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25.05.2008

DCXL. - Liste de lectures

J'ai pris du retard - le deuxième livre en est la cause, tant il fut lent, long, douloureux à finir. Tant il était mauvais, en somme. À se demander d'où vient cette fierté imbécile, de finir quelque bouquin, que j'ai commencé.

i. Michael Tolliver est vivant, d'Armistead Maupin. On ne présente plus Maupin, ni les Chroniques. Les dernières livraisons, vers la fin des années 80, étaient très sombres : Michael survivait tant bien que mal dans une San Francisco déchirée par l'épidémie, Mary Ann partait, ce qui semblait conclure définitivement le cycle dans la fin du mirage californien. Quelques dizaines d'années après, Maupin avait besoin peut-être d'argent, ou simplement la vraie envie d'écrire, à nouveau. Quoi qu'il arrive : Michael Tolliver est vivant, et bien vivant - il survit. Et il a la cinquantaine bien tassée, ce qui exige de prendre du Viagra. Il a la chance d'être avec... non, ce n'est pas Thack. Et Madame Madrigal désormais est octogénaire. On retrouve certes cet amour de la ville qu'est Frisco - pourtant, le ton est plus désabusé, et Michael sans cesse a des pensées d'égoïste. Car le vrai thème n'est plus la ville, ses collines, ses pentes et ce qui s'y passe - le thème est la vieillesse, et les derniers choix qu'il faut faire pour être cohérent avec soi-même, aux derniers instants (entre famille biologique et famille logique, trouvaille lexicale pas mauvaise mais à laquelle on a droit trois fois). Bref, c'est une San Francisco sur laquelle le soleil se couche, mordoré : il y a de la puissance, mais on sait que la nuit vient. Et on l'attend. En ce sens, la couverture de la livraison des Editions de l'Olivier est bien choisie...

ii. Cosmofobia, de Lucia Etxebarria. À voir de l'Etxebarria partout chez les libraires, je croyais que ce pouvait être bien. Grave erreur. Khölossale erreur. C'est un livre qui fait croiser des destins, des paroles, de chapitre en chapitre. On commence autour d'une place de Madrid, du côté sordide et pauvre - là, c'est peut-être intéressant. On finit du côté huppé. D'un discours à l'autre, les personnages sont supposés s'enrichir d'autres regards, d'autres informations. Sauf que - c'est lourd, ça ne prend pas - c'est pesant et revu. Comme souvent dans ce genre d'ouvrages, ne sachant plus que faire avec la pauvreté, on vire rapidement vers la sinistrose des riches (coke, dope, etc.), bref on fait son petit Bret Easton Ellis. Aller jusqu'au bout m'a demandé de longues semaines, pour un pet de tout juste 400 pages. Rien que pour cela, je pense que je mérite la Légion d'Honneur. Et la Croix de Guerre, avec ruban.

iii. Cent ans de solitude, Gabriel Garcia Marquez. Là, c'est tout l'inverse : j'avais chouravé ce poche chez un bouquiniste, me disant qu'il fallait bien un jour lire ce type dont Neil Hannon parle dans une de ses chansons. Un an plus tard, ce zigoto orné d'un ara de belle facture poirautait toujours dans la section "À lire" de ma bibliothèque" (celle planquée derrière les toiles qui sèchent, au-dessus des bédés, derrière la table). Pour être honnête : je ne l'ai pris que parce qu'il était gros, et que j'avais de l'avion à faire. Grave erreur. Autre khôlossale erreur. C'est une splendeur, ce livre. Un monument, Madame. Une chapelle Sixtine de la littérature - pas moinse. Ce n'est rien, pourtant : jamais que l'histoire d'une famille, où tous les fils portent les mêmes prénoms, et où les femmes fondatrices sont des monstres qui n'ont plus d'âge, tant elles vieillissent longtemps. Ce sont des histoires de vie qui se suivent - entre le tragique colonel, des filles qui s'appellent Sainte Sophie de la Piété et d'autres qui montent au ciel. Il y a aussi des morts qui n'en sont pas, des fourgons remplis de mitraillés qui disparaissent dans la mer, un galion qui pourrit en-dehors de tout rivage, des avocats qui font la paix comme on va à l'enterrement, des armées qui défilent et de l'or qu'on enterre sous des saints coiffés de perruque, sans compter les bestiaux qui se multiplient dès qu'on fait l'amour. Amen, on n'en dira pas plus.

Commentaires

ii. C'est dommage, vous n'avez pas lu celui ou ceux qu'il fallait : en effet, la mayonnaise ne prend pas, la polyphonie annoncée n'est pas au rendez-vous, c'est un roman raté qui aurait mieux fait de rester un recueil de nouvelles, comme le très beau "Aime-moi por favor", ou bien, au prix d'un réel effort de construction, le plus réussi selon moi de ses romans : "Un miracle en équilibre", dont le début, qui plus est, est vraiment très émouvant.

Ecrit par : Arpad | 30.05.2008

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