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DCLXI. - Un jour de grève comme un autre.

i. C'est lorsqu'il fait plus de trente degrés, et que la pollution se mêle délicatement au pollen, qu'il faut profiter des jours de grève. Regardez la foule qui s'entasse, bêlante, le long des escalators, marchant immobiles sur la mécanique impassible et cruelle, poussés par derrière, poussés par la machine, et ne pouvant avancer. Marchant en arrière.

ii. Les couloirs qui étouffent. La horde entassée, pressée, coincée dans les sacs des femmes, devant les quais qui n'ouvrent pas. La pression jusque sur le parvis des gares, la queue sur la place Saint-Lazare.

iii. Prenez alors les chemins buissonniers de la grève, ceux de la ligne droite qui monte jusqu'à l'Arc. Après tout, il vous a fallu 1h40 ce matin pour parcourir quelques malheureux kilomètres en fourgon à bestiaux.

iv. Il vous en faudra deux : une pour monter à l'Arc, une autre pour descendre à Javel.

v. Pour en profiter, il est recommandé de choisir un costume des plus sombres, une cravate d'autant, et un portable qui pèse bien dans son sac. Par chance, ou par facétie, vous avez emprunté un sac qui n'est pas le vôtre, et pèse déjà dix fois moins lourd : vous abusez alors qu'on vous permet de faire du sport, mais on vous pardonnera.

vi. Au contraire, appréciez le glissement subversif et coquin de vos lunettes sur votre nez constellé de sueur.

vii. Ne tentez pas de téléphoner en marchant, histoire de rattraper tous les coups de fil que vous avez en dette : le hurlement des sirènes, allant chercher les clamsés de la grève, vous en empêchera. Ou un cortège présidentiel quelconque, accentuant avec humour les embarras de la ville.

viii. Vous constaterez, durant toute votre traversée de Neuilly-sur-Seine, que vous risquez un bon malaise par manque d'eau et de sucre. Vous chercherez, marchant, une boulangerie, jusque dans les rues adjacentes. Il n'est pas si tard.

ix. Vous verez alors que les rues de Neuilly-sur-Seine sont constituées exclusivement de sièges sociaux et autres bureaux, de coiffeurs, de plombiers, de deux magasins de vêtements au rabais et de quelques bistros déjà fermés. Mais de boulangerie, niet.

x. Vous en déduirez qu'à Neuilly, s'ils n'ont pas de pain, ils doivent manger de la brioche.

xi. La boulange apparaît au tournant de la civilisation, une fois passé le boulevard périphérique, quelque part vers l'Argentine. C'est connu, il y a du blé en Argentine. Pas à Neuilly.

xi. Vous pensiez, intelligent que vous êtes, trouver une station de vélo avant l'Arc de l'Etoile. Que nenni. Ou plutôt : si, il y en a une, vidée déjà. Par tous ceux qui sont aussi intelligents que vous.

xii. Contrairement à ce que prétendait le plan consulté avant de partir, il n'y a d'ailleurs pas de station de vélo, ni à Porte Maillot (sur le papier : 3), ni à l'Etoile (selon le PCUS : 6). Celle d'Iéna est inexistante, tout comme celle de la rue Jean Rey.

xiii. Vous voici déjà aux pieds de la tour Eiffel, inondé.

xiv. Vous exagérez : celle de la rue Kléber existait peut-être, derrière les défections d'un caniche angora, et les jantes explosées d'une bécane vélocipédique.

xv. D'ailleurs, il y a bien une station à Bir-Hakeim, qu'est-ce que vous vous plaignez. D'accord, vous n'êtes plus qu'à dix minutes de chez vous, est-ce une raison pour autant ? En plus le vélo n'a pas de roues trop dégonflées.

xvi. Vogue la galère.

xvii. En notule vous inscrirez sur un angle non taché de sueur blanchie de votre chemise, que rouler le soir sur les quais de Grenelle et Citroën n'est pas donné au premier pékin venu. Trois fois, bien que vous serrez votre droite comme un sarkoziste, on manquera vous emporter.

xviii. Bref, les trois stations de vélo, qui enserrent votre immeuble, sont pleines.

xix. À craquer.

xx. Titubant, vous revenez à pied d'une autre lointaine station. Sac de l'ordinateur craquant contre vos genoux.

Commentaires

  • Pourquoi donc habiter si loin de son lieu de travail ? Pourquoi travailler si loin de chez soi ?
    J’entends déjà vos réponses avisées, d’une logique implacable et économiquement motivées. Mais alors, pourquoi travailler, tout court ? Trimer pour vivre et vivre pour manger ? Il y a mieux, sans doute, et plus élevé en ce bas monde…

  • Le caniche angora est-il une espèce endémique des quartiers chics?

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