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03.09.2008

DCLXXX. - Uchronie d'un déménagement sans internet.

Les cartons

Ma vie a tenu dans 52 cartons et quelques meubles qui ne sont pas partis aux ordures.

L'emménagement

Portons grâce au Seigneur : connecter une machine à laver, en fin de compte, ça se fait. Surtout quand on est trois : deux qui aident et moi qui stresse.

Le hammam

Séance mensuelle de hammam à la Mosquée avec mon ex-voisin, M. O***, suceur (de sang) reconnu. Les vieux musulmans qui normalement déambulent, chapelet au poignet, ne sont plus là. On est moins serrés, mais les nuques sont plus raides.

Dans la salle la plus chaude, un quadragénaire se met à vouloir me faire un massage "typiquement marocain". Curiosité malsaine : je laisse faire.

Contrairement à ce que pourrait croire le Non-Lecteur de cette uchronie, il ne s'est rien passé. Si ce n'est que M. O***, suceur (de sang) reconnu, s'est courageusement enfui pour me laisser face à mon destin. Ce fut un vrai massage, sans à-côté ni tentative. Je lui ai rendu la politesse au gant de crin.

Le dernier jour

J'ai beaucoup erré ce mois-ci. Je pense savoir pourquoi, mais je ne le dirai pas ici.

Un hétéro a découvert ce que c'était qu'un homme ; d'autres garçons plus confiants ont accepté ma main sur la courbe de leur hanche. Je donnerais l'enfer pour certaines courbures.

Le dernier jour, il n'y avait plus de rideaux aux fenêtres. Levant les yeux, je m'aperçus que la fenêtre d'en face s'était fermée durant. Une ombre derrière s'esquiva. Tant pis.

Le premier repas

La première tentative de cuisine et le premier repas ont été faits autour d'un bon paquet de vin et de quelques spätzzle pour faire bonne figure. L'appartement commence à prendre forme. J'ai envie de téléphoner à tout le monde pour dire que je suis bien ; je ne le fais pas : il est minuit, je ne suis pas Christine Angot.

La salle de sport

La salle de sport est à quelques minutes de chez moi. Je n'y vais en fait que parce que je me dis qu'à la fin il y aura le sauna. Gigotages sans enthousiasme, il faudra s'y remettre.

Le club est mal foutu, mais on y survivra. Dès l'entrée, je retrouve les nabots laids et mastocs qui compensent par la largeur de leur torse hormoné. Partout ils sont les mêmes.

Au sauna, un vieux monsieur tend son dos nu sur sa serviette. Il me parle de la chaleur, c'est vrai qu'il ne fait pas très chaud, un tout petit 60. Il me dit que je ressemble à Matthieu Kassovitz avec ma barbe. Je souris.

Nous parlons longtemps de cinéma, dans la boîte en bois. Il part en me souhaitant une très bonne journée.

J'aime ce genre de papotage.

Le festival Rock en Seine

Le Festivalier se doute bien que faire une liste dans un sujet qui en contiendra déjà beaucoup, et qui sera long, ne peut qu'enthousiasmer le Lecteur pour éteindre son ordinateur et aller voir ailleurs s'il fait plus joli. Fort de ce constat théorique et néanmoins très pratique, en terme d'économie d'énergies et de relance de la consommation phranssèze (le Lecteur dégoûté ira forcément dépenser son pouvoir d'achat), l'Auteur s'engage donc dans cette narration. Cependant, l'heure matinale de rédaction l'amènera à être bref, tout aussi bien que les douleurs aux arpions. Tant pis pour l'économie nationale, je ne peux pas aller chercher la croissance seul avec mes dents.

Ores doncques, oyez, oyez :

i. These New Puritans. - Un peu bruyant pour ce que c'est. Ce premier concert annoncera la suite, hélas.

ii. Hot Chip. - Certes, c'est toujours amusant de voir de gentils garçons bien coiffés faire des couleurs, des bulles et un peu de son. C'est vendu comme une boîte à tube, ça ressemble plutôt à du tube en boîte : beaucoup de rythme, mais tout juste ce qu'il faut pour que ça réussisse aux Bains ou dans n'importe quelle autre cave à coke, mais pas dans un salon, ou du moins dans une oneille de vieux Festivalier bougon et grincheux qui en veut pour son argent. Le dancefloor, c'est quasi plus de mon âge, si ça ne l'a jamais été. Je suis comme les Rhées, moi : né vieux.

iii. The Do. - Bon, là, ça va. Brandissant son téléphone, le Festivalier tentera d'ailleurs de faire écouter sur les bords de l'Atlantique la prestation de On My Shoulders, en pure perte. À croire que toutes les tentatives similaires du Festivalier conduisent à ce genre d'échec. J'avouerai cependant avoir préféré l'album.

iv. Narrow Terence. - C'est du débutant, ça hésite encore sur scène, ça a du mal à tenir son public. Dans ces cas le Festivalier sourit toujours et essaie d'être indulgent. Il se met même devant la rampe pour combler les vides d'un public indigent. Surtout qu'entre les riffs pas très éloignés d'une inspiration country un peu bric-brocquesque et une voix qui se la fait Tom Waits, y'a des bons points, il faut l'avouer. L'autre intérêt de la rambarde est de pouvoir admirer de prêt le charme nordique du bassiste et, plus encore, la grâce gringalienne du batteur. À marquer à la culotte, donc - moi,je m'occupe de marquer le Calvin Klein.

v. Dirty Pretty Things. - Retour au rock professionnel, les vrais de vrais qui savent comment tenir une guitare et refaire un album en concert : ça prend un air mi-vintage mi-garage, pour pas dire complètement métal, en vrai. Bang Bang You're Dead est devenue une sorte d'explosion de guitares et de sonorités, , n'en parlons pas. La voix de Carl Barat devient quelque chose de plus aluminé au contact du grand air et des micros français, faut croire.

Ceci étant j'ai eu un sursaut : une petite phrase musicale, dansThe Gentry Cove je crois, que j'avais déjà entendu chez Déportivo. Qui a copié qui ?

vi. Kaiser Chiefs. - Ici tu poursuis, Lecteur, ta visite des grands shows, ce qui fait qu'un festival vaut aussi son pesant de cahouètes. Plein la gueule, plein les mains à taper, plein les oreilles. Bref, du grand jeu. Sans compter qu'on peut brâmer sans trop de souci Oh my God I've never been so far away from home et on en redemande. Pas plus mal, ça permet d'arriver en retard au concert suivant, prolongation oblige.

vii. Tricky. - Anecdotique, même en étant concentré sur son sandouiche. À tant l'entendre réclamer Jésus, on se met à rêver de mains qui ouvrent les Cieux et du Christ qui apparaît en baîllant "ué, ué, c'est moi, m'vlà, c'est pour quoi ?".

viii. R.E.M.. - Honnêtement, le Festivalier s'attendait à de la soupe pop, et ben non. Bon, y'a bien sûr eu à la fin Loosing My Religion mais il faut bien quelque chose sur laquelle chanter en choeur. Y'a pas à dire, y'a du métier chez ces papis, et Michael Stipe bouge son corps comme on voit rarement le faire. La petite scène de danse robotique était un p'tit moment de festival comme on en demande et on en a peu. Bref, ce fut une très agréable surprise.

ix. Louis XIV. - Soyons honnête : ça réveille, ça met dans le bain. Sans plus.

x. Jamie Lidell. - Concert totalement inégal. La première partie a dû en ravir beaucoup, elle m'a fait chier. Les préciosités construites à renfort d'électronique et de bidouillage de son, les chtk-boum-pff en boucle, bof. La seconde partie, qui rejoignait la bonne vieille tradition de la chanson-cabaret nouillorquaise, était déjà plus vraie, moins prout-prout à chemise ouverte et chaîne en or germanopratine. Non mais c'est vrai quoi il se prend pour qui Lidell ? Un remixeur de Versailles ?

xi. Fortune. - C'est là que le Festivalier se contente d'une oreille, l'autre chassant le pervers dans le dédale des pissotières. En plus il y avait un rayon de soleil, vous excuserez.

xii. Brooklyn. - Ze découverte of ze festival. Entendu de loin parce qu'il fallait repérer les places pour le concert suivant, mais franchement y'a de quoi faire. Pop juvénile ? Truc de djeun qui correspondrait à mes goûts masculins (m'a-t-on sorti) ? M'en fous c'est très bien et je vais voir pour l'album, zut, hein, y'a pas de raison. Un peu d'énergie pure, de puissance ado, du pop rock énergique, on va pas pleurer, hein !

xiii. Kate Nash. - Kaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaate !!! (Accessoirement, je veux bien former un trouple avec le bassiste et le guitariste. Au pire, s'il faut choisir, je prends Brad.)

xiv. The Raconteurs. - Raaaaah ! Du rock, du vrai ! Et j'ai vu Jaaaaack ! En plus voir White et Benson faire les utilités à cause de la circonstance évoquée plus bas, et donc nous offrir une heure quarante de concert au lieu de la cinquantaine de minutes réglementaires, y'a de quoi croire le luxe accessible et demander du sandouiche au caviar. C'est impeccable, c'est parfait, on se prend à trémousser du cul, mains dans les poches, jambes écartées au-dessus de son papier gras de sandouiche. Et hop un coup du mollet, et zou un bon de rein, raaah jeté du peton et vlan coup d'épaule.

xv. Justice. - Oui bon ben voilà c'est de l'électro, quoi. Boum boum boum. Bon, reconnaissons qu'ils savent éviter de donner l'impression de la répétition. Reconnaissons aussi que mon grand plaisir a été quand leur station de mixage a eu une panne d'électricité et qu'ils se sont retrouvés comme des crétins durant deux bonnes minutes. Le spectacle était plutôt sur la pelouse, à voir tous les prépubères gigoter. L'un d'entre eux a beaucoup fait sourire à ses dépens.

La circonstance sus-évoquée : Le concert de Justice devait être suivi de celui d'Amy Winehouse. Laquelle se fait une spécialité d'annuler ses concerts, ou d'y être médiocre. Pour la deuxième année consécutive, meudemoazelle Winehouse a décidé de faire faux bond, à la dernière minute cette fois. C'est pour cela que The Raconteurs a joué les utilités : en rallongeant la durée de leur prestation, ils ont décalé tous les autres concerts et un peu bouché le trou laissé si généreusement par l'autre britiche. Je vous rassure, Justice a fait son concert d'une heure et pas plus : on peut pas demander à des boufta-boufta-boufteurs d'avoir un répertoire suffisamment riche pour faire les utilités ; et puis, à Versailles, on n'est pas des valets. Tant mieux.

Saluons au passage le courage de la direction du festival, qui ne s'est pas payé la politesse d'une annonce au micro, laissant planer le doute pour éviter la grosse émeute. Dommage, j'aurais bien demandé trois choupinous en dédommagement.

Quant à Amy Winehouse, elle peut toujours courir pour que j'essaie de la revoir en concert, ça suffit, là.

Le choupinou

Le choupinou d'été est mort, tant pis pour lui.

Adieu donc aux ticheurtes, aux petites sandalettes, aux chapeaux posés sur des tignasses improbables en dépit des vents coulis et des pluies diluviennes de cet été 2008.

L'impression d'un samedi soir ou après-midi que sais-je

L'Auteur croit bien que le Narrateur était bien ou plutôt : quiet, comme le calife de Goscinny et Tabary. Pas autant vautré sur des coussins, mais marchouillant dans le centre de Paname. Il y avait fait quelques achats de cédé, et s'était amusé à pester contre une libraire parce qu'elle n'avait pas Vue sur l'Arno, alors qu'il serrait amoureusement contre son bidon replet Maurice, du même Forster qu'il avait découvert du coup, se promettant des heures de fornication intellectuelle intense vautré dans un fauteuil, une bière à portée de main, en espérant qu'en voyant ça quelqu'un de bien viendrait taper la conversation. Plus discret que Tutu, que voulez-vous.

Bref, le Narrateur allait, selon les dires de l'Auteur, au cinéma, se promettant sérieusement ensuite de s'aventurer dans un bar. Je te laisse imaginer quelle sorte de bar, Lecteur, et de toute manière si tu arrives à le concevoir c'est que sérieusement tu devrais voir un psy et te poser des questions quant à des penchants artistiques et réfléchir à la notion de menottes à fourrure rose. Il faut cependant que tu conçoives, incohérent Lecteur, qu'une telle idée est très rare chez l'Auteur, encore moins chez le Narrateur, qui après tout n'est jamais qu'aux ordres du premier.

Quiet et bref, donc, plein d'allant et d'envies, le Narrateur et l'Auteur, suivis de près par le Lecteur qui se demande quelle encoignure de porte choisir pour se planquer et jouer au voyeur, allaient au cinéma, le long d'une rue piétonne. Quand à l'angle de mon angle de vue, je vois se contorsionner sur le perron d'une gendarmerie deux corps, qui s'y asseyaient comme font tous les corps de jeunes devant une maréchaussée dès lors que les poulets sont allés veiller au grain.

Je l'aurais reconnu entre milles. Cette manière de se voûter, ce ticheurte blanc, et ces lunettes noires qui lui mangeaient le visage. Sans compter ses lèvres. M***.

Je me fous de savoir qui l'accompagnait ; je pense que c'était l'un de ces copains proches dont j'avais vu les photos, ces mois où j'avais fait la connerie de commencer à m'attacher, avant qu'il ne me montre ce qu'était le courage de ses paroles.

Un instant l'Auteur a soufflé au Narrateur l'idée de se retourner, de se planter devant lui et de le saluer du chapeau. Mais une saine couardise a repris le dessus, et le personnage principal a donc continué son chemin dans la foule où son anonymat, sa banalité et sa médiocrité passent très bien.

Toute envie coupée.

Le film n'a rien entamé à la morosité qui occupait toute la rangée. Pensez : un Auteur, un Narrateur, un personnage principal, une bonne mélancolie, sans compter le Lecteur qui s'est casé rapidos dans un strapontin quand le générique a débuté. En plus le film était une niaisitude énervante et besogneuse, quoique britiche.

À la sortie, le Narrateur avait renoué avec un profond sentiment de solitude, qu'il avait réussi à oublier ces dernières semaines. Il n'avait vraiment plus courage de s'en aller dans les bars à trentenaire en espérant qu'il aurait non seulement le courage d'y entrer, mais en plus d'y entamer la conversation. Le rideau de fer était tombé entre les illusions du théâtre et la fosse sceptique où il continuait de turbiner son trombone. À quoi bon ? De toute manière, ce que voudrait bien un jour trouver le personnage principal, ce n'est pas ce qu'on a dans les bars, car ceux qui y vont y trouvent leur compte.

Lui, il s'en passerait bien. Et puis simplement il n'avait plus envie. Beaucoup de choses devenaient plus lourdes, soudain, et l'air était pour le coup un peu chaud. La nuit était là, profonde, généreuse et grasse de désir, et pourtant il faut croire qu'elle avait déjà quelque chose de métallique, d'incertain. Comme des reflets sur le rideau de fer, pendant qu'on déambule entre les sièges du théâtre.

L'Auteur a beau dire au Narrateur que s'il n'a pas réussi à entretenir une relation durable quelconque depuis deux ans, pour ne pas dire depuis toujours, c'est peut-être qu'il y est pour quelque chose. Il y a beau jeu de toujours se plaindre, quand on ne fait rien pour trouver, et qu'on ne parvient pas à conserver. Le personnage principal, lui, se plaint qu'on lui fasse si souvent jouer les acteurs pornos lors de courts métrages, pour le plaisir de simples hanches. Tous s'accordent pour dire qu'on est bien loin d'avoir une solution au problème, et qu'en plus on s'enferme dans un bon sac de merde bien suintant.

Je demande pas grand'chose, juste l'impossible.

J'avais envie de fumer du coup, avec une bouteille, sur les quais. Toutes les civettes étaient déjà fermées, tintin pour le Cohiba. M'imaginer alors avec un paquet de clope, seul, parmi tous les pique-nique, me faisant taxer à tout bout de champ par le premier passant, avait quelque chose d'humiliant et de pitoyable. Comme si le seul moyen d'avoir un tant soit peu l'attention de qui que ce soit passait par la possibilité de lui fournir une cigarette pro deo ou l'indéfectible soutien passionné à une cause humanitaire quelconque.

C'est à ce moment que la ville devient quelque chose d'hostile, de parfaitement isolant. Où les bars deviennent des arènes d'où l'on vous regarde passer, mains dans les poches pour faire bravache mais surtout pour filer doux, bête pitoyable, risible, quémandant un regard tout juste suffisamment condescendant pour vous permettre d'exister. Vous n'êtes même plus digne d'être une larve, de celles qui s'imbibent pour trouver une existence et trouver dans les derniers résidus de leur cerveau un semblant de métamorphose qui se brûlera aux premiers jets de la lumière incandescente d'un monde dont la beauté est partout, sauf en vous. Vous n'êtes même pas rien : vous êtes transparent. Inexistant. Quelque chose que l'on croit cogner du coude sur le trottoir et qu'on est surpris de ne pas découvrir. Il n'y a plus qu'à disparaître chez soi, remerciant qu'on vous fasse la grâce, encore, de vous laisser cela.

Comme souvent, je m'insupporte.

Je me console alors, bâffrant une soupe de carottes, les Started A Fire à fond, dans ma nuit gâchée.

Vous ne connaissez pas les Started A Fire, Lecteur, et c'est normal : il n'y a qu'un inutile comme moi, sans vie sociale, sans perspective d'avenir autre que la masturbation sous différentes façons, qui peut trouver suffisamment de temps pour connaître des choses aussi anecdotiques. Sur ce, vous l'excuserez, mais le bijou graisseux d'inanité sonore va coucher sa superfuité, énervé de lui, avec cette rage malsaine de deviner ce qui se passe en-dehors de son lit sage et scolaire, souffrant de n'en rien connaître, et adorant s'infliger cette souffrance.

Le puits de lumière

Dans ce nouvel appartement, la cuisine donne sur un large puits de lumière. Le rez-de-chaussée est couvert d'une dalle, on ne surplombe que d'un étage un carré d'une dizaine de mètres de côté. En face et sur la gauche, il y a les hauts murs de l'annexe du tribunal, et du ministère de la Justice : aveugles, sourds, crépis solidement. La lumière du plafonnier y trace les damiers de l'échec judiciaire.

La cuisine se fait fenêtre ouverte ; j'aime entendre les petits échos de mes entrechoquements - la sauteuse qui se pose sur les feux, le couteau qui tombe sur le plan de bois, la lame dont la séquence régulière coupe les légumes. Plus tard, face à l'évier, pendant que les verres claquent et parfois se fendent, je regarde ce grand puits d'ombre. Les bruits de ma vie me reviennent avec un retard, qui me fait croire parfois que je ne suis pas le seul à cuisiner.

De l'évier, je vois sur le mur de gauche un autre trapèze éclairé. C'est une fenêtre derrière la tour de l'escalier de service, qu'on ne voit pas de là, qui doit être au premier. Lorsque je rentre, elle est toujours éclairée. Aux trépignements métalliques de mon carré de lumière, en plein milieu du mur d'en face, qui doivent faire croire à une intimité plus occupée qu'elle ne l'est réellement, répond la constante placidité de ce trapèze à gauche. Silencieux, il se contente d'être allumé, et de coucher sa traîne sur la dalle du rez-de-chaussée.

C'est de la salle de bain qu'on comprend ce que c'est, et encore. On voit un bureau dans un angle, avec des étagères et des dossiers. Devant la fenêtre, il y a un écran. Devant l'écran, il y a un jeune homme. Le plus souvent, quand je passe dans la salle de bain, je le vois la main gauche au menton. Studieux, ou attentif.

Il y est tôt, il reste tard.

Durant mes vacances, je pensais que c'était l'un des fonctionnaires du Ministère. Puis en le voyant devant son écran ce dimanche, je crois avoir compris.

Ce soir, j'ai pensé que si je le voyais, c'est que je n'étais pas moi devant un écran d'internet.

Commentaires

Teu teu teu. Le plus important, c'est qu'au milieu de la merde, il y aura toujours un inconnu à qui vous pourrez taxer une cigarette.

Ecrit par : quelqu'un qui voudrait une double qu'on sonne et deux fois la même voyelle. (cliquez-moi). | 04.09.2008

La prochaine fois je t'écharperai au gant de crin moi-même.

Ecrit par : O. | 05.09.2008

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