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DCLXXI. - En narrant, en racontant.

Cet Almanach, Lecteur, est décidément de plus en plus vide. Non qu'on passe moins de temps à papoter sur internet, non, non, mais j'erre tellement de gauche et d'extrême-gauche que le temps à méta-vivre, savoir narrer les exploits, élucubrations, acrimonies, bouffistailles, coins de coude dans le ventre et autres regards sur des nuques qui sont mon quotidien de héros.

Ores donc, cher Public (car public il y a, je découvre qu'en tout désormais vous êtes une cinquantaine par jour, cocorico youplaboum), apprends çà que mon ouiquennede on peut considérer pour le besoin de la Narration qu'il débuta mercredi.

1. Mercredi

Dans une brasserie célébrissime, Don G*** fêtait mon entrée officielle chez Don Luciano. Après un an et quelques cadavres (j'ai trempé dans l'affaire de la Saint-Valentin) je passais du statut d'arpète à celui d'affranchi. Me voici quelqu'un d'honorable, auquel on doit du respect.

Don G*** avait été remercié par Don Luciano. Il a désormais un territoire plus grand, et c'est là qu'il m'invitait.

Dans les ors nous avons mangé du saumon de pays étranges, tranché épais, à peine arrosé d'herbes. Puis un coq, nageant dans le vin qui l'avait tué, nous a rejoint par brasses larges, naviguant entre les tables aux nappes raidies de coton et d'amidon. Le Juliénas était fort bon, à mon tour c'était moi qui naviguais. J'étais d'une humeur bonnasse, ce qui fait que lorsqu'on m'a demandé de voir si Georgie Claque-Mouille pouvait être plus polie je n'ai pas refusé. J'ai même appris le respect à sa fille, pour que ça l'éduque bien.

2. Jeudi

Jeudi, je ne me souviens plus.

3. Vendredi

L'Auteur s'est levé à 5h30 pour discuter avec la Grèce, à propos de la livraison de Blanches ramenées d'Allemagne par la Roumanie. C'est un métier dans lequel l'Auteur commence à exceller, la traite des Blanches. Sans compter qu'on est demandeur : il faudra certainement aller sur place, traiter un peu plus les Blanches.

Sauf que la Grèce n'était pas au rendez-vous du téléphone. Foutue matinée.

Plus tard, à la salle de gym : je suis parvenu à rester 45 minutes sur un vélo, puissance à fond, simplement à cause de ce qui était en face de moi. Se donner l'air de rien, serrant les dents et minaudant sur Libération juste pour en lever les yeux régulièrement, ignorant avec superbe la sueur qui faisait des flaques autour de moi.

Seigneurmariejosephtoulahaut quel charme il avait.

Je commence lentement à comprendre les caricatures de séries télévisées sur les pédés en salle de sport.

N'empêche.

Quel charme il avait.

4. Samedi

a. Canasson

Dès potron-minet courant dans les blés j'allais rejoindre mes canassons. Fiérot comme est l'Auteur, il refuse d'attendre le bus, et préfère aller pédestrement. Le ciel est lourd depuis des jours, épais et humide, et il y a des coulées de vent froid qui vous frappent au ventre. Même dans les herbes et les bois, on sent cette lourdeur. Les chevaux sont malades avec ça, et moi aussi parfois.

J'avais une bête placide, de celles qu'on se demande si on les monte vraiment, tant elles se laissent conduire facilement. Le genre en fait qui énerve un peu, il faut les talonner régulièrement simplement pour qu'elles tiennent le pas.

Et le genre qui prend peur en plein galop pour un coup de vent dans un buisson. Carne. J'ai bien failli me casser la gueule.

Disons qu'ainsi j'apprends à tenir un bestiaux. M'a fallu pas trop de temps pour l'arrêter, la calmer et la relancer. C'est déjà ça.

b. BHV

Plus tard, affalé dans une boulangerie du centre, je bâffre un sandouiche. Je n'en pouvais plus de faim et de soif. Soudain je tique et m'arrête.

J'étais passé au Bazar de l'Homo Viril prendre de quoi nettoyer les murs de l'appart, sortant du RER. Sac au dos, traversant un Marais pas très éveillé. J'avais vaguement remarqué qu'on me croisait plus bizarrement que d'habitude. Baissant les yeux, je vois mon sac que gonflent les bottes d'équitation et la bombe.

Et d'où sort, bien visible, la cravache.

c. Et maintenant une page de publicité

Ici, imaginons que je rentre, et m'endors sur le Trio à l'Archiduc, bédé sur le ventre, deux heures durant.

d. Mordre l'univers

Plus tard, je marche sur les quais, happant gorge tendue quelques rayons de soleil dans l'air froid.

Plus tard, je précède quelqu'un dans l'escalier d'un immeuble du Quartier Latin. Je crois comprendre que c'est le lit de son coloc. Le sien est trop loin de toute manière.

Plus tard, j'ai le ventre maculé. Le rideau de mousseline se dresse parfois sur les vêtements éparpillés au sol.

Plus tard, je sors de l'appartement en oubliant mon exemplaire d'Hemingway sur la table en bois de l'entrée.

Plus tard, je prends un vélo. Le vent s'est arrêté. Je suis vivant, et j'ai envie de mordre l'univers.

d. Messire G***

Pendant mes vélocipédations Messire G*** sonne. Et pédale que je pédale pour retourner vers Javel chercher l'autre armuré et son épée.

Et métro que nous métro pour retourner dans le Marais. Messire G*** a décidé de me sortir, et de me faire mon expédition nocturne annuelle dans les bars de ce quartier.

Nous buvons au Carré. La bière y est plus chère, et le service plus lent. J'ai faim. Il n'y a pas les tapas annoncés au menu. Quelques garçons me regardent, draguant leur rencontre internet. Regards fixes, dos raides, nuques droites.

Une fille fume au comptoir.

Nous rentrons, fin soûls, à pied. Le vélo n'était plus possible à ce stade d'éthylisme.

e. La nuit

Quelqu'un monte mes escaliers.

Plus tard, ma porte s'ouvre à nouveau.

f. Quelque part

J'ai envie de chair. Je me sens vivant et j'ai envie de chair.

Commentaires

  • t'as bien de la chance, en vérité. moi, je me sens morte et j'ai envie de rien.

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