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07.06.2008
DCL. - Listes de lecture.
1. Livres.
i. No Country For Old Men, de Cormac McCarthy. Après le film, qui avait été un bon coup de poing dans l'estomac, un brin salutaire cet hiver parmi les morosités et les habitudes circonspectes du cinéma ricain, Non, ce pays n'est pas pour le vieil homme m'a fait l'effet d'un chef-d'oeuvre. Non par l'humour, ni par la noirceur, ni par la violence. Car en fait ce n'est pas cela dont il s'agit ici. Malgré la poussière, et le désert du Texas, ce qui ressort est un monument de froideur, une pierre brute et pourtant déjà lisse. Un cube (qui n'est pas un pavé : à peine 300 pages). Une merveille chirurgicale.
ii. Le Hussard sur le toit, de Jean Giono. J'avais été lassé par le film, j'ai été soufflé par l'excellence du bouquin. Bien sûr on est loin de la poésie subtile et venteuse qu'il y a dans Noé, mais c'est que ça a de la gueule, ce voyage initiatique d'Angelo et de Pauline de Théus dans une Provence laminée par le choléra. Les premières pages, où le paysage se décompose et le soleil devient gluant pour se transformer en monstre dévorant, sont des splendeurs. Les successions d'épreuves sont toutes en un sens nécessaires, jusqu'aux discours creux et cruels de Giuseppe, jusqu'aux introspections lucides et terribles d'Angelo. Ce livre, c'est un tryptique, ou plutôt un polyptique dont chaque tableau est un élément nécessaire du drame principal. Accessoirement, non seulement ça m'a relancé dans mes envies de chevaux, mais en plus ça me donne une envie de voir plus loin dans les épidémies.
iii. Le Geste et l'Expression, de Barbara Pasquinelli. De retour dans mes marottes sur l'illustration, je trouvais à la bibliothèque, sagement mis en avant par les Cerbères administratifs, ce petit ouvrage publié chez Hazan. Si la didactique est systématique (et donc faite pour me plaire), et relativement bien ordonnée, on sentait parfois un relâchement certain dans le discours : commentaires inutiles pour certaines images, et même imprécisions vraiment regrettables. Celles qui m'ont le plus choqué :
*/ dans la section sur l'exposition de l'anus, un bavardage qui sent la troisième main et les aléas des articles du Magazine littéraire : "Cette image représente une adoration anale. On retrouve ce rite, non seulement dans de nombreuses confréries secrètes, les Templiers par exemple, mais également dans les associations de Maçons, dont les liens avec les Templiers sont amplement attestés." (p. 220). Faudrait arrêter de lire le Da Vinci Code, tout de même. Les Templiers n'étaient pas une confrérie secrète mais un ordre militaire et religieux reconnu par le Pape (concile de Troyes, janvier 1129 et bulle Omne datum optimum de 1139), l'adoration anale n'était pas un rite templier mais une accusation utilisée lors de leur procès en France, et le rattachement de la Maçonnerie aux Templiers est un thème qui n'a commencé à émerger qu'à partir du XIX° siècle - ce qui gênerait pour une statue du XVI°.
*/ dans la section sur la main de Dieu, p. 251, on a droit à un tondo où Isaac s'apprêterait à tuer son fils et où la main de Dieu l'arrêterait, un bélier se substituant au sacrifice. Oui, bon, sauf qu'Isaac est le fils d'Abraham et que c'est l'autre chenu qui était parti pour zigouiller son fiston (Genèse, 22).
Ceci étant, des thèmes m'ont vraiment intéressés : celui du doigt pointé vers le haut, l'explication de l'évolution de la gestuelle de la main bénissant et des mains en prière, et enfin les notions de "à la droite de" et de "bras de la mort". Comme quoi.
2. Films.
i. Pars vite et reviens tard, de Régis Wargnier. Bof. À peine bon pour être un téléfilm. C'est dommage, il y a des idées intéressantes : transformer la place Stravinski, à côté de Beaubourg, en résurgence de l'époque médiévale, avec son crieur des rues, la foule amassée, les fous et les bateleurs, et l'église Saint-Merri en fond, aurait pu être poussé nettement plus loin et transformer cette enquête policière TF1 en vrai monument de terreur. Surtout que la peste reste un thème porteur - en tout cas qui m'intéresse ces temps-ci.
ii. La Grande bouffe, de Marco Ferreri. Autant être honnête : je n'ai rien compris aux critiques que j'ai pu trouver ailleurs - comme quoi Andréa serait une transposition de figure maternelle ou selon lesquelles le film serait une dénonciation de la société de consommation. Il m'a plutôt rappelé les étrangetés pasoliniennes, dans ces masques que deviennent tour à tour les visages des personnages. Seule Andréa continue d'exister, comme une sorte d'ange exterminateur qui en fin de compte prend toute sa dimension dans ce phénomène extrême qu'est le suicide auquel elle assiste, et en fin de compte dans lequel elle les entraîne tous tour à tour. Evidemment, on pourrait évoquer Rabelais, avec ces accumulations de poulardes, de pré-salé et de purée qu'on engloutit, pour finir dans la merde. Je pense pourtant qu'il y a quelque chose ailleurs : l'introduction, très didactique, me semble plutôt faite pour mettre en avant l'aspect mélancolique des quatre hommes, qui ne supportent plus ce qu'ils sont - des images de réussite, et de certains symboles de pouvoir (juge, aviateur, producteur, grande toque) dont les tréfonds sont de facto un immense gâchis, ou plutôt un décollement du monde. Taedium uitae, tout ça, quoi. Sans compter que, je sais pas pourquoi, ça m'a rappelé Les 120 jours de Sodome.
i. No Country For Old Men, de Cormac McCarthy. Après le film, qui avait été un bon coup de poing dans l'estomac, un brin salutaire cet hiver parmi les morosités et les habitudes circonspectes du cinéma ricain, Non, ce pays n'est pas pour le vieil homme m'a fait l'effet d'un chef-d'oeuvre. Non par l'humour, ni par la noirceur, ni par la violence. Car en fait ce n'est pas cela dont il s'agit ici. Malgré la poussière, et le désert du Texas, ce qui ressort est un monument de froideur, une pierre brute et pourtant déjà lisse. Un cube (qui n'est pas un pavé : à peine 300 pages). Une merveille chirurgicale.
ii. Le Hussard sur le toit, de Jean Giono. J'avais été lassé par le film, j'ai été soufflé par l'excellence du bouquin. Bien sûr on est loin de la poésie subtile et venteuse qu'il y a dans Noé, mais c'est que ça a de la gueule, ce voyage initiatique d'Angelo et de Pauline de Théus dans une Provence laminée par le choléra. Les premières pages, où le paysage se décompose et le soleil devient gluant pour se transformer en monstre dévorant, sont des splendeurs. Les successions d'épreuves sont toutes en un sens nécessaires, jusqu'aux discours creux et cruels de Giuseppe, jusqu'aux introspections lucides et terribles d'Angelo. Ce livre, c'est un tryptique, ou plutôt un polyptique dont chaque tableau est un élément nécessaire du drame principal. Accessoirement, non seulement ça m'a relancé dans mes envies de chevaux, mais en plus ça me donne une envie de voir plus loin dans les épidémies.
iii. Le Geste et l'Expression, de Barbara Pasquinelli. De retour dans mes marottes sur l'illustration, je trouvais à la bibliothèque, sagement mis en avant par les Cerbères administratifs, ce petit ouvrage publié chez Hazan. Si la didactique est systématique (et donc faite pour me plaire), et relativement bien ordonnée, on sentait parfois un relâchement certain dans le discours : commentaires inutiles pour certaines images, et même imprécisions vraiment regrettables. Celles qui m'ont le plus choqué :
*/ dans la section sur l'exposition de l'anus, un bavardage qui sent la troisième main et les aléas des articles du Magazine littéraire : "Cette image représente une adoration anale. On retrouve ce rite, non seulement dans de nombreuses confréries secrètes, les Templiers par exemple, mais également dans les associations de Maçons, dont les liens avec les Templiers sont amplement attestés." (p. 220). Faudrait arrêter de lire le Da Vinci Code, tout de même. Les Templiers n'étaient pas une confrérie secrète mais un ordre militaire et religieux reconnu par le Pape (concile de Troyes, janvier 1129 et bulle Omne datum optimum de 1139), l'adoration anale n'était pas un rite templier mais une accusation utilisée lors de leur procès en France, et le rattachement de la Maçonnerie aux Templiers est un thème qui n'a commencé à émerger qu'à partir du XIX° siècle - ce qui gênerait pour une statue du XVI°.
*/ dans la section sur la main de Dieu, p. 251, on a droit à un tondo où Isaac s'apprêterait à tuer son fils et où la main de Dieu l'arrêterait, un bélier se substituant au sacrifice. Oui, bon, sauf qu'Isaac est le fils d'Abraham et que c'est l'autre chenu qui était parti pour zigouiller son fiston (Genèse, 22).
Ceci étant, des thèmes m'ont vraiment intéressés : celui du doigt pointé vers le haut, l'explication de l'évolution de la gestuelle de la main bénissant et des mains en prière, et enfin les notions de "à la droite de" et de "bras de la mort". Comme quoi.
2. Films.
i. Pars vite et reviens tard, de Régis Wargnier. Bof. À peine bon pour être un téléfilm. C'est dommage, il y a des idées intéressantes : transformer la place Stravinski, à côté de Beaubourg, en résurgence de l'époque médiévale, avec son crieur des rues, la foule amassée, les fous et les bateleurs, et l'église Saint-Merri en fond, aurait pu être poussé nettement plus loin et transformer cette enquête policière TF1 en vrai monument de terreur. Surtout que la peste reste un thème porteur - en tout cas qui m'intéresse ces temps-ci.
ii. La Grande bouffe, de Marco Ferreri. Autant être honnête : je n'ai rien compris aux critiques que j'ai pu trouver ailleurs - comme quoi Andréa serait une transposition de figure maternelle ou selon lesquelles le film serait une dénonciation de la société de consommation. Il m'a plutôt rappelé les étrangetés pasoliniennes, dans ces masques que deviennent tour à tour les visages des personnages. Seule Andréa continue d'exister, comme une sorte d'ange exterminateur qui en fin de compte prend toute sa dimension dans ce phénomène extrême qu'est le suicide auquel elle assiste, et en fin de compte dans lequel elle les entraîne tous tour à tour. Evidemment, on pourrait évoquer Rabelais, avec ces accumulations de poulardes, de pré-salé et de purée qu'on engloutit, pour finir dans la merde. Je pense pourtant qu'il y a quelque chose ailleurs : l'introduction, très didactique, me semble plutôt faite pour mettre en avant l'aspect mélancolique des quatre hommes, qui ne supportent plus ce qu'ils sont - des images de réussite, et de certains symboles de pouvoir (juge, aviateur, producteur, grande toque) dont les tréfonds sont de facto un immense gâchis, ou plutôt un décollement du monde. Taedium uitae, tout ça, quoi. Sans compter que, je sais pas pourquoi, ça m'a rappelé Les 120 jours de Sodome.
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