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14.07.2008

DCLXVI. - Solidays, J+7 : choses vues.

i. Les Zooters, un petit passage pour se mettre en condition dans un univers fait de jazz, de reggae et de je sais pas trop quoi, mais avec des pantalons de toile innommables, des gilets comme on en faisait dans la jeunesse de Bogard et un zouk de tonnerre de Brest. Quel plaisir que la zique n'est pas l'apanage des jeunes cons, mais aussi de vieux barbons aux crânes rasés qui renversent en quelques minutes tout un chapiteau.

ii. Déportivo, qu'on ne présente plus. Je les avais déjà vus en décembre, où j'avais découvert le slam en continu, mode taylorisme du vingtième : dès les premières notes, la foule incontrôlable des groupies avait fait la queue pour se jeter sur les bras levés. Ici, peu encore - les retours de Katmandou levaient leurs tentes encore sur l'hippodrome, on était entre gens civilisés, et on pouvait gigoter peinard. Mine de rien profitant des nuques devant soi, aux tempes à peine argentées.

iii. Girls in Hawai : En passant une main inquiète sur le coup de soleil, s'éventant de son chapeau le festivalier ira s'asseoir ensuite dans le gazon encore un tantinet existant, devant la scène om se produiront les filles haïtiennes rock indie. Vendu comme belge, "avec [son] son entre bricolage et fragilité, leur goût pour les ambiances en demi-teintes, leur invitation permanente au rêve", ce groupe ne vous laissera aucun souvenir. Ca ressemblait plus à du rock garage aux bornes du punk, bref beaucoup de bruit pour rien comme on dit à Stratford sur l'Avon.

iv. The Hoosiers, qui, bien que je connaisse le single, a été la première découverte de ce festival. Non seulement à cause de la scénographie, péchue et pleine d'humour british-of-course, aux apparitions de Spiderman, de deux squelettes à coulisses et des bacchantes du drummer, mais aussi pour la voix déchirée d'Irwin Sparkes. C'est ici qu'on commence à danser et à faire la farandole. On l'avait déjà faite pour Déportivo, mais là on se prend au jeu et on trémousse le popotin sérieux.

v. The Dodoz, qui a été l'occasion de ma première sieste dans l'herbe, au soleil hésitant que cachaient des nuages. La foule lentement se densifiait, mais l'heure était encore au festival humain. Le trio pop-rock couinait un peu, de manière suffisante pour qu'on le découvre ou du moins qu'on s'intéresse, entre les riffs rageurs et la voix un peu sucrée de la chanteuse, les déhanchés de Jules et Vincent. Surtout qu'on se convainc, lorsque le riff reprend le Dies Irae gothique (si, si !) qu'I Do Like Boys. Miam. Le festival sera voyeur ou ne sera pas. Salopards d'ados.

vi. Moriarty : c'est sous les vieux chapiteaux qu'on découvre que la musique sans la boîte et les baffles de son salon fait pas mal pour le bonheur de l'humanité. L'écoute distraite au boulot m'avait juste indiqué que le cédé valait la peine. La découverte dans les premiers soulevés de poussière du groupe au barbu à l'harmonica, et la découverte là maintenant pas plus tard que je suis en train de l'écrire qu'il y a une reprise de Depeche Mode dans leur album (je viens de tilter sur leur Myspace) n'empêche pas qu'il faut ab-so-lu-ment que vous possédiez cet album, Lecteur, ma chèèèère, c'est un groupe qui compte et s'il compte pas c'est à croire que Nicolas-Paul-Stéphane Sarközy de Nagy-Bocsa est président de la République.

vii. Les Têtes Raides : sorti du nom célébrissime que je n'ai jamais emprunté à la bibliothèque, et de la voix profonde du chanteur qui m'a un peu intéressé quelques instants, ça m'a fait chier. Les criailleries sur la Commune des anars qui n'ont jamais suivi leurs cours d'Histoire ou s'arrêtent à 1871, pour en faire un symbole facile à jeter à la face de tout ce qui passe plutôt que de lire les journaux, ça me fatigue. Alors on rejoint l'autre concert.

viii. Cocoon : anecdotique. Peut-être aussi que les Têtes Raides m'avaient trop fatigué avant. Nez en moins et cynisme en plus, il faudra que ces clermontois (cocorico) apprennent à se tenir sur scène et à tenir leur salle. Là on se croyait un peu à Thézé.

ix. Rose : "fraîcheur et douceur", qu'on me l'avait vendue. Gnangnan et cucul, oui. Vu et revu.

x. The Subways : Si je voulais me la faire édito de magazine pseudo-bobo néo-cons à plumes, j'écrirais quelque chose comme "c'est pas parce qu'on est une folle qu'on n'a pas le droit d'être une rock and roll queen." Désolé, j'avais envie de caser ce jeu de mot-là. Alors que le bon gros garage râpeux qui vous fait remonter le plat de pâtes dans l'oesophage à force de fracasser le pôvre brin d'herbe survivant de la nuit infernale où l'on a fait trémousser le festivalier sur du techno-boufta-boufta genre Vitalic et Garnier. Bref, ça vaut le coup. Un peu pop guimauve-rock, parfois, punk-poubelle aussi, mais ça permet toujours de se réveiller. Et rien que pour ça...

xi. Devotchka : Ah ! L'autre découverte du festival ! Le cinéphile ou tout simplement le traîneur de savates en salle (pas la peine d'acheter Télérama pour ça) aura reconnu ce groupe à ses ritournelles devenues célèbres. L'oeil bègle et binousé du festivalier katmandouien sur les volutes de sa beuh de contrebande cependant s'allumera un tantinet et pas que pour la flamme du briquet aux approches du bang mais aussi pour les toiles rouges qui descendent du plafond où viendra se percher rapidement une magnifique petite acrobate. Vindiou. Je me suis cru au cirque, ça fait toujours plaisir de voir quelqu'un grimper aux rideaux. Sans compter que la guitare noire à paillettes de Nick Urata est d'anthologie. Plaise en trie mise à part, cette petite séance de gipsie-rock ou Dieu sait quoi ne m'a pas fait regretter le détour et la soif.

xii. Grand Corps Malade : il faut le reconnaître, Fabien a toujours cette voix qui vous trémousse tout, qui vous chavire, qui vous prend le coeur dans les mains et presse un peu ce qu'il faut pour en faire jaillir quelque chose entre le sang et les larmes. Dommage qu'il y ait l'orchestration, ce truc qui en a fait un grand show désormais, sans vraie spontanéité.

xiii. Aaron : Simon portait une casaque de cuir noire et sa voix d'écorché, et la foule écoutait. Moi premier. Diantre, quel animal. Et il se disait malade. Pffff. Pas la peine de tuer une sirène pour si peu. Il a bien su nous emporter quelque part parmi les monstres étranges et les lettres jamais parvenues.

xiv. Yael Naïm : je ne surprendrai personne si je prétends que New Soul a été chanté, fredonné, hélé, siffloté à tire-larigot et même tire-pandore (faut pas se gâcher le plaisir). Prise, reprise et rereprise. Ce qu'on vous dira moins, c'est qu'on a eu droit à une reprise de Toxic, si, si, de l'autre blondasse et ne me demandez pas d'où je la connais hein d'ailleurs je la connaissais pas qu'est-ce que vous prétendez hein je suppose que vous voulez me manquer de respect alors que c'est vachement important le respect tu vois je te respecte alors tu me respectes tu as une mère hein tout le monde a une mère moi j'en ai une tu aimes ta mère alors tu vois moi je voudrais pas qu'elle ait de la peine ta mère alors tu vas être sage et me montrer aussi du respect. Bref, ça déchira sa race, médème.

xv. La Chanson du dimanche. Chose heureuse, mon Frangin Namoua m'en avait parlé au téléphone, je pouvais donc prétendre connaître depuis longtemps. Je n'ai compris le concept dans son ensemble qu'ensuite, mais ça vaut le coup : faut pas être Gros Jean pour comprendre Nicolas et Rachida ou rire au 8 200 200. C'est bêta, c'est populaire, et ça marche. Bon, sauf pour les grougnafiers qui passent leurs concerts à dire qu'ils s'emmerdent et à demander ce qu'on fait maintenant, qui passent vingt minutes à se demander à voix haute s'ils vont prendre une bière et vous feront chier jusqu'au bout une fois leur Kro tiédasse au poing. Pauvres cons de bobos, va. C'est teeellement typique de se mêler au peuple pour s'y emmerder.

xvi. The Tings Tings : si vous craignez de manquer d'énergie, ou une simple crise d'hypoglycémie, là vous auriez de la blonde platine, des samples percutants, une bonne caisse fracassée à grands coups. Peut-être pas assez recherché pour moi tout de même.

xvii. À partir de cet instant, force est de dire que l'Auteur, Lecteur, est entré dans un état second. Il a d'abord dansé, brâmé, et même slamé (si, si, mais moi au moins j'ai pas eu le short déchiré comme l'autre bellâtre dont j'ai tâté les convictions intimes lorsqu'il m'est passé dessus, sans le vouloir Votre Honneur). Il a ensuite crié, et agité ses petites mains. Il l'avait déjà fait, c'est vrai. Mais de manière continue, toussant dans la poussière, c'était encore pas du constaté. Preuves à l'appui, car on l'a vu faire cela au concert de Yelle. Certes, c'est de la boufta-boufta, et elle a une voix geignarde au possible dès qu'elle arrête de chanter, mais qu'est-ce que ça fait du bien. Je vais me taper une boîte, moi je crois, sous peu.

xvii. Vous vous croyiez tiré d'affaire ? Vous pensiez pouvoir fredonner paisiblement sur un air des grands-mères ? Vous ballader dans un village paisible, du genre celui de Plechti, charmante contrée où la femme attend paisiblement son mâle fier et confiant sur le perron traditionnel de sa maisonnée typique ? Que nenni. Avec La Caravane Passe vous allez découvrir l'autre facette de Plechti, la facette où l'on danse à en crever et où il faut refaire le mariage de la cousine et du cousin toutes les semaines pour des raisons de papiers pas valables. Je sais pas si j'ai dansé le sirtaki, en tout cas je me suis pas mal imbibé de quelques nuques. Et de cette main, montée au menton, pour presser un foulard contre la bouche. Miam.

xviii. The Gossip : je savais que Beth était un monstre de scène, mais alors là... Le coup du string et du soutien-gorge en dentelle on ne me l'avait jamais fait. Surtout en dansant comme ça. Et avec cette voix-ci.

Ce qui fait que c'est avec un bon acouphène qui vous tiendra toute la nuit, et une pure merveille pour conclure ce festival Solidays, qu'on vous rend l'antenne. À vous les studios, à vous Cognacq-Jay.

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