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20.06.2008

DCLVII. - En visionnant, en lorgnant.

i. The Happening, de M. Night Shyamalan. C'est peut-être parce que jusqu'à présent j'ai eu du mal avec les quelques Hitchcock qu'on m'a amené à visionner plus ou moins contraint et forcé (Rebecca ? Pffffffff - tout juste bon pour comprendre une phrase de Mrs Madrigal dans le premier épisode de la saison 2 de More Tales of the City) que ce monsieur-ci me meut peu. Je persiste à dire que son Sixième Sens est une arnaque à la Proust (vous savez, le renversement final qui éclaire tout), déjà vu et revu depuis plus de quinze ans) et que le Village est totalement anecdotique. La dernière moûture a été encensée à grands ahans de fumée par toute la critique qu'on en voit guère plus pour les miracles de Saint Janvier à Naples (même le Canard s'y est mis, c'est dire), je m'y suis donc assis un dimanche solitaire. Bon ben c'est nul.

Après, je laisse Antoine en parler, il le fait très bien.

Easy Rider (1969).


ii. Easy Rider, de Dennis Hopper Je pense que le Lecteur courtois se contentera de sourire, lorsque je dirai que je viens juste de voir ce fénaumène du Panthéon ciné. Bah vi. C'est que je n'ai pas eu vingt ans sur les barricades, moi, excusez du peu. Et ben chapeau, les enfants. Sans dire que la fin, tombant comme le mouton de la guillotine, m'a soufflé, les aventures de Peter Fonda et Denis Hopper, l'un en cow-boy tonitruant et moustachu, l'autre en magnifique blondin taiseux (tiens, une p'tite analyse comparative avec des films ritals pourrait être intéressante), dans une Amérique où la violence surgit brusquement, annonce déjà Délivrance.

Pourtant il y a quelque chose de plus brut, de plus abrupt : dans Délivrance, l'inquiétude sourd lentement de la rivière et des arbres, et monte lentement. Ici, elle pointe son nez sans qu'on s'y attende, et disparaît tout aussi soudainement - comme la Peste Noire ou le percepteur des impôts. Entre les illusions des hippies et les volutes de Marie-Jeanne.

Surtout - la grande découverte du film a été Jack Nicholson. Pour moi, ce brave homme restait un vieillard cantonné au Joker ou à des comédies un tantinet désuettes. Le voir propulsé en jeune homme un brin sex sur les bords mais en plus en acteur de première catégorie, c'est toujours agréable.

En Kärlekshistoria (1968).


iii. En Kärlekshistoria, de Roy Andersson. Déjà il y a le plaisir pour le cinéphile de trouver, en 1968, le minois de Bjorn Andresen en petite apparition à côté d'un flipper, bien avant son rôle immortel de septante-et-un. Il y a surtout la fraîcheur de ces ados qui se découvrent, les petites brèles qui ronronnent et sur lesquelles on s'accoude, les enfants qui jouent au grand en mâchouillant des chouinegommes tenaces et en s'entraînant devant le miroir. Pas facile de réprimer un sourire béat devant certaines situations.

Et puis juste à côté il y a l'univers des adultes. Désespéré, silencieux, alcoolique. Tout de violence pas forcément retenue. De perte et de regrets. Qui osent à peine regarder cette jeunesse qui s'ouvre en fleur. Dont la présence est tellement lourde, épaisse et brumeuse qu'on se demande comment on parvient à sortir vivant du cinéma. En somme, c'est à voir, mais il faut s'accrocher tout de même.

Eldorado (2008).


iv. Eldorado, de Bouli Lanners. C'est l'histoire d'un quadra un peu explosif, refourgueur de vieilles américaines sur le retour, qui découvre un soir planqué sous son plumard un cambrioleur terrifié. Au bout d'un moment, et surtout parce qu'il est crevé, il lui explose pas la tronche au démonte-pneu. Le premier c'est Yvan, la méchouille grasse et la barbe volumétrique. L'autre, il dit que c'est Elie, la casquette rouge et la capuche facile. Drôle de relation, un peu tendre, un peu paternelle, souvent désillusionnée et bourrue.

Yvan au bout d'un moment se met à vouloir ramener Elie chez sa mère, près de la frontière. Les voilà embringués dans un road movie de première, dans les pertes infinies des champs, sous les nuages, la pluie, les rivières qu'il faut traverser et les arbres qu'on découpe à coup de voiture, et avec une bande son rock & roll du tonnerre de Brest, fieu.

C'est déjanté, c'est magnifique, les paysages sont sublimés et ce n'est pas du John Ford. Non m'dame. Ca se passe en Belgerie, la vraie, celle où le pays est plat et le ciel est si lourd qu'un canal peut se pendre, mais un pays belgeois splendide.

Et, au terme de ce petit bout d'humanité bancale, une fin... humaine. Terriblement.

Commentaires

L'apparition de Nicholson en avocat imbibé (et s'imbibant à l'écran tout en battant de l'aile contre son flanc) est effectivement hallucinante. Björn Andresen a-t-il donc un si petit rôle, pour n'être pas en gros sur l'affiche ? Je note que vous êtes dans une période suédoise, prélude à l'Islande.

Ecrit par : Tadzio A. Trekheï | 21.06.2008

Oui, Andresen est juste une personne dans le décor. On le voit deux ou trois fois, à côté du flipper, taquinant le personnage principal.

C'était bien avant La Mort à Venise, aussi.

Ecrit par : Xanadu | 21.06.2008

Excellent, Eldorado, excellent. J'ai pleuré tellement c'était simple.

Ecrit par : antoine | 23.06.2008

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