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24.07.2008

DCLXXII. - En citant Rimbaud.

Hurlement stressé de l’Auteur, jet de couette, jambe sortie.

Le réveil affiche 6h30 et il n’a pas sonné. Le taxi arrive depuis cinq minutes passées, et attend en bas. Les mécaniques japonaises qui datent de la communion de l’Auteur, il y a bien dix-neuf ou vingt ans de cela, semblent arriver au terme de leur existence.

Qu’on se rassure : Macadam Fandjo a déjà déclenché depuis un bon laps son compteur, il devait bien être dix minutes en avance. Qu’il a comptées ; il faut penser au pouvoir d’achat.

L’Auteur retrouve la gare du Nord, qu’il n’a pas vue depuis quelques années. Dans le calme du matin, les chaises encore humides sont tout juste sorties aux devantures des cafés. Des tasses fument légèrement dans l’air frais, leurs ombres étirées par le soleil qui glisse le long du boulevard. Des voiturettes passent, les trottoirs sont noirs d’eau cantonale. Par une habitude ressurgie de longues années passées, l’Auteur se retrouve à essayer de grelotter au côté des pylônes radiants sur les quais, l’espresso fadasse dans les mains. Il regarde étrangement l’air pur de cette gare, comme il y a quelques temps de cela. Déjà les gens ont l’air plus calmes, auprès des trains rouges. Du quai, on voit la place devant la gare, la ville qui continue de se réveiller. Délicate impression d’immobilité.

Le garçon de cabine sur les marchepieds accueille déjà avec le sourire du Royaume. Dans les voitures, des fonctionnaires européens se saluent d’une rame à l’autre. Ils déambulent, suivis d’un stagiaire chemise courte qui serre contre sa poitrine un portefeuille de maroquin aux douze étoiles de vermeil. La campagne circule, l’air qui entre par la climatisation a des arômes d’herbes et d’arbre. Lentement, le sol se fait de plus en plus plat – le ciel lumineux comme un western.

Je ne sais jamais quand on franchit la frontière. Je crois que je l’ai retrouvée dès la gare, la Belgique.

Cela faisait deux ans que je n’y étais pas allé.

Avant, c’était dans l’enthousiasme d’un amour profond. La Gare du Midi me semblait encore immuable, j’ai cru un instant retrouver E***, serrant de ses mitaines sur sa poitrine la lanière de son sac à dos. Le taxi roulait lentement dans les rues calmes. Je lui ai demandé de s’arrêter un instant sur le Mont Royal. La coupole monstrueuse du Palais de Justice était corsetée de lanières de fer, comme un souvenir refermé. Une étrange nostalgie remontait.

J’ai de nouveau arrêté le taxi, pour manger benoîtement une part de tarte au riz.

Puis j’ai fait mon travail. Don Corleone m’avait envoyé percer un coffre, je m’en suis occupé.

Dans le hall de la banque, engoncés dans des fauteuils, d’éminents pontes dissertaient sur leurs nouvelles fusions-acquisitions. L’un d’eux pressait son coude sur un classeur bleu, débordant de papiers. L’autre secouait contre son mollet un portable usé, se frottant la moustache. Ils parlaient de laisser à leurs employés la possibilité d’avoir des plages mobiles, et de baisser le nombre d’heures à 40 par semaines, voire moins. Ils se disaient qu’un salarié qui travaille trop n’est pas un salarié efficace : huit heures par jour, pas plus – et surtout par le week-end.

Les larmes sont montées aux yeux de l’Auteur. Il les a cachées derrière son écran, a avalé sa salive et s’est ressaisi. C’est peut-être cela, vieillir : pleurer pour des souvenirs, qu’on ne regrette pourtant pas. Parce qu'ils sont jolis.

J’aime la Belgique. Je la connais peu, mais je l’aime. Loin de ses disputailleries de nationalités, qui n’intéressent pas grand’monde en fait, j’admire la force de ce pays, qui sait qu’il est petit et qui n’en vit pas malheureux pour autant – la force de ces gens, qui ne cherchent pas à se hausser du collet, fondamentalement gentils, polis, accueillants. La puissance de cette Nation, qui est d’être humaine. L’intelligence profonde de cette simplicité, qui fait qu’où qu’on se trouve on est forcément un peu chez soi. Parler n’est jamais forcé ou intrusif, s’instruire d’une autre personne n’est jamais une chose intéressée : on y regarde l’être humain, et rien que lui.

Les cafés y sont tapageurs, les bocks éclatants.

Commentaires

Bisous.

Ecrit par : E. | 26.07.2008

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