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  • (Hors numérotation) Antoine, pourquoi tu as fauté.

    Antoine, si tu veux savoir comment tu as fauté, tu peux aller sur un des sites que tu fréquentes, et où tu lis des blogs. Tu y trouveras dans ta messagerie la réponse.

    Pour un autre Lecteur qu'Antoine, il peut se demander qui est Antoine et chercher à craquer son mot de passe. Je vais t'aider, Lecteur : c'est le nom de famille d'un célèbre chanteur basque.

  • DCLXXVIII.

    Je ne suis pas fait pour plaire. Envie de pleurer.

  • DCLXXVII. - Icelander (cum commento).

    Préliminaire

     

    Il va de soi que les premiers jours, et bien souvent encore, j'ai oublié l'appareil photo. Je n'en suis pas un spécialiste, comme certains, qui savent rendre la beauté resplendissante des friches industrielles ou l'absence, ou d'autres, dont les mondes sont faits d'ombres, de persiennes soulevées, de visages profondément humains. Et prendre une photo à cheval, ce n'est guère aisé : il faut garder les rênes, sortir l'engin, calmer la bête, se tordre le cou pour avoir le bon éclairage, éviter d'avoir un autre canasson devant soi. Sans compter qu'enfin je ne vais pas vous avanir, Lecteur, de photos, genre là c'est moi devant le Taj Mahal avec un brochet de 15 kilos péché dans le cratère du Popocapetl.

    Et puis au bout d'un moment, aussi, on oublie à cheval de faire des preuves : d'une parce qu'on a mal aux fesses, de deux parce qu'on a de la poussière plein la gueule, de trois parce qu'on a un peu envie d'arriver au gîte et de quatre (fuck le plan en trois parties) parce qu'au bout d'un moment on profite du voyage initiatique. Zarastro était un tantinet loin, mais le Mehr Licht, j'en étais pas loin.

    Liminaire

     

    Le cheval, tout d'abord. Important, le cheval. Sache, ô Lecteur impécunieux, que le cheval islandais n'a pas seulement une boîte automatique et des jantes chromées avec option bois de rose, mais aussi des crinières monstrueuses qui peuvent virer au format rasta. Ca fait très chic, sauf que des fois on a l'impression de galoper après John Wayne en plein Colorado.

    Le cheval islandais en plus fait dans l'exception culturelle, que je me demande même s'il n'est pas français à tant excepter, hein. D'abord il est petit : c'est pas un machin britiche qu'il faut une échelle et trois palans pour monter dessus. Ce qui est pratique d'ailleurs pour freiner : suffit de poser les pieds au sol, ce qui est aisé, d'autant plus que les étriers sont hyper bas. Me faudra un temps fou pour accepter de descendre de cinq crans les étrivières, ce qui est tout de même plus confortable. Bien mieux, le cheval viking n'a pas trois mais je dis bien cinq vitesses, on applaudit bien fort Mesdames et Messieurs tellement c'est magnifique. Vous connaissiez le pas, le trot (une deux trois quatre / une deux / une deux trois quatre / une deux et on veille à pas s'exploser les fesses) et le galop ? Le cheval islandais que nous vous proposons, Pierre et moi, est un cheval qui va l'amble et même le tölt ! Alors, qu'est-ce que c'est que le tölt, Jacqueline ? Et bien c'est simple, Pierre : le tölt est un pas très rapide, qui vous permet d'aller à la vitesse du trot voire du petit galop, et le tout sans avoir les fesses explosées : pas de tagada tagada tagada. Mais c'est vermeilleux, Jacqueline ! Oui, Pierre, mais il faut des fois tenir le canasson pour qu'il ne tombe pas dans le trot. Certes, comment fait-on Jacqueline ? Je vais vous faire une confidence, Pierre : il suffit de prendre la position traditionnelle appelée Harley Davidson par un Frenchie de passage: calé dans la selle bien à l'aise, poings levés devant soi et jambes en avant. Avec ça, Pierre, le bourrin est confortable comme un sofa (ou un rocking-chair, ça dépend de sa circonférence), et vous pouvez faire votre petit 12km/h pendant plusieurs heures. Ah mais c'est très pratique pour traverser des plateaux désertiques en une journée, ça, Jacqueline ! Oui, Pierre, mais il ne faut pas s'arrêter ! Eh bien, Jacqueline, vous m'avez convaincu, et je vous propose désormais, chers amis de Télémarket, d'acquérir le tölt pour la modique somme qui s'affiche au bas de votre écran.

    Bon, il peut aussi avoir son caractère, le cheval islandais. À deux par jour, de toute manière, vous aurez le temps d'en tester plusieurs. Neuf, pour la pomme de l'Auteur, avant qu'il ne trouve les perles qui lui plaisent au point qu'il leur fasse des papouilles et refuse de les filer à d'autres (Fat Boy et Old Monkey, parce que j'ai été infoutu de retenir leur nom en islandais). Un cheval m'a foutu complètement une journée en l'air, mais il n'a pas réussi à me foutre à terre, c'est déjà ça - j'ai eu du mal, pourtant. J'ai dû le battre, je n'ai pas aimé ça.

    Postliminaire

     

    Mais diantre, penses-tu, Lecteur divin et impatient de sauter aux détails croustillants, qu'a-t-il fait ? Il parle d'Islande, vivi, mais quoi donc ?

    Veux croire, Lecteur, en l'expression de mes sentiments distingués, et considère que l'Islande est une île, dont la capitale est au sud et la terre entre des eaux. Il y a de la végétation, des buissons, des glaciers, des rivières, des hommes, sans compter les femmes et les petits enfants. Il y fait relativement sombre la nuit, et plus clair le jour, lorsque c'est l'inverse pour cause de nuit polaire. Le dahu, enfin, y porte des crampons aux sabots, ce qui est plus pratique sur les pentes du Vatnajökull. Il semblerait qu'une espèce endémique de dahu se soit développée, le long des rivières qui descendent des glaciers : les pattes les plus longues sont devenues palmées, pour frétiller plus facilement dans l'eau, pendant que les plus courtes gambadent derechef sur le rivage.

    Enfin, l'Islande se traverse du sud au nord, d'un océan à l'autre, comme indiqué ci-dessous, entre deux glaciers et dans trois déserts, ce qui n'est pas marqué en revanche.

    Islande
    Source : Hachette Multimédia



    - 1 -
    Hvità

     

    Evidemment, avec ma chance, à la descente de l'avion j'étais seul et je ne trouvais personne. L'aéroport était vide, et le seul téléphone disponible n'acceptait que la monnaie locale, le change étant fermé. Le premier trip de l'explorateur amateur aura donc été le dressage de téléphone local. Le faire passer dans un cercle enflammé n'aura pas été tout aisé, mais on y est parvenu. Il a même fait le beau, quand un taxi est venu applaudir pour m'emmener à une chambre d'hôte.

    En Islande il ne fait pas nuit, et de toute manière on est stressé : donc on se balade dans la ville. Reykjavik est une ville petite, un peu de look américain : de petites baraques côte à côte, qui font échoppe, immeuble, bureau. La rue commerçante a été rapide à trouver, et les stands de Guinness aussi. Sans compter ma capacité à trouver des Rainbow flags dès que je me balade dans une ville inconnue : ça n'a pas manqué. Vlan, en plein dedans. Doit y avoir des émetteurs, je dis, moi. Des sortes d'aimants, on sait pas ce qu'ils font au gouvernement avec l'argent du contribuable, mais c'est pas toujours du joli je dis moi ressers-moi Marcel.

    Et la soupe locale, servie dans un pain rond évidé, fut bienvenue. Descendue en cinq minutes, pôv'bête. J'en aurais bien commandé une deuxième, mais ce n'aurait pas été bien vu. Ces Français, tous des bâffreurs. Par ailleurs, les prix m'effrayaient un tantinet. C'est que c'est cher, les îles.

    Une petite terreur en tentant la douche : lorsque j'allume l'eau chaude, ça se met à sentir les cabinets et l'oeuf. En faisant bien couler, l'odeur reste. Au bout d'un moment, je me souviens, ah ah je suis trop bête, que dans ce pays les vikings ils prennent l'eau chaude directement du sol, et que c'est de l'eau thermale souffrée, ah ah je suis bête. Ué ben n'empêche ça sent zarb.

    Le lendemain, embarquement avec bottes et éperons pour la ferme où les chevaux sont à récupérer : vroum, vroum. Flouchtra flouchtra des gravillons qui grésillent sous les roues et volent sur la carcasse.

    On admire la plaine de Þingvellir. Ouaaaaah. Là on commence à vaguement entraver ce que c'est que l'Islande : un lac à faire pâlir Nessie, avec de la vraie eau qui filtre des glaciers à travers la lave en une vingtaine d'années, et surtout la vraie impression d'être au bord de deux mondes : c'est là que se séparent les plaques tectoniques américaine et européenne. J'étais du côté américain. En face, sur la rive, l'Europe. On respecte, s'il vous plaît.

    Marchouillant entre les rochers, on se met à rêvasser aux vieux Islandais qui y venaient tenir l'Alþing. J'ai senti un instant l'épée me battre la cuisse, groaaaar.

    Un p'tit arrêt à Geysir : bien évidemment, j'ai oublié l'appareil. Alors, Geysir, il va te falloir imaginer, Lecteur :

    i. Geysir, c'est plein de touristes (tu parles, avec de vrais geysers AOC, les tous premiers qu'on a inventé que ça en porte même le nom !).

    ii. Geysir, y'a plein de pépé-mémés qui descendent au restoroute et accessoirement tentent une excursion vers le site.

    iii. Geysir, y'a aussi les bus de nippons qui flashouillent à tout va. Ca me rappellait Paris, tiens.

    iv. Geysir, c'est un site à flanc de colline, tout plein d'eau chaude qui coule. Alors y'a des coins avec de l'eau qui bout très fort (100°, si, si je vous assure même que j'ai fait la bêtise d'y mettre la main, suivi en cela par tout un car de nippons qui a plongé dedans pour faire comme moi), de l'eau qui fait bloup bloup, de l'eau qui fait pssssccchhhhhhhhh et de l'eau toute bleue qui fait rien mais est très jolie. Bleue turquoise que même le mascara de l'Oréal il est pas aussi beau.

    v. Geysir, c'est surtout le Geysir (en retraite, même si on continue de parler de lui, comme Chirac) et le Strokkur. Alors, le Strokkur, c'est un trou dans un coin, un peu blanc, qui fait bloup, bloup, bloup, et vouich vouich vouich (eau qui remonte un peu, eau qui se lisse et se tasse) et brrrrrrrrrrrrRRRRRRRREEEEEUUUPPPPLLLLLLAAAAAAAAAAAASSSSSCCCCHHHH !!! Là, c'est l'eau qui jaillit à quelques dizaines de mètres en éclaboussant tout sur son passage. Le Français malin cocorico aura eu la présence d'esprit de repérer le sens du vent et de se garder des retombées, le car nippon finit recouvert de silice et de gouttelettes à l'odeur d'oeuf, ce qui est assez drôle. Surtout le crépitement des flashs qui meurent dans les retombées d'eau chaude.

    vi. Geysir, c'est le car nippon qui repart pouet pouet avec plein de souvenirs odorants. J'ai bien rigolé.

    Ensuite, on va à la ferme, on prend les tagadas, on s'habitue (pas facile : le mien, m'a fallu du temps pour comprendre qu'il refusait les rênes et qu'il se guidait uniquement au bassin, façon cow-boy), et c'est parti pour quatre heures jusqu'à Gullfoss. Tagada, tagada.

    Je décrète ici, Lecteur, que tu vas t'amuser, toi, à faire désormais sans arrêt le bruit du cheval qui tagadade tagadade. Il faut que tu contribues, après tout, zut, hein, quoi.

    Tagada, tagada, donc.

    Vertes vallées, herbes au genou, montagnes noies, et puis début de montagne, on gare les chevaux au parcmètre surveillé par Longtarin et on marche un peu : poum, la cascade. Ouaaaaah. Subrepticement, je suis pris d'un sentiment de condescendance devant la piétaille qui s'esbroue à venir à pattes, pendant que je marche fièrement avec mes bottes de cavalerie que même John Wayne il n'ose pas avoir ça. Ah, ah, ce n'est pas encore Saumur, mais ça va pas tarder... À nos femmes, à nos chevaux et tout le reste !

    Le lendemain, décalage oblige, je suis levé avant tout le monde, et je ne comprends pas pourquoi à 8h (françaises) la cour de la ferme reste désespérément vide. Ayant tilté au bout de deux heures à faire le poireau, je rejoins mon sac de couchage. Le salop, il s'est refroidi.

    Et c'est là que tout a commencé.

    Hvità

     

    Veuillez expérimenter ici votre premier désert : y'a encore un peu de montagne, et la poussière est fière d'exister. Le déjeuner de sandouiches au crin et à la terre brassée se prend au bord d'une rivière glaciaire. De toute manière, toutes les rivières sont glaciaires et glaciales, sauf lorsqu'elles sentent l'oeuf : si elles sentent l'oeuf, c'est soit la Seine, soit une rivière géothermique.

    À votre gauche, le Langjökull. C'est un glacier de tapette par rapport aux autres, mais c'est tout de même un glacier, donc on respecte. Surtout que vous allez l'avoir sous tous les angles durant un laps.

    Hvità

     

    Les maisons sont toutes constituées de bardeaux recouverts de plaques de tôle. C'est bas, ça sent le crottin et c'est agréable comme tout. Enfin, quand on est en plein dedans : une fois revenu dans la civilisation, j'aurais un haut-le-coeur en ouvrant mon sac.

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    Arbudir

     

    Après un après-midi, on arrive à un gîte, à Arbudir.

    Arbudir

     

    Le Lecteur appréciera la qualité de la poussière locale : voilà ce que ça donne, un après-midi à cheval en plein soleil. L'Auteur était assez content d'avoir pensé, à la dernière minute, à prendre son keffieh (il venait de voir un ouesseterne) : ça protège de la poussière, et quand vous avez une centaine de chevaux sans maître qui galopent devant vous et que vous poussez du ventre, je vous assure que ça en fait de la poussière. Des fois, on n'y voit rien. J'aurais été un touriste normal, je vous aurais pris le nuage de poussière ocre, mais je suis un touriste normal qui était à cheval et tentait de tenir sur son canasson. Qui était la carne sus-évoquée, celle qu'il a fallu battre à coup de cravache pour qu'elle arrête de faire la conne. Heureux de trouver le sol que j'étais, à la fin.

    C'est d'ailleurs là que j'ai dégainé le premier la bouteille de whiskey. Appréciable, que c'est, si, si.

    Arbudir

     

    Il y avait une douche, que la galanterie a réservé aux femmes. Putain de galanterie. À se demander à quoi a servi des années de féminisme si elles peuvent encore jouer aux petites choses fragiles. Oh et puis zut si c'est comme ça j'irai me prendre un bain dans la rivière au matin, na. Après tout les cow-boys le font, je peux le faire. Suffit de prendre une respiration, de sauter à pieds joints et de chanter gaiement pendant que Jolly Jumper broute sous l'arbre.

    AAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAH PUTAIN C'EST FROIIIIIIIIIIIIDDDD !!!

    Bon ben j'ai pris un bain dans une rivière islandaise. Nous avons été deux tarés à faire ça. L'eau devait être à dix. La vache.

    - -
    Entre Arbudir et Svartarbotnar

     

    Nous nous sommes d'abord aventuré au bord d'un lac, où dérivaient des icebergs tombés du glacier, puis dans une vallée d'effondrement. Puis nous sommes repartis.

    Ici, j'ai peu à dire : un plateau herbeux, splendide. De l'eau qui coule, calme, parfaite, entre une herbe pure. L'horizon à perte de vue : la Terre est plate, c'est certain, et elle forme un cercle. Dessus, on a posé un saladier pour faire le ciel.

    Je suis le personnage d'une boule souvenir sans la neige.

    Entre Arbudir et Svartarbotnar

     

    Entre Arbudir et Svartarbotnar

     

    Entre Arbudir et Svartarbotnar

     

    Entre Arbudir et Svartarbotnar

     

    Entre Arbudir et Svartarbotnar

     

    Nous galopons le long d'une rivière effondrée, la terre glaiseuse se dresse en falaise sur notre gauche. La boue jaillit en parcelles brunes. La piste, suivie depuis des années par les hordes de chevaux, se creuse profondément dans le sol. Il faut parfois faire attention à ne pas se cogner les étriers aux ornières, qui arrivent parfois au genoux des canassons. L'un des cavaliers en fera l'expérience, et se cassera la gueule. Premier blessé.

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    Svartarbotnar

     

    Le gîte au soir est de l'autre côté de la rivière, que l'on traverse à grandes éclaboussures. Il faut monter la colline, coincée dans un méandre. Il sent le sapin. Les nuages sont bas et lourds, ils décapitent lentement les montagnes à l'horizon.

    Svartarbotnar

     

    Svartarbotnar

     

    Svartarbotnar

     

    Svartarbotnar

     

    Svartarbotnar



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    Kjalhraun

     

    Au matin, la horde retourne un peu sur ses pas, nous retrouvons la cascade franchie la veille. J'expérimente pour la première fois la photo en selle.

    Kjalhraun

     

    Nous nous enfonçons dans la vallée de Kjalhraun : désert volcanique, où la piste est seulement marquée par des sortes de cairns de loin en loin. Les sabots claquent sur les pierres, glissent parfois dans les pentes. Souvent, les chevaux trébuchent. Nous avançons lentement.

    J'ai l'impression de m'enfoncer dans une plaine du Seigneur des Anneaux. C'est qu'ici on pouvait voir des trolls. Et il était dit que le voyageur non avisé pouvait facilement être tué par eux, à moins d'y perdre un cheval.

    Et nous y avons perdu un cheval : brusquement l'animal a pris peur, a quitté la horde et a rebroussé vers Svartarbotnar. Impossible de le rattraper. Je m'y suis essayé, queudchie. À ce moment, le ciel a tonné : il a plu. Un autre animal boitait.

    Nous étions vraiment perdu en Mordor. Nous longions une fosse où tempêtait une rivière, grondant sur les rochers. Les chevaux des fois glissaient ; nerveux, ils essayaient de rester le plus loin possible du bord, ce qui n'était pas toujours facile.

    Kjalhraun

     

    Kjalhraun

     

    La horde s'est arrêtée dans une vallée un peu plus verte. Au milieu de nulle part, nous avons croisé une randonneuse, munie de son Aillepodeuh et de son sac de couchage : elle venait du nord, et traversait seule l'île. On a beau eu lui dire qu'il y avait un désert qui l'attendait, sans trop d'eau, sans piste, et qu'on avait mis une matinée à traverser en canasson, elle est repartie. Ces Françaises...

    Kjalhraun

     

    Kjalhraun



    - 5 -
    Thjofadallir

     

    Enfin, après toutes ces caillasses, on passe un col pour se trouver dans la Vallée des Voleurs : une merveille renfermée, verte, pimpante. Un miracle qui a survécu au désert lunaire.

    Thjofadallir

     

    Peut-être que la vallée de Xanadu ressemble à cela, et que c'était Alf, la rivière sacrée, qui était là.

    Au sortir, un cheval s'emballera. Pas de blessé ni de tombé, c'est miracle.

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    Hveravellir

     

    Au soir, nous arrivons à Hveravellir. Je vous rappelle que c'est le soir, bien qu'on ne le croit pas : la nuit ne doit jamais durer que deux heures à cette période-ci de l'année. C'est un lieu où l'eau remonte et où l'on n'a guère envie de manger une omelette. Il y a un bassin d'eau chaude, où l'on peut se baigner. Taïaut !

    Boire une bière fraîche dans un bain d'eau chaude, pendant qu'il pleut et qu'un arc-en-ciel se dessine à l'horizon, il faut le faire. Ma serviette n'y survivra pas (elle aura été complètement détrempée), mais moi si et j'en redemanderai. Sans compter qu'on mange un mouton magique, un truc avec des poireaux et des carottes et du cumin que j'ai cru que c'était du couscous au début.

    Hveravellir

     

    Bien évidemment, cependant, il faut apprécier aussi le décor... les orifices des geysers au soleil de minuit.

    Hveravellir

     

    L'eau qui fume un peu partout à fleur de sol...

    Hveravellir

     

    Hveravellir

     

    Hveravellir

     

    Hveravellir

     

    Voire s'amuser à se tirer le portrait dans la vapeur.

    Hveravellir

     

    Hveravellir

     

    De loin en loin, lorsqu'on marche tranquillement hors du site, on retrouve des cairns. Ca a un côté temple primaire, tant je n'en vois pas l'utilité - et tant ils sont étrangement disposés.

    Hveravellir

     

    Hveravellir

     

    Je remonte la plaine vers le nord, le paysage y fait plus toundra. À un moment, je serai surpris par un renard polaire chassant une sorte de bécasse, mais le temps de dégainer l'appareil, il sera loin.

    Tant pis, j'écouterai le chant des bécasses.

    Hveravellir

     

    Hveravellir

     

    Hveravellir

     

    Au soir, profitant que tout le monde est couché, je prendrai pépère un bain de minuit au chaud. Et rebelote à l'aube.

    - 7 -
    Entre Hveravellir et Galtara

     

    Entre Hveravellir et Galtara

     

    Et c'est reparti. J'ai enfin trouvé un cheval qui me plaît, un vrai fauteuil club, une perle. Il tient pas les longues distances au galop, mais je l'aime beaucoup. Je vous présente Fat Boy, et les effets de la poussière.

    Entre Hveravellir et Galtara

     

    Pas loin de là, en menant boire Fat Boy, je glisse fesses les premières dans un trou, quatre fers en l'air. Déjà, un bon point : le réflexe "cavalier" qui commence à entrer, je ne lâche pas les rênes dans la surprise. Je suis coincé, et j'éclate de rire. Fat Boy me renifle calmement et broute à côté. Si vous pensez qu'un canasson vous donnera un coup de paturon si vous en avez besoin, vous pouvez toujours vous asseoir dessus, et j'étais bien assis.

    Bon, en abandonnant sa dignité, en se contorsionnant et en s'appuyant des coudes (je vous rappelle qu'il faut tenir les rênes, parce que même un type pépère comme Fat Boy peut brusquement foutre le camp), j'arrive à arrêter de rire voir à sortir du trou. Un peu de boue, pas de mal.

    - 8 -
    Galtara

     

    Au soir, nous couchons à Galtara. Tudieu, j'en pouvais plus, je n'avais qu'une envie : parvenir.

    Le repas sera fait de saumon péché dans la rivière, à vous réconcilier avec tous les saumons du monde. Et le coucher du soleil peut vous réconcilier avec l'univers.

    Je te laisse, ô Lecteur, regarder le coucher de soleil et les oies qui passent.

    Galtara

     

    Galtara

     

    Galtara

     

    Galtara



    - 9 -
    Maelifellsdalur

     

    Dernier jour de canasson. Un cheval se cabre, il y a une belle chute qui nous fout à tous les pétoches. Brusquement, je regarde Old Monkey d'un autre oeil. Mais bon, ça va, il a pas envie de jouer au communiste et de tout foutre en l'air.

    Lentement, nous redescendons vers la côte. Les pierres disparaissent progressivement sous les herbes et les rivières qui grossissent. Nous nous offrons des galops monstrueux. On sent incommensurablement vivant.

    Maelifellsdalur

     

    Maelifellsdalur

     

    Et là on dirait pas comme ça mais c'est l'Océan au bout. Et quand on voit ça, on hurle Thalassa ! Thalassa ! Thalassa ! : que Xénophon me pardonne, je l'ai fait, puis je me suis mordu vigoureusement la lèvre pour ne pas me mettre à chialer de joie.

    En gros l'état d'esprit c'était : oputainjelaifaitoputainjelaifaicestlamerlabasjelaifaitoputainjelaifaitfausurtoupaquejepleurohputainjelaifait.

    Maelifellsdalur



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    Reykjavik

     

    Quelques jours après, je me retrouve à Reykjavik. Bien évidemment, faut que ce soit le jour de la Gay Pride... je les plains un peu : à 325 000 islandais, ils doivent rapidement tourner en rond... Il y a tout de même de très jolis specimens.

    Reykjavik

     

    Et, le matin, avant de prendre l'avion, la dernière image sera celle d'une Pretty Woman qui attendra, toute de rose vêtue, devant un magasin de nuit.

    Reykjavik
  • DCLXXVI. - En rentrant, en notant (tizeure).

    Baque from Aïceland. Je note qu'Antoine n'a toujours pas tenu parole.

    Sous peu, les photos, ensuite la narration.