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  • DCLXXV. - Liste de lectures.

    i. La Peste noire : grandes peurs et épidémies, 1345 - 1730, de William Naphy et Andrew Spicer. Brusquement, je me suis mis à avoir des fringales de mort noire, des envies de bubons, des pulsions de charniers. C'est en tout cas un livre vraiment intéressant, même pour le néophyte nul en histoire que je suis. Les dernières pages, sur la peste de Marseille, m'ont même pas mal tracassé - je me souviens avoir fait chier plein de monde à la raconter, cette peste-là.

    Car à y bien regarder, les conditions qui ont mené à un taux de mortalité de 80% en plein Siècle des Lumières (alors que la peste en général c'était 25%), c'est bien uniquement parce que Marseille était une ville moderne, gérée de façon moderne. Et qu'à voir la politique qui a été menée par les élites, on se met à rêver ce qui se passerait maintenant. Y'aurait vraiment de quoi écrire, tiens.

    Pour mémoire, la dernière peste en France date des années 20, et la dernière épidémie de 2004.

    ii. Le Lièvre de Vatanen, de Arto Paasilinna. C'est l'histoire d'un journaliste qui renverse un levreau et s'attache à lui. Il y a de quoi faire du Disney, ça devient un drôle de périple en plein milieu de la Finlande. Chez Paasilina, il y a toujours des arbres qu'on coupe, des saunas, de la vodka et des élans qu'on chasse en plein hiver. Il y a ici aussi des ours qu'on chasse rageusement jusqu'en URSS, des incendies qu'on regarde en se baignant dans un lac, des buldozers qui atterrissent dans de drôles d'endroits, des ministres qui embarquent nus dans des hélicos, des pasteurs qui tirent sur la Croix, des huttes qu'on retape, et bien sûr des crottes de lièvre un peu partout.

    Y jeter un coup d'oeil rapidement, Lecteur. 235 pages, et de la Finlande en plein été, tu vas pas faire chier.

    iii. Saga d'Egill, fils de Grimr le Chauve. Parce que je me disais qu'il fallait me faire une culture livresque sur l'Islande, j'ai pécho une collection de sagas. Dans une collection qui était la seule à éditer ces curiosités, ce qui fait que j'ai acheté mon premier ouvrage relié de cuir en papier Bible, caractères Garamond et reliure violet. Et j'ai pu constater qu'en tenant une feuille, effectivement elle ne s'arrachait pas.

    Quant à la saga, c'était loin, très loin, de ce que j'imaginais. Je pensais combat de de héros, haches sanglantes, chevaux qui hennissent, dieux qui font des coups en loucedé. Bah que dalle. Plus laconique tu meurs gelé sur le Hvannadalshnjùkur. Plus longuet aussi.

    iv. Le Festin de Babette, de Karen Blixen. Mué mué mué. Je l'ai acheté parce que j'avais entendu parler du film. L'histoire est intéressante, on sent une pointe d'humour. Ca ne m'a pas pour autant transporté - tant qu'à fêter les joies de la chère, autant lire du Rabelais ou voir Ratatouille. Ici, c'est trop discret, trop retenu - à quand bien même on se doute que l'intérêt du livre est de faire passer, en douceur, le miracle de la bouffe dans une assemblée de protestants sectaires et grincheux. En même temps, une soupe de tortue je ne serais pas contre.

    v. Tempêtes, de la même. Un brin pompeuse, cette histoire d'une troupe de théâtreux qui se retrouve coincée dans une ville du fin fond du Nord là-haut, citant bien évidemment son Shakespeare comme tout bon cultivationné du XIX°.

    vi. L'Eternelle histoire, de la même. Ah bah voilà une idée qu'elle est bonne, tout de même ! Plus intéressante même que Babette - ce vieillard richissime de Hong Kong ou Shangaï qui se met en tête d'accomplir une fanfaronnade que les marins se racontent tous de bateau en bateau. Comment un jeune homme, plein de taches de rousseur, se trouve embringué dans une villa des mille et une nuits. Comment une pute sur le début n'en est pas si sûrement une que cela. Comment accessoirement on s'interroge encore définitivement sur ce qui meut le sexe féminin des femmes et les fait agir.

    vii. Kafka sur le rivage, de Haruki Murakami. Anecdotique. Plus de six cent pages pour nous faire le coup du lapin qui sort du chapeau, les élucubrations vasouilleuses et le néo-Mishima (si, si, je vous assure que ça sent dans la fascination pour le sport et le nettoyage de prépuce), merci mais ça en valait pas la peine.

    viii. Le Cantique de l'Apocalypse joyeuse, de Arto Paasilinna. Après toutes ces déceptions, un peu de valeur sûre ne fait jamais de mal. Bien évidemment, là encore il y a des arbres, des ours et pas mal de neige non loin de l'URSS. De toute façon, Arto il n'aime que ça, les bois et le sauna. Cette fois-ci, c'est l'affaire d'un communiste, brûleur d'églises et révolutionnaire devant l'Eternel, qui au seuil de la mort confie à son petit-fils le soin de construire... une église.

    Et voilà que ça commence comme ça les catastrophes. On commence par faire une église en bois, puis un chalet pour des écolos qui savent juste faire sécher des herbes aromatiques. Puis on laboure, ou on passe la senne dans le lac. Une pasteure doyenne aux armées s'en mêle, la chef de la propreté des trains aussi. Un ours cardiaque aussi, mais c'est une autre affaire.

    Le temps passe - l'histoire commence en 1992 pour se finir vers 2030. Entretemps, en-dehors du village qui fleurit de plus en plus (même si les écolos et les herbes aromatiques n'y sont pour rien), la crise économique de 2007 fait tous ses effets. Les crises boursières emportent les populations, la famine les décime, le pétrole disparaît. On voit passer quelques missiles aux traînées roses, des aviateurs arabes porteurs de bombe nucléaire en pleine Finlande, (qu'on fait exploser pour rigoler), une troupe de 40 000 femmes, pas mal de tonneaux de vendaces et encore plus de fûts de bière. Il y a aussi une Finlandaise de Nouille Orque, une cheffe de secte diplômée en art de vivre, quelques mafiosi spécialisés dans la culture d'organes humains frais, et une souris sanguinaire.

    Bref, c'est bien.

    ix. Le Bizarre incident du chien pendant la nuit, de Mark Haddon. Bof. Ca ferait un film bientôt que ça m'étonnerait pas.

  • DCLXXIV. - Putain de chieuses égocentriques !!!

    Déjà que le film était d'un intérêt mineur - Melvil Poupaud à l'affiche, dont les moues croquignolettes m'avaient attiré tout autant que l'estampille "Sundance Festival" - mais pourquoi nom de Dieu de bordel de merde il a fallu qu'une fois calé dans les fauteuils une horde de meufs ricaines vienne m'entourer et me bloquer en plein milieu de la rangée ?

    Ce qui fait que :

    i. non seulement j'ai eu à voir un film sans grand intérêt, plein de clichés et mal mis en scène (Broken English, de Zoe Cassavetes, avec Parker Posey et Melvil Poupaud rah Melvil épouse-moi).

    ii. mais aussi chaque tirade du film a été à l'origine de commentaires, de confidences à voix hautes, de renversements jambes écartées dans le fauteuil en tapant le bras du fauteuil à grands ahans, de gloussement volubiles et satisfaits.

    Sans compter les mâchouillements de chouinegomme, les dépliages-repliages-et-retour de papier aluminum, le glouglou du cola, le rot digestif, le farfouillement hystérique dans le sac pour en sortir un carnet d'adresses, un téléphone portable, un stock de mouchoirs usagés, plusieurs serviettes hygiéniques dans un état douteux, un bracelet, quelques dizaines d'élastiques à cheveux de différents formats, une canette vide, des stylos, un carnet pour les pensées profondes, plusieurs stylos d'un diamètre invraisemblable, des chouinegommes, un peigne, deux brosses à cheveux dont une couverte de cheveux et l'une avec l'étiquette neuve qui pend encore, des choses métalliques - certainement des bijoux de rechange pour la pluie.

    Mon amour des femmes en a été augmenté.

  • DCLXXIII. - La vità e bella.

    En rentrant du sport (ma première nudité dans un sauna, youpi - si, si, je vous l'ai caché, ô Lecteur qui s'en fout, mais je me suis mis aux sports, et au pluriel, s'il vous plaît), nous sommes allés avec Messire G*** compenser les calories perdues devant un vrai beurgueure saignant.

    Quand l'adorable petite jeune fille nous a apporté l'addition, nous y avons trouvé un mot.

    "Merci de votre visite et de votre sourire. Passez une bonne soirée, Justine."

  • DCLXXII. - En citant Rimbaud.

    Hurlement stressé de l’Auteur, jet de couette, jambe sortie.

    Le réveil affiche 6h30 et il n’a pas sonné. Le taxi arrive depuis cinq minutes passées, et attend en bas. Les mécaniques japonaises qui datent de la communion de l’Auteur, il y a bien dix-neuf ou vingt ans de cela, semblent arriver au terme de leur existence.

    Qu’on se rassure : Macadam Fandjo a déjà déclenché depuis un bon laps son compteur, il devait bien être dix minutes en avance. Qu’il a comptées ; il faut penser au pouvoir d’achat.

    L’Auteur retrouve la gare du Nord, qu’il n’a pas vue depuis quelques années. Dans le calme du matin, les chaises encore humides sont tout juste sorties aux devantures des cafés. Des tasses fument légèrement dans l’air frais, leurs ombres étirées par le soleil qui glisse le long du boulevard. Des voiturettes passent, les trottoirs sont noirs d’eau cantonale. Par une habitude ressurgie de longues années passées, l’Auteur se retrouve à essayer de grelotter au côté des pylônes radiants sur les quais, l’espresso fadasse dans les mains. Il regarde étrangement l’air pur de cette gare, comme il y a quelques temps de cela. Déjà les gens ont l’air plus calmes, auprès des trains rouges. Du quai, on voit la place devant la gare, la ville qui continue de se réveiller. Délicate impression d’immobilité.

    Le garçon de cabine sur les marchepieds accueille déjà avec le sourire du Royaume. Dans les voitures, des fonctionnaires européens se saluent d’une rame à l’autre. Ils déambulent, suivis d’un stagiaire chemise courte qui serre contre sa poitrine un portefeuille de maroquin aux douze étoiles de vermeil. La campagne circule, l’air qui entre par la climatisation a des arômes d’herbes et d’arbre. Lentement, le sol se fait de plus en plus plat – le ciel lumineux comme un western.

    Je ne sais jamais quand on franchit la frontière. Je crois que je l’ai retrouvée dès la gare, la Belgique.

    Cela faisait deux ans que je n’y étais pas allé.

    Avant, c’était dans l’enthousiasme d’un amour profond. La Gare du Midi me semblait encore immuable, j’ai cru un instant retrouver E***, serrant de ses mitaines sur sa poitrine la lanière de son sac à dos. Le taxi roulait lentement dans les rues calmes. Je lui ai demandé de s’arrêter un instant sur le Mont Royal. La coupole monstrueuse du Palais de Justice était corsetée de lanières de fer, comme un souvenir refermé. Une étrange nostalgie remontait.

    J’ai de nouveau arrêté le taxi, pour manger benoîtement une part de tarte au riz.

    Puis j’ai fait mon travail. Don Corleone m’avait envoyé percer un coffre, je m’en suis occupé.

    Dans le hall de la banque, engoncés dans des fauteuils, d’éminents pontes dissertaient sur leurs nouvelles fusions-acquisitions. L’un d’eux pressait son coude sur un classeur bleu, débordant de papiers. L’autre secouait contre son mollet un portable usé, se frottant la moustache. Ils parlaient de laisser à leurs employés la possibilité d’avoir des plages mobiles, et de baisser le nombre d’heures à 40 par semaines, voire moins. Ils se disaient qu’un salarié qui travaille trop n’est pas un salarié efficace : huit heures par jour, pas plus – et surtout par le week-end.

    Les larmes sont montées aux yeux de l’Auteur. Il les a cachées derrière son écran, a avalé sa salive et s’est ressaisi. C’est peut-être cela, vieillir : pleurer pour des souvenirs, qu’on ne regrette pourtant pas. Parce qu'ils sont jolis.

    J’aime la Belgique. Je la connais peu, mais je l’aime. Loin de ses disputailleries de nationalités, qui n’intéressent pas grand’monde en fait, j’admire la force de ce pays, qui sait qu’il est petit et qui n’en vit pas malheureux pour autant – la force de ces gens, qui ne cherchent pas à se hausser du collet, fondamentalement gentils, polis, accueillants. La puissance de cette Nation, qui est d’être humaine. L’intelligence profonde de cette simplicité, qui fait qu’où qu’on se trouve on est forcément un peu chez soi. Parler n’est jamais forcé ou intrusif, s’instruire d’une autre personne n’est jamais une chose intéressée : on y regarde l’être humain, et rien que lui.

    Les cafés y sont tapageurs, les bocks éclatants.

  • DCLXXI. - En narrant, en racontant.

    Cet Almanach, Lecteur, est décidément de plus en plus vide. Non qu'on passe moins de temps à papoter sur internet, non, non, mais j'erre tellement de gauche et d'extrême-gauche que le temps à méta-vivre, savoir narrer les exploits, élucubrations, acrimonies, bouffistailles, coins de coude dans le ventre et autres regards sur des nuques qui sont mon quotidien de héros.

    Ores donc, cher Public (car public il y a, je découvre qu'en tout désormais vous êtes une cinquantaine par jour, cocorico youplaboum), apprends çà que mon ouiquennede on peut considérer pour le besoin de la Narration qu'il débuta mercredi.

    1. Mercredi

    Dans une brasserie célébrissime, Don G*** fêtait mon entrée officielle chez Don Luciano. Après un an et quelques cadavres (j'ai trempé dans l'affaire de la Saint-Valentin) je passais du statut d'arpète à celui d'affranchi. Me voici quelqu'un d'honorable, auquel on doit du respect.

    Don G*** avait été remercié par Don Luciano. Il a désormais un territoire plus grand, et c'est là qu'il m'invitait.

    Dans les ors nous avons mangé du saumon de pays étranges, tranché épais, à peine arrosé d'herbes. Puis un coq, nageant dans le vin qui l'avait tué, nous a rejoint par brasses larges, naviguant entre les tables aux nappes raidies de coton et d'amidon. Le Juliénas était fort bon, à mon tour c'était moi qui naviguais. J'étais d'une humeur bonnasse, ce qui fait que lorsqu'on m'a demandé de voir si Georgie Claque-Mouille pouvait être plus polie je n'ai pas refusé. J'ai même appris le respect à sa fille, pour que ça l'éduque bien.

    2. Jeudi

    Jeudi, je ne me souviens plus.

    3. Vendredi

    L'Auteur s'est levé à 5h30 pour discuter avec la Grèce, à propos de la livraison de Blanches ramenées d'Allemagne par la Roumanie. C'est un métier dans lequel l'Auteur commence à exceller, la traite des Blanches. Sans compter qu'on est demandeur : il faudra certainement aller sur place, traiter un peu plus les Blanches.

    Sauf que la Grèce n'était pas au rendez-vous du téléphone. Foutue matinée.

    Plus tard, à la salle de gym : je suis parvenu à rester 45 minutes sur un vélo, puissance à fond, simplement à cause de ce qui était en face de moi. Se donner l'air de rien, serrant les dents et minaudant sur Libération juste pour en lever les yeux régulièrement, ignorant avec superbe la sueur qui faisait des flaques autour de moi.

    Seigneurmariejosephtoulahaut quel charme il avait.

    Je commence lentement à comprendre les caricatures de séries télévisées sur les pédés en salle de sport.

    N'empêche.

    Quel charme il avait.

    4. Samedi

    a. Canasson

    Dès potron-minet courant dans les blés j'allais rejoindre mes canassons. Fiérot comme est l'Auteur, il refuse d'attendre le bus, et préfère aller pédestrement. Le ciel est lourd depuis des jours, épais et humide, et il y a des coulées de vent froid qui vous frappent au ventre. Même dans les herbes et les bois, on sent cette lourdeur. Les chevaux sont malades avec ça, et moi aussi parfois.

    J'avais une bête placide, de celles qu'on se demande si on les monte vraiment, tant elles se laissent conduire facilement. Le genre en fait qui énerve un peu, il faut les talonner régulièrement simplement pour qu'elles tiennent le pas.

    Et le genre qui prend peur en plein galop pour un coup de vent dans un buisson. Carne. J'ai bien failli me casser la gueule.

    Disons qu'ainsi j'apprends à tenir un bestiaux. M'a fallu pas trop de temps pour l'arrêter, la calmer et la relancer. C'est déjà ça.

    b. BHV

    Plus tard, affalé dans une boulangerie du centre, je bâffre un sandouiche. Je n'en pouvais plus de faim et de soif. Soudain je tique et m'arrête.

    J'étais passé au Bazar de l'Homo Viril prendre de quoi nettoyer les murs de l'appart, sortant du RER. Sac au dos, traversant un Marais pas très éveillé. J'avais vaguement remarqué qu'on me croisait plus bizarrement que d'habitude. Baissant les yeux, je vois mon sac que gonflent les bottes d'équitation et la bombe.

    Et d'où sort, bien visible, la cravache.

    c. Et maintenant une page de publicité

    Ici, imaginons que je rentre, et m'endors sur le Trio à l'Archiduc, bédé sur le ventre, deux heures durant.

    d. Mordre l'univers

    Plus tard, je marche sur les quais, happant gorge tendue quelques rayons de soleil dans l'air froid.

    Plus tard, je précède quelqu'un dans l'escalier d'un immeuble du Quartier Latin. Je crois comprendre que c'est le lit de son coloc. Le sien est trop loin de toute manière.

    Plus tard, j'ai le ventre maculé. Le rideau de mousseline se dresse parfois sur les vêtements éparpillés au sol.

    Plus tard, je sors de l'appartement en oubliant mon exemplaire d'Hemingway sur la table en bois de l'entrée.

    Plus tard, je prends un vélo. Le vent s'est arrêté. Je suis vivant, et j'ai envie de mordre l'univers.

    d. Messire G***

    Pendant mes vélocipédations Messire G*** sonne. Et pédale que je pédale pour retourner vers Javel chercher l'autre armuré et son épée.

    Et métro que nous métro pour retourner dans le Marais. Messire G*** a décidé de me sortir, et de me faire mon expédition nocturne annuelle dans les bars de ce quartier.

    Nous buvons au Carré. La bière y est plus chère, et le service plus lent. J'ai faim. Il n'y a pas les tapas annoncés au menu. Quelques garçons me regardent, draguant leur rencontre internet. Regards fixes, dos raides, nuques droites.

    Une fille fume au comptoir.

    Nous rentrons, fin soûls, à pied. Le vélo n'était plus possible à ce stade d'éthylisme.

    e. La nuit

    Quelqu'un monte mes escaliers.

    Plus tard, ma porte s'ouvre à nouveau.

    f. Quelque part

    J'ai envie de chair. Je me sens vivant et j'ai envie de chair.

  • DCLXX. - Homophobie ordinaire.

    Contexte : Souvent, sur MSN, des inconnus me demandent à être leur ami, et demandent Anne-Sophie dans un langage châtié de première catégorie. En général, je me contente de recadrer ces gentils petits adolescents, et ils me black-listent bien rapidement sans excuse, pour aller redragouiller la pauvre Anne-Sophie qui doit mouiller sa culotte Petit Bateau en attendant que Kévin pointe son nez sur l'écran.

    Le dernier dialogue avec un boutonneux (version intégrale).

    Ange. - cc mn cœur c ange g msn

    Xanadu. - Euuuuh ?

    Ange. - tro de la bouliche nn aten je te passe ange

    Ange. - c ki?

    Xanadu. - Y'a pas une erreur de casting ?

    Ange. - c b1 anne sophie

    Ange. - ee n

    Ange. - tu t apel anne sophi

    Xanadu. - Euh non du tout. Olivier. Mais z'êtes pas le premier à me prendre pour une Anne Sophie. Doit y'avoir des erreurs dans vos MSN les jeunes. Revoyez vos courriels dans la cour de récré du collège.

    Ange. - bn ba vu ke je sui pa PD jeten merde enculer salut

    Ange. - sa te pren souven toi

    Xanadu. - Dites, d'où vous sortez que je suis pédé ? Et ensuite, pourquoi le fait que je sois pédé ou pas fait que je mérite d'être insulté ? Simplement parce que vous vous êtes planté de msn ???

    Ange. - ba oué si t conten moi je ten merd

    Ange. - pi chui pa collégienn

    Ange. – enciler

    Xanadu. - Eh bien... Primaire, alors, vu l'orthographe ? Bref, le fait que vous vous êtes planté d'msn vous interdit pas la moindre des politesses

    Ange. - bn ferme ta geul pi va te faire foutre enculer

    Xanadu. - Non.

    Xanadu. - D'abord vous allez retirer ces insultes. Sorties on ne sait d'où simplement parce que vous cherchez une Anne-Sophie dont vous avez confondu le MSN avec le mien.

    Ange. - et pk

    Xanadu. - Parce que vos propos sont ceux d'un petit con, d'un merdeux, et de ceux qui ont de fortes probabilités de pas avoir une vie très jouasse s'ils continuent de tenir de tels dires

    Xanadu. - Tout simplement

    Xanadu. - Et qu'à titre de leçon si vous voulez avoir des chances dans la vie sociale, quel que soit votre âge, vous avez intérêt à apprendre à vivre.

    Dont

    1/ apprendre l'orthographe

    2/ apprendre la politesse

    3/ Eviter de penser que les pédés sont de grosses tâches

    Acessoirement, les deux premiers points vous poseront des problèmes pour vivre. Et le troisième est un délit, susceptible de vous emmener en prison. D'autres questions ?

    Ange. - g rien contre les pd

    Xanadu. - Je vous cite : Ange. - bn ferme ta geul pi va te faire foutre enculer

    Xanadu. - Et : Ange. - bn ba vu ke je sui pa PD jeten merde enculer salut

    Xanadu. - Accessoirement, si vous voulez draguer cette Anne-Sophie va falloir apprendre à lui parler. Et pas comme ça.

  • DCLXIX. - Citation du soir.

    "Longtemps je me suis signé d'un O. mais j'ai changé. Maintenant avec le nouvel Ariel à l'Iltral, je signe : Oh, si, O. Et je t'emmerde, connard."


    John-Why, parlant de moi.

  • DCLXVIII. - Citation du jour.

    "L'impression de la possibilité transforme tout ça en marché libéral illusoire où l'on est supposé sans souci constater l'ajustement de l'offre et la demande. En fait, les biens sont totalement illiquides, et tout stagne. Engendrant frustration, misère, insatisfaction."

    Moi, parlant du milieu gay parisien (dont je suis).

  • DCLXVII. - Histoire immédiate.

    Il paraît que 600 000 personnes étaient sur le Champ de Mars pour applaudir Laurent Voulzy et Jenifer. Je précise qu'ils étaient 599 999, car moi j'étais venu pour le feu d'artifice. À pattes en plus, parce que le vélo pécho à Odéon au sortir du cinéma n'a pu trouver un logis que vers Balard, encore plus loin que chez moi tout seul personnellement que je vais bientôt quitter ces lieux.

    Le programme musical annonçait bien le regard qu'ont les élites et les administrations organisatrices sur ce qui plaît ou doit plaire au public : de la daube tout-venant française, faite de sondages par SMS sur la Première ou de vieux croûtons dont on se demande comment ils arrivent à quitter le déambulateur pour faire semblant de jouer sur leur guitare, play back à donf. Même Chuck Berry, le Père Fondateur du rock, joue nettement mieux malgré ses 90 printemps.

    Toute la foule aux alentours attendait le jeté de Carla sur l'antenne de la Tour, avec stripetize et effets de Patek Philippe, mais nous n'y avons pas eu droit. C'est regrettable, on aurait rigolé.

    La bande-son du feu en tant que telle, aussi, montre combien les organisateurs se plantent pas mal. Bien sûr, on voulait rendre hommage à Pavarotti et la Callas, ça se sentait. Mais le public était inattentif : ça ne se sentait pas, ça se voyait. À toujours chercher la musique classique (La Grande Musique) pour les solennités, on en fait une momie que le public identifie aux trucs chiants, rasoirs, bref qu'il ne faut pas voir sauf quand c'est commenté par Naguy et que c'est Aïda au Stade de France. C'est dommage, parce qu'il y a des trucs vraiment sympatoches dans l'opéra.

    Ici, plus à côté tu meurs : un petit bout d'Irlande ou de Québec (c'était du traditionnel en tout cas), à peine audible, puis direct les grands trucs franc-maçons, si, si : La Flûte enchantée, mesdames et monsieurs, et des airs recherchés (l'ouverture et Ein Mädchen truc muche) qui font faire hurler les journaux qui prétendent critiquer parce que sinon il n'y a pas d'éloge flatteur au complot judéo-maçonnique avec coup de menton et tout de même je ne suis pas raciste parce que ma femme de ménage est une juive portugaise vous voyez bien.

    Nous avons ensuite eu droit à des airs tristes supposés faire solennels (pas mieux pour plomber l'atmosphère), qui devaient être tirés de Puccini ou de quelque opéra russe. Là, plus personne n'écoutait, ça jacassait à mort.

    Un p'tit bout de Casta Diva et zou c'était parti dans Carmen. Raaaah, Carmen, le truc qu'on sort des cartons dès qu'on peut. Et pas n'importe quoi, hein, du sérieux : Nous marchons la tête haute, comme des petits soldats.... Pour ceux qui n'avaient pas remarqué les CRS en armure et les grillages, c'était une délicate attention de nous rappeler dans quel Etat nous vivons.

    Je me souviens il y a quelques années de la solennité qu'il y avait eu à entendre Aznavour réciter Hugo. Et, plus jeune, la Fête de la Fédération. C'était autre chose.

    Ce serait bien si un jour on mettait Déportivo ou Luke au programme de ce feu d'artifice. Nos dirigeants auront compris quelque chose alors.

  • DCLXVI. - Solidays, J+7 : choses vues.

    i. Les Zooters, un petit passage pour se mettre en condition dans un univers fait de jazz, de reggae et de je sais pas trop quoi, mais avec des pantalons de toile innommables, des gilets comme on en faisait dans la jeunesse de Bogard et un zouk de tonnerre de Brest. Quel plaisir que la zique n'est pas l'apanage des jeunes cons, mais aussi de vieux barbons aux crânes rasés qui renversent en quelques minutes tout un chapiteau.

    ii. Déportivo, qu'on ne présente plus. Je les avais déjà vus en décembre, où j'avais découvert le slam en continu, mode taylorisme du vingtième : dès les premières notes, la foule incontrôlable des groupies avait fait la queue pour se jeter sur les bras levés. Ici, peu encore - les retours de Katmandou levaient leurs tentes encore sur l'hippodrome, on était entre gens civilisés, et on pouvait gigoter peinard. Mine de rien profitant des nuques devant soi, aux tempes à peine argentées.

    iii. Girls in Hawai : En passant une main inquiète sur le coup de soleil, s'éventant de son chapeau le festivalier ira s'asseoir ensuite dans le gazon encore un tantinet existant, devant la scène om se produiront les filles haïtiennes rock indie. Vendu comme belge, "avec [son] son entre bricolage et fragilité, leur goût pour les ambiances en demi-teintes, leur invitation permanente au rêve", ce groupe ne vous laissera aucun souvenir. Ca ressemblait plus à du rock garage aux bornes du punk, bref beaucoup de bruit pour rien comme on dit à Stratford sur l'Avon.

    iv. The Hoosiers, qui, bien que je connaisse le single, a été la première découverte de ce festival. Non seulement à cause de la scénographie, péchue et pleine d'humour british-of-course, aux apparitions de Spiderman, de deux squelettes à coulisses et des bacchantes du drummer, mais aussi pour la voix déchirée d'Irwin Sparkes. C'est ici qu'on commence à danser et à faire la farandole. On l'avait déjà faite pour Déportivo, mais là on se prend au jeu et on trémousse le popotin sérieux.

    v. The Dodoz, qui a été l'occasion de ma première sieste dans l'herbe, au soleil hésitant que cachaient des nuages. La foule lentement se densifiait, mais l'heure était encore au festival humain. Le trio pop-rock couinait un peu, de manière suffisante pour qu'on le découvre ou du moins qu'on s'intéresse, entre les riffs rageurs et la voix un peu sucrée de la chanteuse, les déhanchés de Jules et Vincent. Surtout qu'on se convainc, lorsque le riff reprend le Dies Irae gothique (si, si !) qu'I Do Like Boys. Miam. Le festival sera voyeur ou ne sera pas. Salopards d'ados.

    vi. Moriarty : c'est sous les vieux chapiteaux qu'on découvre que la musique sans la boîte et les baffles de son salon fait pas mal pour le bonheur de l'humanité. L'écoute distraite au boulot m'avait juste indiqué que le cédé valait la peine. La découverte dans les premiers soulevés de poussière du groupe au barbu à l'harmonica, et la découverte là maintenant pas plus tard que je suis en train de l'écrire qu'il y a une reprise de Depeche Mode dans leur album (je viens de tilter sur leur Myspace) n'empêche pas qu'il faut ab-so-lu-ment que vous possédiez cet album, Lecteur, ma chèèèère, c'est un groupe qui compte et s'il compte pas c'est à croire que Nicolas-Paul-Stéphane Sarközy de Nagy-Bocsa est président de la République.

    vii. Les Têtes Raides : sorti du nom célébrissime que je n'ai jamais emprunté à la bibliothèque, et de la voix profonde du chanteur qui m'a un peu intéressé quelques instants, ça m'a fait chier. Les criailleries sur la Commune des anars qui n'ont jamais suivi leurs cours d'Histoire ou s'arrêtent à 1871, pour en faire un symbole facile à jeter à la face de tout ce qui passe plutôt que de lire les journaux, ça me fatigue. Alors on rejoint l'autre concert.

    viii. Cocoon : anecdotique. Peut-être aussi que les Têtes Raides m'avaient trop fatigué avant. Nez en moins et cynisme en plus, il faudra que ces clermontois (cocorico) apprennent à se tenir sur scène et à tenir leur salle. Là on se croyait un peu à Thézé.

    ix. Rose : "fraîcheur et douceur", qu'on me l'avait vendue. Gnangnan et cucul, oui. Vu et revu.

    x. The Subways : Si je voulais me la faire édito de magazine pseudo-bobo néo-cons à plumes, j'écrirais quelque chose comme "c'est pas parce qu'on est une folle qu'on n'a pas le droit d'être une rock and roll queen." Désolé, j'avais envie de caser ce jeu de mot-là. Alors que le bon gros garage râpeux qui vous fait remonter le plat de pâtes dans l'oesophage à force de fracasser le pôvre brin d'herbe survivant de la nuit infernale où l'on a fait trémousser le festivalier sur du techno-boufta-boufta genre Vitalic et Garnier. Bref, ça vaut le coup. Un peu pop guimauve-rock, parfois, punk-poubelle aussi, mais ça permet toujours de se réveiller. Et rien que pour ça...

    xi. Devotchka : Ah ! L'autre découverte du festival ! Le cinéphile ou tout simplement le traîneur de savates en salle (pas la peine d'acheter Télérama pour ça) aura reconnu ce groupe à ses ritournelles devenues célèbres. L'oeil bègle et binousé du festivalier katmandouien sur les volutes de sa beuh de contrebande cependant s'allumera un tantinet et pas que pour la flamme du briquet aux approches du bang mais aussi pour les toiles rouges qui descendent du plafond où viendra se percher rapidement une magnifique petite acrobate. Vindiou. Je me suis cru au cirque, ça fait toujours plaisir de voir quelqu'un grimper aux rideaux. Sans compter que la guitare noire à paillettes de Nick Urata est d'anthologie. Plaise en trie mise à part, cette petite séance de gipsie-rock ou Dieu sait quoi ne m'a pas fait regretter le détour et la soif.

    xii. Grand Corps Malade : il faut le reconnaître, Fabien a toujours cette voix qui vous trémousse tout, qui vous chavire, qui vous prend le coeur dans les mains et presse un peu ce qu'il faut pour en faire jaillir quelque chose entre le sang et les larmes. Dommage qu'il y ait l'orchestration, ce truc qui en a fait un grand show désormais, sans vraie spontanéité.

    xiii. Aaron : Simon portait une casaque de cuir noire et sa voix d'écorché, et la foule écoutait. Moi premier. Diantre, quel animal. Et il se disait malade. Pffff. Pas la peine de tuer une sirène pour si peu. Il a bien su nous emporter quelque part parmi les monstres étranges et les lettres jamais parvenues.

    xiv. Yael Naïm : je ne surprendrai personne si je prétends que New Soul a été chanté, fredonné, hélé, siffloté à tire-larigot et même tire-pandore (faut pas se gâcher le plaisir). Prise, reprise et rereprise. Ce qu'on vous dira moins, c'est qu'on a eu droit à une reprise de Toxic, si, si, de l'autre blondasse et ne me demandez pas d'où je la connais hein d'ailleurs je la connaissais pas qu'est-ce que vous prétendez hein je suppose que vous voulez me manquer de respect alors que c'est vachement important le respect tu vois je te respecte alors tu me respectes tu as une mère hein tout le monde a une mère moi j'en ai une tu aimes ta mère alors tu vois moi je voudrais pas qu'elle ait de la peine ta mère alors tu vas être sage et me montrer aussi du respect. Bref, ça déchira sa race, médème.

    xv. La Chanson du dimanche. Chose heureuse, mon Frangin Namoua m'en avait parlé au téléphone, je pouvais donc prétendre connaître depuis longtemps. Je n'ai compris le concept dans son ensemble qu'ensuite, mais ça vaut le coup : faut pas être Gros Jean pour comprendre Nicolas et Rachida ou rire au 8 200 200. C'est bêta, c'est populaire, et ça marche. Bon, sauf pour les grougnafiers qui passent leurs concerts à dire qu'ils s'emmerdent et à demander ce qu'on fait maintenant, qui passent vingt minutes à se demander à voix haute s'ils vont prendre une bière et vous feront chier jusqu'au bout une fois leur Kro tiédasse au poing. Pauvres cons de bobos, va. C'est teeellement typique de se mêler au peuple pour s'y emmerder.

    xvi. The Tings Tings : si vous craignez de manquer d'énergie, ou une simple crise d'hypoglycémie, là vous auriez de la blonde platine, des samples percutants, une bonne caisse fracassée à grands coups. Peut-être pas assez recherché pour moi tout de même.

    xvii. À partir de cet instant, force est de dire que l'Auteur, Lecteur, est entré dans un état second. Il a d'abord dansé, brâmé, et même slamé (si, si, mais moi au moins j'ai pas eu le short déchiré comme l'autre bellâtre dont j'ai tâté les convictions intimes lorsqu'il m'est passé dessus, sans le vouloir Votre Honneur). Il a ensuite crié, et agité ses petites mains. Il l'avait déjà fait, c'est vrai. Mais de manière continue, toussant dans la poussière, c'était encore pas du constaté. Preuves à l'appui, car on l'a vu faire cela au concert de Yelle. Certes, c'est de la boufta-boufta, et elle a une voix geignarde au possible dès qu'elle arrête de chanter, mais qu'est-ce que ça fait du bien. Je vais me taper une boîte, moi je crois, sous peu.

    xvii. Vous vous croyiez tiré d'affaire ? Vous pensiez pouvoir fredonner paisiblement sur un air des grands-mères ? Vous ballader dans un village paisible, du genre celui de Plechti, charmante contrée où la femme attend paisiblement son mâle fier et confiant sur le perron traditionnel de sa maisonnée typique ? Que nenni. Avec La Caravane Passe vous allez découvrir l'autre facette de Plechti, la facette où l'on danse à en crever et où il faut refaire le mariage de la cousine et du cousin toutes les semaines pour des raisons de papiers pas valables. Je sais pas si j'ai dansé le sirtaki, en tout cas je me suis pas mal imbibé de quelques nuques. Et de cette main, montée au menton, pour presser un foulard contre la bouche. Miam.

    xviii. The Gossip : je savais que Beth était un monstre de scène, mais alors là... Le coup du string et du soutien-gorge en dentelle on ne me l'avait jamais fait. Surtout en dansant comme ça. Et avec cette voix-ci.

    Ce qui fait que c'est avec un bon acouphène qui vous tiendra toute la nuit, et une pure merveille pour conclure ce festival Solidays, qu'on vous rend l'antenne. À vous les studios, à vous Cognacq-Jay.

  • DCLXV. - Un bref instant de publicité.

    L'Auteur apprend au Lecteur qu'il grimpera la butte pour aller chasser des cailles.

    Enfin un appartement d'adulte. Vivement l'emménagement.

    Sous peu : le bèstoffe de Solidays.

  • DCLXIV. - Solidays, jour 3 : Keffieh’s day.

    i. J'ai le droit d'être inconséquent.

    ii. Je suis humain, zut.

    iii. Pétri de contradictions.

    iv. Et même que je me contredis rien que pour montrer que je suis capable d'évoluer.

    v. Y'a que les sots qui ne changent pas d'idée.

    vi. Et puis la contradiction fait partie du mouvement de la pensée hegelienne.

    vii. D'abord j'ai aussi le droit de me mettre à apprécier Hegel.

    viii. En plus il y avait une 'ache de poussière. C'est pas ma faute si la zique était trop bonne et que j'ai tressauté quatre heures durant de concerts en concerts.

    ix. Soulevant la poussière avec mes pieds, toussant dedans.

    x. Alors pour le dernier concert, celui des Gossip, j'ai acheté un keffieh. Et ben ça protège bien. Enfin, comme un foulard normal.

    xi. Mai-euh !

  • DCLXIII. - Solidays, jour 2 : je deviens folle.

    i. Endormi dans l'herbe, pendant que les Subways hurlottaient, j'ai laissé les passants m'enjamber. L'herbe, à peine réchauffée de l'averse de midi, mouillait tout juste mon dos. Le ciel était large, fait de légères rayures blanches sur un bleu à peine aussi clair. Je l'ai laissé m'envahir, les oreilles remplies de musique.

    ii. J'ai fermé les yeux, tout entier de musique.

    iii. Un sursaut m'a réveillé, une heure plus tard. Il se peut qu'on m'ait marché dessus.

    iv. Regardé quelques jeunes personnes ; il ne s'est rien passé. L'étendue de ce qui peut éveiller mon désir reste encore sans frontière. Certes, les minets. Mais aussi ces deux blonds mal rasés, râblés, de mon âge.

    v. Surprise de voir une minette me faire du gringe.

    vi. Tout cela est à temporiser (1) : je reste désespérément transparent aux serveurs, barmen, barmaid et quoi que ce soit d'autre. Il me faudra toujours poirauter des heures, même sous leur nez, avant qu'ils m'adressent la parole. Toujours ils préféreront faire des mielleries à la personne cent mètres derrière moi.

    vii. Tout cela est à temporiser (2) : ce défaut d'éducation qui fait que dans une file d'attente je laisse presque un bon mètre devant moi pour ne pas gêner incite régulièrement les sacs à main à me passer devant, poser leur verre à binouse sur me comptoir et réclamer une autre tournée. Le pire étant le sac à main en perles importé de Katmandou, qui lorsqu'il se retourne me regarde dessus ses lunettes carrées et son nez épais avec un air de commisération.

    viii. Tout cela est à temporiser (3) : cette même pratique, de chercher à avoir de l'espace autour de moi, pose problème en salle de concert. Tout le monde repère la place, et soit en quelques minutes j'ai une horde de prépubères qui s'y pousse de l'épaule et me fout des coups d'épingles à cheveux dans le ventre, soit la zone sert de lieu de passage, et c'est un incontournable et certain défilé.

    ix. Tout cela est à temporiser (4) : pour me venger, j'ai écrasé deux pieds.

    x. Quels concerts, doux Jésus. Je me suis quand même trémoussé du bassin sur I will survive.

    xi. Plus tard, bien plus tard, dans la rue : trois révolutionnaires de pacotilles, vautrés, qui boivent. Un vieux beau passe, ils lui rigolardent "J'aime la bitte, j'aime la bitte." L'autre lisse ses cheveux et accélère.

    xii. C'est mon tour. Ils braillent "Homme à lunettes, homme à quéquettes. Homme à lunettes, homme à quéquettes". Je ne sais pas pourquoi, je me retourne : "Ca, au moins c'est vrai. Tu veux tester que je t'enfile ?" Ils piquent un fard. C'aura été mon instant de gloire.

  • DCLXII. - Solidays, jour 1 : l'intervention de l'armée.

    i. Sur un escalator de la Défense, la masse des cadres et des talons aiguilles qui s'en empare. Elle le monte par ahans, comme un serpent dont les soubresauts ondulent du bas en haut.

    ii. Les hordes de pouffes, qui parlent fort, s'agitent et commentent car elles sont trop rebelles tu vois en me foutant des coups de leur sac Doux & Tralala de chez Hermès dans les hanches.

    iii. Les meufs qui s'agitent, qui n'en peuvent plus de vibrionner parce que la musique leur empêche d'être le centre d'attention. Jacasse, jacasse, jacasse.

    iv. Les retours de Katmandou, version 0.1 (elle n'a pas changé depuis mes années lycées, il y a quinze ans) : pantalons de treillis militaire, ticheurte large et sombre, casquette verte à calotte, keffieh. Accessoirement, barbiche, un petit clou sur la visière et un piercing.

    v. Les retours de Katmandou, version 0.2 (elle non plus ne change pas en quinze ans) : veste népalaise difforme, jean difforme, dreads et toujours un accessoire jaune (bandana noué au poignet, foulard dans les cheveux ou sac à dos). Le jean peut être remplacé par un pantalon en velours cul d'éléphant.

    vi. Les retours de Katmandou, version 0.3 (même remarque sur les quinze ans) : ticheurte format tellement de X qu'on se demande si le L tient sur l'étiquette, pantalon en toile format patchwork, besace qui traîne au sol en tissu.

    vii. Bref, si les punks avaient su que leur mouvement allait donner ce genre de clones, ils auraient porté des smokings. Juste histoire de rire.

    viii. À 21h, pendant le concert de Moriarty, l'armée a encerclé l'hippodrome. L'essentiel de la foule étant sous un des dômes, l'opération a été réalisée efficacement. Des camions ont été amenés, et certains ont dû y monter. Mais ça allait trop lentement, alors ils nous ont tiré dessus directement.

  • DCLXI. - Un jour de grève comme un autre.

    i. C'est lorsqu'il fait plus de trente degrés, et que la pollution se mêle délicatement au pollen, qu'il faut profiter des jours de grève. Regardez la foule qui s'entasse, bêlante, le long des escalators, marchant immobiles sur la mécanique impassible et cruelle, poussés par derrière, poussés par la machine, et ne pouvant avancer. Marchant en arrière.

    ii. Les couloirs qui étouffent. La horde entassée, pressée, coincée dans les sacs des femmes, devant les quais qui n'ouvrent pas. La pression jusque sur le parvis des gares, la queue sur la place Saint-Lazare.

    iii. Prenez alors les chemins buissonniers de la grève, ceux de la ligne droite qui monte jusqu'à l'Arc. Après tout, il vous a fallu 1h40 ce matin pour parcourir quelques malheureux kilomètres en fourgon à bestiaux.

    iv. Il vous en faudra deux : une pour monter à l'Arc, une autre pour descendre à Javel.

    v. Pour en profiter, il est recommandé de choisir un costume des plus sombres, une cravate d'autant, et un portable qui pèse bien dans son sac. Par chance, ou par facétie, vous avez emprunté un sac qui n'est pas le vôtre, et pèse déjà dix fois moins lourd : vous abusez alors qu'on vous permet de faire du sport, mais on vous pardonnera.

    vi. Au contraire, appréciez le glissement subversif et coquin de vos lunettes sur votre nez constellé de sueur.

    vii. Ne tentez pas de téléphoner en marchant, histoire de rattraper tous les coups de fil que vous avez en dette : le hurlement des sirènes, allant chercher les clamsés de la grève, vous en empêchera. Ou un cortège présidentiel quelconque, accentuant avec humour les embarras de la ville.

    viii. Vous constaterez, durant toute votre traversée de Neuilly-sur-Seine, que vous risquez un bon malaise par manque d'eau et de sucre. Vous chercherez, marchant, une boulangerie, jusque dans les rues adjacentes. Il n'est pas si tard.

    ix. Vous verez alors que les rues de Neuilly-sur-Seine sont constituées exclusivement de sièges sociaux et autres bureaux, de coiffeurs, de plombiers, de deux magasins de vêtements au rabais et de quelques bistros déjà fermés. Mais de boulangerie, niet.

    x. Vous en déduirez qu'à Neuilly, s'ils n'ont pas de pain, ils doivent manger de la brioche.

    xi. La boulange apparaît au tournant de la civilisation, une fois passé le boulevard périphérique, quelque part vers l'Argentine. C'est connu, il y a du blé en Argentine. Pas à Neuilly.

    xi. Vous pensiez, intelligent que vous êtes, trouver une station de vélo avant l'Arc de l'Etoile. Que nenni. Ou plutôt : si, il y en a une, vidée déjà. Par tous ceux qui sont aussi intelligents que vous.

    xii. Contrairement à ce que prétendait le plan consulté avant de partir, il n'y a d'ailleurs pas de station de vélo, ni à Porte Maillot (sur le papier : 3), ni à l'Etoile (selon le PCUS : 6). Celle d'Iéna est inexistante, tout comme celle de la rue Jean Rey.

    xiii. Vous voici déjà aux pieds de la tour Eiffel, inondé.

    xiv. Vous exagérez : celle de la rue Kléber existait peut-être, derrière les défections d'un caniche angora, et les jantes explosées d'une bécane vélocipédique.

    xv. D'ailleurs, il y a bien une station à Bir-Hakeim, qu'est-ce que vous vous plaignez. D'accord, vous n'êtes plus qu'à dix minutes de chez vous, est-ce une raison pour autant ? En plus le vélo n'a pas de roues trop dégonflées.

    xvi. Vogue la galère.

    xvii. En notule vous inscrirez sur un angle non taché de sueur blanchie de votre chemise, que rouler le soir sur les quais de Grenelle et Citroën n'est pas donné au premier pékin venu. Trois fois, bien que vous serrez votre droite comme un sarkoziste, on manquera vous emporter.

    xviii. Bref, les trois stations de vélo, qui enserrent votre immeuble, sont pleines.

    xix. À craquer.

    xx. Titubant, vous revenez à pied d'une autre lointaine station. Sac de l'ordinateur craquant contre vos genoux.