09.11.2008

DCXCVII. - Trois lieux.

À Kuzina, nous avons mangé du risotto au potiron.

À Athènes, il y avait de fins grains de raisins dedans, et un bol d’huile à côté. Les restaurants commençaient à chauffer les terrasses, où l’on sentait parfois les bouffées peu convaincantes des calorifères. La nuit était douce, un peu fraîche : soir, où l’on se promène encore en bras de chemise. La lune était rousse, découpée en ballon de rugby par le seul nuage du ciel.

À Paris, les feuilles pleuvaient en larges gouttes, rousses à leur tour. Le ciel brillait dans les flaques.

À Athènes, quelque part vers la grande basilique orthodoxe dont j’ai oublié le nom, un jeune homme m’arrêtait. Derrière lui, un peu tirée par la main, une jeune femme se lissait les cheveux derrière l’oreille. Il demanda si je savais où l’on pouvait trouver un distributeur de préservatifs. Puis si j’en avais un sur moi.

À Paris, une femme penchait son visage pointu sur son épaule droite, où reposait l’extrémité de l’étole rouge vif qui lui protégeait les cheveux de l’ondée de novembre.

À Kuzina, les chaises étaient blanches. Derrière un grand bar de bois brut, les marmitons découpaient des filets de sole, plongeant dans des tourbillons de vapeur des écrevisses. Elles mouraient ivres, heureuses peut-être. À mon tour je redemandais un verre, servi dans une étrange bulle plus large que haute, où il roulait comme une mer renfermée.

À Athènes, un vieil homme s’asseyait à côté d’une famille qui chantonnait, grattant son ventre sous le pull bleu bordé de noir. D’une vieille housse, il sortit un violon, et se mit à suivre l’accordéon. Le père le salua du menton ; l’enfant continua de jouer aux voitures. Assis sur le muret de la promenade archéologique, des couples. Des hommes aux bras croisés marchaient rapidement, se jaugeant parfois.

À Paris, un clochard se coucha dans la rue, devant une soupe populaire. Il disait qu’il ne voulait pas dormir ailleurs, vu qu’il fallait attendre. À ses pieds, le bus meuglait. Un chauffeur vint lui dire qu’il fallait qu’il laisse là aussi les gens vivre.

À Kuzina, un grand dadais se mit à jongler avec les petits pains du serveur, lequel souriait, un brin interloqué. Il nous avait apporté peu avant une confiture de tomates, et de petits beignets ronds où s’étaient posées des tranches de poisson ocre, parsemées de thym.

À Paris, dans les bars des quadragénaires qui venaient regarder les plus jeunes s’offraient le délice d’un champagne tiède. Ils ne se parlaient pas. Lové dans un Chesterfield, leur passé se tenait amoureusement la main, se caressant les doigts. Des serveurs claquaient des doigts, mimant la salsa, pour accueillir le chaland.

À Athènes, les dés claquaient dans les rues de Gazzi. Des filles, habillées à la mode pour ces âges où se ressembler est la révolution, jouaient sur un vieux backgammon. Les hommes sirotaient lentement à la paille leur café frappé. Parfois, entre une volute de fumée, un regard s’échangeait. Mille fois troublant.

La mer, or tout juste martelé, illuminait.

Ecrire un commentaire