14.09.2008

DCLXXXIII. - Liste(s) de lecture.

 

Prolégomènes



L'Auteur, se retrouvant comme un crétin à la descente de l'avion athénien, avec personne pour l'accompagner dans un bar quelconque, où pourtant il s'était bien promis d'en descendre une vingtaine (de macchabées et de bières), s'est retrouvé contraint de s'occuper autrement : voir des films, se promener, faisant la joie du parisien avec son louque rock'n roll ou jazzy (l'Auteur ne sait toujours pas dans quelle catégorie on classerait sa veste noire, son ticheurte rouge pétard et son petit chapeau, de toute manière il s'y sent très bien, c'est l'essentiel).


Livres



i. Manhattan Transfer, de John Dos Passos. - Il faut reconnaître que ce n'est pas du tout ce à quoi je m'attendais. Je pensais plutôt à une sorte de récit mythique, un brin glauque, une transposition de Faulkner dans Nouille Orque, quelque chose comme ça. Tant pour moi les classiques américains (malgré les exhortations d'Antoine, avec lequel j'entretiens une conversation électronique extrêmement irrégulière & spacée) forment une nébuleuse toujours perchée aux rebords des années 30, avec de la morosité économique et des paysans difformes qui jouent frénétiquement du banjo en hurlant des sourires de dents tout aussi difformes. Je me trompe, comme souvent.

Donc, ici, comme on dit : attention, chef d'oeuvre. Mais aussi monument gothique. C'est foisonnant, et la structure interne est bien cachée. Il faut s'accrocher pour parvenir à suivre, retrouver les connexions entre les personnages suivis de loin en loin, ne pas dévaler les pentes dans les versants des paragraphes. Les tournants de page peuvent être meurtriers, d'autant plus que la signalétique est totalement absente. On se croyait dans un hôtel, on est dans un terrain vague à marcher au bord du fleuve en se demandant si on ne va pas s'y jeter. La page coquine vous a masqué le saut de page, et vous êtes tombé dans le trou.

Pas facile de marcher dans Nouille Orque, en somme. Lever le nez vers les gratte-ciel qui commencent tout juste à s'édifier vers les cieux du capitalisme triomphant des années 10 vous fait bien souvent trébucher dans cette ville où les vies se croisent sans parvenir à finir en destin. Ou plus d'une finit désabusée, amère, pour ne pas dire simplement : finit, dans un recoin de chambre à la journée ou dans les bras d'un petit millionnaire pour s'assurer le gîte.

ii. La Vérité ou presque, de Stephen McCauley. - Ici l'on trouvera une Amérique plus connue du trentenaire post-catastrophes diverses (cyclone Ike, Twin Towers, George Bush, redressement fiscal), avec les personnages caractéristiques de Stephen McCauley : Desmond Sullivan est une grande bringue mince qui se réfugie derrière les silences et les mensonges qu'il se fait plus qu'il n'en fait à d'autres, son mari un petit chauve, Jane Cody est une autre bringue aux seins volumineux, aux cheveux qui n'en finissent plus d'ébouriffer et aux bracelets qui descendent les avant-bras tout aussi bruyamment que le Dow Jones ces derniers temps. Avec cette trinité protéiforme qui hante quasi tous ses romans que j'ai pu lire, McCauley fait cette fois une jolie construction d'humour autour du mensonge et de l'absence de courage face à ce que l'on fait. La morale est simple : le bonheur est souvent dans ce qu'on cherche à fuir, quoi qu'on imagine. Et, comme tout McCauley, ça se lit bien et avec plaisir.

En même temps, quelle idée d'aller chercher à reconstruire la vie d'une chanteuse des 50's complètement méconnue, hein, je vous jure... y'a vraiment que des pédés pour vouloir faire ça. Et à Boston en plus. Rien qu'avec ça, ce pauvre Desmond partait d'office au carnage.

iii. La Cité des jarres, d'Arnaldur Indridason. - Après les tentatives de lecture de saga (je vais tout de même m'y remettre, une envie comme ça), mes aventures islandaises se poursuivaient dans le polar local. Indridason a une chose en commun avec les moines catholiques du XI° : le style concis, sec, l'humour d'une noirceur à n'en plus finir. Surtout que l'enquête dans laquelle se trouve engagé le commissaire Erlendur Sveinsson ne commence pas de la meilleure façon : dans un appartement en sous-sol qui sent le cadavre de plusieurs mois on retrouve un type mort il y a deux jours. Caché dans son bureau, la photographie d'une tombe vieille de quarante ans. Loin d'être un crime "bêtement islandais", les ramifications de la chose, et surtout l'entêtement d'Arnaldur à remonter la filière du temps, vont l'emmener jusqu'à errer dans la Cité des Jarres... et au passage soulever quelques questions de morale.

Pour la petite histoire, quasi tous les Islandais n'ont pas de nom de famille : ils sont Erlendur fils de Svein et basta. Mais deux Islandais qui se rencontrent au milieu du désert déclineront leur arbre généalogique sur plusieurs siècles sans souci, parfois jusqu'au Moyen-Âge. C'est une particularité locale qui vous permettra de mieux vous engager dans l'intrigue.

Films



i. Le Septième juré, de Georges Lautner. - La fin avait été entr'aperçue au Portugal. Ici, j'avais l'occasion d'en profiter intégralement en regardant le frisquet dehors. Tout ce que je puis dire, c'est que ce film m'a soufflé. L'ouverture est magistrale, à croire que Vivaldi a écrit L'Eté uniquement pour Lautner. Plus que la scène du tribunal, qui est là pour appâter le chaland (moi premier), voire que le mal-être croissant de ce pauvre juré écrasé par le poids de son mensonge, la mise en images est épatante. L'ouverture, déjà, mais j'en ai parlé - comment un simple bouchon de pêcheur flottant devient tout le symbole de la lourdeur des après-midi de dimanche. Aussi cette scène où le juré retrouve son fils à l'Echelle, avec le corps de la femme dansant en reflet dans un verre de vin.

Ah oui, bien évidemment, tu veux l'histoire, Lecteur : c'est un policier, sauf que comme dans Crime et Châtiment le crime a lieu dès le début et qu'on sait qui est le coupable. Pitch : un après-midi de dimanche, un pharmacien digne notable de sa petite ville près de Strasbourg se promène au bord d'un lac et, poussé par on ne sait trop quoi, tue Catherine Langeais. Quelques semaines plus tard, il est nommé juré pour le procès du petit ami de la victime, que toute la ville voudrait bien être le coupable.

Ca en fait des cas de conscience pour un type que la pesanteur provinciale étouffe et écrase. Grinçant, désespérément moderne, cynique - essentiel.

ii. Mamma Mia, de Phyllida Lloyd. - Anecdotique. Mauvais script, mauvaises images, mauvaise lumière, mauvais jeu d'acteurs. Une vague tentative de nous la faire Madame Butterfly au bord de la mer Egée quand Glen Close refuse la main de Pierce Brosnan, qui tombe à plat. À ce niveau ce n'est même plus de la carte postale tant ce qui aurait pu faire le charme du film (une vie nécessairement idyllique avec des drames de polichinelle dans une île grecque entre anglo-saxons propres sur eux) est mal rendu : décors peut-être grandioses mais vidés par une photographie qui les vide de leur contenu et les renvoie dans le domaine du jeu vidéo bien pixellisé. Trois seuls plaisirs : Pierce Brosnan et Colyn Firth en tenue seventies à la fin (mais c'est une blague facile), la musique d'Abba (mais c'est un plaisir de pédale), de petites choses agréables à regarder dans les personnages tertiaires (mais c'est un plaisir d'esthète).

iii. La Cité des jarres, de Baltasar Kormakur. - Après le livre, le film. Et bien ce film-là reste une très bonne adaptation. Bien évidemment, la trame narrative est un peu simplifiée voire déformée pour les besoins de l'image. Mais Kormakur m'a permis de comprendre toute la force de la concision littéraire de la langue islandaise - sans compter que j'ai revu des coins de Reykjavik où je suis passé en coup de vent, pour ne pas dire (surprise amusante) une personne cotoyée durant mon périple parmi les acteurs (ça c'est pour la partie "moi aussi je fréquente des stars"). J'ai aussi retrouvé ce type de mobilier, de maison typiquement islandais, qui fait toute la force de ce film. Ce n'est pas un policier fait de mitraillettes et de courses poursuites, ni de suspence haletant. Tout juste Erlendur a-t-il la ténacité du chien qui va chercher le coupable avec les dents - à peine. c'est un taiseux, Erlendur, il laisse peu sortir bien qu'il fume comme un pompier. Il est même cruel, parfois, de cette cruauté nordique issue des hivers froids et du vent qui siffle sur l'océan. Tout ça pour quoi ? Pour un pervers, quasi sûrement violeur, qu'on retrouve mort dans son taudis...

À voir.

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