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28.05.2008
DCXLIII. - La guitare sèche, arme de destruction massive.
Loin des bons vieux souvenirs de Tonton Georges, du roqueure qui essaie de faire une ritournelle douce en gratouillant devant la minette épanouie, de M. Dalloway qui joue À la claire fontaine avec les deux doigts (mais je t'aime quand même mon bobologue namoua), pour sa deuxième escapade au Trabendo Vot'Serviteur a assisté à la prestation parisienne de Tunng.
Tunng. Ralalah, inclassable. De la guitare ? Du folk ? De la pop ? De l'électro ? En tout cas trois chevelus avec des guitares sèches, une chevelue avec des jouets pour enfants et un cinquième chevelu aux percus, glockenspiel et le reste.
Du bonheur, on vous dit, du bonheur.
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26.05.2008
DCXLII. - En somnolant, en lisant.
ii. Lorsque la conversation change, pour ne plus parler des prix de l'immobilier (sujet quasi unique du parisien normal), et s'aventurer vers les montagnes que grimpe le prix du baril - 132 USD aujourd'hui à Nouille Orque - on en vient toujours à se demander ce qu'on fera une fois la dernière goutte tirée au dernier gisement. Oui - mais on trouve toujours d'autres gisements - oui - mais il y a les énergies de substitution - oui - mais il y a aussi la crise alimentaire - produire de l'essence végétale est plus coûteux qu'autre chose et on est bientôt sept milliards. Alors j'ai souvent cette idée en tête, que pourtant je n'ai jamais osé dire : la meilleure solution, la plus évidente, est que nous en revenions aux chevaux. Comme si le XX° siècle n'avait jamais été qu'un accident dans l'Histoire des communications. Quoi qu'on dise, je pense que nous y gagnerions tous beaucoup.
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25.05.2008
DCXLI. - En rangeant, en constatant.
i. Quelque chose a changé - ou repris. Peut-être cela a-t-il repris, en changeant, en fait. Lorsqu'on passe par ces déchirements, j'espère que l'attachement devient plus profond, plus direct. En tout cas, est-ce l'impression que j'en ai. J'espère que je ne me trompe pas.
ii. Nous nous sommes peu revus, pourtant. Je sais que je m'emballe - mais sa grâce me fait fondre, ainsi que sa tête butée lorsqu'il perd au billard. Inquiétude de surjouer pour lui plaire. Être moi, que moi. Ne pas hésiter à le charrier - mais aussi à lui presser le bras, lorsque je le frôle, pour aller taper la balle. Ne pas imaginer, vivre : carpe diem, memento mori, primum uiuere deinde philosophari et commander d'autres chopes à la barmaid.
iii. Ce qui n'a pas empêché que nous avons joué dans les trois heures à l'Académie, juste histoire qu'il soit sûr de me laminer. Ce qui fut fait dans les plates et les larges longueurs. Décidément, je ne suis bon que pour les courtes distances, les fignolages - je ne sais pas tirer fort. Toujours, la canne ripe avec moi.
iv. J'ai pourtant un peu triché. Lui aussi. Tous les deux, beaucoup. Nous nous sommes mis d'accord avec les règles.
v. Plus tard, nous avons regardé un film. Sa tête entre mes cuisses, mes mains sur son épaules, pressant son torse. Il fumait, au noir de la nuit. Confusément, parfois, la flamme du briquet faisait deviner le tatouage de son bras.
vi. Nous nous sommes endormis comme des enfants, pressés l'un dans l'autre.
vii. Comme déjà avant, je me suis réveillé bien plus tôt que lui. Cette fois, je ne l'ai pas attendu ; c'est peut-être cela, une relation qui évolue. Alors j'ai lu deux bonnes heures durant dans le salon, au thé fumant, pendant que les rayons hésitants du soleil frisaient les façades d'ocre et de rose délavé. Puis j'ai écrit la note précédente de l'almanach.
viii. Je la finissais quand il s'est levé. Tête boudeuse. Il est d'une sensualité énorme lorsqu'il se frotte les yeux avec l'avant-bras, la bouche épaisse encore de sommeil. Il a horreur qu'on le touche au matin. C'est impossible de résister.
ix. Son bol de café fumant, avec les bulles du lait, où il trempe régulièrement ses gâteaux.
x. Il est parti - il doit travailler. Nous nous verrons peu cette semaine. Nous nous verrons peu les prochaines fois aussi.
xi. Mes épaules sont encore pleines de son torse. Alors j'ai ouvert les rideaux, tiré les fenêtres à moi. Je vais peindre, confiant. Joyeux.
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DCXL. - Liste de lectures
J'ai pris du retard - le deuxième livre en est la cause, tant il fut lent, long, douloureux à finir. Tant il était mauvais, en somme. À se demander d'où vient cette fierté imbécile, de finir quelque bouquin, que j'ai commencé.
i. Michael Tolliver est vivant, d'Armistead Maupin. On ne présente plus Maupin, ni les Chroniques. Les dernières livraisons, vers la fin des années 80, étaient très sombres : Michael survivait tant bien que mal dans une San Francisco déchirée par l'épidémie, Mary Ann partait, ce qui semblait conclure définitivement le cycle dans la fin du mirage californien. Quelques dizaines d'années après, Maupin avait besoin peut-être d'argent, ou simplement la vraie envie d'écrire, à nouveau. Quoi qu'il arrive : Michael Tolliver est vivant, et bien vivant - il survit. Et il a la cinquantaine bien tassée, ce qui exige de prendre du Viagra. Il a la chance d'être avec... non, ce n'est pas Thack. Et Madame Madrigal désormais est octogénaire. On retrouve certes cet amour de la ville qu'est Frisco - pourtant, le ton est plus désabusé, et Michael sans cesse a des pensées d'égoïste. Car le vrai thème n'est plus la ville, ses collines, ses pentes et ce qui s'y passe - le thème est la vieillesse, et les derniers choix qu'il faut faire pour être cohérent avec soi-même, aux derniers instants (entre famille biologique et famille logique, trouvaille lexicale pas mauvaise mais à laquelle on a droit trois fois). Bref, c'est une San Francisco sur laquelle le soleil se couche, mordoré : il y a de la puissance, mais on sait que la nuit vient. Et on l'attend. En ce sens, la couverture de la livraison des Editions de l'Olivier est bien choisie...
ii. Cosmofobia, de Lucia Etxebarria. À voir de l'Etxebarria partout chez les libraires, je croyais que ce pouvait être bien. Grave erreur. Khölossale erreur. C'est un livre qui fait croiser des destins, des paroles, de chapitre en chapitre. On commence autour d'une place de Madrid, du côté sordide et pauvre - là, c'est peut-être intéressant. On finit du côté huppé. D'un discours à l'autre, les personnages sont supposés s'enrichir d'autres regards, d'autres informations. Sauf que - c'est lourd, ça ne prend pas - c'est pesant et revu. Comme souvent dans ce genre d'ouvrages, ne sachant plus que faire avec la pauvreté, on vire rapidement vers la sinistrose des riches (coke, dope, etc.), bref on fait son petit Bret Easton Ellis. Aller jusqu'au bout m'a demandé de longues semaines, pour un pet de tout juste 400 pages. Rien que pour cela, je pense que je mérite la Légion d'Honneur. Et la Croix de Guerre, avec ruban.
iii. Cent ans de solitude, Gabriel Garcia Marquez. Là, c'est tout l'inverse : j'avais chouravé ce poche chez un bouquiniste, me disant qu'il fallait bien un jour lire ce type dont Neil Hannon parle dans une de ses chansons. Un an plus tard, ce zigoto orné d'un ara de belle facture poirautait toujours dans la section "À lire" de ma bibliothèque" (celle planquée derrière les toiles qui sèchent, au-dessus des bédés, derrière la table). Pour être honnête : je ne l'ai pris que parce qu'il était gros, et que j'avais de l'avion à faire. Grave erreur. Autre khôlossale erreur. C'est une splendeur, ce livre. Un monument, Madame. Une chapelle Sixtine de la littérature - pas moinse. Ce n'est rien, pourtant : jamais que l'histoire d'une famille, où tous les fils portent les mêmes prénoms, et où les femmes fondatrices sont des monstres qui n'ont plus d'âge, tant elles vieillissent longtemps. Ce sont des histoires de vie qui se suivent - entre le tragique colonel, des filles qui s'appellent Sainte Sophie de la Piété et d'autres qui montent au ciel. Il y a aussi des morts qui n'en sont pas, des fourgons remplis de mitraillés qui disparaissent dans la mer, un galion qui pourrit en-dehors de tout rivage, des avocats qui font la paix comme on va à l'enterrement, des armées qui défilent et de l'or qu'on enterre sous des saints coiffés de perruque, sans compter les bestiaux qui se multiplient dès qu'on fait l'amour. Amen, on n'en dira pas plus.
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24.05.2008
DCXXXIX. - Ma rue.
P'tites courses du matin. Marie, toujours vêtue de rose, m'attend derrière son comptoir. Ce sera comme souvent un p'tit corse qui sert à prouver l'existence de Dieu et vu qu'on est en été, hein, un bon morceau de feta. Pas celui sous cellophane qui a point de goût sauf si on fait mariner avec des herbes et de l'huile de moteur, nan, celui qui trempouille dans la saumure et qui a senti passer la brebis de près.
Bien sûr Marie me demande avec ça ce sera, alors pour nous faire plaisir je rajoute un tranche de Saint-Nectaire. Fondant, grumeleux entre la tomme et l'Abondance, il reposait. Pâte de jaune de Naples légèrement grisé.
Jean est un peu pressé ce matin : normalement, ce comptoir n'est pas le sien - c'est Emmanuel, l'arpète, qui officie le samedi aux charcuteries. Il me vante un pâté qu'il a fait, sans trop de poivre. C'est dommage, je préfère quand il y a de l'épice, un peu comme ces caillettes que je dévorais, enfant, à Digne. Pourtant sa surface inégale, où joue encore les rais du matin, repose avec une telle confiance dans son bac de bois que je cède. Tant pis, le régime ne sera pas pour cette semaine. Quelques chorizos et du jambon de la Forêt Noire pour la ratatouille, s'il vous plaît. C'est quoi, ça ? Du pâté en croûte frais ? Avec de vrais morceaux - allez, ça fera le grignotage de ce midi.
Nicolas, toujours souriant derrière sa caisse, sort rapidement le sorbet au citron pour le compter, et le resserre. Ses mains épaisses butent sur le bouton du sac, qu'il clôt pourtant consciencieusement. Sa voix chante, il fait sourire de vieilles dames - qui ne doivent venir, si belles, que pour lui. L'une d'entre elles n'a pris qu'une bouteille de Porto, du Sandeman à vingt ans d'âge. Nicolas se lève, se penche sur le tapis pour lui glisser la bouteille directement dans le sac de molletons et de patchwork.
Pierre, lui, beugle devant sa brouette de fraises et de melons. Les fruits rouges, à la peau cirée, dressent des pointes érotiques sous les regards des enfants. Deux fillettes en robettes roses tordent le cou pour poser le menton sur l'étal. Un doigt timide touche de l'ongle la feuille d'une fraise. Un peu plus tard, elles offriront, corps tendu, un bouquet de haricot à leur mère. Un garçonnet, flanqué de son grand'père, rêvasse devant les grandes jambes d'une Noire pomponnée, à peine posées dans des sandales à aiguille. Concentré, il se frotte la fesse.
La boutique est une succession de rouges et de verts. Paul, pressé, frôle Pierre pour renverser un grand cageot de cerises. Une mamie en gobe une. C'est pour goûter, bien sûr. Paul s'en moque, redresse la montagne de fruits et par chercher les quartiers de pastèque. Je suis dans la queue, les mains pleines de citrons et de tomates, des sacs de melon, de courgette et d'aubergine au pied. Juste devant la caisse de Madeleine, de petites caisses de myrtilles, de groseilles, de mûres sont posées en quinconce. Je me demande comment se mangent les nèfles, et les amandes vertes, posées par Pierre à côté des formes obscènes qu'ont les figues d'Italie. Je regarderai - j'en prendrai la prochaine fois.
Ce sera juste un peu de myrtilles, qu'on mange sans y penser, tout justes humides de l'eau qui les a lavées.
Une de mes tomates tombe au pied de Madeleine, quand je la paie. Elle la ramasse, la frotte et la remet dans mon panier. Solide, ces bêtes-là, me dit-elle. C'est vrai que quand j'étais petit, une tomate tombée finissait en une explosion de glaires oranges et vertes, et de pépin, qui venaient se poser sur les chairs tordues d'un rouge mat. Je la paie, et je passe enfin chez Marc.
Ma rue a des commerçants au nom d'Evangile.
12:21 Publié dans Toute référence à Julien Gracq n'est pas du hasard | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
DCXXXVIII. - Tiseure.
Bon, le spectacle était dans la salle. Ou dans la cicatrice de l'acteur.
Bientôt, je vous parle de livres. Ou de ce qu'il ne faudra pas écrire dans l'Histoire.
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18.05.2008
DCXXXVII. - Dallowaysation massive.
Enfin... sans les petites mémés...




22:40 Publié dans Oeuvrettes au cours du temps | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
DCXXXVI. - Le peintre a un cadavre.
Il y a aussi le geste du poignet gauche, tordu à tenir la planche où l'on a mis, selon son ordre, ses couleurs. En général, je ne me sers quasi que de terres : brun Van Dyck, ombre brûlée, ombre, rouge de Venise, ocre jaune, jaune de Venise, jaune oxyde, jaune indien. À côté, je mets quelques primaires, pour les tons : bleu de Prusse, rouge de cadmium et un autre rouge selon l'humeur. Enfin, pas mal de blanc. Pour les peaux, il faut du blanc d'argent ; sinon du blanc de titane suffit amplement. En plus, il a l'avantage d'être épais, j'aime beaucoup ce qu'il donne lorsqu'on le frotte avec un pinceau sec.
Vous savez, monsieur le Commissaire, lorsque vous m'avez arrêté, j'avais mis du blanc de titane. C'est dire que je n'en étais pas encore à la peau.
Mais je reconnais qu'avec cette force que l'on développe, on pourrait facilement égorger un homme. Avec un couteau de peinture, il suffit d'écarter puissamment le bras devant soi. Pour peu qu'il y ait quelqu'un, un accident est si vite arrivé.
Je me doute bien qu'en retrouvant ce cadavre dans ma cuisine, complètement vidé, vous avez donc pensé que j'étais le criminel qui aurait donné à votre carrière un nouvel élan, lui permettant de s'extirper besogneusement de la fange où elle traînait, quelque part entre le rôti du dimanche et les résultats du tiercé.
Dommage que ce ne soit qu'une bouteille vide.
22:11 Publié dans Toute référence à Julien Gracq n'est pas du hasard | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
17.05.2008
DCXXXV. - Connerie (?) : dissertation sans caractère explicatif.
Le corps est un étrange oubli, distant à lui-même. La peau, séchée déjà par la molle respiration du temps, s'oxyde aux airs du calendrier, qui s'enroule lentement mois à mois au clou du mur. Les gestes, épaissis d'usage, semblent être un linceul brodé de confiance. On marche, dans l'air.
Derrière soi, on devine les derniers retentissements d'orage qui illuminent.
Tête levée, j'ai voulu trouver en moi un profond murmure. Je l'ai formulé de mes lèvres d'élève, remâché déjà plusieurs fois, pour qu'il porte dans l'atmosphère. Non pas prière, juste information de mon coeur, sur la plaine.
Alors l'ondée brusque m'a renversé. J'ai serré l'eau grenue contre mon ventre, parmi les fumées de la terre réchauffée.
Puis j'ai remarché, disant que l'eau reviendrait.
00:33 Publié dans Toute référence à Julien Gracq n'est pas du hasard | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
16.05.2008
DCXXXIV. - En rentrant - euh, ben en rentrant.
J'ai encore fait une connerie (?).
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