a ces sonorités graves, et parfois ces précautions. Cependant, cela était si étrange (même pour l’animal).
- 3 -
Il fait froid à Paris, cela s’est rafraîchi aussi à l’autre bout de la Méditerranée. Mardi, mercredi, nous avons couru sous les orages, protégeant nos cravates. Nos nuits sont brèves, désormais, mais nous voyons parfois du bureau le ciel d’un bleu profond, roi.
Tout à l’heure, les tankers s’alignaient sur la mer Saronique, qui avait la couleur de l’aluminium éclairé par le soleil – tandis que nous étions sous les nuages, et que la ville grisonnait dans la vallée. L’air était pur, sur les îles en face on voyait les armées de maisons blanches coincées dans les golfes, attendant. On aurait dit un jour de débarquement.
- 4 -
Nous fatiguons, nous devenons nerveux. A tant travailler, on s’étonnerait du contraire : entre douze et quinze heures par jour. On se raccroche alors à ces moments de dérision, qui permettent d’isoler un instant un bout d’humanité devant les manipules de chiffres et les centuries de formules actuarielles. On se fait notre Babaorum dans l’univers ordonné des légions romaines.
Une heure qu’on affale sur le canapé de la chambre, livre en main, devient alors extrêmement précieuse – l’on comprend parfois un peu ce que c’est que le bonheur de lire, l’isolement merveilleux qu’il impose. Parfois, on se couche tôt le matin, juste parce qu’on a volé un peu de temps aux exigences du travail. Tant pis : c’est vital.
Hier, l’hôtel au lieu du verre m’a offert une bouteille de vin de Macédoine. J’ai invité l’assistant à le partager. Ce n’est plus guère professionnel, mais je crois que nous en avions besoin, et lui et moi, de faire autre chose. La légèreté du vin soulève le cœur de l’homme et lui permet d’oublier un instant ce qu’il est.
- 5 -
Mon appartement fait bien vide.
00:46 Publié dans Toute référence à Julien Gracq n'est que du hasard | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note


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